16/08/2011

La limpide explication d'Isabel Rochat

pic.jpgPolaroïd 16 : 21

Isabel Rochat était l’invitée aujourd’hui du journal du matin sur la première.

La ministre en charge du département de Justice et Police commentait la lettre reçue de Micheline Calmy-Rey, laquelle s’inquiétait de la ‘’détérioration de la sécurité à Genève’’. Une missive qui fait suite à l’agression d’un fils de diplomates survenue en juillet dernier. Nul doute que la Conseillère Fédérale tenait à démontrer qu’elle avait empoigné le dossier à bras-le-corps, qu’elle tenait à réassurer les instances internationales, et qu’elle avait bien tenu compte de l’email ‘’d’alerte’’ envoyé aux trois milles fonctionnaires que compte la Genève internationale. Quitte à spéculer, la démarche de la socialiste semble plus relever d’une attitude politico-médiatico-diplomatique que d’une réelle inquiétude.

Dans une longue logorrhée probablement alimentée par un texte et des chiffres sous les yeux, Isabel Rochat s’est fendu d’un discours quasi inchangé depuis plus d’une année. Je ne l’en blâme pas mais m’interroge sur quelques points.

Qu’est-ce la détérioration de la sécurité à Genève ? De quoi parle-t-on exactement ? De cambriolages ? D’agressions physiques ? D’incivilité ? D’un sentiment ou de la ‘’réalité’’ des chiffres ?

Justement sur ces chiffres, la Conseillère d’Etat évoque une tendance à la baisse des agressions : ‘‘-16% sur les lésions corporelles simples, -7% sur les lésions corporelles graves, et en règle générale, les infractions pénales accusent une baisse de -3%’’ déclare-t-elle. Piquée à vif par notre collègue, Simon Matthey-Doret, qui rappelle l’article paru aujourd’hui dans la Tribune de Genève en page 15, à savoir : ‘‘vous dites Isabel Rochat, baisse des agressions à Genève, (…) je lis, Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la Police, ne cache pas que les plaintes ont explosé en début d’année, agressions en hausse cette année, etc, 46 agressions, vous n’avez pas du tout les mêmes chiffres ?’’

Réponse de l’intéressée : ‘‘Non, écoutez, moi je parle des chiffres qui sont des statistiques nationales’’. La magistrate ne répondra finalement que partiellement à la question évoquant les priorités du Conseil d’Etat, les coups de pieds vers Berne et autre réorganisation de la Police, dans une tentative de noyade plutôt brillamment exécutée pour un auditeur à 7h40 du matin.

Les chiffres sont-ils en hausse ou pas ? Nous ne le savons toujours pas. Quelques minutes plus tard, le couperet tombe. A la question : ‘‘Isabel Rochat, là, vous reconnaissez donc que ce genre d’agression est en augmentation ?’’

‘‘Bien sûr’’, rétorquera-t-elle.

Magie du journalisme, une magistrate peut facilement en moins de 7 minutes déclarer à la fois que la tendance est à la baisse, et à la fois qu’elle est à la hausse. Evidente limpidité lorsqu’on compare des poires et des pommes.