29/01/2011

L'handicap ''bouche-trou''

fauteuil_handicap.jpgPolaroïd 01 : 12

Il n’est pas très beau, mais à l’avantage de faire croire aux masses décérébrées qu’il est amoureux. L’est-il ? Je l’espère. Là, n’est pas l’intérêt.

Il s’appelle Chris Medina, il est candidat d’American Idol, l’équivalent de la Nouvelle Star française.

Le jury ? Jennifer Lopez, Steven Tyler leader d’Aerosmith, Randy Jackson, et Jimmy Lovine. Un casting à l’américaine : on représentera tous les ‘’genres’’. Une latino (une minorité), une vieille star blanche du rock ridée (une minorité), un black ‘’bassiste-producteur-chanteur-people’’ (une minorité), et un directeur de label (Interscope-Geffen) botoxé (moins mais toujours minoritaire).

C’est le jour de gloire de Chris. Le jury lui demandera, au détriment de la volonté de la production bien sûr, s’il est marié. Il répondra : fiancé. Bien sûr. Sa fiancée ? Victime d’une blessure cérébrale. Son nom : Juliana Ramos. Diagnostic : paralysée, toujours à l’insu de la production. Lui chante bien, enfin, comme n’importe qui, qui ne chante pas faux. Elle ne chante plus. Mais on s’en fout. Il fera exploser l’audimat. Vérification faite de la part de la production, il ne chante pas faux, le jury, bien évidemment non-averti, devrait réagir.

La minorité hispanique, demandera innocemment, bien sûr, après l’audition de la pauvre marionnette, Chris, si le jury peut rencontrer sa fiancée. Une source d’autant d’inspiration ne peut pas passer inaperçu. Bien sûr, la dite fiancée est toujours invalide et paralysée. Les voix n’auront pas réussi à lever les invalides.

Dommage. Dommage pour lui, qui ne remportera pas le trophée. Dommage pour elle qui ne retrouvera pas, ni ses jambes, ni sa langue. Quant au téléspectateur, il pourra se dire qu’il a assisté à ‘’un moment de grâce’’, qu’il a versé une larme, ou ‘’qu’il y a pire ailleurs’’. L’un deux versera 10$ à une association d’handicapés, l’autre fera l’amour. L’un verra sa soirée télévisuelle ‘’bien remplie’’, l’autre se dira que Chris est un chic type.

Mais dans le fond. On s’en fout. De lui, de ça, de ‘’eux’’, des bons sentiments, de l’espoir, des gens, des douleurs et même de la télé qui ment.

Dans le fond. On s’en fout. Tout court. Tant que la palpitation de la pompe aortique remplisse son mandat : gaver.

01:15 Publié dans Rien | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook