24/11/2010

κριτικός : qui discerne.

Paris.jpgÉditorial Radio Cité, 24 novembre 2010

En honneur à Guy Mettan.

Et si vous n’avez absolument aucune idée quant à l’identité de ce personnage, pourtant public ; dirons-nous alors qu’il est encore pour quelques temps, président du Grand Conseil.

Il est aussi victime du rejet des Vieux-Grenadiers. Étonnant ! Il est valaisan d’origine. On imagine que les amateurs de chasselas n’ont probablement pas voulu d’un féru de petite arvine.

Il est enfin accessoirement auteur d’un blog sur lequel il a récemment tiré le bilan de son année de présidence démocrate-chrétienne. Oui, Guy Mettan est aussi journaliste, il assiste d’une main de maître le club suisse de la presse. Il fût aussi dans ses plus espiègles années, rédacteur en chef d’un grand quotidien genevois.

Guy mettant empoigna la plume pour rédiger ses mémoires, intitulé : le bilan de moi-même, écrit par moi-même. S’il le peut, je le peux aussi. C’est ma façon à moi de lui rendre hommage aujourd’hui. Et quoi de plus révérencieux que de dédier, à un homme qui a toujours su garder son indépendance d’esprit, une hymne à la liberté de la presse.

Vous n’êtes pas sans savoir que la plus grande garden-party du gouvernement vient de fermer ses poternes. Ce sont les Automnales.

Alors je vous vois venir. Travailler dans une radio, détenue par une maléfique créature qui, de ses charmes envoûtants, a œuvré, avec le Malin, dans la destruction de la Foire de Genève, peut ''prêter à collusion''.

Ceci étant dit, si les faits s’avèrent véridiques, nul doute que je finirai transformé en crapaud boutonneux. Et probablement au chômage.

Non, là n’est pas la question. La question est la suivante : pourquoi ne nous a-t-on pas dit, ouvertement, que les Automnales étaient une magnifique fête, organisée par un brillant gouvernement, et payée par des contribuables, adeptes de Marie-Paul Belle ?

Qu’on organise des fêtes ne me dérange pas, et même si nous en sommes les aimables contributeurs. Ce qui me dérange un peu plus, c’est la dépêche de l’agence télégraphique suisse qui nous dit que les Automnales ont été un succès. Un succès pour qui ?

108'000 visiteurs, c’est 12'000 de moins qu’attendu, pas grave. 28'000 de plus qu'en 2009, soit. Mais c’est 52'000 de moins, au vu des 160'000 billets offerts gracieusement. A 10 francs l’entrée, c’est 1,6 million de francs, mais cela, personne n’en parle.

Ce qui me dérange aussi, c’est l’absence de sens critique sur la manifestation. Combien va-t-elle nous coûter ? Est-il vrai que les exposants sont payés pour s’exposer aux Automnales ? Si oui, combien ? Pourquoi?

Enfin ce qui me dérange encore, c’est l’absence de critiques quant aux 500'000 francs dépensés en marketing. C’est vrai, c’est ‘’peanuts’’ en comparaison du budget de l’Etat, et des 14 millions du MOA Club.

En fait, ce qui me dérange, c’est l’absence de sens critique tout court. Tout le monde s’en fout, on dresse des portraits élogieux, on se fait agent de communication décérébré, le qualificatif « reportage publicitaire » est certes lisible, oui, mais avec une loupe et une bonne acuité visuelle.

Bravo ! Merci à tous, la fête est finie, l’Automne avec. Guy, s’il vous plaît, revenez au journalisme.

 

''L'automne a beau se parer, comme une vieille coquette, s'orner de feuillages pourpres ou mordorés, il n'est que leurre et trompe-l'œil''.

09/11/2010

Les Portes du Soleil et de l'Ombre

La Garde Noire.jpg9 novembre 1970, 08 : 12

Aujourd’hui, jour de mémoire pour tous les nostalgiques de Charles de Gaulle, et Dieu sait s’ils sont nombreux, il nous faut être résistant ce matin.

Amis de l’extrême-gauche genevoise, et Dieu sait si vous, vous n’êtes pas nombreux, mais toujours autant divisés bande de petits coquins, ne m’en veuillez pas, si je ne consacre pas cet éditorial à VOTRE jour funeste, le 9 novembre 1932.

Flashback. Nous sommes donc le 9 novembre 1970.

A Genève, en ce jour d’automne, une grande fête se prépare, et elle se prénomme la Foire. Ou le Salon des Arts ménagers. Comme si l'Art s'acoquinait du ménage. Et bien détrompez-vous Mesdames!

On y trouve de tout : des aspirateurs Electrolux, des presses-agrumes Moulinex, des grille-pains, des gaufriers, des épileurs SEB, et SEB c’est bien, des poêles TEFAL, des fers à repasser Calor, des nains de jardins, des pics à glace et des objets vibrants pour caresser son visage. Bref, tout ce qu’il vous faut pour devenir la ménagère idéale.

Dans le même temps, le gouvernement souhaite faire la promotion de cette fantastique, que dis-je, de cette mirifique manifestation, populaire, cela va sans dire. Et pour preuve, Michel Sardou et Mireille Mathieu, en personne, animeront les fins de soirées sponsorisées aux couleurs de la marque Suze.

Le gouvernement ne lésine pas sur les moyens. Le gouvernement n’est pas radin, le peuple doit en avoir pour son argent. En parlant d’argent d’ailleurs, généreux comme il est, de nature bienveillante, il n’hésitera pas à dépenser sans compter pour voir ces sourires s’afficher sur le visage de ses concitoyens, pour que les portes du Soleil s’ouvrent à eux.

Un demi-millon,c’est le budget marketing!

Les grands quotidiens de la place salivent, c’est l’occasion d’engranger des sous-sous. Reportages exclusifs au cœur de la manifestation, sublimes portraits des instances dirigeantes, les coups de cœur des journalistes s’étalent, ou bavent sous le bourrèlement des rotatives. Sabrez le champagne, l’enivrement est total !

Mais les autorités ne s’arrêtent pas là. Dans un communiqué publié le 3 novembre, ils savent déjà que l’orgasme sera atteint. Je cite de mémoire : la foire 1970 : « le succès en vue » !

Mais comment sont-ils si sûrs de caresser le firmament, alors que 80 000 personnes ont visité l’édition 1969? Facile !

N’ayons pas peur de la démesure, faisons comme les syndicats marseillais, on prend le chiffre de l’année précédente, 80 000, on le divise par PI, on le multiplie par le nombre de radicaux au Grand Conseil, que l'on re-multiplie par la racine carrée du nombre de dents qui raient le parquet de l'hôtel-de-Ville et on obtient: 120 000 personnes attendues en 1970 ! Quelle bande de petits coquins !

Bon, c’est vrai, ce que l’on oublie de dire, c’est que 160 000 billets ont été offerts généreusement à ceux qui en ont le plus besoin. Mais Dieu sait si on les comprend, l’extrême gauche n’a toujours pas de moyens, pas facile de débourser une thune, tarif AVS, pour s’offrir le précieux sésame de la manifestation.

Vous l’aurez bien saisi.

Être résistant, c’est réfléchir avant d’avaler.

Être résistant, c’est avoir le courage de ses opinions.

Être résistant, c’est surtout ne pas se taire.

Être résistant, c’est un peu l’extrême gauche. On ne partage pas toujours les idées, mais, eux, ont le mérite de se battre, en plein soleil. Et pas dans l’ombre, comme une garde noire.


Allez, Charles, Champagne pour tout le monde, c'est mon tour!