28/02/2011

Ce mortel ennui

a5.gifBillet d'humeur, Radio Cité Genève, 28 février 2011

C’était hier, à Genève. Comme un dimanche. Résonnaient, ici et là, quelques notes bleues, du premier album de Serge Gainsbourg. L’odeur de la cendre froide avait fini par assassiner les promesses de l’aube.

Les verres étaient vides, elle était partie. Il aurait espéré des lettres confuses peintes au rouge à lèvres sur un miroir de salle de bain, comme lettre d’adieu. Ce ne sera qu’un fil délicat, partageant sa place avec de la crasse dans une baignoire vide : un cheveu.

Le disque avait dû tourbillonner en boucle toute la nuit, les corps ne se mélangent qu’en musique, avait-elle précisé. Il l’avait cru, suivant ainsi le sillon qu’elle avait tracé. Il espérait que l’aiguille aurait fini par sortir de son chemin, elle n’aura fait qu’y revenir, toutes les 22 minutes et 47 secondes.

Le temps d’une chanson.

L’abandon n’est que mensonge, l’union ? Le fruit d’esprits qui convergent, s’est-il alors empressé de penser. Réveil de brume dans des draps plissés, autant de circonvolutions d’un cerveau certes enlisé.

L’homme ne se démonta pas, enfila une tenue décente, descendit pas à pas les quelques marches qui le séparaient de la réalité.

Vite, une bouffée d’air contre une volute de fumée ! Le malheureux n’avait malheureusement pas saisi que les cigarettes ne s’échangent pas, elles ses grillent.

‘’Etait-ce la femme des uns sous le corps des autres, l’autre étant moi ?’’ se demanda-t-il. Il n’en savait rien. A vrai dire, qu’importe le moyen, le but avait été horizontalement satisfait.

Ses pas le guidèrent sur le seul parcours qu’il savait emprunter : la vieille-ville, puis clin d’œil aux enfants qui nourrissent des cygnes, retour par les rues basses où les caravanes et autres stands politiques avaient disparu. Happé, séduit puis léché… Comme elle, ils avaient disparu. ‘’Je ne suis bon qu’à payer’’ finira par conclure l’homme désabusé.

Recouvrant sa tête de sa capuche, l’homme pressa le pas pour rejoindre son 42 mètres carré. Les premières gouttes tombaient déjà, comme autant d’alarmes d’une vie dissolue. Il finit par mettre son casque sur ses oreilles de chou, et pour seule musique, ces mots : ‘’un mortel ennui, qui me vient quand je suis avec toi. Ce mortel ennui. Qui me tient et me suis pas à pas.’’