13/02/2011

Clivage et autres âneries

bonnet_d_ane.jpgPolaroïd 19 : 07

Quelques commentateurs parlent déjà et comme toujours de barrière de röstis. Commentaire plus que réducteur, mais on en a l’habitude. Enfin un peu moins sur et par le service public.

D’autres parlent de clivage ‘’gauche-droite’’, toujours sur ce même service. Là aussi, l’analyse n’est pas très fine, la thématique des armes étant loin d’être politico-politique. Enfin parmi les autres analyses : celle de l’essoufflement de la campagne menée par les initiants, les indécis finissant souvent par refuser les textes, et enfin celle d’une certaine tradition (la droite parle de responsabilité), sur ce qui fait la Suisse, un genre d’attachement à l’arme de service, une certaine liberté aussi, probablement pour d’autres.

En tous les cas, le sujet a fait coulé beaucoup d’encre dans les journaux. Une chose est sûre : l’initiative aura réussi à soulever la problématique du suicide, de la responsabilité individuelle et de l’interdiction. Celle indirectement très importante de l’armée suisse, et du type d’armée que nous voulons. Enfin, celle, peut-être plus intime, du lien entre le citoyen et son pays, et comment il se définit. Si c’est une défaite pour certains, c’est sûrement une victoire pour la démocratie.

Reste une belle gifle pour l’institut GFS Bern. Et 67 millions qui dorment sur des comptes qui auraient pu être employés à d’autres desseins d’utilité publique : rappeler ce qu’est le Röstigraben, et que là où le service public voit un clivage ‘’gauche-droite’’, j’y vois autre chose.

18/11/2010

La majorité silencieuse

Crachat.jpgEditorial Radio Cité, 18 novembre

La Majorité Silencieuse.

On l’apprenait hier. Le dernier sondage GFS-SSR-SRG donnait l’initiative UDC pour le renvoi des étrangers criminels toujours gagnante. Son contre-projet, lui, rattrapait quelque peu son retard, mais pas suffisamment pour dépasser la barre de 50 %. En résumé : 54 suisses sur 100 approuveraient le renvoi de « ceux qui sont pas comme nous et qui commettent des atrocités » sous la forme agrarienne. Hop, tous dans la charrette, paysan, passe la cinquième.

Ce qui est très étonnant dans ce résultat, c’est qu’il est inversement proportionnel, me semble-t-il, au chahut suscité par les opposants.

D’un côté, l’UDC : vous avez Oskar Freysinger, et Oskar Freysinger et Oskar Freysinger, possédant une carte VIP Gold à Infrarouge. C’est vrai, parfois, un certain Christoph B. passe la Sarine sur invitation d’une banquière amazone, qui troquerait volontiers une nuit torride contre des petits câlins avec le museau d’un dada. Enfin, il reste un certain Yves N. Fort sympathique, mais fortement « décapillarisé », ce qui ne lui laisse aucune chance face à la crinière flamboyante d’Oskar.

Les opposants, c’est facile. C’est tous les autres. Et les autres sont bruyants. Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, c’est la majorité qui est silencieuse.

La question est simple. Qui sont ces 28,9 % qui ont voté UDC aux dernières élections fédérales ?

Un suisse sur trois vote pour le Schweizerische Volkspartei. En d’autres termes, si vous avez plus d’un collègue, et que vous ne travaillez, ni dans un syndicat, ni dans un sauna gay, cela veut dire que l’un d’entre vous, vote UDC. Si vous avez vous-même vécu mai 68 et qu’aujourd’hui, vous avez une grande maison dans une petite commune rurale, alors cela veut dire forcément que seulement l’un de vos deux collègues vote UDC.

Je le disais, la majorité est silencieuse, la minorité, elle, s’affole, gesticule, crie et conspue. C’est son droit.

Le problème est double. Le déni des réalités et le choix des armes.

Très Chère Minorité. Soyez courageuse. Dites-le à haute voix : un suisse sur trois est populiste et xénophobe. Au lieu de flinguer, de cracher, de dessiner mal à grosse louchée d’enfants envoyés dans les fours, osez le dire. Et traitez-les, eux, les 28,9% : de collabos, de nazillons ou de chemise brune. Aussi simple qu’un Faruk ou qu’un Ismar. C’est vrai, je vous l’accorde, vous ne vous abaissez pas à de telles pratiques.

Très Chère Minorité. Censurez, abhorrez, dénigrez, indexez, vomissez. Ce sont malheureusement les seules armes que vous avez trouvées pour leur faire face. Mais ça, c'est dommage. Parce que ce ne sont pas les bonnes.