26/01/2011

Figaro: une comédie d'intrigue en cinq actes

figaro_StQuentin1785_representation_page_cache.jpgBillet d'humeur, Radio Cité Genève, 26 janvier 2010

Vous n’êtes pas sans savoir que notre Police genevoise s’est lancée l’année dernière dans une grande et visible manœuvre de terrain. Nom de code: l’opération Figaro. Du nom d’un célèbre concierge d’un opéra de Beaumarchais, un peu sympathique, qui veut épouser une Suzanne, tandis que Marceline, une vieille gouvernante exige d’épouser Figaro, tenu par les parties génitales, faute d’avoir signé une reconnaissance de dette. Bref, une vraie comédie d’intrigue.

Et bien, l’opération Figaro de la police genevoise, c’est un peu la même chose : de l’intrigue, de l’amour, des cachotteries et un époux volage, dont on taira bien évidemment le patronyme ici bas.

Résumé de cette comédie en cinq actes.

Premier acte. Dans le quartier chaud de Séville, les filles de mœurs douteuses lèvent leurs jupes à qui fait sonner et tinter le maravédis, ancêtre de la pesetas espagnole. D’horribles sarrasins, dira Eric Zemmour, écument les rues de la capitale pour vendre leurs substances, nul doute, aphrodisiaques. Dans le même temps, les forces du ‘’brave’’ roi Philippe V d’Espagne sont si peu nombreuses, qu’elles ne peuvent, à la fois courtiser les belles et chasser l’intrus.

Deuxième acte. Marcelline, alors fraîchement débarquée à son insu de son ‘’Pueblo’’, son village jouxtant la frontière, épouse Philippe V, et décide par la même occasion de s’offusquer de la présence massive de rivales en déclenchant l’opération Figaro.

Troisième acte. Suzanne, elle aussi nouvellement débauchée, au sens figuré, par El Moutino, grand voyageur, empoigne d’une main d’homme, le commandement des gardes, et s’empresse de les déployer dans les quartiers chauds de Séville. 19 avril de la même année, entre 15 et 30 hommes de main, occupent le terrain, débusquent le criminel, tout en promettant, de manière quasi incantatoire, que cette opération n’est pas une opération coup de poing !

Quatrième acte. 10 juin. Marcelline déclare tirer un premier bilan positif. Suzanne, elle, s’est brouillée avec Marcelline. Heureusement, ‘’nous n’avons aucuns problèmes relationnels’’ déclarons-t-elles en chœur et avec un sourire figé.

Cinquième acte. 25 janvier de l’année suivante. Marcelline déclare tirer un bilan globalement positif.

‘’Positif, positif, positif’’, aurait pu dire le ‘’commodore’’ d’origine argentine El Chevrolette.

La ‘’guarda’’ arrête mieux, la criminalité ne s’est pas déplacée. Sauf quelques poches de résistance qui subsistent dans une plaine réputée pour accueillir des clowns. Sauf dans des zones suburbaines où le cambriolage a augmenté.

L’opéra est terminé. Le rideau se referme. Les lumières se sont éteintes. Le grime a enfin coulé. On ne retiendra que la chanson d’adieu: positif, positif, positif! Et ce refrain, il n'y a pas eu de déplacement de criminalité, il n'y a pas eu de déplacement de criminalité, il n'y a pas eu de déplacement de criminalité.

25/01/2011

Comment la Police communique-t-elle?

D41F5EEC8182A4F6CF88A1C5B2624A.jpgPolaroïd 14 : 57

Question: comment Figaro communique-t-il?

Quelle merveilleux communiqué de presse. Oui, l'opération Figaro est un succès ''globalement positif'' et oui, il n'y a pas de déplacement de la criminalité.

Bien. Deux remarques néanmoins.

Première constatation. En matière de cambriolages, on nous annonce que le nombre de cas a diminué de 5,3% à l'intérieur de la zone Figaro, pour faire court, le centre-ville de Genève. Or, on constate également que l'augmentation est de 12,1% dans les communes suburbaines.

La proposition suivante, à savoir: ''il n'y donc pas de déplacement de la criminalité dans la zone couverte par Figaro'' est donc vrai.

Or, s'il y a effectivement corrélation entre la baisse du nombre de cambriolages dans la zone couverte par Figaro, et l'augmentation hors-zone, alors la proposition suivante: ''il y a eu déplacement des cambriolages suite à l'opération Figaro'' est donc vrai, elle aussi.

 

Deuxième constatation et si j'ai bien compris: si le nombre de vols diminue de 7.7%, et si le nombre d'arrestations est resté stable (-0.3%), devrait-on conclure que la Police genevoise arrête ''mieux''?

Si tel est le cas, pourquoi ne pas l'avoir mis en évidence?

Comme un sévillan: prouver que j'ai raison serait accorder que je puis avoir tort!

22/11/2010

14 millions, 160 000 billets et des écrevisses à pattes blanches

Ecrevisse.jpgÉditorial Radio Cité, 22 novembre 2010

Si vous avez été absent de notre chère République ces derniers jours, je me dois, dans la plus grande objectivité, cela va de soit, de vous rendre compte des évènements qui ont bouleversé l’actualité.

Le Canton de Genève règle désormais ses problèmes à coup de millions, 14 pour être exact. Il s’achète 20'000 mètres carré à Vernier pour conserver sa boîte de nuit préférée, le MOA Club. Promis, nous dit-on, les gendarmes, les pervenches et tout autre personne affichant un écusson genevois sur leur veste ne bénéficieront pas de la carte platine VIP et seront soumis à une fouille corporelle. Thierry Cerrutti, le représentant de la culture à Vernier fulmine, il n’a pas été mis au courant. Enfourchant sa mobylette, il se dirige tout droit vers le Grand Conseil.

Dans le même temps, Michel Chevrolet, sans domicile fixe depuis qu’il a décidé d’offrir son gîte à des étudiants ayant peine à se loger, conduit son bus de campagne, sa petite maison roulante, direction : les Automnales.Fan de Marie-Paul Belle, il a, lui aussi, pu profité des 160'000 entrées gratuites, généreusement offertes par un bienveillant ex-chambellan. Dans un rapide calcul mental, le candidat à la Mairie de Genève se dit que 160'000 billets à 10 francs l’entrée, c’est un 1,6 millions de francs. « C’est décidé, quand je serais Maire, moi aussi, j’investirai dans la culture ».

Pas de chance, pris dans ses pensées, il ne voit pas le cyclomotoriste enragé qui déboule sur le bitume. Et là, c’est le drame. Thierry Cerrutti est emmené d’urgence à l’hôpital cantonal, chambre 547, qu’il partage avec un hippie valaisan moustachu, et ce n'est pas Jean-Charles Rielle.

Notre élu verniolan est vert de rage. Faute à un majeur fracturé, il ne pourra pas voter ce soir sur les écrevisses à pattes blanches, sujet en votation au Grand Conseil. Son collègue de chambre, aveugle mais pas encore sourd, lui propose de voter à sa place. « Chantage, chantage, chantage » hurle Michel Chevrolet posté dans le couloir. « On a déjà condamné un élu de couleur pour fraude électorale, on ne va pas te condamner toi aussi ! », rajoute-t-il.

Ni une ni deux, trois infirmières bulgares accourent et tentent de maîtriser notre trio infernal. Manque de chance ou heureuse destinée, Eric Stauffer, victime lui aussi d’un accident de tracteur, débarque dans le couloir, pour pester contre cette prise d’otage. Organisant de suite une conférence de presse dans le hall de l’hôpital, il déclarera avoir été brutalisé, non pas par trois, mais par 120 infirmières, elles-mêmes tout bulgares.

Dans le même temps, et apprenant que le leader du MCG avait décidé de convoquer la presse, Monica Bonfanti et Isabel Rochat quittent immédiatement les Bains des Pâquis où elles profitaient d’une langoureuse séance de massage à deux (quelles petites coquines!), pour se rendre à l’hôpital.

La suite, vous la connaissez. Le Gouvernement genevois débloque des fonds spéciaux, puisque c'est sa nouvelle manière de faire.

Eric Stauffer est envoyé en vacances à Tripoli, où il pourra s’adonner à ses premières amours : la photographie.

Bernard Rappaz retournera cultiver l’abricot en Valais.

Michel Chevrolet, quant à lui, se voit offrir un abonnement général CFF en hausse de 3% pour sillonner la Suisse et mener campagne dans tout le pays.

Vous voyez, l’actualité, on peut tout lui faire dire à force de l’imaginer.

Quittant l’hôpital, Thierry Cerutti voyant, main dans la main, Monica et Isabel, sifflote : « Ah, qu’elles sont jolies les filles de mon pays ».