01/02/2011

Dire n'importe quoi à n'importe qui

photo-de-prostituee.jpgEditorial Radio Cité, 1 février 2011

L’idée était alléchante : louer une petite amie. 20 euros le café, 180 la soirée et plus si affinités. ‘’Ce n’est pas de la prostitution, c’est de la location’’ annonçait le site éponyme : ‘’loueunepetiteamie.com’’. Seul problème : il a été créé de toute pièce par un autre site français de location d’objets entre particuliers. Le buzz aura coûté la bagatelle de 15 euros, c’est ce qu’annonce son directeur, et des milliers d’internautes auront été piégés. Jusque-là, pas de quoi s’inquiéter au vu du nombre de fausses vidéos et de fausses informations qui circulent sur le net.

Non, ce qui est plus inquiétant, c’est l’écho qu’en ont fait les médias plus traditionnels. En clair, les vrais médias avec des vrais journalistes et souvent une information de qualité. En très clair : les médias auxquels nous faisons confiance tous les jours et dont certains d’entre nous, ou d’entre vous, n’hésitent pas à prendre comme parole d’évangile. Notre télévision nationale en a fait un sujet dimanche soir. 2 minutes et 51 secondes sur une information erronée diffusée sur notre service public. Ici n’est pas la question de les blâmer, on est toujours plus intelligent après.

Non, ce qui est inquiétant, c’est d’envisager un semblant de réponse à cette question : comment des journalistes ont pu être piégés par cette affaire-ci en particulier ?

Les journalistes sont particulièrement prudents lorsqu’il s’agit de donner la parole à un intervenant. Je pense particulièrement lors de reportages dans des pays en guerre, ou lorsque les enjeux sont importants. Est-il est proche d’un quelconque pouvoir ? Quels sont ses intérêts et ses accointances ? Que sais-je de lui et de ses motivations ? Ses propos peuvent-ils être mis en doute ? Des questions toutes aussi importantes dans la tâche quotidienne qui est d’informer et non pas transmettre.

L’affaire du site ‘’loueunepetiteamie.com’’ ne révélera que deux choses au final.

La première ? Qu’il suffit de 15 euros à une société pour créer un buzz. On le savait déjà, mais cette expérience a le mérite de nous rappeler à quel point l’information est simultanément précieuse et dangereuse. Wikileaks en est l’exemple le plus frappant.

La deuxième ? Et je prêcherais pour ma paroisse. Que les journalistes ne font plus leur travail, à force d’être goinfrés par des flux d’informations, et des quantités incommensurables de dépêches. Que les journalistes n’ont plus le temps de justement le prendre, ce temps à vérifier leur source à force de devoir nourrir l’efficiente chaîne de production d’information.

C’est donc à la fois très excitant, et je le dis avec la plus grande des perversions, de constater qu’on peut piéger presque n’importe qui, en disant n’importe quoi, c’est hélas surtout terriblement navrant.

On espère que le public ne sera pas dupe. On aimerait qu’il reconnaisse le journaliste qui a foulé le terrain à celui qui aura caressé le clavier, celui aura échangé des mots à celui qui aura composé un numéro, celui qui aura fait de son métier, une véritable passion et non pas simplement une profession.