02/08/2012

Son regard saupoudré de longs cils

Alouette.JPGPolaroïd 12 : 36 ("From Bruson, Switzerland", extraits de l'article paru le 2 août 2012 dans la Tribune de Genève)

Les véritables stars du 1er Août en ville de Genève ont été, sans conteste, les vaches d’Hérens. Reines des alpages, elles ont réussi le pari d’attirer des milliers de curieux sur la plaine de Plainpalais, transformée pour l’occasion en arène. Dans une finale musclée mais relativement courte, pour cause de forte chaleur,Vampire des frères Meunier de Fully s’est défait de Nona, haute-valaisanne d’Agarn. La reine des reines, c’est elle. Consacrée en terre genevoise, il s’agit d’une première pour le canton. Et visiblement, la première est une réussite, à constater le nombre de déçus n’ayant pas pu assister au rituel identitaire.

Une affluence à laquelle ne s’attendaient visiblement pas les organisateurs. «Lorsque j’ai entendu l’épicier du coin de ma rue me parler des combats de reines, j’ai compris que nous avions peut-être sous-estimé le fort intérêt de la population pour l’événement», confiait encore la veille Eric Linder, l’un des organisateurs mandaté par la Ville pour animer les festivités. Inviter ces vaches-là? C’est son idée. Celle d’offrir de la montagne à la ville. Mais surtout celle de faire connaître une tradition, un art de vivre et de sensibiliser le public genevois et international aux difficultés que rencontrent les éleveurs.

L’idée de suivre l’une d’elles, dans son périple depuis son mayen (pâturage d’altitude moyenne) jusqu’à la plaine? C’est la notre. Le périple a lui aussi droit à sa star. Elle se prénomme Alouette. Ne souriez pas, c’est l’une des vaches qui n’a pas souhaité combattre hier.

A la rencontre de la star

La rencontre a lieu en Valais mardi soir, veille de fête nationale. L’un des éleveurs de la mythique vache de la race d’Hérens est prêt à nous accueillir. Chez lui. L’émulation est palpable. L’excitation à la hauteur de la tâche: décrire au mieux le parcours d’une future potentielle reine vers Genève. Sera-t-elle couronnée sur la plaine de Plainpalais? Elle ne l’a pas été, du haut de ses 4 ans seulement. Mais qu’importe, Alouette est déjà reine, à en croire la lueur qui scintille dans les yeux de son éleveur, Eric Fellay. Lui dit «agriculteur ou paysan». Des mots qui résonnent avec justesse dans sa bouche.

L’arrivée mardi soir à Bruson, village perché sur un flanc du val de Bagnes, est douce. Le soleil ocre qui caresse le hameau n’y est pas pour rien. Comme pour rappeler que Bruson remplit parfaitement son rôle «d’envers du décor». Et pour cause, il fait face à la clinquante Verbier. «On y a construit n’importe comment, peste le tout juste trentenaire. Vous direz à vos lecteurs que je trouve que l’initiative Weber est une bonne chose pour le Valais. » C’est fait.

Les discussions s’enchaîneront jusque tard dans la nuit. Sur sa passion de la race d’Hérens, la beauté de la compétition (avec visionnage des archives de combats de reines depuis 1998), ses fromages et sa viande. Oui, l’homme aime ses bêtes mais parle sans tabou de boucherie. «La passion, c’est bien. Mais ça ne nourrit pas. » Sans aucun doute, Eric Fellay est un homme de terre. La preuve? «Demain, rendez-vous à 6 h 20. »

Caféine et yeux embués

Le réveil retentit. Comme une sonnette, sauf qu’en Valais, ce sont les cloches des vaches qui sont nommées ainsi. Quelques minutes à s’émerveiller de la sombre lumière bleutée du ciel qu’Eric Fellay a déjà préparé sa bétaillère. Il faut aller cueillir Alouette dans son mayen. Pourquoi elle? «Parce que les trois autres sont toujours collées les unes aux autres. Je ne tenais pas à les séparer. » Ça pue l’amour.

Hier matin, comme Alouette, onze vaches d’Hérens se sont mises en mouvement des quatre coins du Valais pour rejoindre Martigny. Comme des bisses qui ruissellent vers les prairies. Sauf que ces reines-là ne sont pas des rivières paisibles. Ce sont des torrents. Frontales pour sûr, ne reculant jamais pour la plupart mais paradoxalement douces dans leur regard saupoudré de longs cils. «Elles ne se battent que pour imposer une hiérarchie, avance Benoît Berguerand, membre du comité de la Fédération suisse d’élevage de la race d’Hérens. Il suffit de les voir lutter pour comprendre. La reine d’un troupeau n’est pas reine pour la gloire, elle l’est pour le bon fonctionnement de la "meute". Aussitôt la lutte terminée, l’animal redevient calme. »

L’angoisse des éleveurs

Calme, Benoît Berguerand ne l’est pas. Au contraire, c’est d’anxiété qu’il est habité. «Certains nous attendent au tournant. Nous ne pouvons pas nous permettre d’erreur. » La récente polémique sur la venue des vaches à Genève et l’opposition de la Ligue suisse contre la vivisection ont laissé des stigmates, «même chez nos propres éleveurs, où certains étaient défavorables à notre venue chez vous. Ils ont peur qu’on leur pique leur race. » Lui préfère parler de promotion de l’image du Valais et de ses produits. L’anxiété sera vaine. Aucune vache ne sera blessée.

Hier, le public, pourtant assommé par un soleil de plomb, n’a pas caché son enthousiasme ni son intérêt pour la «bête». Les questions ont fusé, sur les blessures qu’elle peut encourir (essentiellement des cornes brisées, rarement les yeux), sur ce qui la meut à se battre (l’instinct) ou encore sur le record de durée d’un combat (plus de quarante minutes).

Alouette n’a pas gagné. Et alors? Eric Fellay doit avoir raison. Sa vache est une star. Pour preuve, elle refuse de combattre. C'est ça, être une vraie reine.

09/10/2011

Sandrine Salerno dans le Matin Dimanche.

pic.jpgPolaroïd 12 : 20

La Conseillère administrative a répondu aux questions d'Elisabeth Eckert et Christine Salvadé en page 4 du Matin Dimanche d'aujourd'hui. En jeu: le licenciement d'un chargé de communication, une collaboratrice sanctionnée pour avoir demandé à ce même chargé de communication de travailler pour le Parti socialiste genevois, l'engagement de Boris Drahusak et les conditions de son départ, et une prise de position sur le développement de Genève (contre les multinationales, c'est selon) dans le magazine officiel de la ville.

Quelques remarques.

Je constate que le ton est celui d'une victime, qu'il est émotionnel et féminin. Il y a ''lynchage'' et ''acharnement'' contre elle, la magistrate se sent ''salie'' tout autant que son nom de famille. Traitée de ''pourriture'' dans le tram, la socialiste pose la question de savoir ''comment cela aurait été si ça s’était produit sur le chemin de l’école, devant mes deux petites filles''. Enfin, Sandrine Salerno est une femme. Femme tout court, ''femme politique'' ensuite, pour s'achever dans la ''femme politique de gauche''.

Sur les responsables. Elle avoue ne pas savoir ''qui veut sa peau''. Pourtant, quelques lignes plus bas, c'est clairement la droite qu'elle pointe du doigt.

Quid de sa prise de position dans ''Vivre à Genève''? Etait-ce un pamphlet contre les multinationales ou une question ouverte sur le modèle de développement du canton? Le magazine en question est-il la voix du Conseil administratif ou une tribune pour chacun de ses membres? Aurait-il été plus judicieux de publier ce texte dans le journal du PS que dans le magazine officiel de la ville?

Sur les questions en suspens.

Aura-t-on l'honneur d'entendre le reste du Conseil administratif sur l'engagement ainsi que sur les conditions de licenciement de Boris Drahusak? Sandrine Salerno a décidé de licencier son chargé de communication pour des fautes professionnelles, pourquoi diable alors Pierre Maudet a-t-il réengagé ce même collaborateur dans son département?  Qui a divulgué le dossier RH du chargé de communication?

07/10/2011

Ce n'est pas le problème d'Eric Bertinat. Mais c'est un peu le notre.

2508635849_1.jpgPolaroïd 12 : 18

Le chef de groupe UDC au Grand Conseil était, hier soir, l'invité de ''Genève à Chaud'' sur Léman Bleu, invité à débattre de sa proposition d'ancrer dans la loi genevoise, l'interdiction de la prostitution à moins de 500 mètres d'une école. A la question ''mais où déplacer la prostitution? '', Eric Bertinat répliquera: ''ce n'est pas mon problème''. ''Ailleurs''.  ''Ce n'est pas moi qui vais vous dire où la mettre''.

Ces propos sont tout simplement ahurissants. Qu'un élu ne se préoccupe pas des conséquences de ses actions politiques, qu'il estime que c'est aux ''autres'' de se soucier des répercussions de ses décisions, est une attitude, à mon sens, irresponsable.

Parce que, si ce n'est pas le problème d'Eric Bertinat, c'est en tous les cas, le notre.

05/10/2011

Le Vert nu, ou presque.

photo.JPGPolaroïd 15 : 52

Oui, le propos est ironique. Les jeunes Vert-e-s se sont ''dénudés'', place Bel-Air, en début d'après-midi pour dénoncer ''le manque de transparence et d'égalité dans les campagnes politiques''. Sur le fond, que dire, si ce n'est qu'il est bon que le financement des campagnes politiques soit ouvert. Les politiciens, eux-mêmes, auraient presque tout intérêt à ce que les sources soient connues, à en croire la fécondité des rumeurs. Enfin... si les journalistes pouvaient encore enquêter sur les réseaux occultes et les sombres poignées de main.

Sur le principe de l'égalité, à savoir un plafond minimum d'investissement de campagne? Désagréable impression qu'il ne s'agit que de l'argument du ''pauvre''. Si votre parti réunit plus d'argent, à qui le blâme? D'autre part, comment plafonner ce montant? A en croire les jeunes Vert-e-s, le montant total investi caresse les 8'000 francs. Doit-on demander au PLR ou à l'UDC de plafonner ses campagnes à ce chiffre là? Même si ce plafond était fixé à 50'000 francs, la jeunesse verte serait bien au-dessous.

Enfin sur la forme, on l'aura bien compris, les jeunes Vert-e-s exigent plus de transparence en posant la question: doit-on se dénuder pour que les médias parlent de nous? La réponse est cinglante: oui! A défaut d'argent, ayez des idées!

Seule anicroche, si j'ose, Messieurs et Mesdames les jeunes Vert-e-s, vous déclarez ''n'avoir rien à cacher''. De grâce alors, n'incarnez pas de demi-mesures. Vous avez tenté le maillot de bain, synonyme de semi-transparence. La prochaine fois, soyez nus. La transparence, alors, sera totale.

03/10/2011

A en croire Sandrine Salerno, je ne suis pas une personne sensée.

doisneau_picasso.jpgPolaroïd 14 : 33

Sandrine Salerno était interrogée hier à Forum sur la question de l'implantation des multinationales à Genève. En fin d'entretien (puisque débat, il n'y pas eu), la question a été posée par ma collègue Nathalie Ducommun, à savoir ''avez-vous demandé à ce chargé de communication de votre département de faire de la propagande politique, d'écrire pour le parti socialiste'' ? La réponse est immédiate: ''clairement non!'', rétorquera la Conseillère administrative.

La socialiste pose alors la question : ''lorsqu'on travaille pour une présidence, une direction de département au niveau politique, dans son activité de communication, existe-t-il un volet de communication politique?''. Sandrine Salerno répond à sa propre question: ''Et bien oui! (...) mais faire de la communication politique pour une magistrate, ce n'est pas encore la même chose que de faire de la communication politique pour un parti. Et cette différence, cette frontière, pour toute personne sensée, elle est claire!''.

Et bien, malheureusement non! Cette différence n'est en tout point pas évidente.

Suis-je si naïf de concevoir que les idées d'un élu sont souvent les mêmes que son propre parti et dès lors, communiquer pour soi, c'est aussi communiquer pour les autres? Que penser de la présence, en période électorale, d'un magistrat de droite dans le calendrier de son département? D'un élu très à gauche qui multiplie les conférences de presse pour attirer l'attention des médias? Ou d'un autre qui réunit une task-force pour alimenter son blog, facebook, et autres twitter?

La question sous-jacente est limpide: quel type de communication peut-on accepter de financer avec l'argent du contribuable?

Soyons clairs, je comprends bien qu'on communique pour dire à quel point notre département est efficace et fantastique, qu'on informe les citoyens des progrès réalisés, ou qu'on souhaite ''se rapprocher des habitants et habitantes de cette ville''. Je comprends fort bien également qu'on engage des collaborateurs de son propre parti pour effectuer des tâches de communication.

Mais dire ''que la frontière entre la communication politique d'un département et la communication politique d'un élu (en campagne) appartenant à un parti, est claire'', est à mon sens, insensée. Comme moi, à en croire Sandrine Salerno hier.

30/09/2011

Sandrine Salerno attaquée par GaucheHebdo.

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Polaroïd 11 : 59

On appelle cela une petite bombe.

GaucheHebdo publie aujourd'hui un article à charge contre la Conseillère administrative socialiste Sandrine Salerno. Il révèle que la magistrate a engagé un ancien journaliste de la Tribune de Genève en tant que chargé de communication du département des Finances et du Logement. Assez rare pour signaler que l'hebdomadaire a envoyé aux rédactions l'article publié.

Selon lui et là où le bât blesse, c'est que le fonctionnaire en question aurait été mandaté pour rédiger des articles pour le compte de Sandrine Salerno au sein du journal des socialistes de la Ville, à savoir ''Causes communes''.

Plus étonnant encore, la mission qui consiste à poster anonymement des commentaires sur le site de la Tribune lui aurait été attribuée, ainsi que d'autres ''missions'' tels que s'occuper du profil FaceBook de la Conseillère administrative ou encore de trouver des slogans pour la campagne du PS.

Aujourd'hui, le fonctionnaire a été licencié. Il est désormais employé par un autre magistrat : Pierre Maudet.

A supposer que ces faits soient avérés, (ce qui ne semble pas le cas pour la magistrate socialiste, nous attendons sa version des faits), ils pourraient dénoter encore une fois l'opacité des ressources humaines au sein de la Ville de Genève, dernièrement épinglée par la Cour des Comptes, il y a deux semaines. Je le relevais déjà : un magistrat vert avait pu être engagé pour 50'000.- l'un des siens pour la réalisation d'un fichier Excel de quelques centaines de noms, jugé ''inutilisable dans le cadre du projet dans lequel cette tâche s'inscrivait''.

Qu'on engage un collaborateur proche de son parti, et qui partage des affinités politiques dans un rôle de communicant me paraît acceptable. Ce qui ne l'est pas du tout, c'est de l'employer pour d'autres tâches que celles requises par l'administration, la fonction et surtout par le contribuable. Le manque de contrôle des travaux effectués, de l'engagement relevant parfois du copinage, ou encore des ''postes-placards'' ne peuvent subsister au sein de l'administration, qu'elle soit municipale ou cantonale. Parce qu'avec eux, c'est toute la machine qui se décrédibilise. ''Qu'importe'' me direz-vous. Les partis contestataires en profiteront, en expulsant des ''tous pourris'', et on ne pourra pas, alors, leur donner tort.

14/01/2011

Voile islamique et journalisme, bis repetita

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Polaroïd 10 : 27

Je vous invite à écouter l'émission Médialogues de ce jour (vendredi 14 janvier 2011) sur le site de la RSR sur la question du voile islamique et du journalisme: ''font-ils bon ménage?''

Interviews croisées du blogueurs Julien Cart et moi-même.


podcast

Merci à la TdG et à Jean-François Mabut d'avoir relevé mon billet, et aux commentaires reçus ayant nourri le débat.

Olivier Francey

12/01/2011

Cours de communication pour musulmans

agora2.JPGPolaroïd 12 janvier 2011, 07 : 45

Nous apprenions de notre confrère du Matin, Renaud Malik, que le Conseil central islamique suisse dispensait des cours de communication destinés aux musulmans. Objectif: ''inciter les membres de la communauté musulmane à participer davantage au débat public''.

Je n'évoquerai pas ici du peu de représentativité du CCIS, ni des propos de son président Nicolas Blancho. Je juge juste l'idée bienvenue.

Je constate avec quelle difficulté, nous, journalistes, avons à trouver des interlocuteurs à la fois, capables de représenter les musulmans de Suisse, et d'avoir l'habitude et l'aisance de s'exprimer devant des médias.

Je constate également que le manque (apparent?) d'union des musulmans dans notre pays, leur a probablement été préjudiciable.

Serait-ce enfin le temps que tous les courants de l'Islam se rassemblent, s'unissent, se fédèrent pour qu'enfin, les propos isolés d'un homme, d'une association ou d'une organisation, ne donnent plus l'illusion de parler au nom de tous?

01/01/2011

Sur nos montagnes quand le soleil...

Fleder.jpgPolaroïd 1 janvier 2011

"Se cacher derrière nos montagnes n'est, en revanche, pas une solution".

Les propos sont signés Micheline Calmy-Rey, ce soir lors de son allocution de Nouvel-An. En socialiste, la présidente de la Confédération a rappelé que le fossé entre plus riches et plus pauvres se creusait toujours. En femme, elle rappelle qu'une majorité féminine au gouvernement indique que "les mentalités ont évolué". En musique, la Confédération nous rappelle à quel point notre pays aime le cor des Alpes, et à quel point son service multimédia est doté d'un humour certain. "Bonnard" diront d'autres.

La présidente de la confédération a évoqué le besoin de retrouver un Conseil Fédéral uni, les mots "consensus" et "collégialité" n'auront jamais autant fait sourire. Surtout à la lumière du rapport de la commission de gestion du Conseil des Etats sur la gestion de l'affaire Kadhafi.

Micheli ne Calmy-Rey rappelle qu'elle n'est pas une cheffe de parti. Sûrement. Mais toujours socialiste à en croire ses (demi) mots affectueux envers l'UDC.

Certains se cachent derrière des montagnes, d'autres derrière des franges, certains se cachent où ils peuvent, dans des mots, dans des choix, d'autres derrière des dossiers. Pour preuve, le magnifique décor qui aura servi d'arrière-plan ce soir.

Moins de modestie, moins d'autocritique, m'a conseillé ma Présidente. De quoi rendre cette année 2011. Chaude.

 

 

18/12/2010

Rumeurs

Julian.jpgPolaroïd 11 : 43

A lire demain. La Sonntags Zeitung. Wikileaks et le Parti Pirate Suisse se seraient entretenus. Quel accord? Pascal Gloor s'est-il entretenu avec Julian Assange?

A suivre.

29/11/2010

L'irritation

Lady.jpgBonjour. Si vous êtes étrangers, tapez 1, si vous êtes criminels, tapez 2, enfin si vous êtes étranger et criminel: nous nous occupons de vous. Nous allons bientôt procéder au décollage. Les hôtesses de l'air vous apporteront, dans quelques instants, un léger rafraîchissement.

Pour les autres bienvenue, à Genève. Genève, un monde en soi. Genève vous accueille à bras ouverts, entre 8h30 du matin et 19h00.

Je ne sais pas vous, mais moi, ces votations m’ont irrité. Aucune crème n’ayant réussi à calmer l’apparition de ces «petits boutons noirs» hier, c’est devant la télévision que j’ai essayé d’oublier ces démangeaisons épidermiques, ces éruptions cutanées, la violence des plaques tectoniques à fleur de peau.

L’irritation avait débuté il y a bien longtemps déjà. C’était un 24 juin 2009. Là, au bord du lac, l’air fleurait bon l’algue lémanique, mal assis sur une chaise mal conçue d’un glacier mal foutu, j’apprenais, non pas que le Falcon de la Confédération revenait le ventre vide de Tripoli, mais bien que ce même Falcon pourrait repartir de Berne le ventre plein: l’UDC avait déposé son initiative: ‘’Pour le renvoi des Étrangers Criminels’’.

Ni une ni deux et apprenant la nouvelle, je sursauta de ma chaise, poussant par inadvertance au passage, un vieil accordéoniste tzigane et un joueur de bonneteau dans la rade. Direction l’office fédéral de la Statistique. Soixante-trois francs plus tard (je ne voyage qu’en première classe), j’arrive donc à destination: espace de l’Europe numéro 10, Neuchâtel.

J’y apprends que 38 tueurs de poules, 295 brigands, 927 Robins des Bois, 2996 vendeurs de coussins au chanvre, 128 pervers et 2 sado-masochistes sont concernés par l’initiative UDC. Une année et demi plus tard, c’est fait SVP. La Suisse l’accepte à presque 53 %. Au total, 4200 vilains, et c’est sans compter ceux qui fraudent l’assurance sociale, peuvent désormais être renvoyés dans leurs pays. Enfin à quelques détails près.

Ce qui était irritant en 2009 est resté irritant en 2010.

La Gauche gémit de ne pas avoir les mêmes moyens financiers que les autres; sans pour autant faire son mea culpa quant à son cafouillage de début de campagne. Le centre-droit, lui, abuse du contrôle-c, contrôle-v en copiant, mais de manière honorable, le texte originel du parti agrarien. Sa force propositionnelle s’est rapprochée de zéro sur le domaine de la sécurité, il ne fait plus que réagir, au lieu d’agir ou de se taire.

Hier, aucun président de parti n’avouait avoir perdu. La faute à qui? Aux autres forcément.

Hier, l’irritation n’était pas due au fait de lire ou d’entendre les éternels aboiements au populisme, du dégoût des suisses à être suisse, ni de voir Eric Stauffer se dandiner derrière la caméra de la TSR en direct de l’hôtel-de-Ville. Ni même de l'UDC.

Non, l’irritation était ailleurs. Celle de voir Yvan Perrin, toujours sur la chaîne de télévision nationale, sagement assis dans son fauteuil, constatant avec quelle efficacité les autres partis étaient incapables de lui répondre. Incapables de répondre aux suisses.

Un combat sans adversaires, c'est ça la véritable irritation. Mais rassurez-vous, ce qui est irritant en 2010 sera aussi irritant en 2011.

03/11/2010

Lettre ouverte à Christian L.

Camarade.jpgLettre ouverte à Christian Levrat, président du parti socialiste suisse.

Très Cher Camarade.

Je me permets de prendre la plume aujourd’hui pour vous écrire ce petit message. J’ai bien léché mon timbre : courrier A, mais plus de 100 grammes donc 1 franc 30; parce que vous le savez bien, j’y ai glissé, non pas un explosif, mais une bombe pour le réveillon: cotillons, masques et sifflets rigolos qui font du bruit! J’espère que vous apprécierez.

Très Cher Camarade, je prie tous les jours que Dieu fait, que vous recevrez cette lettre le plus vite possible dans votre case postale, numéro 7876, Spitalgasse 34, 3001 Berne.

Je suis actuellement à l’école de recrue de Savatan, en Valais. On s’y amuse bien, mes camarades-recrues sont gentils avec moi, même si le Fendant a tendance à me faire mal à la tête. Heureusement, Maman m’envoie toutes les semaines un immense paquet avec mes deux journaux préférés, Spirou Magazine et le Courrier… Elle m’a également fait parvenir quelques aspirines et une boîte de préservatifs aromatisés à la williamine, « les valaisannes ne sont pas farouches » m’a-t-elle prévenu.

J’ai longuement hésité, avant de vous faire parvenir cette lettre. J’ai appris que l’armée allait disparaître !

Très Cher Camarade… allez osons, appelons-nous par nos prénoms. Très Cher Christian, j’ai eu très peur quand votre parti a souhaité la mort de notre « Schweizer Armee ».

Tout d’abord, j’ai cru que vous étiez très fâché contre moi.

Je sais, je vous ai déjà appelé à de nombreuses reprises sur votre portable : le 079 240 75 57. Je vous jure, Christian, ce n’était pas du harcèlement, j’avais juste quelques questions à vous poser… pour moi, ou pour nos auditeurs. (Ah oui, j’oubliais Camarade, je travaille dans une radio).

J’ai cru donc, que vous étiez très fâché contre moi… mais, quel sot je suis, vous ne répondez plus aux radios locales, « trop peu d’auditeurs » m’aviez-vous répondu. Pas grave Christian, je vous rassure, je n’ai pas pris ma carte chez les communistes !

Ensuite, je me suis dit : ça y est, Christian ne veut plus que je lui envoie des lettres par courrier militaire. Ou alors : Christian ne veut plus que Maman m’envoie du saucisson de cerf fumé et du pinot blanc genevois. Et le meilleur moyen d’y parvenir, je vous le donne dans le mille : abolir l’armée !

Je savais que vous étiez un fin stratège, mais à ce point-là, Christian, vous n’êtes plus le roi de la manigance, mais le pape de la fourberie, le seigneur de la machination, le Eric Stauffer d’Onex-sous-Bois.

Et puis, je ne suis pas idiot tout de même, je me suis bien rendu compte que tout le monde autour de moi, pestait contre l’armée. Mes camarades-recrues tout d’abord, qui se plaignent de perdre leurs temps à ne rien faire, sauf les valaisans, qui en profitent pour siroter au goulot une bouteille de petite arvine, mon patron qui peste contre cette longue absence de son plus innocent employé, mes amis qui ne comprennent pas bien comment on allait sauver la Suisse des envahisseurs à coup de blindés et de fantassins, et enfin ma Maman adorée, qui pleure de ne pas revoir son fils chéri.

Si j’ai bien compris, personne n’est satisfait par notre grande armée. J’avais aussi saisi que vous ne m’en vouliez pas personnellement. Ouf !

Bon, je dois vous le confesser Christian, je n’ai pas compris pourquoi de vilains journalistes et de fourbes politiciens vous accuse de trahir votre statut de parti gouvernemental, pourquoi on dit de vous, que vous êtes rentré dans l’opposition.

Moi, du haut de mes 18 ans, je vois en vous un grand homme, un visionnaire, un génie, le Pablo Picasso de la politique, le Che Guevara helvète, le Lennon du parti social-démocrate. Moi, comme vous, j’ai plein d’idées à vous faire partager: augmenter la taille des tubes de Cenovis, rajouter du gaz au Rivella, ou alors construire plein de logements à Genève.

Alors comme vous ne répondez plus à votre téléphone, Christian, je vous donne le mien : c’est le 079 904 71 48. Appelez-moi Camarade !

01/11/2010

L'avenir

topelement.jpgPolaroïd futile de 11 : 57

Quelle joie de recevoir la nouvelle photo officielle 2010 du Conseil Fédéral!

Admirez les pixels, admirez le recyclage, admirez le culot, admirez nos Conseillères Fédérales et nos Conseillers Fédéraux, tout sourire.

Il fallait oser. Un Conseil Fédéral en mouvement, un Conseil Fédéral qui en veut, les yeux tournés vers l'avenir.

Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai hâte d'être à l'automne 2011. Bonne année et merci, on vous rappellera.

27/08/2010

Celui qui se querelle avec un ivrogne frappe un absent

 

pendaison.jpg27 août 2010

Acta fabula est. Les rideaux se sont clos, ses yeux avec. L'acteur se sera finalement effondré, seul sur la scène. Obscène: qui n'a pas sa place sur les planches, où quand les planches servaient à l'échafaud.

La tempête s'est éloignée. Du tonnerre ne reste qu'un vague pouls arythmique. Du front du spectateur bien-pensant ne reste que des gouttes de pluie ou de sueur. La lame aura touché, le but atteint.

Vouloir réintroduire la peine de mort a suscité une vague d'indignations. On a débattu. La machine médiatique s'est affolé, ou fait avoir, c'est selon. Sur les blogs, sur les réseaux dit-sociaux, sur les lèvres des politiques et des journalistes; la honte a porté la couronne.

Mais qui, pour s'intéresser aux motivations de ceux qui ont déposé le texte? Qu'ont-ils vécu? Pourquoi? Le pouls arythmique est devenu asynchrone, et a fini par mourir.

Je me souviens avoir entendu mon grand-père tenir des propos racistes. Je me souviens avoir partagé un été avec un collègue profondément anti-frontalier. Je me souviens avoir demandé à Evelyne Widmer-Schlumpf comment comptait-elle s'en prendre à l'islamophobie.

Aux pourquoi, mon grand-père m'a répondu: l'adultère. Mon collègue: le chômage. Evelyne: quelle islamophobie?

"Comme si l'Histoire ne servait à rien" écrivait Pascal Décaillet. " Comme si tout, à chaque fois, était à recommencer". Je ne peux que lui donner raison.

 

Les rideaux se sont clos, ses yeux avec.