29/03/2011

La sécheresse humide des sushis

secheresse300 - copie.gifBillet d'Humeur, Radio Cité Genève, 29 mars 2011

Hier à la même heure et ici même, derrière ce micro, je m’évertuais à cacher mon manque d’inspiration derrière un portrait des candidats au Conseil administratif. A croire que moi aussi, je devrais sérieusement, comme Isabel Rochat, songer à engager une boîte de communication pour écrire mes éditos. N’ayant de loin pas son salaire, même si je m’adonne corps et âme à quémander une augmentation, comme ces affreux roms que Pierre Maudet veut chasser des terrasses, je dois me résoudre à les écrire moi-même.

Prostitué de l’onde, ma seule source de réconfort fût un message sibyllin, posté sur mon blog par Florence Kraft-Babel. Autant réconfortant que si Pascal Décaillet m’avait récité, de mémoire, des vers indigestes d’Henry Michaux, ou que si, Roger de Weck m’avait invité à une séance de tir à l’arc, sans lunettes de visée.

Hier après-midi, l’inspiration n’était toujours pas revenue. L’actualité était au point mort, à part un fribourgeois qui enterre ses maîtresses dans des bois, des jumelles introuvables et quelques sushis radioactifs, point de substance érogène pour nourrir son homme. Vite, il fait fallait pallier à cette sécheresse temporaire d’inspiration.

Pas un petit scandale à se mettre sous la dent, Eric Bertinat s’occupe déjà des francs-maçons et des pacsés inféconds. Nul trace dans le budget 2011 de l’Etat, des coûts de fonctionnements de l’Office des Droits Humains, si ce n’est qu’un seul directeur pourrait remplacer tous les autres. Enfin plus de villas louées 150 francs le mois ! Ne restait alors que des jeunes adolescents poignardés à la sortie des boîtes de nuits et de quelques tomahawks lancés ‘’chirurgicalement’’ Madame ! sur des amateurs de chèvres et de thé sucré, dont les médias commencent à s’en lasser.

Bon c’est vrai, j’aurais pu m’en prendre à nouveau à Guy Mettan qui confond ‘’Club Suisse de la Presse’’ avec ‘’Club Suisse de Guy Mettan’’, revenir sur ce fantastique site internet de notre Mairesse, Sandrine Salerno, site ‘’qui n’est en aucun cas un site électoraliste’’, ou encore sur le prix de la campagne de Michel Chevrolet, qui nous livrera bientôt, en toute franchise, ‘’j’vous le jure, Monsieur le juge’’, ses heureux bienfaiteurs.

Alors non, point d’acharnement ce matin. Je dois me résigner à constater qu’on n’a rien à dire lorsqu’on ne vit rien. Et de conclure qu’à force de ne rien vivre, on meurt.

14/02/2011

A partir de quoi il apparaît urgent de se taire

7og77y8c.jpgEditorial Radio Cité Genève, 14 février 2011

Très Cher SSR-SRG-Idée Suisse. Parce que des idées, vous en avez.

Il y a quatre choses, irrésistiblement désagréables à mes oreilles, qui ont été prononcés hier sur le service public : la barrière de röstis, le clivage ‘’gauche-droite’’, les sondages et la Saint-Valentin.

Cette dernière tombant le lendemain d’un scrutin fédéral, je peux déjà vous dire que nous n’en parlerons pas ce matin. Sauf pour réitérer, de manière quasi annuelle, la remarque suivante de l’illustre Desproges : ‘’L’amour… il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui le font. A partir de quoi il m’apparaît urgent de me taire.’’

Revenons à la guerre, celle des urnes. Revenons également sur les nombreux commentaires, parfois de grands spécialistes, d'éminents politologues et des journalistes. Revenons enfin sur l’unique institut de sondage qui s'est brillamment prononcé sur le résultat de l’initiative dite ‘’d’une meilleure protection face à la violence des armes’’.

D’une part, s’il y avait véritablement ‘’röstigraben’’, alors les cantons du Valais et de Fribourg devraient impérativement troquer leur viande séchée contre du cervelas, échanger leurs loups contre des ours, leur double-crème contre du bircher, ou encore le Fendant contre un germanique penatset.

De l’autre, il faudrait considérer Bâle-ville comme notre Céligny genevois, avouez qu’il y aurait de quoi être surpris, à entendre l’expulsion d’un ‘’Gott verdammt mir nemol’’ d’un conducteur aux plaques genevoises. Il faudrait également renvoyer quotidiennement des tonnes de saucisses aux choux à Zürich.

Sur la question du clivage ‘’gauche-droite’’, il faut alors aussi déduire que toutes les organisations féminines sont à gauche, que tous les médecins sont à gauches, que mêmes les prêtres seraient, eux aussi, contaminés par la fièvre rouge. A constater également qu’une horde de socialistes et d’écologistes auraient déserté la Suisse alémanique pour trouver refuge dans nos contrées. Ce qui du coup, expliquerait pourquoi les initiants se sont essoufflés en cours de campagne, et pourquoi Genève a refusé l’amnistie fiscale.

Enfin, sur les sondages, je tiens à remercier chaleureusement le seul et unique institut de cartomancie pour sa brillante lecture de l’avenir. Je rappelle que GFS Berne donnait l’initiative gagnante début janvier, légèrement gagnante à la fin du même mois.

Très Cher SSR-SRG-Idée Suisse. Parce des idées, vous en avez.

A la lumière de ces présentes remarques, serait-il envisageable de rétrocéder une petite partie de ces 67 millions qui dorment sur vos comptes, à d’autres médias ?

Parce qu’entre les sondages, la barrière de röstis, le clivage ‘’gauche-droite’’ hier, on en est presque arrivé à vouloir fêter la Saint-Valentin, aujourd’hui.

11/01/2011

Le Vert Libéral où l'art du travestisme

rocky-horror-tim-curry.jpgÉditorial Radio Cité Genève, le 11 janvier 2011

Allez, soyons courageux, l’année ne fait que commencer, le stock de vipérine n’est pas encore épuisé. En 2011, c’est promis : je me fais de nouveaux amis.

Les Verts Libéraux.

Les Verts Libéraux, où le parti du travestisme, du pole dance et du grand écart. Sauf qu’à la différence de Tony Curtis et de Jack Lemmon, ou encore de Tim Curry dans le Rocky Horror Picture Show, un cigare Montecristo a remplacé l’Absolu Rouge de Lancôme sur des lèvres ‘’non botoxées’’, on a troqué de filiformes talons aiguilles en vinyle noir contre des John Lobb en fausse peau de croco, écolo oblige, enfin touche finale : on évitera volontiers la mini-jupe et les bas résilles trouées aux cendres de cigarillos par un pantalon sobre, digne, et taillé sur mesure, libéral oblige.

Le Vert Libéral n’est pas bête, on dit de lui qu’il est même malin, astucieux, débrouillard, rusé mais surtout ‘’renard’’, du nom du célèbre mammifère carnivore au museau pointu et au pelage roux, ne s’étonnons pas donc si au Moyen-Âge, il fût habitué à fréquenter bûchers, arrachage de chair, écartèlement, pilori et autres carcans.

Le Vert Libéral aime la différence: bien trop ‘’smart’’ pour être vraiment écolo, bien trop ‘’clever’’ pour être libéral. Oui, le Vert Libéral est tendance, le Vert Libéral n’en a cure des critiques, le Vert Libéral est décomplexé, le Vert Libéral est enfin composé de 12 membres exactement au sein de sa section genevoise.

‘’C’est peu mais déjà un grand pas pour l’humanité’’ dira modestement son secrétaire ‘’généralissime’’, sur la terrasse de la Clémence, expulsant au passage des volutes de fumée tout en pianotant sur son IPad, fonctionnant à l’énergie solaire, cela va de soit, sa dernière réflexion sur le monde.

Le Vert Libéral s’engage. Contre le nucléaire, contre les déchets, pour une production agricole de proximité, il entend également dans le même temps, soutenir l’économie ‘’verte’’, favoriser une croissance économique dans le respect des ressources humaines et environnementales, enfin, il compte ‘’donner la primauté à la protection de l’environnement sur l’économie lorsque les conséquences négatives pour l’une et l’autre sont comparables’’.

En clair, sur ce dernier point : si les conséquences sont un peu négatives sur le plan écologique, mais terriblement positives sur le plan économique, son cœur penchera vers sa moitié libérale. A l’inverse, s’il peut sauver une famille de grenouilles au détriment de la construction d’un Spa sur la commune de Pregny-Chambésy, il se peut que son petit cœur passe au vert, surtout qu’il n’y habite pas.

Le stock de vipérine étant épuisé, je ne peux que refermer ce chapitre par une note positive.

C’est vrai, je suis de mauvaise foi. Je les attaque sur leur nombre (ridicule), sur leur position cavalière, à ridiculiser la présidente de l’UDC genevoise, sur cette façon de dire :

‘’-Regardez bien, ma sœur; 
Est-ce assez ? Dites-moi ; n'y suis-je point encore ?

- Nenni.

- M'y voici donc ? - Point du tout.

- M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point ‘’.

Je persifle, je peste contre ce nouveau parti. Comme si nul PDC ne pouvait être libéral, comme si nul UDC ne pouvait être humidement envieux d’être MCG, comme si nul socialiste n’avait rêvé, un jour, de se prélasser dans un triplex à la Pampa, comme si nul petit homme de l’ombre fantasmait d’être Conseiller d’Etat.

"La chétive pécore,
s'enfla si bien qu'elle creva.

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages:
tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs. Tout petit prince a des ambassadeurs. Tout marquis veut avoir des pages‘’.

Un peu comme un journaliste qui rêva, un jour, de faire de la politique, ou pas. Mais nous ne sommes pas à une contradiction près, n’est-ce pas ?

16/12/2010

Lettres ouvertes au Père Noël

Ihave.jpgBillet d'humeur, Radio Cité, 16 décembre 2010

Lettres ouvertes au Père Noël.

Oui, nous avons reçu, à notre rédaction, de multiples courriers d’enfants, élevés dans le doux berceau du catholicisme, ou pour d’autres dans la luxure la plus totale du consumérisme.

Nous vous livrons donc quelques extraits de leurs plus chers requêtes aujourd’hui.

Le petit Tom de Bardonnex nous demande si son album Panini du mondial 2022 sera complet.

Ne t’inquiète pas, Tom, les joueurs homosexuels seront effectivement biffés de ton album, mais sois rassuré: tu auras l’équipe du Quatar, et de l’Iran au complet!

Luc, des Acacias nous demande si Michel Chevrolet est toujours directeur de Léman Bleu, il pense déjà à sa future carrière de journaliste, c’est bien!

Sois rassuré également Luc. Oui, rien n’a changé à Léman Bleu, l’ex-directeur de la chaîne continue à commenter les résultats financiers, c’est bon signe. Toi aussi, tu pourras faire ton stage là-bas, même les salaires n’ont pas changé, 125 francs mensuels te suffiront aisément à offrir des cadeaux à ta future petite amie ou à ton futur petit ami.

Virginie, de Chancy, nous demande l’adresse du coiffeur de Michelle Künzler, Conseillère d'État en charge du département des crustacés et des batraciens. Virginie, je vais devoir te décevoir: elle n’a pas de coiffeur. Je te conseille donc la bonne vieille technique du bol et des ciseaux.

Une autre fille, Carole de Cologny nous demande si elle aussi, pourra devenir chancelière de la République.

Bien sûr Carole, tu le peux toi aussi. Surtout, par pitié, ne deviens pas moche, sois propre sur toi même, n’hésite pas à abuser du Rouge Allure Laqué numéro 4 de Chanel, et enfin, si par malheur, ton physique devenait déplaisant, tu peux toujours te payer une opération chirurgicale afin de changer de sexe et t’acheter une vieille perruque Louis XIV.

Le costaud Benoît, de Ferney Voltaire, nous demande: à quand, enfin de la fraternité avec ses petits copains d’école de Meyrin?

Benoît, écoute. Ça, ça va être plus compliqué. Quand tu seras grand, Eric Stauffer sera Maire de Genève, il accueillera Sarah Palin, présidente des États-Unis, sur le tarmac de l’aéroport. Alors tu vois, tout va changer sauf ça: frontalier d’accord, mais genevois d’abord. Désolé Benoît. Désolé.

La fébrile Céline, de Puplinge nous demande si elle a des chances d’avoir comme amoureux Pascal Décaillet.

Céline pas facile ta question. Bon d’abord, intéresse toi aux religions: dans l'ordre, christianisme, judaïsme, islam. Demande à tes parents de t’acheter la collection complète de la Pléiade, apprend à réciter des vers homériques, enfin dernier point capital: si tu veux conclure, prétend que tu es une fan de De Gaulle, n’hésite pas non plus à placer du latin dans n’importe quelle phrase, style: je vais aux toilettes Ad Nauseam, ou peux-tu me passer le sel, s’il te plaît mais Ex Ante j’aurais préféré que le serveur le fasse Motu Proprio!

Enfin dernière lettre aujourd’hui, le brillant Olivier des Eaux-Vives nous demande si la vie vaut la peine d’être vécue.

Alors Olivier. Encore moins facile ta question. Et bien. Essaie. Essaie fort, essaie un peu. Essaie comme tu peux. Fais des erreurs, doute, crois, espère, désillusionne-toi, demande une augmentation, prie, tombe amoureux, sois pitoyable, ment, dis ce que tu ressens, oublie, désire, regrette, espère.

Évite juste d'avoir à  te dire un jour: ''zut je suis devenu comme ceux que j'ai toujours détesté''.

Joyeux Noël. A tous. Et aux autres aussi.

06/12/2010

Le mouton noir et les hyènes

pic-1.jpg

Le Mouton noir, se parant de sa plus belle laine frisée, affronta froid et frimas pour se rendre à sa réunion à mains levées. Bien qu’ayant renoncé à se lisser le poil, pour faire plus suisse, faute d’endroit chaud pour se préparer, le mouton noir traina les pattes pour se rendre à sa landsgemeinde.

Dans le même temps, les Hyènes continuèrent à vociférer, et d’accuser leur tribu, ou les autres, de ne rien, leur avoir laissé à manger. Il est vrai, les Hyènes commençaient mal l’hiver, faute de ne pas avoir combattu, vide était le garde-manger.

Le Mouton noir, lui, pouvait pavoiser. Lui qui aurait voulu être coq, pouvait enfin ne plus regretter de n’être pas un gallinacé. A force de suivre les salivantes hyènes et de ne manger que les fumantes carcasses, le Mouton a décidé de planter légumes, maïs et blé, non transgéniques, évidence que le mouton a respecté.

Les Hyènes, elles, continuaient de s’entretuer. S’accusant tour à tour de suivisme, nouveau terme à la mode dans ce monde enchanté, les carnivores n’avaient plus que d’une gueule, une vieille mâchoire édentée. ‘’Il faut réagir’’ se dirent, en chœur, les malheureux hyénidés. ‘’Aucune proie, ni gibier pour nous sustenter ! ’’

La Hyène rouge, cria au scandale, hurla à l’intolérance et décida de lancer une campagne d’affichage afin d’attirer l’aliment étranger. Celle qui avait crié au suivisme, finit par elle aussi, copier, une affiche du bovidé.

La Hyène bleue, elle, dépensa sans compter, pour s’acheter une pleine page dans la gazette des prés. ‘’Un peu tard’’, rétorqueront certains spectateurs immigrés.

Enfin, la Hyène, rousse la nuit, orange le jour, décida de s’absenter. Aux combats, elle préféra se lancer dans une autre copie, et de produire une vidéo calquée sur un lip-dub de l’UMP.

Le Mouton noir avait raison. Désormais, il y a deux partis. Les Moutons et les Hyènes.

02/12/2010

Quand le rien de l’un, peut parfois être l’essentiel de l’autre

pic-1.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 02.12.10

La neige. Blanche, paradoxalement froide à son contact, mais terriblement chaleureuse à l’effet qu’elle éveille. Délicatement, elle s’est enroulée sur nos arbres, sur un balcon, sur un lampadaire, sur un détail. Le nez d’un enfant, la coiffe d’une grand-maman, un vieux bull-terrier boiteux.

Silencieuse, elle aura réussi à déchainer, ce que d’autres passeront leur vie à provoquer : la fascination. Elle aura réussi à transmettre, ce que d’autres ne susciterons jamais : la plénitude. Elle sera parvenue, enfin à nous faire… taire.

 

© Anne-Laure Martin

Un silence nourricier, apaisant pour un instant la fureur du monde, la neige a coulé sur la ville, comme un drap que l’on referme sur soi, comme du chocolat encore chaud sur une fraise congelée, comme un regard de celui ou celle qu’on aime dans une soirée trop bruyante, le silence remplace plus souvent qu’on ne le pense, ce qu’expulsent des bouches.

Comme un mot qui nous fait du bien, écrasant dans un moment de pure vérité, tout ce qui fait de nous des Hommes : remplir son temps avec du rien.

On remplit souvent notre vie de rien. Le problème, c’est que le rien de l’un, peut parfois être l’essentiel de l’autre. Alors que ‘’faire le ménage’’ est une tâche irréalisable pour l’un, elle est une preuve de considération pour l’autre. Alors qu’une votation est capitale pour celui-ci, elle est purement et simplement une perte de temps pour celui-là.

Autre exemple : le criminel étranger est une réelle préoccupation pour l’habitant d’Appenzell, elle l’est un peu moins pour le genevois.

Et la liste est encore longue, certains pestent contre les TPG, d’autres se demandent s’ils peuvent resquiller, une vieille dame s’inquiète de ne pouvoir faire ses courses, par peur de chuter, un jeune homme se demande bien quel boulot il pourra choisir, ma voisine n’a plus d’amaretto pour accueillir son petit chéri, et Paul, se demande si on l’appellera cette année pour passer Noël en famille.

Rassurez-vous, cette délicieuse et ingérable digression est bientôt morte. Parce que la neige, elle, a fondu.

La neige, sirène ou cheval de Troie, nous a tous eu, pour se transformer en infâme bouillie. Grise. L’infâme succube était bien là au réveil.

On a tous retrouvé l’écume aux lèvres, les yeux injectés de sang. On a tous retrouvé nos ennuis quotidiens : l’eau pas assez chaude, la nourriture infecte du seul restaurant qui jouxte notre travail, les 460 francs qu’il faudra dépenser pour s’acheter des pneus ‘’neige’’, les programmes télé qu’on se force à regarder pour faire plaisir à l’autre, ou encore Robert Cramer qui revient sauver Mark Muller.

Et pourtant, vous le savez autant que moi, on dépense souvent de l’énergie pour des futilités. Alors un grand merci à la neige, et à ceux qui vous aiment, et qui vous permettent, enfin, pour un instant, d’oublier.

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29/11/2010

L'irritation

Lady.jpgBonjour. Si vous êtes étrangers, tapez 1, si vous êtes criminels, tapez 2, enfin si vous êtes étranger et criminel: nous nous occupons de vous. Nous allons bientôt procéder au décollage. Les hôtesses de l'air vous apporteront, dans quelques instants, un léger rafraîchissement.

Pour les autres bienvenue, à Genève. Genève, un monde en soi. Genève vous accueille à bras ouverts, entre 8h30 du matin et 19h00.

Je ne sais pas vous, mais moi, ces votations m’ont irrité. Aucune crème n’ayant réussi à calmer l’apparition de ces «petits boutons noirs» hier, c’est devant la télévision que j’ai essayé d’oublier ces démangeaisons épidermiques, ces éruptions cutanées, la violence des plaques tectoniques à fleur de peau.

L’irritation avait débuté il y a bien longtemps déjà. C’était un 24 juin 2009. Là, au bord du lac, l’air fleurait bon l’algue lémanique, mal assis sur une chaise mal conçue d’un glacier mal foutu, j’apprenais, non pas que le Falcon de la Confédération revenait le ventre vide de Tripoli, mais bien que ce même Falcon pourrait repartir de Berne le ventre plein: l’UDC avait déposé son initiative: ‘’Pour le renvoi des Étrangers Criminels’’.

Ni une ni deux et apprenant la nouvelle, je sursauta de ma chaise, poussant par inadvertance au passage, un vieil accordéoniste tzigane et un joueur de bonneteau dans la rade. Direction l’office fédéral de la Statistique. Soixante-trois francs plus tard (je ne voyage qu’en première classe), j’arrive donc à destination: espace de l’Europe numéro 10, Neuchâtel.

J’y apprends que 38 tueurs de poules, 295 brigands, 927 Robins des Bois, 2996 vendeurs de coussins au chanvre, 128 pervers et 2 sado-masochistes sont concernés par l’initiative UDC. Une année et demi plus tard, c’est fait SVP. La Suisse l’accepte à presque 53 %. Au total, 4200 vilains, et c’est sans compter ceux qui fraudent l’assurance sociale, peuvent désormais être renvoyés dans leurs pays. Enfin à quelques détails près.

Ce qui était irritant en 2009 est resté irritant en 2010.

La Gauche gémit de ne pas avoir les mêmes moyens financiers que les autres; sans pour autant faire son mea culpa quant à son cafouillage de début de campagne. Le centre-droit, lui, abuse du contrôle-c, contrôle-v en copiant, mais de manière honorable, le texte originel du parti agrarien. Sa force propositionnelle s’est rapprochée de zéro sur le domaine de la sécurité, il ne fait plus que réagir, au lieu d’agir ou de se taire.

Hier, aucun président de parti n’avouait avoir perdu. La faute à qui? Aux autres forcément.

Hier, l’irritation n’était pas due au fait de lire ou d’entendre les éternels aboiements au populisme, du dégoût des suisses à être suisse, ni de voir Eric Stauffer se dandiner derrière la caméra de la TSR en direct de l’hôtel-de-Ville. Ni même de l'UDC.

Non, l’irritation était ailleurs. Celle de voir Yvan Perrin, toujours sur la chaîne de télévision nationale, sagement assis dans son fauteuil, constatant avec quelle efficacité les autres partis étaient incapables de lui répondre. Incapables de répondre aux suisses.

Un combat sans adversaires, c'est ça la véritable irritation. Mais rassurez-vous, ce qui est irritant en 2010 sera aussi irritant en 2011.

25/11/2010

Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux

Etranger.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 25 novembre 2010

‘’Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux’’. Eux, ce sont les suisses. Le message est signé de la plume de notre confrère, français, Emmanuel Rouxel. ''RouXXXel'' diront certains suisses et les parisiens. L’article et ce titre sont parus dans le Messager : hebdomadaire haut-savoyard, hier.

‘’Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux’’.

On y apprend que, sur les 14 000 Suisses ayant reçu une amende, française, seule la moitié auraient réglé leur contravention ! Pire encore, les suisses sont des chauffards ! Ne possédant pas de permis à point, ils se permettent, à coup de francs suisse de s’en foutre des répercussions.

On y apprend également que les genevois sont racistes, à grosse louchée de racaille d’Annemasse, et de frontaliers voleurs d’emploi, et profiteurs : les suisses, en effet, sont la cause principale de l’explosion du coût de la vie en France.

Enfin, les suisses sont ‘’dominateurs’’ : profitant de la faiblesse de l’euro, ils en profitent pour dévaliser les magasins.

Alors faute avouée à moitié pardonnée : l’article n’est pas si véhément envers les petits helvètes. L’article est en fait plutôt séduisant. Alors que nous, traitons, les français de chauffards, eux, usent du même qualificatif. Alors que nous, ou certains, les blâment de tous les maux ; eux font pareil.

Ce qui est surtout amusant, c’est que l’on est tous, l’étranger de quelqu’un.

Et les rancœurs sont multiples. Elles sont sociales, esthétiques, économiques, religieuses, culturelles, linguistiques, sexuelles ou encore géographiques.

On a tous détesté un jour, un chef, on a tous détesté des valaisans, des schwyzertütsch, on a tous détesté une fois, un type qui n'était pas comme nous, une bourgeoise puante, un socialo engagé, oui mais un peu trop, une blonde, un black, un grand maigre, un petit gros, une grande brune au parfum incommodant, un américain, un dealer, un trader vénal, un ouvrier militant, un chrétien bigot, un vendeur de kebabs absent.

On est tous, l’étranger de quelqu’un.

Et puis après, on s’est dit que notre chef avait de sacrés problèmes avec sa femme, que le suisse-allemanique pouvait desserrer les fesses, que le petit gros avait eu honte toute sa vie d’être obèse, que la blonde avait toujours rêvé d’être brune, que la bourgeoise donnait 500 francs tous les mois, à Emmaus, que l’américain était né au Pakistan, et que l’ouvrier rêvait de travailler dans la finance.

L’étranger, il est là tous les jours. Celui du troisième, celui de la rue d’à côté, de l’autre ville, de l’autre canton, de l’autre pays, de l’autre langue, de l’autre continent, de l’autre corpulence, de l’autre façon de conduire et enfin de l’autre confession.

Tout ça pour dire ? Pas grand chose en fait. Si ce n’est qu’un jour, ce que l’on appelle la région franco-valdo-genevoise ne sera plus, qu’un joli mot-composé sur un communiqué de presse, ou imprimé dans une rotative genevoise ou annemassienne.

Un jour, on comprendra enfin qu’un bassin d’environ un million de personnes, n’est rien en comparaison de Londres, Paris, Berlin, Cape Town, ou encore Montréal.

Au final, le pire, ce n’est ni les frontières, ni l’indice de masse corporelle, si vous portez une kippa surgelée, ou si vous prononcez Chamonixxxx au lieu de Chamonix.

Le pire, c’est d’en avoir peur. De l’autre. Mais je dois vous quitter ! Malheureusement, mon collègue veut me piquer ma place.

 

27/09/2010

A choisir: le con ou le bien-pensant?

marchand de lait en hp bis.jpg27 septembre 2010, 12 : 16

Un chiffre : 53,4 %. Plus qu’un chiffre, c’est une scission, nous disent les commentateurs. D’un côté : les alémaniques, les bourbines, les suisses-toto. Une structure neuronale simplifiée, un amour inconditionnel de l’ordre et un traditionalisme sclérosé.

De l’autre: les romands, beaucoup plus intelligents, un fort sens de la solidarité et une aversion certaine pour les röstis, les chemises à carreau et les socquettes blanches dans des birkenstock. Sempiternel sujet de discorde, on l’aura bien saisi.

Ce qu’on oublie parfois. C’est que le peuple est souverain, et que quoi qu’on en dise, il a le dernier mot. Ce qu’on oublie parfois, c’est que l’électorat de droite, lui, va voter. Affirmer que le peuple est souverain n’implique pas, ni qu’il ait raison (et d’ailleurs, qui a raison ?), n’implique pas non plus qu’il ne faille pas s’offusquer de ses choix. Pourtant plus irritantes encore qu’un vote, une décision, un choix, ce sont les réactions suscitées à l’issue d’un scrutin.

Du côté de la population, certains appellent à l’indépendance de la romandie, considèrent le suisse allemand au mieux comme un demeuré, au pire comme un facho, enfin, du côté des élites politiciennes: décryptages, analyses, parfois excuses, voire même honte.

En vouloir à la population serait de mauvais goût. Au final, elle a le droit de s’exprimer, de manifester son désaccord le plus profond, voire même de faire appel à un champ lexical digne d’une période sombre du 20 ème siècle. La démocratie, c’est aussi ça. Par contre, on peut être beaucoup plus sévère quant aux propos de certains politiciens, de quelques journalistes, et d’un humoriste.

Hier, on a pu entendre cet incroyable imitateur fournisseur officiel de rire de Suisse romande, cracher son venin sur l’UDC. Yann Lambiel tirait encore à boulets rouges sur le parti agrarien en qualifiant ses membres « d’intolérants racistes nazillons ».

L’humoriste dégoulinant bien-pensant devrait plutôt prendre des cours d’histoire, et se rappeler au passage, que presque 30% des suisses ont voté UDC aux dernières élections fédérales de 2007. On ne peut pas décemment traiter un suisse sur trois d’intolérant raciste nazillon.

La même analogie peut être tirée avec le MCG à Genève. Le onze octobre 2009, le parti gagnait 17 sièges au Grand Conseil. On s’en rappelle le soir même, les autres partis avaient la gueule de bois. Certains parlaient de honte, d’autres s’excusaient de ne pas avoir su écouter les genevois. Une année plus tard, on a toujours des politiciens qui prennent Stauffer pour un bouffon. Ils ont tort. C’est un symptôme.

La Suisse est une démocratie. Ici, un citoyen peut retarder la réalisation du CEVA, proposer la réintroduction de la peine de morts, interdire la construction des minarets ou encore empêcher un religieux de se promener cul nu en soutane dans les rues de Genève. Ici, le citoyen peut renvoyer les étrangers criminels, alors qu’en France, c’est le gouvernement qui se charge de renvoyer ses roms.

C’est là toute la beauté et les faiblesses du système suisse. Un système qui offre des libertés, offre toujours la liberté d’en abuser. Ce qu’on oublie parfois. C’est que le peuple est souverain, et que quoi qu’on en dise, il a le dernier mot.


A choisir, je préfère les chemins de travers et les sans-issues, aux autoroutes et autres ballades touristiques en car. A choisir, je préfère «un con», un paysan uranais, ou encore un demeuré à un bien-pensant de bon goût.

 

 

 

23/09/2010

La Nausée

the-many-looks-of-the-zombie-20081031080626804-000.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 23 septembre 2010

La Nausée, ou comment à force d'observer une racine, on ne sait plus la nommer.

C’est l’histoire d’Antoine Roquentin, un petit intello, clerc de notaire trentenaire dans une petite ville de France. C’est le personnage principal d’un petit roman. Huit petites années auront accouchées de l’un des textes les plus mineurs de Jean-Paul Sartre : la Nausée.

Alors postulons qu’Antoine Roquentin, lui aussi aurait pu être victime de cette répulsion aujourd’hui en observant « l’actualité ». Ce que nous appellons « l’actualité », ce que les anglophones appellent des « news », ou pire encore des « breaking news » suscitent parfois, voire souvent l’écœurement.

L’actualité s’est pourtant toujours faite appelée « actualité ». Or, à l’époque, les distances n’étaient pas les mêmes. A l’époque, les moyens de communication n’étaient pas les mêmes, et enfin à l’époque, le temps ne semblait pas s’écouler à la même vitesse…un peu comme si Dieu s’était amusé à piper les sabliers.

Hier, l’actualité était à Berne. On élisait un nouveau Conseil Fédéral.

08h53 : les journalistes couraient dans tous les sens, à faire passer Delarue pour un Gainsbourg. Mâchoires serrées, il fallait recueillir les réactions des politiciens, écrire des textes, produire des mots, expulser des sons.

09h29 : la dépêche BSF 044 de l’agence télégraphique suisse tombe : Monseigneur Genoud est décédé.

Vite, qui connaît quelqu’un qui connait quelqu’un qui eusse fréquenté l’évêque ?

10h18 : Simonetta est élue Conseillère fédérale avec 159 voix.

11h20 : Fin du deuxième tour de la deuxième élection. Brigit Wyss ne sera pas Conseillère Fédérale.

Les mâchoires ne sont toujours pas desserrées. Fichtre, quelqu’un a-t-il vu passé Ueli Leuenberger, le président des Verts ?

12h07 : Schneider-Ammann est élu. Ouf, le temps de se rappeler que le reste du monde a continué à effectuer sa petite rotation.

On apprend, 12h15 que Delarue veut guérir et revenir. Ca nous fait une belle jambe. 12h23 : Eric Stauffer prend l’ex-président-avocat de l’UDC Soli Pardo pour défendre ses intérêts. Beau mollet aussi.

Mais où va donc le monde ?

Justement, le monde: 14h38, 4000 plaintes sont déposées pour des fraudes électorales en Afghanistan… A Genève, Globus inaugure une deuxième succursale, onze personnes décèdent au nord-ouest de l’Iran, et un consommateur de vins sur deux est une femme. Un baril de pétrole coûte 78 $ 69 à la bourse de New-York et Paris Hilton est refusée d’entrée du territoire japonais.

Aujourd’hui, il est 7H55, nous sommes le jeudi 23 septembre. Antoine Roquentin a desserré sa mâchoire, Bernard Genoud n’est plus.

On aimerait parfois éteindre sa télévision, couper sa radio (enfin à éviter, sinon faute de n’avoir plus de travail, les journalistes auront les mâchoires encore plus serrées), on aimerait ne plus consulter un seul journal.

On aimerait parfois… Tout mais plus lentement. Plus de profondeur, plus de goût, de distance, de recul et de saveur.

Un jour, le petit Benjamin, 10 ans seulement, m' a demandé: "à quoi ça sert de savoir des trucs qu’on peut rien faire pour les changer?".

(silence)

La Nausée, ou comment à force d'observer une actualité, on ne sait plus la nommer.

 

 

 

 

 

 

08/09/2010

La loi du nombre de morts au kilomètre

animated-3d-dancing-skeletons.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 08 septembre 2010

Vous dire que le journalisme est le plus beau métier du monde, ne risque pas d’embellir votre journée ou au mieux, susciter un vague bâillement.

Et pour cause, selon un dernier sondage Sofres, trois français sur quatre ne font pas confiance aux médias. Même score en ce qui concerne les partis politiques, même les banquiers font mieux.

En Suisse, nulle trace d’un baromètre de confiance, on supputera donc, pour les besoins de cette réflexion, que la même inimitié reste valable en Helvétie. Vous faire changer d’avis est alors un réel challenge.

Il existe dans le journalisme des règles. Des règles de déontologie, de vérification des sources, d’objectivité. Il existe des chartes d’éthiques, des chartes déclaratives. Il existe aussi des codes, des méthodes et enfin une loi, et, elle est appelée «la loi de proximité». La loi de proximité, connue pour les plus désabusés, sous le nom de «loi du nombre de morts au kilomètre».

En d’autres termes, un mort à Carouge équivaut à deux morts à Lausanne, à 10 morts en France, une centaine en Europe, plusieurs centaines dans un PVD, un pays en voie de développement, et enfin des milliers dans le reste du monde.

Le reste du monde qui n’est qu’un point imaginaire sur une carte toute autant abstraite, sauf si vos dernières vacances, dans un accès épidermique d’empathie ou tendance suicidaire, vous ont conduit au Kirghizistan, ou dans une région reculée du Congo.

Bien entendu, le journaliste est lui aussi, doté d’une compassion sans faille.

Une mort violente d’une fille de joie peut valoir celle d’une mort douce d’un homme politique. Le crash d’un pilatus PC-7 piloté par deux suisses peut valoir le crash d’un airbus A380. Au finale, 853 âmes vaudront toujours moins que deux amateurs de Vacherin, ou de Läkerlis, qu’une bande de péquenots ou de pékins.

Le cynisme étant souvent la marque de fabrique du journaliste, abruti par le flux d’informations qui le submerge, je vous prie, de ne pas m’en tenir rigueur.

Nous disions donc, la «loi du nombre de morts au kilomètre».

Hier, dans vos quotidiens, vous êtes nombreux à avoir réagi à cette sordide histoire de pauvres toutous décimés à la SPA. Comme quoi, les animaux parfois, remplacent les humains, dans la hiérarchie émotive. Les commentaires furent nombreux, les réactions vives. En clair, l’information vous a émue, voire touchée.

Autre exemple, le sort de cette iranienne, qui probablement ne survivra pas à la fin du ramadan. Sakineh Mohammadi-Ashtiani, c’est son nom, 43 ans, est en effet condamnée à mort par lapidation.

Tout ça pour dire: l’information est relative, autant que la taille d’un caillou. Vous pouvez donc vous offusquer que votre JT consacre 6 minutes à une élection fédérale, alors qu’Haïti a disparu de votre écran. Vous pouvez rager parce qu’on parle trop de l’UDC, alors que votre voisine, étrangère, ne joint pas les deux bouts en fin de mois.

Vous pouvez.

Vous pouvez aussi vous réjouir de ceux qui donnent la parole à ceux qui n’en ont jamais.

Les laissés-pour-compte, les oubliés de l’actualité, les anonymes dont tout le monde s’en fout, le type du tram qui chante faux, du collègue qui voue une passion inconditionnelle pour les champignons vénéneux, au touareg berbère aux dents pourris.

Tout ça pour dire: six toutous euthanasiés à la SPA valent autant qu’une lapidation en Iran.

 

 

 

 

31/08/2010

Tout passe, tout passe trop vite.

 

deux-nymphes-dans-une-barque-bry-sur-marne.jpgÉditorial Radio Cité, 31 août 2010

Lettre ouverte à Pierre Losio, député Vert au Grand Conseil.

Fidèle auditeur de la radio, il a fait part, hier déjà, sur son blog, de son amère déception quant à cette présente émission. Porte-parole auto-proclamé de tous les auditeurs, c’est-à-dire, VOUS, il écrira que VOUS êtes restés sur votre faim.

Manque d’épaisseur, de respiration, trop speed…. écrira sur son blog, l’auditeur menaçant de rejoindre la première radio nationale, pour ne pas nommer la Radio Suisse Romande.

Un éditorial devant faire preuve d’objectivité, de neutralité, et devant paradoxalement, être un espace de liberté, c’est un billet d’humeur que je vous livre, aujourd’hui, très cher Monsieur Losio.

Tout passe. «Tout passe trop vite», diront les plus nostalgiques, voire les plus dépressifs pour qui le Xanax ou le Clorazépate n'agissent plus.

C’est vrai…. C'est vrai... Les bistrots ont perdu leurs âmes, déplore Thierry Meury.La musique d'aujourd'hui n'est que nourriture à cochons, des cochons sous antibiotiques. L'écran LCD a remplacé le tube cathodique, pour une meilleure qualité d'image, nous martèlent les fabricants, pour du vide intersidérale, diront les fans de Tanner.

Le rafraîchissement marketing de l’emballage du Cenovis a provoqué des drames à l’heure du petit-déjeuner, l’abandon du réseau hertzien analogique a coupé du monde, une partie de la population helvète. Date funeste qu’est le 25 février 2008.

Loin de moi, l’idée de me moquer de vous Monsieur Losio. Vous avez raison, «tout passe»… Je rajouterais même : «tout passe » trop vite.

La télévision broie, concasse, égruge, pulvérise le téléspectateur comme on gave une oie.

La presse écrite, elle, perd ses plumes, comme on dépèce une peau de chat...grin.

La radio, alors cocon d’imaginaire et de voix avec lesquels on aimait se réveiller, se blottir… n’aura accouché au final que d’une infâme chrysalide, le terme polysémique de nymphe étant déjà réservé, mais vous le savez déjà, vous êtes enseignant.

Vous avez donc raison: l’implacable et inéluctable diktat de l’audimat, donc de l’argent, aura fini de terrasser ce divin cortège de nymphes. Mais Monsieur Losio, autant je ne serai pas l’esclave du «jeunisme-à-tout-prix», ne soyez pas le tyran de l’immobilisme.

Vous l’écriviez «une voix s’est tue», je vous répondrai... d’autres sont nés. Et ainsi va la vie.

Au-revoir Monsieur Losio.