06/06/2011

Concombres, DSK, Kadhafi et autres objets intrusifs

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Comme un crétin, je n’ai pas pensé une seule seconde à vérifier l’origine de la source. Celle qui ‘’disait’’ que les concombres étaient maléfiques. Tant de médias agglutinés à l’information, distillant avec bienveillance la malfaisance de l’herbacée. Journalistes se confondant avec la plante potagère, croquant un radis de leurs dents jaunâtres ou de leur limbe denté, devant un flux de dépêches. Certains d’entre eux, sûrement les plus vieux, diront que le terrain leur manque. Les gens aussi.

‘’Prends ton téléphone’’, leur rétorquera l’habile rédacteur en chef. ‘’C’est moins cher, et tout autant efficace’’ rajoutera-t-il en maniant un stylo noir sur un tableau blanc ‘’imitation latex 36 rue de Monthoux’’, en expectorant quelques formules telles que ‘’synergie convergente’’, ‘’complémentarité’’ et ‘’discrimination positive’’. A quelques mots près, on se croirait presque à une conférence de presse de l'office cantonal de l'emploi.

Le même rédacteur qui arrosera ses troupes du précieux liquide, fertilisant, pour les pousser à réaliser une maquette en trois dimensions de l’appartement de DSK. ‘’Trente minutes d’un journal de 20 heures sur le même individu, c’est long’’, persiflera un stagiaire payé à coups de cerfeuils, de rhubarbes et de tétragones. On lui demandera de réaliser un reportage sur le troussage de domestiques pour le punir. Marc B. lui, exulte. ‘’C’est bien mon petit’’ lui susurrera-t-il à l’oreille et de sa sombre voix imposante, religieuse et hétérosexuelle, tout en claquant le derrière d’un tendre éphèbe stagiaire.

Trente minutes exquises, autant qu’un cadavre, à supputer et prédire, pour finalement jouir sur l’expertise. Celui qui sait. Paradoxalement, lui même supputant et prédisant.

Pendant ce temps-là, un ex président d’une petite bourgade ronge sa cucurbitacée, en se remémorant le temps où il était bon de brandir l’article 296 du code pénal : ‘’outrage à concombres étrangers’’. ''Appelle Mouammar, et demande-lui s'il se considère comme un dictateur'' glissera le vieux chêne, en tirant âprement sur un bolivar asséché.

08/03/2011

La Chute

slap.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 8 mars 2011

La Chute.

Homme éclairé, homme de lumière, partisan de la liberté de la presse. Homme d'État, homme de pouvoir, homme de main, laquelle ? On ne le saura pas.

On m’accusera probablement ici d’être l’auteur d’un acharnement afin de satisfaire de vils desseins, d’être le suppôt d’un parti politique ou d’un autre, ou encore d’avoir le cœur noir gorgé de sang putrescent. Et pourtant, ce n’est pas ici la pompe aortique qui est victime d’une cardiomyopathie obstructive, mais bien ma mémoire qui défaille.

Réminiscence de ce jeudi 21 octobre 2010, Genève n’avait chaud que dans ses émissions, vous étiez apparu sur ce miracle qu’est le petit écran. Votre chemise arborait alors la couleur de la virginité, le col serré, vous vous êtes expliqué du retrait d’un touareg d’une affiche MCG.

Il est vrai, vous le disiez : ‘’les intérêts de l'État sont gravement mis en danger’’. Et même si les otages sont libres, nos relations avec Tripoli sont loin d’être normalisées. Et Dieu sait si les suisses les souhaitaient amicales et sincères.

Invoquant, Deus Ex Machina, l’article 296 du Code pénal suisse, vous avez, vous aussi, à la façon d’un démiurge, adjuré l’outrage aux États Étrangers. L'État étranger n’avait d’étrange que sa position géographique. L’étrange État n’avait d'État qu’un homme aux affections toutes particulières pour les infirmières ukrainiennes et son sens personnel de la démocratie.

Après 4 minutes et 54 secondes d’interview, vous déclariez du parti susmentionné et avec un champ lexical pauvre : ‘’ce n’est pas très malin’’. Aujourd’hui, l’Histoire pourrait vous renvoyer la gifle. Avec quelle main ? On ne le sait guère mieux. L’ironie est totale.

En Libye, certains brûlent l’image du guide de la révolution. Vous, vous l’aurez censuré. Là-bas, les chemises se tâchent de sang. Vous, les relations, vous les désirez non froissées. Quant eux parlent de liberté, vous évoquez le verbe ‘’normaliser’’. Ils se battent, vous ‘’préservez’’.

Vous l’avez dit : ‘’le magistrat que je suis, n’a pas à exprimer son opinion personnelle’’.

Pourtant aujourd’hui, au magistrat effrayé, c’est l’homme de courage que j’aurais souhaité entendre. Qualité indéniable qui différencie celui qui gouverne de celui qui gère.

22/02/2011

Poursuivons Eric Stauffer pour outrage à dictateur!

newsmlmmd.9ed76e1cebd102ed927f3cf95dce9971.7412_le-colonel-mouammar-kadhafi---dakar--au-senegal--lb.jpgPolaroïd 12 : 33

Article 296 du code pénal: outrage aux États Étrangers.

Il est bon de rappeler avec quel empressement le Conseil d'État genevois ainsi que les autorités suisses s'étaient emparés du dossier des affiches MCG, en poursuivant Eric Stauffer et en ordonnant le retrait du portrait de Mouammar Kadhafi des affiches de campagne.

C'est vrai. Saint-François avait raison.

Un tyran sur une affiche du MCG, quel mauvais goût!

Continuons donc à poursuivre Eric S. pour outrage à dictateur!

03/12/2010

L'oubli (bis repetita)

Shh.jpgPolaroïd 23 : 43

Comment ne pas sourire à la réception du communiqué de presse du parti Socialiste suisse, sur le rapport rendu par le commission du Conseil de Gestion des Etats sur l'affaire Kadhafi.

A en croire (et lire) le PS, "la faiblesse dont le gouvernement fait preuve dans la gestion de la crise" commence par l'ex-président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz.

En toute évidence, nulle trace nominale de Micheline Calmy-Rey dans le communiqué.

 

Comme à l'accoutumée, pas moi. Les autres. Il eut été judicieux de se taire, vous ne croyez pas?

14/06/2010

La vacuité doxique

K3.jpg15 juin 2010, prière de remplacer le carré blanc par votre photo.

Doit-on encore s'étonner de la doxa qui règne parfois à Berne et ailleurs?

Un jour, ne nous a-t-on jamais appris à se taire lorsque le propos était vide. Difficile exercice qu'est l'expérience du vide. La solitude est désagréable lorsqu'elle est qualifiée comme telle, m'a-t-on rappelé aujourd'hui. A force de craindre le néant, on le remplit par du vide.

Si la vacuité doxique n'est pas en soi désagréable au coin d'un bar, au détour d'un dixième Laphroaig 27 ans d'âge, ou dans les coulisses d'un candidat en pleine campagne électorale, elle l'est un peu plus lorsque l'on siège dans un agréable Falcon.

On aurait aimé que les faucons renaissent de leurs cendres, mais à confondre 2 millimètres avec les 1628 kilomètres qui séparent Berne de Tripoli, c'est n'est plus un faucon, c'est un radeau.

Au gré du vent, la méduse se laisse entraîner par le courant marin, espérant au passage aspirer quelques animaux planctoniques. Mais à quelle faim peut-elle bien répondre?

(...)

Ce week-end, le petit Jonathan, à peine 9 ans, nous a tous réclamé un franc à chaque insulte prononcée. On est bien loin des deux millions.

On aura du changé les règles, et remplacer le quolibet par le boniment. Jonathan serait alors destiné à un parcours brillant: scout dans ses jeunes années, traversée fulgurante à l'université de Saint-Gall, puis siège de Conseiller Fédéral.

Lui aussi, alors, aurait pu confondre 7 jours avec 695.

10/06/2010

La vacuité rédactionnelle

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10 juin 2010,

Parler pour ne rien dire est un exercice périlleux. Pourtant, elle est affaire commune.

A préférer être aphasique, certains préfèrent briller. Le diable se cache pourtant dans le détail, et Sirius n'en est pas dépourvu.

Des affaires, il y en a eu. L'affaire des infirmières, l'affaire Mitterrand, l'affaire Polanski, l'affaire Dreyfuss, l'affaire Woods, l'affaire Jackson, l'affaire Coleman (même si personne ne s'en soucie vraiment), l'affaire Ribéry (corollaire: Zahia), ou encore l'affaire Kadhafi.

L'affaire est un mot fourre-tout. Au même titre que changement, culture, concept, ou encore passion. La polysémie se perd dans la langue, la langue devient alors humide et gluante, alors qu'elle devrait être sèche et rugueuse.

Un merdiateur aurait pu dire Boris Vian. "Un expert" du monde arabe, disent-ils. Qui est-il? Quelle légitimité à le faire s'exprimer dans vos colonnes?  De concert, "un expert" répondent-ils.

Comme une vieille amante, l'expert s'exprime, parole d'évangile. Jean de Saint-Facond, né un 12 juin (coïncidence), sera reconnu pour ses talents de prédicateur. Les bras fatigués, l'usure du métier, dit le journaliste. La facilité rétorquera le naïf.

Reste les oies que l'on gave jusqu'à plus faim. A force d'être gavé, il ne vous croit plus, il ne vous lit plus. Lui aussi, devient aphasique.

De la nourriture pour cochons!

Le cochon s'est transformé en canard, à grandes cuillerées d'insipidité. Le ventre vide, ne discerne plus la différence entre "article" et "publi-reportage".

Le cochon, lui, de sa tour d'ivoire lausannoise, n'y pense même plus.

 

Un expert, m'a-t-on dit. Un expert.

 

 

 

 

 

01/09/2009

Le navire sans capitaine... ou sans équipage, c'est selon.

 

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Premier septembre 2009,

Un anniversaire. Une révolution. La révolution libyenne. Quarante années. A Tripoli, on festoie dignement. Les petits suisses attendront.

Bonne nouvelle, jamais autant des bagages n'auront aussi bien voyagé. Business Class dans un Falcon du Conseil Fédéral. Sabrons le champagne, à huit mille francs l'heure, les bouchons seront nombreux à voltiger dans les airs.

Enfin.

Des questions. Incorrects.

Retenus en Libye en 2008 ou retenus à Beyrouth en 1985... tous otages?  Jamais la langue française n'aura été aussi pauvre. J'aurais préféré "séquestration".

J'attendais l'article du quotidien orange. Il n'est pas venu. Encore une question: peut-on être Conseiller Fédéral et partager l'étude d'un homme qui défend les intérêts libyens? Vous le savez, ce n'est qu'une question de temps.

Enfin. Il n'attendait que cela. La Suisse le lui donne sur un plateau d'argent.

"Saisie de larmes et de stupeur, la Nation les interpelle, elle demande: mais qui donc êtes-vous?"

On le lâche, on l'abandonne. On nous avait dit un jour: ne lave jamais ton linge sale en public.  Ils l'ont fait. Ils le font.

Elections en vue? Peut-être.

A choisir un navire sans capitaine, ou sans équipage.... j'ai fait mon choix.