01/11/2010

Le rêve

Gondry.jpgEditorial Radio Cité, 1 novembre 2010

Cette nuit, j’ai rêvé.

J’ai rêvé de Genève. Les rues étaient propres, ni un mégot, ni une crotte ni un crachat. Pierre Maudet, lui s’endormait déjà tous les soirs avec son plus fidèle ami imaginaire, une vieille peluche de raton laveur, il s’appelait déjà Boris.

On pouvait se permettre de flâner au bord du lac, sans être importuné par un Ismar, un Faruk, ou encore un Detlef. Et puis du côté du boulevard des philosophes, on pouvait encore croiser Haldas, plume dans la main gauche, verre de gamay dans la droite, tellement bigleux qu’il n’avait pas remarqué qu’un petit groupe de vilains gauchistes avaient envahi un bâtiment, à l’angle du boulevard de la Tour, pour y poser une corne. Sandrine Salerno, encore toute innocente portait déjà des pantalons larges, rêvait d’épouser un Che guevariste, mais finira par s’acoquiner d’un avocat grizzly.

On pouvait prendre le tram sans être dérangé par le son désaccordé d’un accordéon tzigane, les banquiers étaient des gens respectables, et les frontaliers n’étaient pas aussi nombreux. Eric Stauffer, lui, ne faisait pas la une des journaux. Fier de ses 24 ans, il fomentait encore le rêve humide d’être un jour agent secret, ou mafieux napolitain. De cette période, malheureusement, il n’aura gardé que sa gourmette, qu’il caresse encore langoureusement quand il se voit en Une du Matin Dimanche.

Et puis, on allait en famille aux Charmilles voir le Servette FC, les joueurs étaient encore genevois, ou au pire, confédérés. Notre père allait chez Jeannot, le petit bar carougeois, aujourd’hui remplacé par un infâme restaurant vietniamien.

Notre mère, elle restait à la maison. On faisait encore de vraies femmes de foyer, conditionnées à la popote et assaisonnées à l’école ménagère. Bon, c’est vrai, Papa pouvait assumer seul, toute la petite famille, Maman pouvait parler tranquillement tricot et Betti Bossi avec ses amies, la mondialisation était alors un mot inconnu, l’étranger lui, venait du Valais, d’Italie ou du Portugal. L’étranger parlait une autre langue certes, mais avait le mérite d’être blanc.

Ah Genève ! Ville de toutes les promesses, de tous les espoirs, on pouvait laisser traîner son sac sans le voir disparaître, on pouvait se loger à bon prix, Michel Chevrolet habitait Meyrin, mais rêvait déjà d’un triplex en ville. Toujours adolescent, il se surprenait à s’imaginer politicien engagé, proche des gens, on s’en rappelle, il aidait déjà sa vieille voisine en lui portant ses cabas, qu’il ramenait de la Coppet. « Blocage, blocage, blocage » hurlait-il déjà quand sa subvention pour créer Meyrin FM lui fût refusée, c’est décidé, « je deviendrai PDC » dira-t-il en effectuant un signe de croix et en récitant, par cœur s’il vous plaît, un ave maria.

A Genève, les campagnes politiques étaient courtoises, les politiciens aimables, les partis ne nous disaient pas « comment on doit voter », et enfin le président du PS suisse répondait aux radios locales, aujourd’hui tout cela a bien changé.

A gauche, on ne pleurnichait pas, on se battait. On se souvient de René Longet lutter contre une cohue d’herbes folles dans son potager. A droite, on fumait déjà le cigare à la table du fond de la brasserie Landolt, se délectant d’un prêt accordé par la Caisse d’Epargne pour s’acheter un petit immeuble. Yves Nidegger, préparait déjà son cartable pour sa course d’école pour Berlin, Soli Pardo récitait des vers Homériques pour séduire une jeune fille esseulée, et François Longchamp, rêvait d’être journaliste. Tout cela a bien changé.

Cette nuit, c’est fou, j’ai rêvé de Genève dans les années 80. Un peu comme tous les politiciens qui continuent à faire de la politique à la papa-maman.

21/10/2010

Quand l'actu tue

Jack.jpgEditorial Radio Cité, 21 octobre 2010

Si j’ai bien compris l’actualité genevoise cette semaine et avec un tout petit peu d’imagination.

Un certain Daniel Quarcoopome souhaitait organiser le concert de Prince à Genève, et plus particulièrement, au Stade de Genève. Un joli stade à 100 millions. Malheureusement, dans le même temps, Michel Chevrolet, décide, lui, de faire construire une gigantesque boîte de nuit sous le pont de la route des Jeunes. Au GHI mardi, il déclare y avoir pensé il y a deux ans déjà, le soir même sur une grande radio nationale, les deux ans se transforment en une année.

A ce rythme là, demain, l’argentin de Buenos Aires nous apprendra qu’il en a rêvé cette nuit.

Bref, le candidat à l’exécutif de la ville de Genève riposte et invoque la clause de concurrence, Daniel Quarcoopome, dévasté par la nouvelle, finit sa nuit à l’hôtel Président, commande trois bouteilles de champagne, bat sa domestique, et s’endort dans les bras de quatre filles, filles d’origine étrangère, mais déclarées non-dangereuses, raison pour laquelle l’initiative UDC ne peut être appliquée.

On connaît la suite, une trentaine de policiers empruntent le nouveau pont de la Rade, financé par une tribu elle-aussi étrangère, mais riche et donc bienvenue. Daniel Quarcoopome est emprisonné illico presto dans une cellule à Palexpo, Champ-Dollon est toujours surpeuplée, et son extension est toujours au point mort.

Michel Chevrolet, lui, est fâché. Blocage, blocage, blocage, Christian Grobet a déposé un référendum pour violation de l’article 135, alinéa 8 point 2 de la LDTR! L’ex-directeur de Léman Bleu cherche donc un lieu de remplacement pour sauver nos jeunes de l’ennui et de la morosité genevoise.

« Moa, j’irai bien à Vernier » dit-il. Pas de bol, l’endroit a failli être sauvé par Olivier Jornot, le nouveau super-héros libéral défenseur de la culture alternative, mais c’est trop tard, son ennemi juré, l’infâme sheriff Stauffer a dégainé plus rapidement. Vite une solution alternative!

François Longchamp propose de louer un hangar à Cointrin. Raté, les syndicats s’y opposent. Le président du Conseil d’Etat soumet alors, l’idée de faire des « afters » aux Automnales, en engageant de chômeurs en fin de droit. Encore raté, Genève ne peut plus prolonger ses indemnités.

Isabel Rochat lance l’idée de reprendre la patente du Velvet. Mais pas de chance, les policiers, eux ont l’habitude de se rendre à la Coupole.

Véronique (!) Künzler décide d’organiser une techno party, en plein air, sur le site de l’Allondon. Malheureusement, les grenouilles sont encore protégées.

Pierre-François Unger retourne sa veste, pas question donc d’ouvrir un club. Mark Muller, lui, essaie toujours d’obtenir des autorisations. Charles Beer et René Longet papotent dans un coin, David Hiler, lui, s’entretient avec Daniel Brélaz sur la question de l’utilité de la pose d’un anneau gastrique. Bon. Michel Chevrolet repart en Argentine, Sami Kanaan, qui ? Oui, le candidat socialiste devient maire de Genève, et nous ?

Nous. On organise un petit dîner en tête-à-tête avec la chancelière, dans un ballon suspendu au-dessus du jet d’eau… parce que les fiestas géantes à Plainpalais, ce n’est définitivement pas assez compliqué pour notre canton.

11/10/2010

L'indice

Doisneau2.jpgÉditorial Radio Cité, 11 octobre 2010

Ce qui a animé Genève, ce week-end. C’est une boite de nuit. C’est le MOA club, chemin des Batailles 22, 1214 Vernier.

Une belle manifestation, pas autant de gens que le prétendent certains médias, mais on n’est pas à 500 jeunes près. Un sympathique rassemblement, on ne pouvait que se réjouir de découvrir que nos « jeunes » ne sont pas aussi mous et décérébrés que l’on pouvait imaginer. Se réjouir aussi que parfois, l’idée même que l’on puisse se mobiliser ait pu effleurer leur petit esprit endolori.

Enfin de penser, que les jeunes, qui d’habituellement ne vont jamais voter, pourraient, au hasard, voter en avril prochain pour un certain candidat ? Non, cela relèverait de la pure médisance.

D’ailleurs, le candidat en question est fâché contre moi. Il ne me parlera plus. Dommage. Il aurait pu répondre à cette question : peut-on être médiateur, participer à des séances avec le Conseil d’Etat, être à la tête d’une agence de communication, et être en campagne à l’exécutif de la Ville de Genève ? Il aurait sûrement répondu : mais oui bon sang ! J’aurais, bien évidemment, acquiescé. La réponse m’importe peu, les arguments : un peu plus.

Bref, pour sa défense, lui est vraiment en campagne. Et la campagne, ça forge un homme. On prend des coups, les amis nous tournent le dos… « rôti sur le grill » diront les fin spécialistes de la politique.

Lui est en campagne, à dos de petit mulet, contrairement à deux autres candidats : l’un portant le même nom qu’un raton-laveur : Boris, l’autre le même nom qu’un héros de Scooby-doo : Sami, fameux chasseur de fantômes. A force de travailler tôt le matin pour faire la guerre aux déchets encombrants pour l’un, et l’autre d’opérer dans la discrétion pour débusquer les esprits ; plus que des candidats, c’est des candidats-revenants que l’on pourrait découvrir l’année prochaine.

Toujours est-il que ce qui a animé Genève, ce week-end. C’est une boite de nuit. C’est le MOA club, chemin des Batailles 22, 1214 Vernier.

Alors à ceux qui posent la question de savoir si l’établissement était un lieu culturel ? La réponse est OUI, n’en déplaise à l’élite alterno-culturelle genevoise.

A ceux qui posent la question de savoir si l’établissement était d’utilité publique ? On pourrait en discuter. Mais au regard du Java Club, fréquenté par des fils à papa, et des pauvres… aspirants à être riches, la SIP fréquentée par de jeunes avocats et banquiers, le MAD fréquenté par ceux qui ont été rejetés partout ailleurs, et enfin l’Usine fréquentée par des punks et des pauvres n’aspirants pas à être riche, eux ; on ne devrait plus parler d’utilité publique, mais plutôt d’alternative culturelle bienvenue.

Enfin à ceux qui posent la question de savoir si l’établissement devait fermer ses portes ? Oui, s’il ne respecte pas la législation. 

Genève semble parfois s’embourber dans le manichéisme. Ceux qui aimeraient que le Canton reste ce qu’il a toujours été: "pas question d’un tram qui amènerait une horde de Shadocks dans nos contrés", ni de construction tout azimut, et ceux qui voient Genève comme un grand point G, franco-valdo genevois, lieu technologico-diplomatico-économico-culturo foisonnant.

Et le MOA est loin d’être un événement anecdotique dans toute cette histoire. C’est un indice. Un indice que nos élus devraient saisir, parce qu’à force de ne pas s’entendre, un parti ni à gauche ni à droite, un parti ni bourreau ni sauveur en a fait son terreau, et Dieu sait s’ils ont raison.

Blocage, blocage, blocage. Vous voyez Monsieur Chevrolet, je ne vous veux pas que du mal. Au moins, vous, vous n’aurez, ni tourné les talons ni retourné votre veste. Vous voyez Monsieur Chevrolet, je ne vous veux pas que du mal, je me pose juste des questions.

 

 

07/10/2010

Le MOA: navrant!

Naufrage.jpgÉditorial Radio Cité, 7 octobre 2010

MCG 1, Cour des Comptes 1, Conseil d'État 0, MOA Fermeture.

Une question. Une seule. Elle est simple. Elle aurait du être répondue en quelques heures dans une démocratie limpide.

La question, je vous la pose: le MOA club a-t-il les autorisations nécessaires pour continuer son exploitation ou pas? Visiblement pas pour la Cour des Comptes et pas pour le gouvernement genevois et la Conseillère d'État Michelle Künzler, prise au piège hier sur le plateau de Pascal Décaillet.

Celui qui a mis le feu aux poudres: Eric Stauffer, le président du MCG. Le mouvement Citoyen Genevois qui dénonce des appuis politiques, pour que la boîte de nuit continue ses activités, alors même qu’elle serait dans l’illégalité, c’est-à-dire sans autorisations. On évoque alors des problèmes de sécurité. Eric Stauffer interpelle le procureur de la République. Daniel Zappelli, alors ouvre une procédure contre X.

Et puis l’affaire devient rocambolesque. La Cour des Comptes, organe de contrôle de l’administration cantonale dénonce le magistrat Pierre-François Unger pour être intervenu auprès du MOA pour qu’il ne soit pas fermé, comme l’exige pourtant la loi, page 26 du rapport de la Cour des Comptes.

On assistera alors à un débat enflammé entre le médiateur Michel Chevrolet et Eric Stauffer sur un plateau de télévision. S’ensuivra une conférence de presse de la dernière chance du patron du MOA club et de son avocat, Pierre Bayenet. Les uns avouent détenir des autorisations d’exploitation valables, l’autre, la Cour des Comptes, elle démentira. Enfin, hier soir, toujours sur le même plateau de télévision, Michelle Künzler, ministre en charge de rien, annonce la fermeture provisoire de l’établissement.

Vous n’avez sûrement rien retenu. Une évidence. Nous aussi. L’odeur, la sentez-vous? Le souffre. Nous aussi.

Reste des questions.

Les autorisations concernant la sécurité sont-elles délivrées ou pas? Sont-elles valables ou pas?

Où est donc passé Mark Muller, Conseiller d'État en charge des Constructions, et donc en charge de délivrer les dites autorisations?

Où est donc passé Pierre-François Unger, Conseiller d'État représentant du gouvernement dans la gestion de ce dossier?

De quel pouvoir est investi la Cour des Comptes?

Y'a-t-il eu accointances et influences politiques?

A quel titre et au nom de quoi, un candidat PDC à l'exécutif a-t-il été nommé "médiateur" ?

Trop d’inconnues pour résoudre l’équation. Cette histoire ne sent pas le souffre. Cette histoire pue le souffre.

Reste cette question: vit-on dans une république bananière? Autant de bananes pour ne pas savoir si un établissement est dans la légalité ou pas. C’est un peu navrant. Un établissement qui ferme ses portes, ça aussi, c'est un peu navrant.

06/10/2010

Il était une fois

The-Death.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 6 octobre 2010

Il était une fois, un pauvre mouton au pelage bien sombre qui n’était pas bien accepté par ses amis moutons de couleur un peu plus clair. Pour les besoins de cette comptine pour enfants de chœur, nous prénommerons la bébête à poils, Faruk. Faruk prénom d’emprunt choisi bien évidemment au hasard… au pif même, dans l’annuaire.

Le mouton, se sentant rejeté, a décidé de mettre fin à ses jours, mais ne sait pas comment.

Bien que pas très riche, pas très bien fagoté, c’est vrai, la mode n’est pas encore arrivée chez lui dans son alpage, Faruk est quand même un chic-mouton. Il a même un peu étudié, il a la télévision chez lui, mais bon, il regarde Secret Story, il a même une radio, mais le malheureux écoute One FM, il a lu quelques livres, sa mère teant toutes les années à lui envoyer un bouquin « pour réussir mon fils » dit-elle à chaque nouvel an. Enfin nouvel an, eux disent Hégire.

Parmi les ouvrages qu’il a réussi à lire: le Prophète de Gibran, il n’a rien compris. Nous non plus d’ailleurs. Harry Potter, ça il a aimé. Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, il a détesté, mais sa mère espère toujours qu’il devienne un gentleman, un bon mari. Et enfin il a reçu une biographie de Socrate. Faruk aurait préféré Mahomet, mais bon, sa mère souhaite toujours qu’il s’intègre, alors il l’a lu.

O surprise, ô délectation, notre mouton y découvre la fin tragique du grand philosophe : la ciguë !!!!

Je vous le disais, Faruk est rejeté. Enfin, pas vraiment. Mais faudrait pas qu'il s’amuse à déranger. Faire trop de bruit, prendre une douche après minuit, cuisiner avec des odeurs qu’on aime pas, ou encore, oublier de se raser. Bref, notre mouton n’a plus l’appétit de vivre. Il décide alors, contre toute attente, de boire le précieux fluide : la ciguë.

Avant passer de vie à trépas, Faruk souffrira. Potion digne du moyen âge, le mouton mutera: corbeau, rats d’égouts, même Oussama Ben Laden; le mouton décédera. Et c’est la fin de cette histoire.

Alors je vous vois venir déjà. Oui les journalistes sont tous à gauche, nous sommes des victimes, on nous veut du mal, on essaie de nous faire taire, vous bafouez la démocratie. A croire que vous êtes tous devenus socialiste.

Non Messieurs. Parlez du fond, arrêtez le coup marketing, la provocation. Je sais bien, ce n’est pas ça qui va vous faire gagner une votation, malheureusement. Oui, il y a des problèmes. Et six fois oui, vous avez le droit, digne d’une démocratie, d’exprimer vos opinions. Oui, ne faites pas comme votre ex-conseillère fédérale, qui à la question "Que comptez-vous faire contre l'islamophobie rampante", m'avait répondu: "Quelle islamophobie?".

Mais de grâce, une fois essayez de les gagner, ces élections, comme des hommes. Pas comme des mauviettes.

 

podcast

 

04/10/2010

Le pole dance

02594746-photo-pole-dance-et-autres-suprises-sexy.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 4 octobre 2010

Il est de bon parfois de se promener sur les divers sites d’information de nos grands quotidiens.

A l’heure de ce que l’on appelle le « web 2.0 », la plupart des articles disponibles sur la toile sont désormais ouverts aux commentaires des internautes. C’est ça que l’on nomme très pompeusement « l’internet participatif ». Enfin souvent le nombre de participants est inversement proportionnel à la qualité des interventions : c’est-à-dire quasi nul. Mais pas nécessairement.

Toujours est-il que parcourir les commentaires, les insultes, les insinuations tantôt putrides tantôt fines, des lecteurs, a de quoi, souvent, faire chuter le journaliste du balcon de sa tour d’ivoire. Le problème du journaliste, de temps à autre, c’est de ne plus se rendre compte que le sujet qui l’intéresse, lui, n’intéresse au final qu’au pire, lui-même, au mieux, n’intéresse qu’une poignée de politiciens.

Les politiciens, eux, maîtrisent pourtant à la perfection la descente du balcon, pour délivrer leur « Urbi et Orbi » à la populace, aux « gens », aux vrais gens comme ils disent. Enfin surtout en période électorale…

Je prends pour exemple, les candidats et candidates à l’exécutif de la ville de Genève. Enfin, ceux qui font vraiment campagne. L’une a déjà ouvert un blog, une page Facebook, un compte YouTube, un compte Twitter, et même un site où l’on peut voir ses photos. On adore voir Sandrine dans le train, Sandrine prend le bateau, Sandrine avale une tarte aux pommes, ou encore Sandrine épluche les légumes dans un EMS. Du coup, son rival, affamé lui aussi, ouvre son propre blog, où il se réjouit « d’échanger » avec nous. Nous aussi, on se réjouit d’échanger avec lui!

Enfin pour certains autres, la descente dans la rue est dégoulinante : marché de Rive le matin, petit déjeuner au café du rond-point à Plainpalais, apéro à la place du Molard pour, lui aussi, rencontrer des vrais gens.

S’ensuit un petit dîner de soutien à la plage des Eaux-Vives, un peu de culture : visite du musée de la Réforme… hop petit passage à la SPA, vite un débat télé en fin d’après-midi, direction une fondation de soutien aux handicapés le soir... tout cela se terminera dans une fameuse boîte de nuit, où la sécurité est respectée, je vous le jure, Monsieur le Juge. Notre candidat, alors exténué, s’endormira à deux heures du matin, la caféine du Diet Coke lui aura permis de lui aussi, poster quelques notes sur son blog.

Diantre. Fichtre. Je vous l’avais dit.Le problème, parfois, du journaliste, c’est de ne plus se rendre compte que le sujet qui l’intéresse, lui, n’intéresse au final que lui-même.

A en croire les commentaires hier, ce ne sont ni les primes-maladies, ni Christian Levrat qui défend le siège de Micheline Calmy-Rey, ni la dissolution souhaitée de la Constituante par le président du PS genevois… Non. Ni même les accusations de la cour des Comptes, pourtant qui accusait un élu de ne pas avoir respecté la loi. Non plus. Ce qui a suscité le plus de commentaires. C’est la victoire d’une australienne qui a conquis à Zürich le concours mondial de pole-dance. Une strip-teaseuse en une des informations les plus lues ?

De quoi, nous journalistes, nous donner une véritable bouffée d’oxygène.

Parce qu’à force de plaintes déposées, de pleurnichage, d’instructions pénales, de débâcles, de politique entre copains, de défense de siège de Conseiller Fédéral ou de piratage de boite email de député... On en était presque arrivé, à l’aimer, cette petite australienne.

30/09/2010

Ainsi soit-il!

Pigeon.jpgÉditorial Radio Cité 30 septembre 2010

Les sept oublis capitaux. J'imagine que vous voyez de quoi je parle.

Nous apprenions donc hier que les funérailles de Monseigneur Genoud avaient été «oubliées» par les autorités genevoises.

 

Prenez une séance du Grand Conseil, rajoutez-y une élection soporifique au Conseil Fédéral, vous obtenez une occultation de l'esprit du Conseil d'État. Pas un esprit, pas deux esprits, pas trois esprits, mais sept esprits qui auraient, dans un élan communautaire de télépathie, enterré, tous ensemble, l’événement pourtant majeur en Suisse romande.

Soit.

Prenez le statut FaceBook d'un Conseiller d'Etat le 25 septembre dernier, jour des obsèques et vous obtenez son état d'esprit : "Allez Serveeeette !". Bon, pour sa défense, disons que c’est le seul représentant du gouvernement genevois qui est présent sur le réseau social. Malheur lui en a pris, le réseau social, lui ne l’aura pas oublié.

Soit.

Alors soyons clair. Que nos sept sages n’assistent pas à des funérailles ne relève pas de la faute grave, tout juste de la légère faute de goût ou de courtoisie.

Que certains croient que le Conseil d'État se soit transformé en une sorte d’escadron anti-catho brandissant le glaive de la laïcité, cela relève de la psychose. De penser qu’il vaille mieux s’afficher avec un rabbin, un imam ou un pasteur, «plus tendance», cela relève carrément de la paranoïa.

Je comprends mieux désormais les propos officiels du gouvernement dans son point presse d'hier et dans l’utilisation d’un glacial et hautain «plus-que-parfait», écoutez : "Le Conseil d'État indique qu’il eût été préférable qu’il y fût officiellement représenté".

Alors, Messieurs et Mesdames les sept victimes d’Alzheimer, on peut comprendre que vous aviez bien d’autres choses à faire, un 25 septembre. Du baby-foot, du patinage sur glace, vous engager pour un avenir durable, pester sur votre blog contre une amnistie fiscale ou profiter d’une soirée de gala, cigare à la bouche.

Mais de grâce, arrêtez de nous rouler dans la farine. Ne nous parlez pas d'oubli. Et dites-le franchement: Monseigneur Genoud, qui?

Et ainsi soit-il!

 

29/09/2010

Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas

Chateau.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 29 septembre 2010

Il y plusieurs façons de voir le monde.

Le noir. Le blanc. Le gris pour les moins manichéens. Enfin, la HD, haute-définition: 4 294 967 296 couleurs.

Le problème à voir le monde en HD, ou alors en 16 millimètres, ou encore en relief, c’est que le monde devient subitement, tout à coup un océan de subtilités et de nuances. Le problème à voir le monde en nuances, c’est que tout est moins limpide, moins simple. Et le problème à voir le monde plus complexe qu’il ne l’est pas, c’est qu’au final, on finit par ne plus être sûr de rien.

Les hommes politiques et les séducteurs invétérés l’ont bien compris. Un message clair, une idée, un slogan, voire un mot. La réduction ou la vulgarisation ne fait plus peur tant qu’elle permet d’être élu ou de coucher, de gagner des voix ou d’effleurer un bras, ou pour les plus désespérés, que l’on parle d’eux.

Le problème avec les couleurs, c’est qu’on s’y noie. On ne lance pas d’arc-en-ciel avec une arme. On envoie une balle. On n’incise pas avec des peut-être. On taille.

Je lance le défi. Passez une soirée à douter. Passez une soirée à n’être sûr de rien. Passez une soirée à vous excuser : désolé, mais je ne suis pas assez renseigné sur le conflit israélo-palestinien. Passez une soirée à clamer que vous n’avez aucune idée du nombre de frontaliers travaillant à Genève, du salaire moyen en Suisse version 2010, si le Ziban est toujours prescrit pour arrêter de fumer, ou encore si le Château Pipeau 96 est meilleur que le 97. Passez une soirée à douter. Vous ne brillerez peut-être pas en société. Mais vous n’aurez jamais à vous dire : quel crétin je fus.

Voir le monde en technicolor, est un exercice assez périlleux. Au final, vous risquez de ne parler de rien, terrorisé par l’erreur, angoissé par la faute, épouvanté à l’idée que rien n’est vrai, et que la fameuse ligne de démarcation entre une certitude et l’imposture… n’est qu’un vague bateau ivre, piloté par un capitaine qui l’est tout autant.

La certitude est un coussin moelleux rassurant. Vous le savez, on le sait.

Alors oui. On peut se mentir, leur mentir, être certain, être sûr, ne jamais émettre l’idée que ceux qu’on aime, au mieux, ne nous aimerons plus, au pire, disparaitrons. On pourra toujours croire que 1 + 1 = 2 … ou 3 pour les plus idéalistes.

On aimerait nous aussi, voir le monde autrement qu’en noir, qu’en blanc, qu’en gris, qu’en gris nuancé. On aimerait, nous aussi, tout comprendre. Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas. Mais on ne lance pas d’arc-en-ciel avec une arme. On envoie une balle.

On n’incise pas avec des peut-être. On taille. C’est plus simple. Mais c’est faux.

Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas…

 

 

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21/09/2010

La Belle et la Bête.

belle-et-la-bete.table.jpgÉditorial Radio Cité, 21 septembre 2010

La Belle et la Bête.

La Belle a un nom : Eric Stauffer. Un personnage. Un caractère. Une personnalité. Un trublion pour les médias, faute d’avoir un vocabulaire riche et extensif, un acteur de série B diront ses détracteurs, ou Z, diront ses ennemis, et ils sont nombreux. Parce qu’Eric Stauffer est urticant, et résistant. Même les doses répétées de Zyrtec© n’auront pas suffi à soigner la plaie. La Bête a pourtant usé de sa langue pour se panser, rien n’y fait. La Bête a appelé au Diable, le diable s’est tu. Et a fini par ricaner, un onze octobre 2009.

Jour funeste pour certains, jour de gloire et de lumière pour d’autres. La Belle et ses fidèles sbires n’étaient plus populistes, mais la deuxième force politique du canton.

La Bête s’est alors remise en question.Mes oreilles n’ont-elles pas entendues la grogne populaire ? Mes yeux n’ont-ils pas su voir au-delà de la rive gauche ? Ma langue n’a-t-elle pas su parler d’insécurité ? Enfin, mon nez a-t-il été abusé par l’odeur de la racaille ?

Ne restait à la pauvre Bête que de petites mains, dans un corps tout étriqué. Voulant essuyer ses larmes, elle vit que ses appendices étaient ensanglantés. « On ne se bat pas avec des griffes mal aiguisés », susurra le Diable. Il rajouta : « et l’on ne se saisit pas d’une épée, lorsque les chairs sont ouvertes ».

Drôle de gueule de bois pour l’animal malade. La Belle, elle, ricanait dans son coin. Elle pouvait enfin expulser un : « Nous avons dit, ils nous ont crus ». Les électeurs, bien sûr.

Dans un réveil catatonique, la bête a relevé la tête. Victime d’hypersalivation, elle a avoué comprendre « le message des genevois ». La sécurité, un problème ? Nous vous envoyons notre meilleur élément. Isabel. Les transports, un sacerdoce ? Nous vous envoyons notre meilleur candidat. Michelle. Nom féminin. Pour le reste, le peuple a toujours raison. Il avait choisi de réélire tous les candidats sortants.

La Belle continua à pavoiser. Avec ou sans flingue, avec ou sans permis de conduire, avec ou sans plainte, elle traça sa route.La Belle aime plaire, séduire, surprendre. Se surprendre parfois elle-même dans un acte d’auto-érotisme à se caresser la main ou le visage. La Belle aime son reflet, son écusson d’aigle sur le col de sa canadienne, ses santiags poussiéreuses. La Belle aime également tutoyer le journaliste, parce que elle, sait que la communication est le nerf de la guerre. La Bête, elle, continue à vociférer, à crier au loup. Mais le loup, c’est le Diable et le Diable s’est tu.

La Belle, elle… rêve humide d’adolescente, aspire toujours à être une Bête. Et plus qu’aiguiser ses griffes, plus que de lécher ses plaies, plus que manier l’épée, la Belle devra un jour… peut-être … gouverner.

Allez, soyez sérieuse Mademoiselle la Belle. Conservez votre virginité, de grâce restez pucelle. Soufflez sur la braise mais n’aspirez qu’aux cendres. Vous êtes tellement meilleure dans l’opposition.

 


 

 

20/09/2010

La valse des plaintes

Derviche.jpg20 septembre 2010, 09 : 53

 

Genève ou la valse des plaintes. Et une plainte, une!

 

«Et une plainte pénale pour Monsieur Mettan. Je vous avais mis en garde. Vos propos sont mensongers. J'annonce ce matin que je dépose une plainte pénale à votre encontre». Le propos est signé le président du MCG, Eric Stauffer.

Invité ce matin dans le 7-9 de Radio Cité pour évoquer la plainte déposée par Thierry Cerutti à l'encontre des municipaux de Vernier pour violation du secret de fonction, Eric Stauffer n'a pas apprécié les propos de Guy Mettan, le président du Grand Conseil genevois l'accusant d'être «le spécialiste de la violation du secret de fonction».


«Je confirme que je déposerai plainte!» dixit Eric Stauffer en direct sur les ondes de la radio genevoise.

Et à réécouter ici.

podcast

 

Sur nos monts, quand le soleil.

Church2.jpgÉditorial Radio Cité, 20 septembre 2010


Éditorial en musique, et au son de bouteilles de fendant et de cardinal.


© Anne-Laure Martin


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Semaine d’élection fédérale oblige, et bien que cette élection ne passionne guère que les médias et les politiciens, nous nous sommes engagés personnellement, cœurs et âmes, auprès de Billag et de l’Office Fédéral de la Communication, dans la diffusion quotidienne, de cette divine mélopée, espérant au passage, grappiller quelques miettes de ces 67 millions.

Vous n’êtes pas sans savoir que l’hymne national suisse est un cantique. Du latin ‘Canticum’, chant biblique, un cantique est donc une hymne dédiée à la louange d’un sentiment religieux. L’hymne nationale Suisse, et si j’ai saisi avec exactitude la définition de la laïcité, l’hymne nationale helvète n’est donc pas une hymne laïque.

Soit.

Dans son édition du 15 septembre, Charles-André Aymon, rédacteur en chef du GHI, prend pour définition de la laïcité je cite : ‘l’indépendance d’esprit’. En clair pour le dandy rédacteur : les bigots, les fidèles, les croyants, les bondieusards, les culs-bénits et autres rats d’église ne sont donc pas indépendants d’esprit. Les propos n’auront pas suscité de tollé. A en croire le leitmotiv du canard : «le journal le plus lu à Genève » : soit ses lecteurs sont décérébrés ou analphabètes, soit ils sont tous laïques, soit on nous ment et le GHI n’est autre que le journal « le plus distribué à Genève ». Mais bref, là n’est pas notre propos aujourd’hui.

Revenons à notre « SchweizerPsalm ».

Vous n’êtes pas sans savoir non plus, que grâce ou à cause d’Ada Marra, Conseillère aux Etats socialiste d’origine italienne, « Sur nos monts quand le soleil » a retenti à l’ouverture des sessions d’automne du parlement.

On aurait envie de crier, ici, à la sur-intégration. Phénomène bien connu, également à Genève : des personnes naturalisées plus Suisse que les Suisses eux-mêmes : drapeau suisse sur le balcon, écusson genevois sur le revers de la veste, Schublig et soupe le premier août, pas question de rater un match de Federer, et enfin ultime suissitude, voter pour le renvoi des Étrangers Criminels. J’en conviens, cette remarque est déplacée, elle insinue insidieusement qu’il existe de vrais Suisses et des… Suisses, tout court. Un peu comme en France. Où il y a des « vrais français » qui peuvent, eux, tirer sur les gendarmes, d’autres qui ne peuvent pas. Soyez rassurez, auditeurs... vraiment français, un peu français, ou fraîchement français : sur le terrain de la polygamie, tout le monde est égal.

Alors en clair, il y a des vrais suisses pas assez suisse, des faux suisses qui le sont trop, des croyants sans indépendance d’esprit… des nigauds quoi.... des parlementaires qui chantent « des grands monts vient le secours, Suisse espère en Dieu toujours ! ».
D’autres suisses munis d’un sombrero, mais en tout petit, qui arrêtent de manger, de boire pendant une journée… tout ça pour se faire pardonner, certains arrêtent même un mois, sauf que eux, ils ont le droit de coucher, d’autres vendraient leur mère pour se rendre à la Foire du Valais, on espère le même engouement à la Foire de Genève, ah non les automnales, enfin certains parjurent toute la journée avec des gutturaux « de bleu de bleu ».


Élection au Conseil Fédéral oblige, 67 million obligent, je serai bien-pensant dégoulinant aujourd’hui, et rajouterai: Vive la Suisse!


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19/09/2010

Devrais mais n'arrive pas

dead-end-467x300.jpg19 septembre, 00 : 40


Devrais écrire sur le premier mariage fécondé par la télé-réalité.

Devrais une fois s’intéresser au sport.

Devrais essayer de s’intéresser à Karin, Simonetta, Johan, Brigit, Jacqueline, et le courageux Jean-François.

Devrais une fois assister aux séances de la Constituante.

Devrais une fois écouter ses amis qui déclarent : « la politique n’intéresse que les journalistes, les politiciens, les banquiers et les avocats ».

Devrais apprendre une fois par cœur les paroles de l’hymne national.

Devrais réécouter Jimi.

Devrais cesser de ne pas répondre aux sms, aux appels des gens que je n’ai pas envie d’entendre.

Devrais apprécier le cirque traditionnel.

Devrais faire le CRFJ.

Devrais cesser de penser que c’est toujours la faute aux autres.

Devrais se rendre compte que le week-end, l’actualité s’arrête, le sport, non.

Devrais trouver génialement génialissime que les artistes s’engagent, même sur des sujets dont ils n’ont rien à faire.

Devrais ne plus s’énerver sur les soirées « expat » de Genève.

Devrais penser à acheter du lait, parce que le café noir, c’est bon pour les puristes.

Devrais comprendre que le cigare, ça fait chic.

Devrais apprendre à aimer Ruquier. Devrais aussi s’acheter une télévision.

Devrais changer de cépage, et d’assemblage.

Devrais cesser d’abhorrer les femmes qui parlent de l’âge de leur(s) enfant(s) en nombre de semaine.

Devrais admettre que ses amis mariés ne peuvent être vus qu’une fois tous les trois mois.

Devrais concevoir que l’on puisse passer sa vie avec quelqu’un « qu’on aime bien ».

Devrais admettre qu’à la nuit des Bains, il n’y a pas que des bobos et des escort-girls.

Devrais concevoir qu’on peut coucher sans réussir.

Devrais aussi concevoir que l’on peut réussir en couchant.

Devrais réussir à concevoir.

Devrais réussir à.

Devrais réussir.

Devrais.

Mais n’arrive pas.

 

 

16/09/2010

Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent, ne savent ni boire ni manger

IMG_0033 - Botero - El estudio.jpg16 septembre 2010,

Éditorial à la façon Marc B.

Hier, nous accueillions dans notre studio Hani Ramadan. Aujourd’hui place à Marc Bonnant. Hormis la consonance, tous les séparent. Et surtout les femmes. L’un les charme, l’autre les dissuade.

Aujourd’hui donc, et je me dois de corriger sur le champ mon erreur, nous accueillons Maître Marc Bonnant.

Oui les avocats, les notaires, les enseignants ou encore les adeptes du latex, du fouet, et des brûlures de cire et autres colliers de canidés, portent tous et avec confusion le titre honorable mentionné précédemment.

Maître Marc Bonnant nous fait donc le délicieux plaisir d’affronter l’épreuve éprouvante qu’est le Grand Entretien d’Alexandra Cohen. Insinuer que celle-ci, a déjà succombé au charme du sexagénaire ?

Objection, votre Honneur!, répliquera l’avocat. La petite Alexandra, a eu une «enfance calamiteuse». «Un père ivrogne, la banlieue, la cage d'escalier, la drogue. Les tournantes, dont elle est victime». «Pas d'école - ou avec des enseignants de gauche» conclura le tessinois de naissance dans un plaidoyer apoplexique.

Soit. Mon plaidoyer se déroule en deux actes.

Premièrement, pour ma défense, je dirais du dit-avocat, et en bon genevois, que ce n’est qu’une grande gueule. Mais quelle gueule, soit, je le concède. Mais ce que vous ne savez pas, c’est que ce fils de diplomates a toujours préféré l’oral à l’écrit. Et pour preuve, l’homme de droit, et dans le dessein de suivre le mouvement technologique, probablement effrayé à l’idée de rester sur le quai de la gare, porte-cigarette à la bouche, l’homme de droit a ouvert son propre blog, en toute modestie: MarcBonnant.com.

Seulement, Maître, a cessé d’écrire le 7 février 2009, date funeste qui coïncide avec la fin de la journée mondiale sans téléphone portable. Apathie mandibulaire, ou caprice d’enfant qui jette son cadeau de Noël… à Nouvel-An, nous ne le saurons pas.

Deuxième acte, même si l’homme avoue, déclare, déclame, expulse sa fidélité de l’athéisme aux médias, on ne saurait le croire. Il aime ou abhorre trop... Dieu pour pouvoir s’en passer.

Et pour preuve, alors qu’on croyait l’avocat définitivement atteint de paresthésie des membres supérieurs, il fit réapparition dimanche dernier, dans les colonnes d’un hebdomadaire célèbre: le Matin Dimanche, page 17. Hallelujah, Jésus revient.

Et là. C’est la rechute. L’addiction était trop forte, la dose avait manqué, et le manque a triomphé.

L’athéiste militant craque. Le champ lexical bascule: "Le diable, le protestant genevois, le sacrifice, la promesse de l’aube, et enfin la tradition catholique".

Les cathos inondent le cathéter!

Ça y est, Maître Marc Bonnant a replongé.

 

 

Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent, ne savent ni boire ni manger, Maître. En est la preuve, ce présent papier indigeste.

 

15/09/2010

Hani Ramadan: la polémique, un sport que l'on pratique en famille

rolling-stones.jpg15 septembre, 16:49

Monsieur Ramadan, ce matin sur nos ondes, vous avez été ambigu. Flou. Votre champ lexical est effrayant.

"Pratiquement impossible". "Quasiment impossible".

Il y a des sujets qui n'autorisent pas l'ambiguïté. Il y a des sujets qui n'autorisent pas l'emploi du conditionnel.

Celui-là précisément.

 

H.R.: "Il faut être précis lorsque l'on parle de la lapidation" (...) "Une peine prévue dans le droit musulman, (...) ces lois sont reconnus" (...) "il est pratiquement impossible d'appliquer cette peine".

Vous ne condamnez pas la lapidation aujourd'hui? H.R. : "Votre question n'est pas sensée".

"C'est quasiment impossible à appliquer".

J'aimerais tellement pouvoir vous comprendre. Ne serait-ce qu'une fois.

Je pourrais presque en arriver à préférer que vous y soyez favorable.

 



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Femme d'Argovie ou femme de France

voileFemme_1.jpgPour vous Mesdames et vous Mesdemoiselles.

On peste fréquemment contre vos cheveux qui bouchent l’évier, parce que le plus souvent, c’est nous qui le débouchons. Vous, ça vous dégoûte!

On râle souvent quand vous nous appelez treize fois en une seule soirée, parce que vous n’avez pas été invitée ou parce que pour une fois, on voulait être seul… entendez par seul, avec des amis à parier l’argent du ménage que nous n’avons pas, dans une parti de poker où les seuls sujets de conversation se limitent souvent au sexe. Parfois au sexe également.

« Allo, dis chéri, tu saurais pas où se trouve la crème solaire qu’on a acheté à Londres… mais oui, la petite hypoallergénique?». «Choubidou, j’suis crevée, je vais aller me coucher, tu rentres tard?». Ça finira par un pauvre sms réprobateur: «Bon, salut, bonne nuit». Suivi de vos initiales et d’un point.

On s’agace parfois de votre besoin quasi constant d’être rassurée. La seule différence, c’est que nous, on est plus intelligent, on ne le dit pas, on se tait. On du mal à comprendre vos hormones. Parfois même, on leurs attribue votre colère, alors qu’en fait, c’est juste qu’on s’est comporté comme un sombre crétin. On a du mal à assumer que vous êtes cent fois meilleure en montage de mobilier IKEA, que vous n’oubliez aucun anniversaire, même pas NOS propres amis; on a du mal à assumer que vous êtes souvent beaucoup plus fiable et courageuse que nous. Bon c’est vrai, vous n’avez pas que des défauts. On aime vos petits yeux qui papillonnent quand vous êtes amoureuse. On aime toujours vous inviter à danser un vieux slow ringard… on est même prêt à rejouer la scène du lac de Dirty Dancing.

On aime vos pieds froids sous les draps, on aime vous observer de loin et vous sentir heureuse. On aime chanter à tue-tête et en duo les plus grands tubes de Nostalgie quand on part en vacances. On aime quand nos amis nous disent que vous êtes hyper sympa. L’un rajoutera: «euh au lit ça se passe bien?». On vous aime nue, fragile (mais ça, ça fait peur).

On vous aime aussi, quand vous nous avez quitté. Parce que vous vous êtes marié avec le type qu’il vous fallait. Nous, on pense pas qu’il est fait pour vous, mais bon ! Vous nous avez aussi quitté parce que ce n’était pas le bon moment, parce qu’on n’a jamais su vous rassurer, parce que nous aussi, on a des problèmes à régler.

Mais qu’importe. On vous aime, pour votre piteuse façon de faire la cuisine, parce que nos chemises ont été toutes rétrécies au lavage (et ma mère hurlante en ce moment, me rappelant qu’elle a été forcée à faire l’école ménagère), parce que vous ne savez toujours pas utiliser toutes les fonctionnalités de votre portable, parce que vous êtes la seule à réussir à nous agacer.

On vous aime, rousses, blacks, blondes, bigleuses, chiantes, un peu enrobée… grosses aussi, végétarienne, super intello, addict à la télévision, froussardes, incapables d’emmener votre voiture au service technique (mais oui, tu sais, le bout-du-monde, mais oui là, près du Tennis, là où on a fêté le mariage de ta copine un peu conne, mais oui, Claire, euh non, Brigitte c’est ça?). On vous aime argovienne même si votre parlement ne vous veut pas voilée, on vous aime voilée, (ça c’est fait!), on vous aime valaisanne ou neuchâteloise (sauf l’accent, soyons honnêtes), pas biennoise par contre, on vous aime femme migrante, femme d’intérieur, femme sportive, femme enceinte ou divorcée, femme de droite, femme militante, femme en Dior ou femme H&M.

Enfin, femme d'Argovie ou femme de France. Je vous aime. Aussi.