06/12/2010

Conversations du Soir

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Polaroïd 17 : 55

'' Traverser le boulevard pour passer de l'éphémère à l'essentiel''. C'est en ces mots que débute la lecture des conversations échangées entre Jean-Philippe Rapp et Georges Haldas.

Moment suspendu, loin de tout, ça. La mort, la disparition, de soi, des gens, des petits commerçants, des souvenirs. La crainte du néant, du temps qui passe.

L'amour du mot juste, le refus de celui qui part d'un bon sentiment.

Coller au plus près à l'émotion. Et la beauté du détail, du quotidien, de l'infiniment petit qui en dit infiniment plus.

 

 

A lire. Quand le temps est lourd sur Genève.

 

Editions Favre, 2010.

02/11/2010

Warum? Hier ist kein warum.

pic-2.jpgEditorial Radio Cité, 2 novembre 2010

Vendredi dernier on apprenait la mort de Georges Haldas. A 93 ans, il s’éteignait paisiblement au côté de sa compagne, chez lui, au Mont-sur-Lausanne. Une autre figure s’est éteinte également. Ruth Fayon, 82 ans. On l’apprenait d’une dépêche tombée dimanche soir, 20 : 39. L’un était écrivain, poète, penseur. L’une était déportée, pédagogue, et rescapée d’Auschwitz.

L’un rêvait d’un monde où les hommes seraient égaux. L’autre a vécu l’enfer de la différence. Georges Haldas était chrétien, Ruth Fayon était juive. Tous deux avaient en commun: la dignité, et la volonté de transmettre. Transmettre, à leur manière. Si l’un n’a pas cessé d’écrire, l’autre s’est tu pendant de nombreuses années.

Tous deux ont souhaité passer à « autre chose » disent-ils. Georges Haldas à autre chose que l’institution qu’est l’église catholique, Ruth Fayon à autre chose qu’est le nazisme.

Vous n’êtes pas sans savoir que l’actualité est un tyran, une maîtresse, ou une drogue, c’est selon. Il vous faut savoir aussi que nous préparons la veille, l’émission du lendemain. Or dimanche soir, tous les médias avaient déjà fait l’éloge du poète, or dimanche soir, tous les médias n’avaient pas connaissance de la disparition de celle qui avait réchappé au plus grand camp de concentration du troisième Reich. Conclusion. Lundi matin. Ni Georges Haldas, ni Ruth Fayon ne sont apparus sur nos ondes.

Vous aurez raison. C’est parfois aux médias d’avoir le courage de ne pas faire son jeu, l’actualité. De refuser l’asservissement et l’esclavagisme. Aux médias, d’être à contre-courant, et surtout à la radio d’illuminer les ténèbres d’une voix, de mots et de sens. Le journalisme, un si beau métier souvent relayé à une limace mono neuronale salivant devant un flux d’informations. Au journaliste d’arrêter le temps, de le prendre, parce qu’il n’est jamais autant bien utilisé que lorsqu’il est perdu.

Ruth Fayon a déclaré en 2005 qu’à son arrivée à Auschwitz, un officier leur avait hurlé que "la seule issue, ici, c'était la cheminée".

Georges Haldas disait, lui, que "les morts, quand vous les oubliez, vous les tuez une deuxième fois".

Et de conclure par cet extrait du récit autobiographique de Primo Lévy, « si c’est un homme » :

« Warum ? », dis-je dans mon allemand hésitant. « Hier ist kein warum » [ici, il n'y a pas de pourquoi].

On aurait voulu lui donner tort, hier matin.