25/11/2014

Cherche appartement dans le Vieux-Carouge

Olivier, Francey, Le Temps, Genève, JournalistePolaroïd 00:33

 

Il ne faut jamais tirer sur l’ambulance. Non. Jamais. Sauf quand l’ambulance, pneumatique dégonflé, s’engouffre dans une allée piétonne. C’est le cas de la conseillère administrative Jeannine de Haller, dont le bilan est sans aucun doute félicité aujourd’hui. On ne manquera pas de lui envoyer une gerbe de fleurs. 

 

Je veux bien entendre que l’élue d’Ensemble à Gauche (à droite, aurions-nous dit la même chose), après presque douze ans d’appartenance à l’exécutif carougeois, décide de devenir candidate à l’attribution d’un appartement, 67 m2, 1600 francs par mois, 9 place du Marché, 1227 Carouge. Certes, elle en a le droit. Après tout, c’est une Carougeoise comme les autres. C’est en tous les cas c’est qu’elle déclare. Vraiment? 268 000 francs de revenu cumulé avec son mari, ex-vice-recteur de l’Université de Genève? D’accord, son revenu va baisser lorsque son mandat prendra fin. D’accord encore, pas facile d’obtenir un nouveau logement lorsqu’on porte l’étiquette d’«extrême gauche». Le député Christian Dandrès, avocat de l’Asloca, est une mine d’or sur le sujet. 

 

Seulement voilà, les pleurs viennent à manquer. Salaire d’une conseillère administrative carougeoise: plus de 112 000 francs par année. Plus un misérable pécule de 1500 francs annuels par magistrat pour les frais de transports. Et une bourse de 14 000 francs pour les frais divers que se partage l’exécutif. Le montant équivaut à un taux d’occupation de 60%, mais chaque magistrat, dit-on, travaille à 100%. Parfait! Mais les glandes lacrymales viennent encore à se tarir un peu plus à s’imaginer que les 19 autres postulants ne répondaient pas aux critères, selon la présidente libérale-radicale de la Fondation Anne Hiltpold. «N’habitant pas la commune, ne disposant pas d’un revenu suffisant», distille entre autres la conseillère municipale et candidate à l’Exécutif. (Ah oui, c’est vrai. Elections municipales, il y aura à Carouge en 2015.). Aucun ne répondait aux critères? Personne? Les misérables usurpateurs! De la légalité de l’attribution de la part de la Fondation du Vieux-Carouge, envahi par des personnes politisées, nul n’en doute. Les membres du Conseil de fondation (ne pouvant voter que pour un et un seul unique candidat) ont donné, âme et conscience inclus, leur opinion. 

 

Le problème n’est pas tant dans la méthode d’attribution (quoiqu'il faudrait des règles limpides), mais plus dans l’attitude de la pluri-conseillère administrative, rodée à la politique. Que la principale intéressée ne voit aucun problème à son cas, rappelle un autre, celui du conseiller d’Etat Mark Muller habitant un sept-pièces, rond-point de Plainpalais, proche d’un loyer mensuel de 2000 francs. Pas une loin enfreinte. Non. Pas une seule. Mais la politique est autre chose que la loi. 


A ce point ne pas saisir que son cas est un cas d’école, laisse dubitatif. Un tel aveuglement, une telle faute politique, ne peut que susciter que les quolibets. De ceux qui voulaient habiter le centre-ville, Carouge ou le quartier de Saint-Jean. Mais qui se retrouvent aujourd’hui en périphérie. Ou ailleurs. En France. Voisine. 

02/10/2014

La traversée du Douro

mcg, genève,traversée, rade, UDC, FranceyPolaroïd 00 : 51

 

J’aime tout le monde. Je vous le jure. Sur la tête de ma défunte mère épileptique asthmatique sous cortisone. Je leur ai fait confiance lorsqu’ils m’ont dit de voter pour la traversée du Douro. Ils m’ont dit qu’il était question d’une chose en son temps. L’un après l’autre. D’abord la petite, ensuite la grande. J’ai avalé, comme on gobe du Beirão. Je suis fidèle, c’est une évidence.

 

Certes, ils ont hésité. J’y ai cru, à leur contre-projet. Ils m’ont dit qu’ils allaient la soutenir, la grande esseulée. «Le peuple doit trancher», se gargarisaient-ils. Pourtant, rationnels et pragmatiques mais «surtout démocrates», aiment-ils scander, ils ont refusé au dernier moment de soutenir les infidèles. Maudits cousins, me suis-je dis dans un moment d’égarement, crachotant quelques postillons avinés. Mon voisin de droite a bien tenté de vitupérer contre ces misérables qui violent nos femmes et pillent nos terriers, cela n’a pas suffi ni à calmer l’excité, ni même à me faire changer d’avis. Je suis fidèle, rappelez-vous.


D’accord, je concède avoir essayé de comprendre. Mes aller-retour à Lisboa n’ont pas, une seule seconde, allumé ma lanterne. Foutue huile déficiente, foutu lubrifiant de pacotille. Certes, mon mentor disposait dorénavant d’un siège avec les autres heróis do mar


Mais alors, qui est le nobre povo? Pas eux. Non. Celui que l’on laisse, un temps, comme à Ikea, dans un volume non négligeable de boules en polystyrène. 

23/01/2014

La salive

Britney, spears, Genève, Polaroïd 00 : XX

C’est l’heure des comptes. Il s’agit de payer. Babines rougeâtres, gonflées par l’attrait du pouvoir et de la victoire supputée, il s’agit de s’expliquer. De vendre. L’irrigation des membres supérieurs - y compris une salivation inhabituelle - n’y fera rien; l’élocution exacerbée par l’adrénaline se vouera à un alignement malheureux de litotes. On ne défend jamais bien ce auquel on ne croit pas. Délictueux plaisir à les contempler se brûler et se noyer, les lèvres dégoulinantes de mauvaise foi, face à un jouissif élenchus. 

 

La mauvaise posture, celle de l’équilibriste, dès qu’on on ose l’apercevoir, distingue les silhouettes et éclaircit les lignes. On voudrait presque y croire, mais la couche superficielle de la peau dit le contraire. 


Lorsqu’il s’agit de signer, l’épiderme nous trahit indubitablement. Mais on le choisit toujours. Dans le faux, ne pas préférer la palpitation est un calcul erroné.

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13/08/2013

Saleté de pauvre

olivier,francey,britney,spears,genèvePolaroïd 03: 00

Quelle suave délectation que de parcourir l'argumentaire d'Yvan Zweifel, vice-président de la section genevoise du PLR, qui s'est fendu d'un billet terriblement corrosif et bougrement argumenté à l'égard de l'initiative 1:12, soumise à votation le 24 novembre. Que demande-t-elle? Elle ne demande pas, elle exige que dans une même entreprise, personne ne puisse gagner en un mois plus que quiconque en une année. Pour le cadre du comité directeur, ce voeu ne serait rien d'autre que de la jalousie sociale, "démontrée mainte fois en sociologie, notamment à travers du jeu de l'ultimatum". Et qui consiste à ce que "la plupart des gens [ne] préfère renoncer à un gain plutôt que d'accepter que d'autres gagnent d'avantages qu'eux". L'argumentaire, somme toute compréhensible, se résume à penser que tout être humain est jaloux de celui dont les revenus sont plus élevés que les siens. D'accord. Nul besoin ici de rappeler (ce serait si mesquin) que malgré le soutien des rangs socialistes, la dite initiative est issue de la jeunesse socialiste. Mais qu'importe, on aura bien compris le propos de Monsieur Zweifel.

1) Selon Monsieur Zweifel, la jalousie est donc "un sentiment solidement ancré en l'être humain". Quelle puissance argumentaire! On me dit aussi que les Zurichois sont racistes et qu'il paraîtrait que des seringues infectées se retrouveraient dissimulées sous les sièges des salles de cinéma. Quant à savoir que le sentiment de "jalousie sociale" a été mainte fois démontré en sociologie, je me réjouis de lire les études que fournira sûrement Monsieur Zweifel. 

2) Par ailleurs, Monsieur Zweifel semble également douter que le fossé entre les riches et les pauvres ne s'élargisse. Je suppute toujours que le cadre de l'instante dirigeante du PLR ne fasse référence à la Suisse, et non pas à la situation mondiale. C 'est donc avec honneur que je lui fournis les statistiques de l'Office fédéral de la statistique (résumés ici avec labeur ici). Entre 2002 et 2010, et si l'on prend les fourchettes les plus basses et hautes des revenus mensuels de la région lémanique, on compte 5,2% de personnes revendiquant entre 0 et 1000 CHF par mois contre 0,9% percevant plus de 20 000 CHF; contre respectivement 6,1% et 1,7% en 2010. Selon l'OFS, il y a bien eu écart statistique. Monsieur Zweifel peut donc être rassuré sur ce point.

3) Seulement voilà, pour reprendre les termes de Monsieur Zweifel, si le fossé s'élargit "en valeur absolue", ce même fossé rétrécirait en "valeur relative". Est-ce réellement le cas? Concédons d'emblée que le taux de pauvreté, toujours selon l'OFS (télécharger ici), a diminué entre 2008 et 2010. Pour autant, difficile d'obtenir des données sur l'évolution des revenus les plus bas par rapport au plus hauts. Seules données disponibles, toujours celles de l'OFS indiquant qu'entre 1998 et 2008, l’augmentation des salaires du deuxième décile [ndlr: la division de la population selon le salaire, de sorte que chaque partie représente un dixième de la population] s’élève à 13% à 4441 francs mensuels. Et qu'en revanche, l’augmentation du dernier décile a crû de 21% à 10753 francs. Notons encore que mise à part le premier décile (+15%), la progression est linéaire.

4) Dernier point, la cerise sur le gâteau, le pompon comme dirait Voltaire: l'illustre graphique que joint Monsieur Zweifel à son plaidoyer. Surtout que ce dernier (pas Monsieur Zweifel, mais le complexe diagramme) démontre l'exact contraire de ce qui est avancé. A savoir, que le "fossé" entre les riches et les pauvres s'est accru de 1800 à aujourd'hui. Nul doute que l'éminent libéral-radical précisera: "Oui, mais voyez donc comme ces pauvres se sont enrichis!". Oui. Mais pas aussi vite que les riches.

Bref, tout ces billevesées dans l'attente d'autres arguments de Monsieur Zweifel. Lequel ne souhaiterait, pour un penny, qu'on vote socialiste. Pardon, jeune socialiste.

13/03/2013

Je sais

Olivier, Francey, Journaliste, TDG, Tribune, Genève, Britney, SpearsPolaroïd 00:00

 

Quelle putride démangeaison d'évoquer la vie privée. Quelle jouissance de dire qu'on sait et quel pouvoir de le faire savoir, comme autant de caresses que l'on se prodigue comme on caresse les poils d'un chat, qui ronfle à chaque doigt qui le touche. On a le chat qu'on mérite. Le nez écrasé, les fosses nasales obstruées qui suintent. Quoi de plus normal, quand son fond de commerce se vend au nombre de sourires gluants et à celui des dents blanches alignées. Des poignées de mains humides et des rires qui résonnent dans l'enceinte des cabinets.

 

Jouissance quand il s'agit de dénoncer les privilèges ainsi supputés, alors qu'on a pas foutu un doigt dans l'engrenage, ni visité le 40 m2 de l'ancien élu. Ah oui, pas besoin de le visiter. Le con n'a pas souhaité nous répondre. Tant pis pour lui. Sa main tremblante est un handicap, il n'avait qu'à la régler, cette foutue déficience. Merde, le peuple l'avait élu. C'est vrai, pas besoin d'en savoir plus. J'ai déjà avalé et pas une ombre d'envie de régurgiter. Non. Pas une ombre. 

 

Aucun désir de savoir si l'heure est exacte, qu'importe la régularité de l'aiguille, sur cadran noir et blanc, tant qu'on connaît sa provenance. Donnez-moi de la morale, des corps qui se mélangent, malheureusement au pied du Salève ou près de l'Arve. Ou des partis de badminton l'après-midi près de Lausanne. Donnez-moi des portes qui se ferment, tant que je n'ai pas vraiment à les ouvrir. Juste parce que je sais. Oui, je sais. Et je vous le dis. Croyez-moi. Je sais tout.

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02/08/2012

Son regard saupoudré de longs cils

Alouette.JPGPolaroïd 12 : 36 ("From Bruson, Switzerland", extraits de l'article paru le 2 août 2012 dans la Tribune de Genève)

Les véritables stars du 1er Août en ville de Genève ont été, sans conteste, les vaches d’Hérens. Reines des alpages, elles ont réussi le pari d’attirer des milliers de curieux sur la plaine de Plainpalais, transformée pour l’occasion en arène. Dans une finale musclée mais relativement courte, pour cause de forte chaleur,Vampire des frères Meunier de Fully s’est défait de Nona, haute-valaisanne d’Agarn. La reine des reines, c’est elle. Consacrée en terre genevoise, il s’agit d’une première pour le canton. Et visiblement, la première est une réussite, à constater le nombre de déçus n’ayant pas pu assister au rituel identitaire.

Une affluence à laquelle ne s’attendaient visiblement pas les organisateurs. «Lorsque j’ai entendu l’épicier du coin de ma rue me parler des combats de reines, j’ai compris que nous avions peut-être sous-estimé le fort intérêt de la population pour l’événement», confiait encore la veille Eric Linder, l’un des organisateurs mandaté par la Ville pour animer les festivités. Inviter ces vaches-là? C’est son idée. Celle d’offrir de la montagne à la ville. Mais surtout celle de faire connaître une tradition, un art de vivre et de sensibiliser le public genevois et international aux difficultés que rencontrent les éleveurs.

L’idée de suivre l’une d’elles, dans son périple depuis son mayen (pâturage d’altitude moyenne) jusqu’à la plaine? C’est la notre. Le périple a lui aussi droit à sa star. Elle se prénomme Alouette. Ne souriez pas, c’est l’une des vaches qui n’a pas souhaité combattre hier.

A la rencontre de la star

La rencontre a lieu en Valais mardi soir, veille de fête nationale. L’un des éleveurs de la mythique vache de la race d’Hérens est prêt à nous accueillir. Chez lui. L’émulation est palpable. L’excitation à la hauteur de la tâche: décrire au mieux le parcours d’une future potentielle reine vers Genève. Sera-t-elle couronnée sur la plaine de Plainpalais? Elle ne l’a pas été, du haut de ses 4 ans seulement. Mais qu’importe, Alouette est déjà reine, à en croire la lueur qui scintille dans les yeux de son éleveur, Eric Fellay. Lui dit «agriculteur ou paysan». Des mots qui résonnent avec justesse dans sa bouche.

L’arrivée mardi soir à Bruson, village perché sur un flanc du val de Bagnes, est douce. Le soleil ocre qui caresse le hameau n’y est pas pour rien. Comme pour rappeler que Bruson remplit parfaitement son rôle «d’envers du décor». Et pour cause, il fait face à la clinquante Verbier. «On y a construit n’importe comment, peste le tout juste trentenaire. Vous direz à vos lecteurs que je trouve que l’initiative Weber est une bonne chose pour le Valais. » C’est fait.

Les discussions s’enchaîneront jusque tard dans la nuit. Sur sa passion de la race d’Hérens, la beauté de la compétition (avec visionnage des archives de combats de reines depuis 1998), ses fromages et sa viande. Oui, l’homme aime ses bêtes mais parle sans tabou de boucherie. «La passion, c’est bien. Mais ça ne nourrit pas. » Sans aucun doute, Eric Fellay est un homme de terre. La preuve? «Demain, rendez-vous à 6 h 20. »

Caféine et yeux embués

Le réveil retentit. Comme une sonnette, sauf qu’en Valais, ce sont les cloches des vaches qui sont nommées ainsi. Quelques minutes à s’émerveiller de la sombre lumière bleutée du ciel qu’Eric Fellay a déjà préparé sa bétaillère. Il faut aller cueillir Alouette dans son mayen. Pourquoi elle? «Parce que les trois autres sont toujours collées les unes aux autres. Je ne tenais pas à les séparer. » Ça pue l’amour.

Hier matin, comme Alouette, onze vaches d’Hérens se sont mises en mouvement des quatre coins du Valais pour rejoindre Martigny. Comme des bisses qui ruissellent vers les prairies. Sauf que ces reines-là ne sont pas des rivières paisibles. Ce sont des torrents. Frontales pour sûr, ne reculant jamais pour la plupart mais paradoxalement douces dans leur regard saupoudré de longs cils. «Elles ne se battent que pour imposer une hiérarchie, avance Benoît Berguerand, membre du comité de la Fédération suisse d’élevage de la race d’Hérens. Il suffit de les voir lutter pour comprendre. La reine d’un troupeau n’est pas reine pour la gloire, elle l’est pour le bon fonctionnement de la "meute". Aussitôt la lutte terminée, l’animal redevient calme. »

L’angoisse des éleveurs

Calme, Benoît Berguerand ne l’est pas. Au contraire, c’est d’anxiété qu’il est habité. «Certains nous attendent au tournant. Nous ne pouvons pas nous permettre d’erreur. » La récente polémique sur la venue des vaches à Genève et l’opposition de la Ligue suisse contre la vivisection ont laissé des stigmates, «même chez nos propres éleveurs, où certains étaient défavorables à notre venue chez vous. Ils ont peur qu’on leur pique leur race. » Lui préfère parler de promotion de l’image du Valais et de ses produits. L’anxiété sera vaine. Aucune vache ne sera blessée.

Hier, le public, pourtant assommé par un soleil de plomb, n’a pas caché son enthousiasme ni son intérêt pour la «bête». Les questions ont fusé, sur les blessures qu’elle peut encourir (essentiellement des cornes brisées, rarement les yeux), sur ce qui la meut à se battre (l’instinct) ou encore sur le record de durée d’un combat (plus de quarante minutes).

Alouette n’a pas gagné. Et alors? Eric Fellay doit avoir raison. Sa vache est une star. Pour preuve, elle refuse de combattre. C'est ça, être une vraie reine.

22/06/2012

La gauche la plus bête du monde

pic.jpgPolaroïd 23 : 52

Quel délectable spectacle a offert le parti socialiste genevois. La pulpe des doigts est encore humide, à force de se les être pourléchés. Douze minutes de bonheur, ce sera la durée de l'état de grâce qu'auront insufflé Manuel Tornare et Romain De Sainte-Marie, ce vendredi soir sur l'antenne de la RTS.

Un président de parti dont la parole est itérativement coupée par son conseiller national "qui concocte des stratégies en trois jours". Moi, ajoutera-t-il. Un frontal Manuel Tornare qui s'autorise à moucher son président: "On n'a pas besoin de sociologues de l'Université de Genève pour expliquer ce qui s'est passé, comme certains jeunes technocrates du parti nous font comprendre", dira sa Sainteté. A la question adressée au président du PS, à savoir si l'ancien Maire ferait un très bon Conseiller d'Etat, ce n'est pas le président du PS qui répond. Non, c'est le silence. Trois secondes. Et Dieu sait si ces secondes là sont interminables en radio.

Les anachroniques "Camarades par ci et Camarades par là" suscitent désormais des sourires chez les uns. Mais des rictus épineux au PS. Si Manuel Tornare a presque flingué au colt 45 toute chance d'une candidature en 2013, Romain De Sainte-Marie, lui, a failli vis-à-vis du statut qui est le sien. Président. Ce soir, on a entendu le jeune contre l'ancien.

Même si, au final, la seule véritable faille, c'est d'avoir accepté de débattre en public des problèmes internes du parti socialiste. A ce titre là, la droite est abilitée à décerner le prix qu'elle aurait obtenu l'année passée. Celui de la gauche "la plus bête du monde".

07/05/2012

Qu'enfin, nos oreilles puissent ouïr correctement

600px-Tower_of_Babel_cropped_square.jpgPolaroïd 23 : 01

Très Cher Monsieur Oppikofer, rédacteur en chef du magazine "Tout l'Immobilier,

J'ai cru tout d'abord avoir mal lu ou être victime d'une sombre drogue qu'une fille de l'Oural (ou d'ailleurs sur le continent africain, c'est entendu) aurait versé dans mon verre. Après double relecture, vos propos tenus sur un réseau social célèbre ne m'apparurent plus comme sibyllins. Vous déclarez "implorer" vos amis de Léman Bleu de disposer de sous-titres "en français" lorsque "c'est Medeiros qui parle". Entendons par ce nom, le raccourci qui mène à Carlos Saraiva Medeiros, conseiller municipal MCG et accessoirement vice-président du parti éponyme.

Et bien sachez que je compatis plus que sincèrement avec votre grief. Que l'on bannisse les lusitaniens des plateaux de télévision, que l'on coupe la parole aux gens de petite taille, si peu adaptés aux écrans plats de haute définition et enfin, que l'on corrige la balance des couleurs lorsque l'invité supporte un teint pâle ou blême. Censurons les toxicomanes des reportages de Temps Présent lorsque la logorrhée se fait vaseuse, changeons la bande-son de ce misérable accordéon tzigane et remplaçons-là par de la musette.

Qu'enfin, nos oreilles puissent ouïr correctement. Parce que confondre Sandrine Serono avec une autre magistrate, c'est du plus mauvais genre.

Bien à vous, Olivier Francey.

11/04/2012

La dilution politique des responsabilités

Polaroïd 00 : 31organigramme-rouge3.jpg

La tendance est la hausse. On dénombre plus de 700 personnes affiliées de près ou de loin à la communication (parfois interne) à Berne, pour environ 120 journalistes. A Genève, ils se multiplient aussi (Rassurez-vous, les communicants, pas les autres). Rares sont les conseillers d'Etat qui vous répondent directement, rares sont les services qui outrepassent leur sacro-service de communication. On est pas loin de passer par le formulaire AR-123 pour chaque infime demande.

Un fait est limpide: les buts que visent d'une part les "officiers de communication" et les journalistes sont bien différents. Les premiers espèrent faire passer leur message lorsque les deuxièmes sont censés recueillir les faits et des réponses. Sans réelle surprise, les intérêts des uns croisent parfois ceux des autres. Ne soyons pas dupes, au final, il ne s'agit souvent que de savoir qui de l'un ou de l'autre se fera abuser. Ni plus, ni moins.

Reste que cette relation (somme toute relativement malsaine lorsqu'elle effleure la connivence, pire l'amitié) devient de plus en plus compliquée. Sûrement parce que la communication est devenue sans surprise une arme politique, bien plus efficace que la compétence. Et parce n'importe quelle information, mal ou faussement relayé par un média n'est pas sans conséquences. D'accord.

D'autres pistes semblent également se dégager. Soit l'effroi suscité par la question est réelle, soit le journaliste n'effraie plus personne. Dans le premier cas, rien ne vaut la dilution de la responsabilité politique dans une hiérarchie tout aussi vaseuse, où personne n'est responsable (ou au mieux, tout le monde l'est un peu moins). Dans le deuxième, il n'y a plus rien à espérer.

Ah si. Que le journaliste outrepasse les services de communication. A défaut d'espérer qu'ils soient compétents.

23/03/2012

ps: I love you

pic.jpgPolaroïd 00 : 20

Est-ce vrai, Mme Anne Emery-Torracinta que vous auriez refusé, faisant fi de l'avis de votre parti, de confirmer la sanction contre le député Eric Stauffer dans l'affaire du verre d'eau? Est-ce si fallacieux de penser qu'un appui du leader du MCG au deuxième tour, et dans le cas où vous étiez désignée (et à la lueur de ce refus), aurait fait pencher la balance?

Est-ce tant ingénu de penser que vous, Mme Loly Bolay, vous vous seriez emportée contre la trahison de la candidate socialiste au Conseil d'Etat? Un affront, une félonie insupportable pour la militante que vous êtes. Et tant bien même que vous êtes "une vienne ensuite" si le siège de Manuel Tornare à la Berne fédérale devenait vacant?

Est-ce si médisant, M. Brunier de penser que votre combat pour la nature de la candidature, à savoir féminine, n'est révélateur que d'un autre désir? Celui-ci plus profond?

De quoi se réjouir, samedi lors de votre assemblée générale, ne trouvez-vous pas?

ps: J'arriverai vers 16h30.

 

31/01/2012

Que Majid Pishyar choisisse sa cible!

pic.jpgPolaroïd 00 : 27

Quel ravissement de lire "l'appel" si solennel du président du Servette FC, Majid "magique" Pishyar.

L'homme galant dit s'adresser à la "communauté genevoise". "Les Servettiennes, les Servettiens" et "Chers tous", peut-on lire sur le site du club grenat. Nul doute que ses propos aient été traduits. Qu'importe. L'homme est seul aujourd'hui, c'est en tous les cas la corde sensible dont semble jouer son président. Il a été "courageux, patient, et persévérant". Du temps, de l'énergie, de la force, avoue-t-il. L'homme s'est investi, de sa personne peut-on presque voir suinter entre les lignes. "J'ai donné mais rien reçu, quelle ingratitude!", croit-on encore discerner.

Seulement voilà, ce n'est pas ce qui est dit. Le champ lexical ne trompe pas. Il feint de s'adresser aux Genevois, c'est pourtant à la communauté économique genevoise qu'il parle. La communauté genevoise, vraiment? Non, le soutien financier. "C'est maintenant aux Genevois de décider pour l'avenir de leur club mythique", lance-t-il. Non, c'est de l'argent frais, de la monnaie, des espèces, des biffetons, de la ferraille! Que Diable, soyez franc.

Que Majid Pishyar ait besoin de liquidité. Soit. Mais qu'il le dise! Pas à travers d'un communiqué glacio-mélodramatique posté sur le net. Qu'il ait besoin de sous? D'accord. Mais qu'il ne vienne pas jouer sur tous les tableaux. Qu'il ne mélange pas le coeur avec le billet, qu'il n'oppose pas le jeune talentueux contre la carrière incertaine, la corde sensible avec la menace aux relents de chantage. C'est tout simplement insupportable.

"Pourquoi continuerais-je avec toute ma force, mon énergie et mon engagement ce projet souffrant de si peu d’intérêt de la part des genevois?", finit-il par clamer. Oui, c'est vrai. Pourquoi? Surtout quand ce n'est pas aux Genevois qu'on s'adresse.

27/01/2012

Expulser des syllabes tant le silence est insupportable

pic.jpgPolaroïd 00 : 14

Il faut alimenter la machine à dire. Expulser des syllabes tant le silence est insupportable. L'occasion de briller alors qu'il faudrait se taire. L'occasion de mentir alors qu'il suffirait de clore ses lèvres. Ceux-là mêmes qui s'offusquent du traitement que leur servent les médias alors qu'ils battent la campagne en répandant à tout va qu'on les conspue. Ceux-là mêmes qui devraient se réjouir que personne ne s'occupe d'eux, mais qui pourtant vous le reproche. Ils aiment trop la lumière. Mais la leur. La belle, l'éclairante. Sans les ombres ni les rides. Sans les miroirs de l'aube.

La complaisance est objective, la critique est toujours orientée. "On me veut du mal", gémissent-ils avant de vous regarder de leurs yeux embués et de leur profond sens de la trahison. Amusant lorsque ce sont les premiers à sortir les dagues et leur langue fourchue.

Il faut toujours s'allier d'une relative amitié avec ceux dont la langue ne pend jamais, ou ceux pour qui l'espace auditif doit être clairsemé. Quant aux autres, rien qu'à regarder la poisseuse crasse de leur clavier téléphonique ou des infimes particules épidermiques sur un écouteur suffit à comprendre. Tout ce qui sera dit sera retenu contre vous.

Chez eux, le crachat est un réflexe. Il faut alimenter la machine à dire. Expulser des syllabes tant le silence est insupportable. On devrait détester. On a pourtant pitié. Tant bien même qu'ils vous saluent, alignant une rangée parfaite de dents blanches. Peroxydées.

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20/01/2012

Le fumet de la fin

pic-2.jpgPolaroïd 02 : 15

Quelle angoissante effluve quand on s'efforce de ne pas l'humer. Même si, contre toute rationalité, sommes-nous obligés de la ressentir. A corps et à chairs défendants? Jamais. L'arôme anciennement enivrant qui se transforme un lourd défilé de Polaroïds aux couleurs fanées. L'odeur jadis des certitudes remplacée subrepticement par la saveur des "si" et des "je le savais". La septicémie soudaine qui remplace les "un jour" par "aujourd'hui".

Il n'y a qu'une certitude, celle-là même considérée à tort comme impie, le désir. Le désir d'elle, de lui, de l'autre ou de l'ailleurs. Celui qui cause la perte, qui enflamme les épidermes, qui engendre les deuils, les fins et les remords. La pesanteur des chapitres qui se tournent, les livres que l'on replace dans la bibliothèque. L'angoisse d'y mettre un terme, parce que personne ne croit plus aux renouveaux. Ni aux erreurs. Le pardon est vulgaire. Les doutes? Bannis.

Il faut assumer, la colonne vertébrale est rigide, la posture est droite. Et dans un processus bien connu de cicatrisation, il n'est plus question de comprendre. Il est question de mentir. A soi-même dans un exercice totalement schizophrénique de justification a posteriori de ses actes. Pour certains, ce n'est que la victoire de la rationalité, pour d'autres? La fatalité, le destin; alors que ce n'est que la fin. Abrupte et sèche, injuste et froide, mais surtout terriblement vraie.

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18/01/2012

Le devoir d'exemplarité ou le royaume des hypocrites

pic-1.jpgPolaroïd 01 : 59

On croit rêver. Le retour de la morale incarnée charnellement, dans ce que certains s'amusent à sortir de leur tiroir de circonstance: le devoir d'exemplarité. Plus hypocrite, tu meurs. L'exemple, c'est quoi? Une femme qu'on chérit, des enfants blondinets et des sorties au grand théâtre? Des positions itérativement répétées de missionnaire et des consommations modérées d'alcool? La course à pied au petit matin, les légumes à midi et un lavement le soir? Fil dentaire après repas, et lecture de Gibran ou de Levy au coucher.

Non. Il suffit de regarder. Les cravates alignés dans la plus digne des verticalités cachent des auréoles nauséabondes sous des aisselles détrempées. Les cachets mentholés ne font office que de paravent aux haleines éthanolées. Sans évoquer l'horizontalité des traits sur des miroirs lustrés, ni les tentatives poisseuses de membres préhensibles sur des postérieurs bombés.

On croirait les voir brandir des crucifix de la main gauche, le texte saint de la droite, les cornes cachées sous une prothèse capillaire et la queue poilue réfugiée sous un imperméable sombre.

Allez, soyez honnêtes. Le vrai devoir d'exemplarité que vous jetez en public en vous léchant la lèvre supérieure, ce n'est que pour mieux dire : "Faites n'importe quoi, mais que cela ne se sache jamais." Ainsi, on ne pourra plus vous taxer d'ignobles hypocrites. C'est déjà ça.

14/01/2012

La vraie affaire de Mark Muller ou comment prendre des vessies pour des lanternes

7468023-trois-lanternes-chinoises-physalis-alkekengi-cherry-de-la-vessie-lanterne-japonais-ou-hiver-cherry.jpgPolaroïd 21 : 58

La vraie affaire de Mark Muller.

Que le conseiller d'Etat se batte, s'empoigne, s'enlace ou ni l'un ni l'autre relève du domaine privé pour autant que cela n'influe pas sur la vie politique. Point final. Des querelles de fin de soirée, il y en a des tonnes, on n'en fait pas tout un plat. Cette affaire met-elle en danger la capacité de Mark Muller à diriger son département? Non. Quant à la manière dont il le dirige, c'est une autre question.

La vraie affaire, bien moins croustillante mais beaucoup plus problématique, est ailleurs.

Rappelons que suite au futur projet d'écoquartier du MàD, l'établissement est censé trouver avec la Ville et/où l'Etat une solution de relogement. Une solution dont l'issue pourrait être favorable ou funeste selon les décisions du magistrat. Que le conseiller d'Etat ait des amis? Tant mieux. Qu'ils soient socialistes, radicaux ou agrariens, ou même qu'il s'agisse d'Eric Stauffer, qu'importe.

Les questions sont simples. Mark Muller aurait-il du se dessaisir du dossier immédiatement au premier janvier, après que l'altercation ait eu lieu? L'amitié entre une employée et le conseiller d'Etat était-elle appropriée alors que le magistrat empoignait la question du relogement de ce même établissement?

Je sais que les affaires de toilettes sont nettement plus alléchantes que les autres, mais de grâce, intéressons-nous à l'essentiel. Parce que c'est ça, la vraie affaire Mark Muller.