31/10/2010

La politique à la papa-maman

Banania.jpgPolaroïd 13 : 22

 

Beau décryptage que nous offre le Matin Dimanche en page 3 de notre consoeur Sophie Germanier. Eric Stauffer est un menteur, un voleur, et un fin communicateur.  Ah oui, j'oubliais, Eric Stauffer n'est pas maniéré, il "dénigre" les autorités.

Autant à gauche qu'a droite, on gémit, on se lamente, on pleurniche, on méprise aussi. Autant à gauche qu'à droite, on n'a juste pas compris que faire de la politique à la "papa-maman" est résolument devenu obsolète.

Ce qu'on oublie aussi de dire, c'est qu'autant à gauche qu'à droite, on a laissé le terrain vierge. "Insécurité", quelle insécurité?  "Problème avec les frontaliers", quel problème? "Kadhafi un dictateur?", oui mais non, on ne voudrait pas l'offenser.

Ce qu'on oublie de dire, c'est qu'autant à gauche qu'à droite, on a voulu rattraper le train. Celui de l'insécurité, celui des slogans efficaces et non plus sibyllins. Mais c'était trop tard, le train était déjà parti avec 17 députés dans le wagon première classe, fumeur de surcroît!

 

Les journalistes, eux, pestent d'être "utilisés", "manipulés", de ne pas savoir comment en parler. Résultat: ils en parlent tous. Doit-on aussi rappeler que l'actualité fait les médias, et non l'inverse.

Certains pourtant ont cessé de pleurnicher. Un certain Pierre Weiss, a repris les armes et nourrit son blog de faits, de chiffres, de pédagogie.

D'autres, comme les jeunesses socialistes descendent dans la rue, avec eux-aussi, des slogans que même Faruk, Ismar, et Maurice peuvent comprendre.

D'autres continuent à crier au loup, d'autres continuent d'essuyer la morve qui suintent de leur fosse nasale, ou dévalisent les stocks de kleenex. Restent ceux qui parlent d'épiphénomène. Le rendez-vous est pris.

 

 

18/10/2010

La béquille à une vieille qui boîte sur du verglas

Bossu.jpgÉditorial Radio Cité, 18 octobre 2010

Le dimanche matin.

Tout bon dimanche matin, n’a de bon que s’il obéit à deux règles, deux rituels, de l’ordre du trouble obsessionnel compulsif : le café d'un côté. Le journal de l'autre.

Café préparé à l’italienne, l’odeur doit régner dans toutes les pièces de l’appartement. Seul entorse au protocole, un sucre qui permettra à la substance psychoactive, la caféine, d’être plus facilement inoculée. Le journal? A l’ancienne, la version papier. Doux et subtile bruit que sont les pages qui se tournent… Et qui se tournent au rythme d’une déglutition par page. Autant dire que la page 8 du Matin Dimanche consacrée à ces « café prostate » mmmmhh organisés à Genève, avait réussi à vider la moitié de la tasse.

Enfin arrivé en page 17, ne restait que de la précieuse substance, qu’un petit tas plus communément appelé «marc de café », pas suffisant pour s’étouffer (on aurait voulu) mais assez pour lire l’avenir. Page 17 de l’hebdomadaire: quelle joie, quel délicieux plaisir de retrouver notre majesté, le président du Conseil d'État.

Le vénérable François Longchamp a empoigné la plume pour nous livrer ses réflexions. «Genève, bouge merci pour elle » titrait ainsi sa pensée. Pour une raison encore inexpliquée, le magistrat évoque les attitudes, je cite, «déplacées» de Genève.

La première, l’arrogance. Celle de Patrice Mugny en date du 27 février 2008... le magistrat a la mémoire longue... Patrice Mugny qui parlait de «rupestre pays de Vaud». «Faute de goût et de vocabulaire», s’indigne François Longchamp. Arrogance? Étrange qualificatif, j’ai toujours cru qu’être arrogant, c’était annoncer, sans réelle explication, à quelques chômeurs que l’on n’allait pas prolonger la durée de leurs indemnités chômage, pourtant comme Berne nous l’autorisait.

Seconde attitude déplacée et ridicule, selon Saint François : «estimer que Genève ne serait qu’un tas d’enfants gâtés, un village gaulois empli d’irréductibles crétins». On ne peut que lui donner raison: il n’y a effectivement pas que des crétins dans la République. Un certain Manuel Tornare, lui, aura assisté à l’enterrement de Monseigneur Genoud, qui lui aura évité, ceci-dit au passage, de devoir passer par des sortes d’excuses à la limite du «j’m’en foutisme». Quant aux enfants gâtés, ce ne sont ni les chômeurs en fin de droit, ni les employés d’une célèbre boîte de nuit qui diront le contraire.

Le problème de Saint François, dans sa longue cogitation en page 17 du Matin dimanche, c’est que l’on n’y comprend rien. Saint François, malgré les «genferei», les fermetures de boîte de nuit et autres ratages d’enterrement, souhaite nous dire que tout ne va pas si mal à Genève. Peut-être. Soit.

Mais mettre côte-à-côte, le MOA club et le canton qui concourt à hauteur de 221 millions dans la solidarité intercantonale, le chômage et l’ouverture d’un «ambitieux musée d’ethnographie» ou encore l’enterrement raté d’un ecclésiastique et l’aéroport de Cointrin qui investit un demi-milliard dans ses infrastructures, ça n’a pas de sens. Comme donner une béquille à une vieille qui boîte sur du verglas.

Enfin d’accuser les médias romands d’exceller dans la veine qui est «d’estimer que Genève ne serait qu’un tas d’enfants gâtés, un village gaulois empli d’irréductibles crétins»?

Veuillez nous excuser Saint François, mais on ne peut pas dire que vous nous avez donné tort.

Au final, pas besoin de marc de café pour nous prédire que s’ouvrira mercredi la nouvelle ligne TGV Paris-Genève. De toute façon, le café était déjà amer et gâché par autant d'optimisme.