05/09/2011

Mise au point sur l'insécurité genevoise

nosferatu.jpegPolaroïd 14 : 55

Hier soir, l'émission Mise au Point diffusait un reportage sur la ''violence à Genève'', intitulé ''la cité de la peur''. On aura volontiers compris la référence à cette œuvre cinématographique des ''Nuls'', mais elle est, à mon sens, mauvaise. Mauvaise autant au second degré qu'au premier. Soit on se moque de ''ces genevois qui n'osent pas sortir le soir et qui changent de trottoir à la vue d'un individu louche'', soit on estime que cette ville est effectivement dominée par un sentiment, à savoir la peur, auquel cas ce titre est alarmiste et mensonger. Qu'importe, ce n'est qu'un détail.

Angle choisie par l'équipe de Mise au Point: Genève est-elle devenue dangereuse? Qui pour y répondre? Le directeur des permanences de Cornavin et de Plainpalais et l'une de ses employées, ainsi qu'un membre de la police judiciaire, suivi jeudi dernier lorsqu'un coup de feu a été tiré en pleine rue. Bien. Surtout parce que c'est vendeur, une douille à même le bitume.

Deux témoins et un coup de feu, de quoi nourrir un reportage de dix minutes. Objectivité des témoignages proportionnels à leur nombre? Quasi nulle. Le premier nous explique comment l'une de ses employées s'est fait agressée lorsqu'elle quittait son lieu de travail, et comment l'une de ses permanences s'est faite cambriolée par un toxicomane. Un toxicomane qui cambriole un lieu médical? Quel évènement!

Que nous apprend le second témoin? Que ''le nombre de cambriolage est en augmentation'' et qu'il avoue ''comprendre que les genevois se sentent de moins en moins en sécurité''. Quel scoop!

On aura néanmoins retenu cette phrase qui referme le reportage, soutenue par une bande-son effrayante: ''la cité de Calvin n'est plus la ville la plus sûre au monde''. Quel talent! Merci Mise au Point.

22/08/2011

Ziegler est-il devenu ''fou''?

keyimg20080327_8901549_0.jpgPolaroïd 20 :14

Jean Ziegler était l'invité du 19:30 ce soir. Interviewé par Darius Rochebin, le sociologue a raconté sa visite du bunker du guide de la révolution libyenne, en précisant subtilement qu'il avait été invité par Mouammar Kadhafi ''avant qu'il ne soit fou''. Habile usage de la langue, ''tactique de dédouanement'' diront d'autres. Quelques minutes plus tard, le journaliste lui demandera s'il exprime des regrets aujourd'hui. Après un long silence expiatoire, l'homme de gauche s'excusera alors ''de lui avoir serré la main'', un jour.

J'aurais rêvé de demander à Jean Ziegler à quelle date Mouammar Kadhafi serait devenu fou? Après Lockerbie? Après le vol 772 au-dessus du Niger? Après les infirmières bulgares? Après Max et Rachid?

Si le leader libyen est devenu fou cette année, alors les excuses de Jean Ziegler sont acceptées.

Les bonnes audiences de Gilles Marchand

girl-thumbs-up.jpgPolaroïd 16 : 45

Gilles Marchand s'exprimait hier dans les colonnes du Matin Dimanche pour commenter les mauvais chiffres de TF1 et  ''la fin de la télévision traditionnelle''.

''L'érosion des parts de marché de la première chaîne européenne est-elle bénéfique à la première chaîne romande?'', s'interroge notre collègue Ivan Radja en page 39.

Réponse du patron de la RTS: les bonnes audiences de la TSR (30% de parts de marché entre 18 h et 23 h), voire très bonnes en ce qui concerne les journaux d’actualité (entre 55% et 60%), sont surtout la conséquence d’une «stratégie efficace, soit une chaîne sur deux canaux, et de la bonne complémentarité entre ceux-ci».

Je m'étonne de cette réponse, non pas sur les résultats ainsi exposés en trophée, mais sur ses causes.

Gilles Marchand a raison: on doit reconnaître la relative résistance de la TSR par rapport à ses concurrentes, soit environ une perte de 6% de parts de marché depuis 2007 sur le créneau horaire 18h-23h. Non sans préciser que la TSR a fait appel massivement, me semble-t-il, à l'achat de séries étrangères pour rester concurrentielle. Une démarche qui n'est visiblement pas du goût de certains qui s'interrogent de savoir si cette acquisition compulsive relève bel et bien du rôle d'un ''service public''. Mais là n'est pas le propos.

Non, l'étonnement est ailleurs.

Comment Gilles Marchand peut-il se féliciter des parts de marché quasi communistes obtenues par ses journaux d'actualité quand on on connaît la position monopolistique de la TSR en matière d'information télévisuelle? Un peu comme si Ariane Dayer se félicitait des 523'000 lecteurs du Matin Dimanche.

10/06/2011

Mégaphone ou 70 minutes rafraîchissantes

lrg_bugle_megaphone.jpgPolaroïd 12 : 29

Mégaphone, c'est le nom de la nouvelle émission de la TSR où les ‘’citoyens’’ interpellent les politiques. Le concept n’est, de loin, pas nouveau, mais reste passionnant.

Cinq conseillers nationaux (Géraldine Savary, Oskar Freysinger, Christophe Darbellay, Isabelle Moret, Antonio Hodgers) face à cinq romands, sélectionnés avec intelligence. Des questions simples, celles qu’un jour ou l’autre, la plupart d’entre nous se sont posées. Des hésitations charmantes dans leur formulation, mais qui ont le mérite de sonner juste.

Moins de hargne également du côté des réponses, on ne répartit pas de la même manière à un électeur qu’à un ennemi politique.

Bien loin du champ de guerre qu’est l’émission Infrarouge, septante minutes de Mégaphone sont apparues mercredi soir comme rafraîchissantes.

16/02/2011

Audiatur et altera pars

4170703140_6af30c0399.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 16 février 2011

La TSR a-t-elle ''tué'' l’abbé carougeois?

C’est la question qui m’a taraudé l’esprit depuis quelques jours. C’est vrai, je l’avoue, la question est probablement posé de manière abrupte, mais intentionnellement élaborée de la sorte pour des questions de rhétorique.

Un rappel des faits s’impose.

Dans un communiqué datant du 9 février dernier, le diocèse de Genève, Lausanne et Fribourg annonce qu'une enquête est en cours pour des cas d'abus sexuels, je le précise, pour des abus sexuels commis par des prêtres, ''l'un à Genève, l'autre à Fribourg'', selon le communiqué. Nul trace à cette date de cas de pédophilie.

Les médias se sont bien évidemment emparés du sujet. On devine le Diocèse bienveillant en voulant afficher la plus grande des transparences. Deux jours plus tard, la graine lancée par le clergé a évidemment germé dans l’esprit des journalistes qui ont souhaité investigué. Et c’est leur droit, pour ne pas dire: leur devoir.

Vendredi 11 février, le 19:30 de la Télévision Suisse Romande révèle que le ''prêtre pédophile'' (pour reprendre la terminologie exacte de l'intitulé du reportage), que le prêtre pédophile avait officié à Carouge. Vous avouerez que tout être normalement doté d’un cerveau, et avec quelques recoupements, peut sans trop d’efforts, obtenir le nom de l’homme recherché.

Enfin, selon une information parue hier dans le quotidien le Temps, et sous la plume de notre consœur Patricia Briel, nous apprenons que l'homme se serait donné la mort vendredi dans la soirée, jour de diffusion du reportage de la TSR. Alors si cette information s'avère exacte, il y a véritablement ‘’antagonisme’’ entre le droit à l'information et la présomption d'innocence.

Je m’explique.

D’une part, et si ma définition de la justice est la bonne. Jusqu'à preuve du contraire, un suspect est toujours présumé innocent. Et puis de l’autre, c'est vrai, si on suspecte un homme être capable de la pire de cruautés et d'être susceptible de récidiver (imaginez-vous en père de famille, en mère de famille, ou connaissant un homme suspecté d’attouchements), n’est-il pas du devoir du journaliste d’informer la population?

Là est probablement la limite du devoir d’information. Le fragile équilibre entre le désir de protéger les siens et celui de ne pas accuser un homme, qui n’a pas été encore jugé. Coupable ou innocent.

La question est alors brûlante.

La TSR a-t-elle, d’une façon ou d’une autre, concouru à précipiter la mort de l’homme d’Eglise carougeois? Autre question: l’information délivrée, à savoir, le lieu où exerçait l’abbé, était-elle si pertinente, au point qu’il fallait la divulguer? Et enfin, dernière question: doit-on informer la population qu’un présumé innocent, mais sous enquête des autorités, est suspecté de crimes graves?

La réponse est dans la question, où quand la présomption d'innocence s'entrechoque avec le devoir d'information, c'est-à-dire: je n'en sais rien.

15/02/2011

La TSR a-t-elle tué le curé carougeois?

ombre-chinoise.gifPolaroïd 11 : 12

La TSR a-t-elle ''tué'' le curé carougeois?

Rappel des faits.

Dans un communiqué du 9 février, le diocèse de Genève, Lausanne et Fribourg annonce qu'une enquête est en cours pour des cas d'abus sexuels commis par des prêtres, ''l'un à Genève, l'autre à Fribourg'', est-il précisé.

Vendredi 11 février, le 19:30 de la Télévision Suisse Romande révèle que le ''prêtre pédophile'' (pour reprendre la terminologie de l'intitulé du reportage) exerçait son ministère à Carouge.

Selon l'information parue ce matin dans le Temps, sous la plume de notre consœur Patricia Briel, l'homme se serait donné la mort vendredi dans la soirée.

Si ces informations s'avèrent vraies, alors il y a véritablement un antagonisme entre le droit à l'information et la présomption d'innocence.

La TSR, dès lors, en divulguant des informations permettant de remonter à l'identité de l'homme d'Eglise, n'aurait-elle pas concouru à ce que le curé mette fin à ses jours?

Jusqu'à preuve du contraire et d'une décision de justice, un suspect est toujours présumé innocent. Était-il alors nécessaire de mentionner toute l'information alors qu'une partie seulement aurait rempli ce sacro-saint devoir d'information?

Bien qu'on doive, bien évidemment, penser aux victimes, et à toutes les personnes qui fréquentaient encore l'homme, même s'il n'était plus en exercice. Je pose la question.

01/02/2011

Dire n'importe quoi à n'importe qui

photo-de-prostituee.jpgEditorial Radio Cité, 1 février 2011

L’idée était alléchante : louer une petite amie. 20 euros le café, 180 la soirée et plus si affinités. ‘’Ce n’est pas de la prostitution, c’est de la location’’ annonçait le site éponyme : ‘’loueunepetiteamie.com’’. Seul problème : il a été créé de toute pièce par un autre site français de location d’objets entre particuliers. Le buzz aura coûté la bagatelle de 15 euros, c’est ce qu’annonce son directeur, et des milliers d’internautes auront été piégés. Jusque-là, pas de quoi s’inquiéter au vu du nombre de fausses vidéos et de fausses informations qui circulent sur le net.

Non, ce qui est plus inquiétant, c’est l’écho qu’en ont fait les médias plus traditionnels. En clair, les vrais médias avec des vrais journalistes et souvent une information de qualité. En très clair : les médias auxquels nous faisons confiance tous les jours et dont certains d’entre nous, ou d’entre vous, n’hésitent pas à prendre comme parole d’évangile. Notre télévision nationale en a fait un sujet dimanche soir. 2 minutes et 51 secondes sur une information erronée diffusée sur notre service public. Ici n’est pas la question de les blâmer, on est toujours plus intelligent après.

Non, ce qui est inquiétant, c’est d’envisager un semblant de réponse à cette question : comment des journalistes ont pu être piégés par cette affaire-ci en particulier ?

Les journalistes sont particulièrement prudents lorsqu’il s’agit de donner la parole à un intervenant. Je pense particulièrement lors de reportages dans des pays en guerre, ou lorsque les enjeux sont importants. Est-il est proche d’un quelconque pouvoir ? Quels sont ses intérêts et ses accointances ? Que sais-je de lui et de ses motivations ? Ses propos peuvent-ils être mis en doute ? Des questions toutes aussi importantes dans la tâche quotidienne qui est d’informer et non pas transmettre.

L’affaire du site ‘’loueunepetiteamie.com’’ ne révélera que deux choses au final.

La première ? Qu’il suffit de 15 euros à une société pour créer un buzz. On le savait déjà, mais cette expérience a le mérite de nous rappeler à quel point l’information est simultanément précieuse et dangereuse. Wikileaks en est l’exemple le plus frappant.

La deuxième ? Et je prêcherais pour ma paroisse. Que les journalistes ne font plus leur travail, à force d’être goinfrés par des flux d’informations, et des quantités incommensurables de dépêches. Que les journalistes n’ont plus le temps de justement le prendre, ce temps à vérifier leur source à force de devoir nourrir l’efficiente chaîne de production d’information.

C’est donc à la fois très excitant, et je le dis avec la plus grande des perversions, de constater qu’on peut piéger presque n’importe qui, en disant n’importe quoi, c’est hélas surtout terriblement navrant.

On espère que le public ne sera pas dupe. On aimerait qu’il reconnaisse le journaliste qui a foulé le terrain à celui qui aura caressé le clavier, celui aura échangé des mots à celui qui aura composé un numéro, celui qui aura fait de son métier, une véritable passion et non pas simplement une profession.