12/01/2011

Politiquement correct?

rebel-without-a-cause3.jpgEditorial Radio Cité, 12 janvier 2011

Le politiquement correct, c’est quoi ?

C’est en tous les cas ce que souhaite un peu plus Patrice Mugny, Conseiller Administratif de la Ville de Genève. Il s’exprimait hier matin, à peu près à la même heure, sur les ondes d’une radio de service public, ''gargantuesquement'' subventionnée, la RSR. Le magistrat en charge de la culture et sur le départ, a vivement déploré le sort réservé aux hommes politiques, notamment durant l’émission phare de la Schweizer Fernsehen Eins, l’émission Arena. Pour Patrice Mugny, les politiciens se font parfois, je cite, traiter ‘’comme de la merde’’.

A l’ancien rédacteur en chef du Courrier de prendre à parti, le journaliste Pascal Décaillet et le sociologue Uli Windisch, qu’il affuble du terme ‘’pseudo intellectuel’’. Il les accusent, de créer un ‘’autre politiquement correct’’ à force de critiquer justement le ‘’politiquement correct’’ dont on aurait l’habitude. En clair, le politiquement incorrect d’autrefois devient le politiquement correct d’aujourd’hui.

Loin de moi, l’idée, ne serait-ce qu’infime, de prendre la défense des uns ou de l’autre, les comptes se règlent dans l’intimité, et on la souhaite chaude.

Non. La question de savoir ce qui est politiquement correct ou pas, a ressurgi, pas plus tard qu’en novembre dernier, lorsque le peuple s’est prononcé sur une certaine initiative sur le renvoi des étrangers criminels.

A l’époque, deux sons de cloches ou d’appel à la prière avaient alors résonné : de l’un, il fallait respecter l’omnisciente volonté populaire, de l’autre, il fallait s’indigner. Pour certains, il était justement devenu ‘’politiquement très incorrect’’ de bafouer la démocratie en affirmant que le peuple, bien que souverain, était tout simplement, crétin. Pour les autres, il était devenu, au contraire, ‘’politiquement incorrect’’ d’affirmer que l’UDC avait démocratiquement remporté le scrutin. Vous l’aurez saisi, ce que l’on appelle le ‘’politiquement correct’’ est un point de vue duquel on se place, un curseur qui est souvent du côté de la majorité.

Hors la majorité, aujourd’hui, elle dérange, elle agace, elle suscite de l’urticaire, à en croire la réaction des vaincus du 28 novembre dernier. Aujourd’hui, le premier parti de Suisse, c’est l’UDC. Est-ce le parti politiquement correct d’aujourd’hui? Je n’en sais rien, le terme ‘’correct’’ est une valeur normative.

Retournons à nos moutons, très Cher Monsieur Mugny. Vous avez, bien évidemment, le droit de fustiger le traitement réservé aux hommes politiques, c’est vrai, le respect n’a pas d’âge et d’époque ; c’est vrai également, vous avez le droit de vous en prendre à ces journalistes qui gâchent le plaisir du travail acharné des notables qui en leur âmes et conscience consacrent, bien évidemment, leur vie à satisfaire le citoyen ; vous avez également le droit enfin, de ne lire ni les journaux, ni d’écouter la radio.

Je me permettrais juste de vous rappeler cette époque où vous aussi, vous étiez membre actif d’une certaine culture alternative, journaliste engagé, puis politicien de combat. Cette époque édénique où le politiquement incorrect vous semblait être une qualité. Cet éden que vous semblez avoir abandonné. Un peu comme un jeune acteur brûlant les planches pour exister, qui à force de côtoyer les étoiles aurait cessé de tourner les yeux vers le public et lui-même.

Le politiquement incorrect s'oublierait-il avec le pouvoir?

Le rideau s’est fermé. Votre dernière saynète avec. Bon vent à vous. Monsieur Mugny.