14/02/2011

A partir de quoi il apparaît urgent de se taire

7og77y8c.jpgEditorial Radio Cité Genève, 14 février 2011

Très Cher SSR-SRG-Idée Suisse. Parce que des idées, vous en avez.

Il y a quatre choses, irrésistiblement désagréables à mes oreilles, qui ont été prononcés hier sur le service public : la barrière de röstis, le clivage ‘’gauche-droite’’, les sondages et la Saint-Valentin.

Cette dernière tombant le lendemain d’un scrutin fédéral, je peux déjà vous dire que nous n’en parlerons pas ce matin. Sauf pour réitérer, de manière quasi annuelle, la remarque suivante de l’illustre Desproges : ‘’L’amour… il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui le font. A partir de quoi il m’apparaît urgent de me taire.’’

Revenons à la guerre, celle des urnes. Revenons également sur les nombreux commentaires, parfois de grands spécialistes, d'éminents politologues et des journalistes. Revenons enfin sur l’unique institut de sondage qui s'est brillamment prononcé sur le résultat de l’initiative dite ‘’d’une meilleure protection face à la violence des armes’’.

D’une part, s’il y avait véritablement ‘’röstigraben’’, alors les cantons du Valais et de Fribourg devraient impérativement troquer leur viande séchée contre du cervelas, échanger leurs loups contre des ours, leur double-crème contre du bircher, ou encore le Fendant contre un germanique penatset.

De l’autre, il faudrait considérer Bâle-ville comme notre Céligny genevois, avouez qu’il y aurait de quoi être surpris, à entendre l’expulsion d’un ‘’Gott verdammt mir nemol’’ d’un conducteur aux plaques genevoises. Il faudrait également renvoyer quotidiennement des tonnes de saucisses aux choux à Zürich.

Sur la question du clivage ‘’gauche-droite’’, il faut alors aussi déduire que toutes les organisations féminines sont à gauche, que tous les médecins sont à gauches, que mêmes les prêtres seraient, eux aussi, contaminés par la fièvre rouge. A constater également qu’une horde de socialistes et d’écologistes auraient déserté la Suisse alémanique pour trouver refuge dans nos contrées. Ce qui du coup, expliquerait pourquoi les initiants se sont essoufflés en cours de campagne, et pourquoi Genève a refusé l’amnistie fiscale.

Enfin, sur les sondages, je tiens à remercier chaleureusement le seul et unique institut de cartomancie pour sa brillante lecture de l’avenir. Je rappelle que GFS Berne donnait l’initiative gagnante début janvier, légèrement gagnante à la fin du même mois.

Très Cher SSR-SRG-Idée Suisse. Parce des idées, vous en avez.

A la lumière de ces présentes remarques, serait-il envisageable de rétrocéder une petite partie de ces 67 millions qui dorment sur vos comptes, à d’autres médias ?

Parce qu’entre les sondages, la barrière de röstis, le clivage ‘’gauche-droite’’ hier, on en est presque arrivé à vouloir fêter la Saint-Valentin, aujourd’hui.

13/02/2011

Clivage et autres âneries

bonnet_d_ane.jpgPolaroïd 19 : 07

Quelques commentateurs parlent déjà et comme toujours de barrière de röstis. Commentaire plus que réducteur, mais on en a l’habitude. Enfin un peu moins sur et par le service public.

D’autres parlent de clivage ‘’gauche-droite’’, toujours sur ce même service. Là aussi, l’analyse n’est pas très fine, la thématique des armes étant loin d’être politico-politique. Enfin parmi les autres analyses : celle de l’essoufflement de la campagne menée par les initiants, les indécis finissant souvent par refuser les textes, et enfin celle d’une certaine tradition (la droite parle de responsabilité), sur ce qui fait la Suisse, un genre d’attachement à l’arme de service, une certaine liberté aussi, probablement pour d’autres.

En tous les cas, le sujet a fait coulé beaucoup d’encre dans les journaux. Une chose est sûre : l’initiative aura réussi à soulever la problématique du suicide, de la responsabilité individuelle et de l’interdiction. Celle indirectement très importante de l’armée suisse, et du type d’armée que nous voulons. Enfin, celle, peut-être plus intime, du lien entre le citoyen et son pays, et comment il se définit. Si c’est une défaite pour certains, c’est sûrement une victoire pour la démocratie.

Reste une belle gifle pour l’institut GFS Bern. Et 67 millions qui dorment sur des comptes qui auraient pu être employés à d’autres desseins d’utilité publique : rappeler ce qu’est le Röstigraben, et que là où le service public voit un clivage ‘’gauche-droite’’, j’y vois autre chose.

25/01/2011

Armes: restriction de liberté et responsabilité

armes-article.jpgArmes: restriction de liberté et responsabilité, 25 janvier 2011.

C'est avec plaisir et trois cafés que j'ai pu apprécié ce matin l'éditorial de Pierre Veya dans le Temps de ce jour.

L'éditorialiste rappelle les nobles raisons qui motiveraient d'être favorable à l'initiative ''pour la protection face à la violence des armes'' en votation le 13 février prochain. Notre confrère, rappelle, dans la plus pure tradition libérale, que la rejeter, est une piste à suivre, en la considérant du point de vue de la liberté et de la responsabilité individuelle.

Alors qu'une grande partie des médias ne semblent pas enthousiastes à s'opposer à l'initiative, Pierre Veya apparaît rafraîchissant, et c'est tant mieux.

Oui, la tendance est sans conteste à la ''déresponsabilisation'' du citoyen, funeste conséquence d'une restriction des libertés. ''Pour votre bien'', affirment-ils.

Et si j'abonde dans le sens de mon confrère, celui de viser la sacro-sainte liberté, ce ne sera pas sans oublier de peser la notion de responsabilité collective vis-à-vis de la responsabilité individuelle. Et j'ai bien peur, que dans ce débat là, la première ne l'emporte sur la deuxième.

 

10/01/2011

Pas facile de nos jours de mettre fin à sa vie.

ours.jpgÉditorial Radio Cité, 10 janvier 2011

Tâche ô combien épineuse de nos jours que de mettre fin à sa vie. Selon un dernier sondage, 45% des suisses seraient favorables à l’initiative ‘’pour la protection face à la violence des armes’’. La mission qui consiste donc à disparaître risque de devenir encore plus ardue, tant bien même que le Conseil Fédéral et le Parlement nous invite à rejeter ce texte.

Attention, éloignez de votre poste de radio, les épicuriens, les amateurs de bon vin, les éternels amoureux de ces instants magiques qui rendent la vie précieuse, détournez également les enfants, qui n’ayant pas encore découvert l’infâme parcours qui les attendent, ne peuvent pas comprendre ce message, enfin dernière recommandation : écartez tout membre du PDC genevois, puisque les propos qui vont suivre n’arriveront pas, on le sait, à gâcher autant d’optimisme, de joie et de suintante mièvrerie des membres qui le composent.

En tant que vice-chancelier de l’ordre des suicidophiles, je me dois de prendre la parole aujourd’hui pour défendre notre cause : le droit à mourir à l’aide d’une arme à feu.

Vous allez me dire et vous aurez raison : il y a des millions d’autres façons de passer dans l’autre monde : pratiquer l’art de luge, attention la présence à proximité d’un fenil ou d’une grange est requise, vous pouvez vous travestir en copte et fêter la Saint-Sylvestre, vous pouvez aussi vous lancer dans la corrida, seul problème, votre empalement ne sera plus retransmis à la télévision espagnole, enfin vous pouvez également partir à la chasse, deux ou trois litres de goron s’occuperont du reste.

Et puis c’est vrai, cette initiative est des plus décourageantes. Il faudra désormais déposer son arme à l’arsenal. Au vu des problèmes de mobilité que connaît Genève, le prix du billet qui augmente, les zones à 30 km/h qui fleurissent un peu partout, pas facile, du tout, d’atteindre le dépôt d’armes dans les temps pour appuyer sur la gâchette. Imaginez tous ces suicidaires, bloqués dans les embouteillages, retenus dans un bus TPG empli d’odeurs corporels. Tout cela de quoi décourager et faire baisser, de la façon la plus éhontée, le taux de suicide dans notre pays.

Enfin le coût de cette initiative. Il faudra construire des bâtiments pour recueillir nos fass-90, nos Sig-Sauer et autres Remington. Il faudra également créer une base de données fédérale pour recenser nos précieux outils de travail. De l’argent qu’il va bien falloir trouver. Des millions de francs contre un enterrement à 12'000.-, ou des boîtes de Xanax à 169.-, vous avouerez que c’est donc rendre service à la société que de rejeter ce projet.

On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, disait un illustre humoriste.

En tous les cas, on peut rire de bon cœur et en chœur avec le Conseil fédéral et le Parlement. Ça, c’est une bonne nouvelle 2011. Même si nous, le rire, ce n’est vraiment pas notre tasse de thé. Empoisonnée, cela va de soit.