03/10/2011

A en croire Sandrine Salerno, je ne suis pas une personne sensée.

doisneau_picasso.jpgPolaroïd 14 : 33

Sandrine Salerno était interrogée hier à Forum sur la question de l'implantation des multinationales à Genève. En fin d'entretien (puisque débat, il n'y pas eu), la question a été posée par ma collègue Nathalie Ducommun, à savoir ''avez-vous demandé à ce chargé de communication de votre département de faire de la propagande politique, d'écrire pour le parti socialiste'' ? La réponse est immédiate: ''clairement non!'', rétorquera la Conseillère administrative.

La socialiste pose alors la question : ''lorsqu'on travaille pour une présidence, une direction de département au niveau politique, dans son activité de communication, existe-t-il un volet de communication politique?''. Sandrine Salerno répond à sa propre question: ''Et bien oui! (...) mais faire de la communication politique pour une magistrate, ce n'est pas encore la même chose que de faire de la communication politique pour un parti. Et cette différence, cette frontière, pour toute personne sensée, elle est claire!''.

Et bien, malheureusement non! Cette différence n'est en tout point pas évidente.

Suis-je si naïf de concevoir que les idées d'un élu sont souvent les mêmes que son propre parti et dès lors, communiquer pour soi, c'est aussi communiquer pour les autres? Que penser de la présence, en période électorale, d'un magistrat de droite dans le calendrier de son département? D'un élu très à gauche qui multiplie les conférences de presse pour attirer l'attention des médias? Ou d'un autre qui réunit une task-force pour alimenter son blog, facebook, et autres twitter?

La question sous-jacente est limpide: quel type de communication peut-on accepter de financer avec l'argent du contribuable?

Soyons clairs, je comprends bien qu'on communique pour dire à quel point notre département est efficace et fantastique, qu'on informe les citoyens des progrès réalisés, ou qu'on souhaite ''se rapprocher des habitants et habitantes de cette ville''. Je comprends fort bien également qu'on engage des collaborateurs de son propre parti pour effectuer des tâches de communication.

Mais dire ''que la frontière entre la communication politique d'un département et la communication politique d'un élu (en campagne) appartenant à un parti, est claire'', est à mon sens, insensée. Comme moi, à en croire Sandrine Salerno hier.

23/03/2011

Quand on doit tuer quelqu'un, ça ne coûte rien d'être poli

salma-hayek-femme-barbe-L-1.jpegBillet d'humeur, Radio Cité Genève, 23 mars 2011

Et si nos animaux politiques faisaient appel à des agences de communication ?

Remplacer les bêlements par des mots, les grognements goguenards par des consonnes fricatives uvulaires, éviter les spirantes pour les remplacer par de dodues voyelles antérieures arrondies, de quoi rendre jaloux toute femme ou transsexuel habitué à la rudesse du bitume.Bref, tout pour changer d’allure vestimentaire, corriger un vilain strabisme, troquer son eau de toilette low-cost Vichy contre de l’italien musqué, ou encore effacer cette hideuse moustache par une épilation définitive au laser.

‘’On ne juge pas les gens sur leur physique’’, me disait ma mère résignée, à l’idée que je puisse être l’un d’eux. Heureusement pour son âme, elle a changé d’avis, rassurée à l’idée que son fils chéri n’avait pas retourné sa veste. ‘’Maman’’, avait-je rétorqué : ‘’on juge les gens sur le fond, on ne les juge pas sur la forme’’. Version qui, années après années, gommage de peau après tentatives d’habitation vestimentaire, s’est soldée misérablement par un acharnement à la pureté, non pas de l’âme, mais bien de la chair.

Aujourd’hui, j’ai grandi. J’ai changé, moi aussi. A la bière-vin blanc du Marchand de Sable, je préfère désormais le Château Pipeau, millésime 86, du Bœuf Rouge aux Pâquis, n’étant pas prêt encore, je dois l’avouer, à franchir l’ultime démarcation qui sépare les loosers des gagnants : le pont du Mont-Blanc. ‘’Well Done’’, disait Winston Churchill en aspirant, délicatement, à l’image d’une maîtresse soumise, le cigare qui lui faisait office de doigt d’honneur à Postdam en 45, à l’encontre d’ignobles communistes.

Et si nos animaux politiques faisaient appel à des agences de communication ? C’est la question qui m’a taraudée l’esprit hier, comme un marteau sur une enclume, attention à ne pas confondre avec la position éponyme du Kamasutra. Question que je posa à la ministre en charge de la Sécurité et de la Police : Isabel Rochat.

La réponse fût sibylline de la part de sa chargée de communication, Madame Goupil: ‘’affirmatif’’. Quel montant ? ‘’Minime’’. La charmante dame n’hésitant pas à me questionner à mon tour : ‘’mais pourquoi vous me posez cette question’’. La réponse fût cinglante : ‘’parce que je suis journaliste Madame !’’. Quant à savoir pour quel type de ténébreuse mission, pour quels obscurs objectifs, je n’en ai rien su. Il faut dire, que l’agréable dame, dont le métier est de communiquer, m’a refroidi, comme un enfant pris en faute, de lui poser une autre question.

‘’Well done’’, aurait encore pu rajouté Winston.

Une chose est sûre : certains de nos politiciens s’expriment comme des langoustes bavardes ou comme du gibier pourchassé par d’infâmes braconniers à l’haleine avinée. Du coup, l’idée de se faire coacher par des professionnels est séduisante.Séduisante à mes yeux, mais pas forcément pour celui, qui n’ayant pas voté pour l’animal, apprendra que des deniers publics soient utilisés à améliorer l'image du candidat qu'il ne souhaitait surtout pas voir accéder au pouvoir.

‘’Quand on doit tuer quelqu'un, ça ne coûte rien d'être poli’’ finira par expulser une bouche pâteuse, de celui qui aura toujours craint de n'avoir libéré l'Europe centrale de l'oppression nazie que pour la livrer à l'oppression communiste.