15/11/2011

De l'erreur de penser qu'il s'agit de préférer

g_nuflexion.jpgPolaroïd 23 : 52

Je m'étonne des propos tenus par le magistrat en charge de la Solidarité et de l'Emploi, en page 6 du Temps (15 novembre 2011). Pas de tous, non. Juste quelques mots. A la question de savoir s'il était "étrange" qu'un exécutif favorable à la libre circulation puisse avoir "appelé ce printemps à une préférence cantonale à l'embauche", le Conseiller d'Etat rétorque: "nous n'avons jamais utilisé une telle expression et avons toujours soutenu la libre circulation".

Que l'homme n'ait jamais susurré l'abject alignement de ces mots? Soit. Qu'il n'ait jamais accolé les termes "préférence" et "cantonale"? D'accord. Qu'il exprime son dégoût pour cette union contre-nature aux médias. Bien.

Mais que signifie alors l'alignement suivant: "Nous voulons éviter que des cas comme l’engagement de nombreux frontaliers par la Fondation des parkings ne se reproduisent" ? Que doit-on comprendre par: "Quant à l’Etat, depuis juillet, aucune demande de permis n’est sollicitée sans la preuve qu’aucun chômeur ne correspond au profil" ? Ou "Avant d’engager de l’autre côté du continent, il faut avoir le réflexe de vérifier si des chômeurs peuvent répondre aux besoins"?

Si ce n'est qu'à compétence égale, on engagera un genevois? Non. Vous n'avez jamais utilisé une telle expression.

J'implore donc votre miséricorde. Une erreur de syntaxe, un alignement fallacieux et une abominable copulation sémantique m'auront fourvoyé. Comme d'autres, comme la Tribune, le Courrier, le GHI, Léman Bleu, la communauté genevoise d'action syndicale, la fédération des entreprises romandes. Maudits soient-ils!

04/03/2011

L'amertume

6507896-br-ler-les-billets-de-cent-dollars-sur-fond-noir-abstraite.jpgPolaroïd 00 : 52, 4 mars 2011

On l'apprend ce soir de nos confrères de la Tribune de Genève: la confédération aurait versé 1,5 millions de francs sur un compte allemand pour contribuer à la libération de Max Göldi. 

Je ne jugerais pas ici de la valeur d'un ressortissant suisse.
Je ne suis pas diplomate.

Deux constatations: la Suisse a, comme d'autres pays (France, UK) consenti à négocier avec la Libye, dans des buts économiques. Il est vrai, on négocie avec n'importe qui, surtout lorsqu'on est rien. 

D' autre part, on salue le courage de l'ex président du Conseil d'Etat, François Longchamp, d'avoir eu l'outrecuidance de poursuivre Eric Stauffer pour outrage à "Etats Etrangers" (art. 296 du code pénal) pour avoir "osé" placardé une photo du guide de la révolution libyenne sur ses affiches en vue des votations sur le renvoi des étrangers criminels. Là encore, aucun jugement quant à la pertinence d'une photo de "guide" sur la dite-affiche.

Deux conclusions.
Le Conseil Fédéral s'est agenouillé. Première règle en diplomatie: on ne donne jamais de "rançons". Ou alors discrètement.

François Longchamp aurait-il mieux fait de se taire, ou tout simplement d'accepter que dans une démocratie, l'humour et la provocation des uns, n'est pas celui des autres?

Avouons que "outrage aux Etats Etrangers" sonne amèrement dans la bouche d'un grand nombre de nos concitoyens..

22/02/2011

Poursuivons Eric Stauffer pour outrage à dictateur!

newsmlmmd.9ed76e1cebd102ed927f3cf95dce9971.7412_le-colonel-mouammar-kadhafi---dakar--au-senegal--lb.jpgPolaroïd 12 : 33

Article 296 du code pénal: outrage aux États Étrangers.

Il est bon de rappeler avec quel empressement le Conseil d'État genevois ainsi que les autorités suisses s'étaient emparés du dossier des affiches MCG, en poursuivant Eric Stauffer et en ordonnant le retrait du portrait de Mouammar Kadhafi des affiches de campagne.

C'est vrai. Saint-François avait raison.

Un tyran sur une affiche du MCG, quel mauvais goût!

Continuons donc à poursuivre Eric S. pour outrage à dictateur!

09/02/2011

La République du Silence

death-star-1.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 9 février 2011

La République du Silence à en croire que Genève se serait transformée en une ville silencieuse en moins d’une semaine.

On en arriverait presque à regretter l’année de présidence de François Longchamp, année de cocktails, de petites sauteries sur le tarmac de l’aéroport, de paillettes et autres manifestations d’automne. Saint-François, au moins, s’amusait à menacer la presse, pour cause de publication d’un vieux barbu libidineux, Saint-François faisait fi des statistiques fédérales (hop, le chômage baissait de 7 dixièmes!), enfin Saint-François accordait, sans broncher, le rallongement de la durée des indemnités chômage.

Et voilà, le Saint a quitté la scène, les lumières se sont éteintes, le forçant, dans cette inexorable gravité horizontale, à rejoindre les loges. L’unique et seul mime du premier acte, Saint-François, s’était tu.

On croyait la pièce terminée, ce n’était que le début.

Le rideau s’est ouvert. Apparition bienveillante : celui d’un jeune premier, l’histoire quasi héroïque du machiniste qui devient un jour acteur, Saint-Marc. Première scène, premiers ratages : chute d’un projecteur, oubli des 250 vers qui composent le deuxième acte, comme oublier de réclamer les 2350 francs restants à un poussiéreux locataire de villa. L’avenir nous dira si on le réengagera.

Le public en rit jaune. Deux ou trois hyènes au premier rang n’attendent que sa lente agonie pour lui subtiliser sa place, d’autres appellent à manifester devant le théâtre. En coulisses, Saint-Michel et Saint-Boris se battent pour savoir qui, de l’un ou de l’autre, a le monologue le plus dodu. La bataille se réglera à coups d’échanges de poireaux génétiquement modifiés à l’énergie solaire contre des calculatrices jetables. Le combat est stérile, mais a le mérite d’animer le silence de mort qui a régné sur les deux premiers actes.

Troisième acte : Sainte Isabelle. Parée d’une longue robe de soie, de boucles d'oreille Gilbert Albert en forme de balance, et d’une épée phallique, elle interprétera le rôle de sa vie. Incarnation d’une existence hollywoodienne incandescente, elle aussi, n’en a cure du reste du monde. ‘’Je me prononcerai lorsque j’aurais toutes les indications en ma possession’’ déclarera-t-elle sous le crépitement des feux des photographes.

Le public, lui, croit rêver. Il voulait des réponses, il a reçu comme seul objet contendant rétinien: des ombres chinoises et des mimes. Sauf Deus Ex Machina, la pièce risque d’être particulièrement ennuyeuse.

Sauf Saint-Michel qui continue toujours à hurler depuis les tréfonds : silence, silence, silence !

18/10/2010

La béquille à une vieille qui boîte sur du verglas

Bossu.jpgÉditorial Radio Cité, 18 octobre 2010

Le dimanche matin.

Tout bon dimanche matin, n’a de bon que s’il obéit à deux règles, deux rituels, de l’ordre du trouble obsessionnel compulsif : le café d'un côté. Le journal de l'autre.

Café préparé à l’italienne, l’odeur doit régner dans toutes les pièces de l’appartement. Seul entorse au protocole, un sucre qui permettra à la substance psychoactive, la caféine, d’être plus facilement inoculée. Le journal? A l’ancienne, la version papier. Doux et subtile bruit que sont les pages qui se tournent… Et qui se tournent au rythme d’une déglutition par page. Autant dire que la page 8 du Matin Dimanche consacrée à ces « café prostate » mmmmhh organisés à Genève, avait réussi à vider la moitié de la tasse.

Enfin arrivé en page 17, ne restait que de la précieuse substance, qu’un petit tas plus communément appelé «marc de café », pas suffisant pour s’étouffer (on aurait voulu) mais assez pour lire l’avenir. Page 17 de l’hebdomadaire: quelle joie, quel délicieux plaisir de retrouver notre majesté, le président du Conseil d'État.

Le vénérable François Longchamp a empoigné la plume pour nous livrer ses réflexions. «Genève, bouge merci pour elle » titrait ainsi sa pensée. Pour une raison encore inexpliquée, le magistrat évoque les attitudes, je cite, «déplacées» de Genève.

La première, l’arrogance. Celle de Patrice Mugny en date du 27 février 2008... le magistrat a la mémoire longue... Patrice Mugny qui parlait de «rupestre pays de Vaud». «Faute de goût et de vocabulaire», s’indigne François Longchamp. Arrogance? Étrange qualificatif, j’ai toujours cru qu’être arrogant, c’était annoncer, sans réelle explication, à quelques chômeurs que l’on n’allait pas prolonger la durée de leurs indemnités chômage, pourtant comme Berne nous l’autorisait.

Seconde attitude déplacée et ridicule, selon Saint François : «estimer que Genève ne serait qu’un tas d’enfants gâtés, un village gaulois empli d’irréductibles crétins». On ne peut que lui donner raison: il n’y a effectivement pas que des crétins dans la République. Un certain Manuel Tornare, lui, aura assisté à l’enterrement de Monseigneur Genoud, qui lui aura évité, ceci-dit au passage, de devoir passer par des sortes d’excuses à la limite du «j’m’en foutisme». Quant aux enfants gâtés, ce ne sont ni les chômeurs en fin de droit, ni les employés d’une célèbre boîte de nuit qui diront le contraire.

Le problème de Saint François, dans sa longue cogitation en page 17 du Matin dimanche, c’est que l’on n’y comprend rien. Saint François, malgré les «genferei», les fermetures de boîte de nuit et autres ratages d’enterrement, souhaite nous dire que tout ne va pas si mal à Genève. Peut-être. Soit.

Mais mettre côte-à-côte, le MOA club et le canton qui concourt à hauteur de 221 millions dans la solidarité intercantonale, le chômage et l’ouverture d’un «ambitieux musée d’ethnographie» ou encore l’enterrement raté d’un ecclésiastique et l’aéroport de Cointrin qui investit un demi-milliard dans ses infrastructures, ça n’a pas de sens. Comme donner une béquille à une vieille qui boîte sur du verglas.

Enfin d’accuser les médias romands d’exceller dans la veine qui est «d’estimer que Genève ne serait qu’un tas d’enfants gâtés, un village gaulois empli d’irréductibles crétins»?

Veuillez nous excuser Saint François, mais on ne peut pas dire que vous nous avez donné tort.

Au final, pas besoin de marc de café pour nous prédire que s’ouvrira mercredi la nouvelle ligne TGV Paris-Genève. De toute façon, le café était déjà amer et gâché par autant d'optimisme.

07/06/2010

La vacuité "bis repetita placent"

tonneau-des-danaides.jpg

7 juin 2010,

Il est probablement de bon ton, de critiquer des promesses. Seront-elles tenues?  L'élongation effective de celles-ci n'est pas digne d'un catalogue Veillon, ou Védia, c'est selon l'origine sociale. On aurait en effet pu dire la Redoute.

L'élasticité de la membrane primaire est-elle électo-orientée? Qu'en sais-je?

A savoir si les visions de Genève sont sublimes? Non, elles ne le sont pas. "La nuit est sublime, le jour est beau" disait Kant. "La tragédie est sublime, la comédie est belle", rajouta-t-il.

Le sentiment du beau dégénère, lorsqu'y manque absolument la noblesse, et on le dit alors fade.

Le sont-elles? Oui.

La promesse de tenir toutes ses promesses est-elle fade? Non, elle ne l'est pas si l'intention de celui qui la formule est sincère. Nos sept sages le sont-ils? Pas tous.

Reste la carcasse. Une imposante carcasse.  Des maux sur lesquels, sans doute, ils se repaîtront. La politique est une guerre.

Mais ne vous déplaise, au final, je préfère des mots vides, que pas de maux du tout. Ils auront la mémoire courte, 2013 est si loin. N'en voulez pas à ceux qui gouvernent, plutôt à ceux qui les élisent.