12/03/2012

Les frontaliers? Oui. Mais un peu.

camus.jpgPolaroïd 23 : 19

J'essaie de comprendre. Oui, monsieur. De toutes mes forces, je vous le jure. La préférence de nomination aux HUG, ça marche comment? "A compétences égales, nous préférerons un résident local", dites-vous. D'accord. But de la manoeuvre: "rétablir l'équilibre" entre collaborateurs frontaliers et résidents locaux intégrés au sein du tissu social genevois. Soit. Concrètement, comment se déroule le recrutement?

Alors que les postulants résidants sortants de nos écoles se font rares, comment combler la pénurie? Alors que les offres de "frontaliers" sont qualitativement équivalentes (j'imagine, puisque vous les engagez, ou pire, parce que vous comblez les trous), et de surcroît quantitativement plus nombreuses, comment comptez-vous procéder? Désormais que nous sommes en possession des paramètres, comment y parvenir?

Les chiffres sont connus. Vous les divulguez. Deux tiers des responsables d'unités de soins sont frontaliers, alors que la moyenne de l'hôpital est à 50%. Question. Supposons que dans le pipe-line d'entrée aux HUG, deux tiers des postulants sont des frontaliers, comment comptez-vous rétablir l'équilibre? Si 60 infirmiers et infirmières manquent chaque année pour compenser les départs à la retraite (comme l'affirmait André Laubscher, directeur des soins aux HUG), comment comptez-vous privilégier des résidents locaux, à compétence égales?

Dites-moi, par pitié, comment vous comptez procéder. Pour ne pas imaginer, un jour, qu'à compétences égales, vous choisirez la compétence inférieure. Parce qu'elle est résidente locale. Ce serait inimaginable, non?

17/12/2010

Vanessa Rappaz. Qui?

Monkey.jpg''La loi est la loi, mais rien ne vaut la vie humaine'' déclara Jean Ziegler. Parlons-en, de la vie humaine.

L'éditeur français Michel Sitbon, président de ''Cannabis sans frontières'' dit s'étonner du décalage entre sentiment ''général et souvent hostile qui prévaut en Suisse'' à l'encontre de Bernard Rappaz, et le ''sentiment universel'' en faveur de sa libération.

Ce qui me surprend, à titre personnel, c'est le peu de sentiment universel pour une gamine de 12 ans qui va se retrouver sans père, qui préfère visiblement sa ''cause'' à sa fille.

 

C'est plutôt cela qui me surprend. Mais c'est vrai, on s'en fout un peu. On ne laisse pas crever des gens ici.

15/11/2010

C’est ce qui différencie le courage de la lâcheté

DoréStyx.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 15 novembre 2010

Très Cher Bernard.

Je ne sais pas si tu es encore en vie à l’heure à laquelle je te parle. On te dit aveugle, j’espère que tu n’es pas sourd. On ne sait jamais, l’horreur flirte parfois avec le miracle, peut-être que tu nous entends, ce matin.

Je ne sais pas non plus, si tu caches des Bounty, des Mars et des Snickers sous, ou plutôt dans ton oreiller… en tous les cas, selon mes sources, on s’occupe plutôt bien de ta personne.

Bernard, je ne sais pas ce que c’est, ni d’arrêter de se nourrir pendant plus de 80 jours, ni comment on continue à vivre après avoir vu son enfant se faire avaler par un gyro-broyeur.

Certains pensent que tu es un criminel, d’autres te voient militant. 52 tonnes de chanvre et 35 kilos de haschich plus tard, tu t’es retrouvé condamné, mais ça, pas besoin de le dire, on imagine que tu le savais déjà. Nul n’est censé ignorer la loi, tu l’as enfreint, tu as payé. « Trop » diras-tu. Mais quelle importance aujourd’hui.

Tu dis enfin que l’injustice te nourrit. Visiblement pas suffisamment, à en croire ton état de santé.

Très Cher Bernard, je ne sais toujours pas vraiment pour quelles causes tu te bats, tu en as tellement défendues. Je ne sais pas non plus si on doit te laisser mourir, d’autres diront « crever », ni si tes médecins doivent te nourrir, d’autres diront « t’enfiler de la viande séchée ».

Ce que je sais, par contre, c’est que ton cas suscite de nombreuses réactions. La mort est la plus grande vendeuse de papiers, et rassure toi, Bernard, elle n’est pas soumise à l’horaire d’extension des magasins. La mort rôde partout, même au coin du bar, où chacun peut à sa guise, disserter sur ton cas.

Ce que je sais aussi, c’est que la Justice a horreur de voir sa sentence ne pas aboutir. En partant, tu lui feras un beau pied de nez, quitte même à ce que ses nuits soient hantées.

Bernard, tu sais que je serais toujours le premier à accepter à ce que les gens partent, parce qu’ils l’ont choisi, parce qu’ils ne l’aiment pas, cette vie là.. ou que elle, a décidé de les broyer. Parce qu’ils sont malades, parce que leur moitié les a quitté. Et Dieu sait, si les raisons de partir n’incombent qu’à ceux qui montent dans le train. Je le respecte.

Mais toi, Bernard, TOI, tu dis « vouloir te battre jusqu’à la mort contre l’injustice ». C’est bien Bernard. Mais l’injustice, pour moi, c’est laisser une fille de 12 ans sans un père. L’injustice, c’est préférer une cause à un gosse. L’injustice, la vraie, c’est ça.

Alors Bernard, ton nouvel ami Jean-Charles Rielle demande au Grand Conseil valaisan de faire preuve de clémence, « de penser à ta fille ». Moi, c’est n’est pas à ton Grand Conseil que je le demande, mais à toi Bernard.

Mourir ou se laisser mourir, la cause ou la môme.

C’est ce qui différencie le courage de la lâcheté.

08/11/2010

La froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font pas de bons amants

Mort.jpgMourra ? Mourra pas ? 8 novembre 2010

Ce qui a fait la une de l’actualité ce week-end, ce n’est ni la réouverture d’une boîte de nuit genevoise, ni la demande de naturalisation du fondateur de Wikileaks, ni le président du MCG assailli par une meute d’humoristes ratés dans la plus fameuse émission de la RSR, non.

Ce qui a fait couler de l’encre dans les rotatives ce week-end, ce qui a alimenté le tube cathodique, c’est un fumeur de joints, un vigneron, un écologiste, un agriculteur, mais surtout un cas d’école bien embarrassant.

Ce qui a fait l’actualité ce week-end est doté d’un prénom : Bernard. Et cette question lancée brillamment par une sordide consœur avinée: ‘’mourra, mourra pas»?

Alors, tout le monde y est allé de son petit avis, de son commentaire, voire pour les plus talentueux, d’un langoureux éditorial. Langoureux certainement, mais totalement inaccessible aux plus basses couches de notre société, éditorial signé Maître Marc Bonnant, page 18 du Matin Dimanche.

Certes, l'avocat manie la plume comme d’autres maîtres usent de l’épée ou du Katana : tranchante et aiguisée ; mais avec ce degré de complexité, avec cette richesse exagérée de vocabulaire, le maître ne coupe plus des têtes, mais des sashimis ou des mille-feuilles accompagnés d’une « cup » de thé anglais, et le petit doigt levé s’il vous plaît. On lui donnera pourtant raison: rien n’est plus insupportable à la Justice que de voir son condamné fuir sa peine dans des limbes sûrement enfumées.

Pour notre confrère, et non pas consoeur, Ariane Dayer, rédactrice en chef du journal dominical, le cas « Rappaz » est tout tranché comme de la mortadelle: « on ne laisse pas mourir les gens dans une démocratie ». Surtout pas quand on est né dans un rupestre canton catholique : le Valais.

D’accord.

La problématique est épineuse. On en vient presque à imaginer Maître Bonnant expulser un orgasmique : « c’est un dilemme ma petite, une tragédie, mon chaton ! » en citant pêle-mêle Thomas d’Aquin, Kant, John Stuart-Mill et Lady Gaga.

Ne pas appliquer la peine, ou permettre à Bernard de rentrer chez lui, donnerait à la fois l’image d’une justice à deux vitesses, mais également des idées aux autres condamnés qui eux aussi, pourraient passer par la case « privé de nourriture ». Appliquer la peine, et sous réserve de la volonté du chanvrier, pourrait susciter une vague amertume et de longues insomnies à la ministre de la justice valaisanne. Reste l’option de renvoyer le chanvrier dans son Valais natal, jusqu’à ce que le Grand Conseil se prononce sur une demande de grâce, le 18 novembre prochain.

Maître Bonnant jubile. La froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font pas de bons amants.

Enfin, hier soir, après m’être rendu coupable de la gloutonnerie littéraire et télévisuelle la plus infâme, on a pu enfin, et contrairement à d’autres, se reposer, avaler un petit en-cas, déguster le doigt levé une petite tasse de thé fumé de Covent Garden, en écoutant du Nina Simone. C’est là qu’une petite voix nous a demandé :

« Et Sakineh, la petite iranienne, le lancer de pierres, c’est avant ou après la pendaison ? ».

Ah, la froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font définitivement pas de bons amants.