11/06/2011

Sommaruga, Rielle et Zysiadis ou l’art de faire du bateau

shapeimage_1.jpgPolaroïd 23 : 28

Je sais, je me faire insulter. Mais je me réjouis de les entendre sur ce sujet.

Pour tout vous avouer, je ne suis ni pro ni anti palestinien. Pour tout vous avouer encore, je n’y ai jamais foutu un seul de mes pieds. Un peu plus du côté de la frontière libano-israélienne. Un peu plus du côté israélo-libanais. Y compris dans les camps palestiniens.

Enfin, pour tout vous avouer, je me pose beaucoup de questions quant à cette flottille poétiquement intitulée ‘’Freedom Flottilla II’’, escapade humanitaire composée, à ce jour, de 20 bateaux représentant 20 pays.

Qu’on souhaite ‘’libérer’’ la Palestine, que ses affinités avec les choix du gouvernement israélien se rapprochent de zéro, ne me posent aucuns problèmes. On est encore libre de défendre les causes qu’on veut, y compris celle de vouloir faire du bateau ou de vouloir cesser de rembourser le dépistage du cancer du sein pour les femmes. On s’en fout, on nous rembourse le dépistage du cancer de la prostate.

Revenons à nos moutons blancs.

Si j’ai bien compris, parmi les moussaillons de cette flottille helvétique: quelques conseillers nationaux, à savoir Joseph Zysiadis (POP), Carlo Sommaruga (PS) et Jean-Charles Rielle (PS). On l’aura bien compris, le geste est symbolique. 4'000 tonnes d’aides humanitaires ne sauveront pas le peuple palestinien des misères qu’il endure. ‘’Pourquoi ? Comment ?’’ n’est pas le sujet de ce présent billet. Leur but ? Dénoncer le blocus de Gaza et réaffirmer la souveraineté des palestiniens sur leurs territoires. D’accord.

Vous me direz : ‘’c’est mieux que rien’’. Je vous l’accorderai sans concessions. Non, ce qui me dérange, c’est la présence de nos trois conseillers nationaux. C’est vrai, à titre individuel, ils sont encore libres de défendre n’importe quelles causes. C’est vrai également, on peut, tout à fait, aussi symboliquement expulser une fois par année ou deux, notre indignation.

C’est juste que j’ai beaucoup de peine, en général, avec les gens qui défendent 160'000 causes par année. Comment peut-on sauver la Palestine et, dans le même créneau horaire, voter la sortie du nucléaire, le droit de recours, et les bilatérales III ?  Soit on s’engage pour ‘’libérer la Palestine’’ (comme si le conflit israélo-palestinien se résumait à cela) et on arrête de siéger à Berne, soit on s’occupe de ce pourquoi on a été élu.

De un, je pense sincèrement, et s'il s'agit du but, qu’il y a beaucoup mieux à faire pour aider le peuple palestinien, ou la pacification israélo-palestinienne. A Genève, terre d'accueil de l'ONU et au parlement, par exemple. De deux, l’activité qui consiste à monter sur un bateau frôle l’opportunisme politique. Mais, je réitère: je me réjouis de les entendre sur ce sujet.

13/02/2011

Clivage et autres âneries

bonnet_d_ane.jpgPolaroïd 19 : 07

Quelques commentateurs parlent déjà et comme toujours de barrière de röstis. Commentaire plus que réducteur, mais on en a l’habitude. Enfin un peu moins sur et par le service public.

D’autres parlent de clivage ‘’gauche-droite’’, toujours sur ce même service. Là aussi, l’analyse n’est pas très fine, la thématique des armes étant loin d’être politico-politique. Enfin parmi les autres analyses : celle de l’essoufflement de la campagne menée par les initiants, les indécis finissant souvent par refuser les textes, et enfin celle d’une certaine tradition (la droite parle de responsabilité), sur ce qui fait la Suisse, un genre d’attachement à l’arme de service, une certaine liberté aussi, probablement pour d’autres.

En tous les cas, le sujet a fait coulé beaucoup d’encre dans les journaux. Une chose est sûre : l’initiative aura réussi à soulever la problématique du suicide, de la responsabilité individuelle et de l’interdiction. Celle indirectement très importante de l’armée suisse, et du type d’armée que nous voulons. Enfin, celle, peut-être plus intime, du lien entre le citoyen et son pays, et comment il se définit. Si c’est une défaite pour certains, c’est sûrement une victoire pour la démocratie.

Reste une belle gifle pour l’institut GFS Bern. Et 67 millions qui dorment sur des comptes qui auraient pu être employés à d’autres desseins d’utilité publique : rappeler ce qu’est le Röstigraben, et que là où le service public voit un clivage ‘’gauche-droite’’, j’y vois autre chose.

27/01/2011

Faut-il enseigner Céline? Et autres rengaines.

5171.jpgEditorial Radio Cité Genève, 27 janvier 2011

Faut-il enseigner Céline ?

Louis-Ferdinand Céline, illustre écrivain français le jour, pamphlétaire antisémite et collaborationniste la nuit. Jusqu’au bout.

La question était posée par mon confrère du Temps, Yelmarc Roulet dans l’édition du 26 janvier. Faut-il encore enseigner Céline à nos étudiants?

La réponse? Je vous la donne, et elle n’engage que moi: évidemment qu’il faut encore enseigner Céline !

Et c’est peut-être justement parce que son auteur a tenu des propos antisémites qu’il faut l’enseigner. Parce qu’il pose la question essentielle du rapport de l’œuvre à l’artiste, du roman à la vie. Parce que supprimer toutes les voix, aussi putrides ou pas, qu’elles soient ne réglera jamais rien, parce que trancher des langues pestilentielles n’empêche pas les esprits de penser, ni les actes d’être commis.

En Suisse, et toute proportion gardée, la question de savoir où il fallait placer le curseur du politiquement correct, de l’acceptable ou de ce qui était admissible, ce qui tombait sous le coup, de la loi ou d’un majestueux alinéa d’une convention européenne, n’a jamais autant suscité de réactions, ni délié autant de langues, ni couler autant d'encre dans les médias.

Peut-on évoquer dans la même phrase ‘’étranger’’ et ‘’criminel’’ sans passer pour un raciste ?

Peut-on souhaiter interdire la construction des minarets sans passer pour un islamophobe ?

Peut-on accuser les frontaliers d’être responsables du chômage à Genève sans être xénophobe ?

J’ai mes réponses, vous avez les vôtres. Là n’est pas le propos.

Le propos? C’est qu’il est usant d’entendre les mêmes rengaines. Céline est un sale antisémite, l’UDC n’est qu’une bande de sales racistes paysans ou d’intellos conservateurs dangereux. Le MCG se limite à la somme accumulée du QI de poulpes morts populistes, soit zéro. La gauche veut régler l’insécurité dans les rues à coup de ‘’grands frères’’, les verts-libéraux sont nés dans l’eau-tiède, les verts sont dogmatiques, les libéraux ne traversent jamais le pont du Mont-Blanc direction rive droite, et les communistes sont morts. Je parle politique, j’aurai pu parlé religion, couleur de peau, âge, orientation sexuelle, et classe sociale. Mais c'est vrai, la réalité s'appréhende mieux lorsqu'elle simple, lorsqu'elle se résume.

Le propos ? C’est qu’enfin on arrête de bannir de la place publique tout ce qui ne nous plaît pas, de mettre à l’index sous prétexte que ‘’cela ne peut être toléré’’, de pointer du doigt le raciste, le méchant, le populiste, la gauche caviar et la droite libertine.

Le propos ? C’est de confronter les arguments et pas les étiquettes ni les à-priori et la ‘’bonne morale’’. Au grand jour, en pleine lumière. C’est dire : ‘’Tu es antisémite ? Viens te battre ! Ma couleur de peau ? Parlons-en ! Tu manies l’équerre ? Moi, les mots !’’

Le propos, c’est que supprimer toutes les voix, aussi putrides ou pas qu’elles soient, ne réglera jamais rien. C’est que trancher des langues pestilentielles n’empêche pas les esprits de penser, ni les actes d’être commis.

C’est qu’à force de les renvoyer dans l’ombre, ils ne seront jamais brûlés à la lumière.

25/01/2011

Armes: restriction de liberté et responsabilité

armes-article.jpgArmes: restriction de liberté et responsabilité, 25 janvier 2011.

C'est avec plaisir et trois cafés que j'ai pu apprécié ce matin l'éditorial de Pierre Veya dans le Temps de ce jour.

L'éditorialiste rappelle les nobles raisons qui motiveraient d'être favorable à l'initiative ''pour la protection face à la violence des armes'' en votation le 13 février prochain. Notre confrère, rappelle, dans la plus pure tradition libérale, que la rejeter, est une piste à suivre, en la considérant du point de vue de la liberté et de la responsabilité individuelle.

Alors qu'une grande partie des médias ne semblent pas enthousiastes à s'opposer à l'initiative, Pierre Veya apparaît rafraîchissant, et c'est tant mieux.

Oui, la tendance est sans conteste à la ''déresponsabilisation'' du citoyen, funeste conséquence d'une restriction des libertés. ''Pour votre bien'', affirment-ils.

Et si j'abonde dans le sens de mon confrère, celui de viser la sacro-sainte liberté, ce ne sera pas sans oublier de peser la notion de responsabilité collective vis-à-vis de la responsabilité individuelle. Et j'ai bien peur, que dans ce débat là, la première ne l'emporte sur la deuxième.

 

17/01/2011

Au Rivella, on préférera le mille-feuille

Rivella.jpgPolaroïd 18 : 55

''La plus grande menace pour la Suisse, c'est Ueli Maurer''.

Propos signés de la main de Pierre Maudet, Conseiller administratif en ville de Genève. Accessoirement candidat à sa propre succession aux prochaines élections communales. C'est vrai, admirer Ueli revient à aimer le Rivella.

Vingt-deux pages pour un rapport modestement intitulé ''le vrai rapport'', en référence à ceux présentés successivement à l'assemblée fédérale en juin et en octobre dernier.

Vingt-deux pages, c'est peut-être court pour redéfinir la politique de sécurité de la Suisse, c'est en tous les cas, vingt-deux fois plus excitant que les centaines de pages accumulées des deux autres rapports rédigés à l'attention du parlement.

Vingt-deux pages et autant d'idées. Nécessaires pour certaines (cyber-criminalité, collaboration avec l'UE, département fédéral de la sécurité), surtout en 2011.

Le domaine de la sécurité est complexe, transnational. Corollaire: les causes de l'insécurité sont multiples.

On espère que ce rapport du Conseiller administratif résonnera ailleurs. Qu'on partage les idées ou pas, il est nécessaire d'en débattre. Autrement qu'en effets d'annonce, en pose de caméras de vidéo-surveillance, ou en retrait des accords de Schengen-Dublin.

Au Rivella, on préférera le mille-feuille.

17/12/2010

Vanessa Rappaz. Qui?

Monkey.jpg''La loi est la loi, mais rien ne vaut la vie humaine'' déclara Jean Ziegler. Parlons-en, de la vie humaine.

L'éditeur français Michel Sitbon, président de ''Cannabis sans frontières'' dit s'étonner du décalage entre sentiment ''général et souvent hostile qui prévaut en Suisse'' à l'encontre de Bernard Rappaz, et le ''sentiment universel'' en faveur de sa libération.

Ce qui me surprend, à titre personnel, c'est le peu de sentiment universel pour une gamine de 12 ans qui va se retrouver sans père, qui préfère visiblement sa ''cause'' à sa fille.

 

C'est plutôt cela qui me surprend. Mais c'est vrai, on s'en fout un peu. On ne laisse pas crever des gens ici.

22/11/2010

Odin

Odin.jpgPolaroïd 18 : 53

 

Romain de Sainte-Marie, Genève à Chaud. " Pourquoi s'attaquer aux criminels étrangers, et pas aux criminels tout court? ".

Réponse probable: parce qu'on ne peut pas renvoyer un titulaire de passeport suisse?

 

A quand une initiative pour réintroduire le bannissement?

 

19/11/2010

L'outrage

Outrage.jpgPolaroïd 11 : 44

La vie est amusante.

On interdit la publication de quelques 400 affiches mettant en scène un homme réputé pour son sens de la démocratie, d'un guide qui a toujours préféré la parole aux bombes (rappelons-le, le bienveillant remet chaque année le prix des Droits de l'Homme), et qui n'a d'autre dessein que d'améliorer la cohésion entre nos différentes régions linguistiques.

Et de l'autre, on autorise la publication d'affiches qui se comptent en milliers d'exemplaires, mettant en scène des Faruk, des Yvan (prononcez Ivanne), Ismir et autres Detlef.

A en croire le Conseil Fédéral, un guide de montagne accompagné de quelques chèvres outré (le guide, pas les chèvres) vaut mieux que des dizaines de milliers d'étrangers pouvant se sentir eux-aussi outrés.

Amusant non?

17/11/2010

Christophe & Ricardo

LH.jpgChristoph et Ricardo.

Deux prénoms d’emprunt mais bien connus de notre rédaction.

Tous les opposent. La couleur de peau, tout d’abord, l’un a été le premier Conseiller National de couleur à franchir les portes du parlement, l’autre a été le dernier blafard Conseiller Fédéral à en sortir par la fenêtre ou la cave on ne sait pas, à coup de pied au derrière et scalpel dans le dos. Mais ne broyons pas du noir, c’est le jeu de la politique, et la politique est une guerre. Justement, le parti politique ensuite, l’un est UDC, l’autre est socialiste. Enfin, l’un est ultra riche, l’autre ultra pauvre.

Riche à pouvoir s’acheter un grand quotidien bâlois, la Basler Zeitung, l’autre à s’accrocher à son siège, il est vrai que sans les 120'000 francs qu’il gagne chaque année, les cadeaux de Noël se limiteront à un crayon gris Caran d’Ache pour le petit, une poupée Barbie, sans protubérance mammaires, ni cheveux blonds, ni jambes élancées, pour la fille. « C’est le modèle pour les pauvres » répond la vendeuse en ricanant.

Alors que Christoph a toujours été soutenu par sa horde d’agriculteurs, Ricardo, lui, est prié, ô seigneur, de quitter le parti, manu militari. On ne plaisante pas avec la fraude chez nos camarades. Il s’est donc exécuté hier. De quitter le parti, mais pas son siège. Malin le Ricardo.

Bon, il est vrai que le premier avait également été puni pour fraude électorale. En 94, le vil Christoph Blocher avait échappé à la justice pénale, grâce au refus de ses copains de lever son immunité parlementaire. Le petit Christophe n’avait alors reçu qu’un petit blâme.

Il est vrai, encore que, Christophe avait voté à la place de l’un de ses collègues, on est bien loin de 44 bulletins de vote que Ricardo avait signé lors de son élection au Grand Conseil en 2006.

Mais bon, nous dit-on. Notre socialiste « voulait aider les gens à remplir leur bulletins ». L’autre par contre, a agi de manière perfide, la trahison. S’adressant à sa collègue, Lisbeth Fehr, membre de son propre parti, il a dit : « Lisbeth, es gibt ein problem mit deinen Haaren ». S’éclipsant quelques minutes pour refaire son brushing, Christoph avait déjà appuyé sur le bouton, « probablement au cours du débat sur l'égalité entre hommes et femmes », apprend-on de la justice. Traître et misogyne, on est bien loin de notre innocente blanche colombe, qui a pêché par naïveté.

Ce que je propose. C’est qu’on rajoute « la fraude électorale » à la liste des crimes dans l’initiative du renvoi des confédérés-criminels, initiative des jeunesse socialistes.

Du coup, Christoph, au-revoir Bâle, retour Zürich. Ricardo, bye-bye Berne, retour à Berne, puisqu’il est Conseiller National Bernois. Christoph est satisfait, on n’aura jamais renvoyé un criminel pour aussi peu d’argent.

Je vous le dis, tous les opposent. Le pauvre s’accroche au pouvoir, le riche l’a bien évidemment abandonné.

12/11/2010

La seule arme

pic.jpgPolaroïd 14 : 25

On censure, on conspue, on abhorre, on dénigre, on interdit. Voilà pour les uns.

Pour les autres: on flingue, on crache, on dessine mal, à grosse louchée d'enfants envoyé dans les fours; on ne fait plus rire à force de tirer le trait. C'est vrai, "nazillon et chemise brune", c'est plus simple. Aussi simple qu'un Faruk ou Ismar, c'est aussi vrai.

 

C'est malheureusement la seule arme que vous avez trouvé pour leur faire face. Mais ça, c'est dommage.

09/11/2010

On peut rire de tout, mais.

Corky.jpgPolaroïd 16 :23

Le Tribunal Fédéral rejette la plainte pour insulte déposée par des membres d'associations d'homosexuelles. D'accord.

Motif: "L'attaque contre une vaste collectivité de personnes prises dans son ensemble n'est pas propre à porter atteinte à l'honneur de chacun des individus qui lui appartiennent, si aucune délimitation ne permet d'identifier un groupe plus restreint se distinguant de l'ensemble".

Pour rappel, les jeunes UDC valaisans avaient qualifié de "comportement déviant", l'homosexualité.

Soit.

Au final,  et selon le TF qui nous le rappelle avec bienveillance, on ne peut pas plaisanter sur la race, la couleur, l'origine nationale ou ethnique d'une personne, mais bien se marrer quant à son orientation sexuelle.

Donc si j'ai bien compris, on peut rire des obèses, se moquer des handicapés, mépriser les personnes atteintes de la mucoviscidose, gouailler les cancéreux, et pestiférer contre les homos?

On peut définitivement rire de tout, mais pas avec n'importe qui. On aurait préféré rire avec tout le monde, mais pas de n'importe quoi.

08/11/2010

La froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font pas de bons amants

Mort.jpgMourra ? Mourra pas ? 8 novembre 2010

Ce qui a fait la une de l’actualité ce week-end, ce n’est ni la réouverture d’une boîte de nuit genevoise, ni la demande de naturalisation du fondateur de Wikileaks, ni le président du MCG assailli par une meute d’humoristes ratés dans la plus fameuse émission de la RSR, non.

Ce qui a fait couler de l’encre dans les rotatives ce week-end, ce qui a alimenté le tube cathodique, c’est un fumeur de joints, un vigneron, un écologiste, un agriculteur, mais surtout un cas d’école bien embarrassant.

Ce qui a fait l’actualité ce week-end est doté d’un prénom : Bernard. Et cette question lancée brillamment par une sordide consœur avinée: ‘’mourra, mourra pas»?

Alors, tout le monde y est allé de son petit avis, de son commentaire, voire pour les plus talentueux, d’un langoureux éditorial. Langoureux certainement, mais totalement inaccessible aux plus basses couches de notre société, éditorial signé Maître Marc Bonnant, page 18 du Matin Dimanche.

Certes, l'avocat manie la plume comme d’autres maîtres usent de l’épée ou du Katana : tranchante et aiguisée ; mais avec ce degré de complexité, avec cette richesse exagérée de vocabulaire, le maître ne coupe plus des têtes, mais des sashimis ou des mille-feuilles accompagnés d’une « cup » de thé anglais, et le petit doigt levé s’il vous plaît. On lui donnera pourtant raison: rien n’est plus insupportable à la Justice que de voir son condamné fuir sa peine dans des limbes sûrement enfumées.

Pour notre confrère, et non pas consoeur, Ariane Dayer, rédactrice en chef du journal dominical, le cas « Rappaz » est tout tranché comme de la mortadelle: « on ne laisse pas mourir les gens dans une démocratie ». Surtout pas quand on est né dans un rupestre canton catholique : le Valais.

D’accord.

La problématique est épineuse. On en vient presque à imaginer Maître Bonnant expulser un orgasmique : « c’est un dilemme ma petite, une tragédie, mon chaton ! » en citant pêle-mêle Thomas d’Aquin, Kant, John Stuart-Mill et Lady Gaga.

Ne pas appliquer la peine, ou permettre à Bernard de rentrer chez lui, donnerait à la fois l’image d’une justice à deux vitesses, mais également des idées aux autres condamnés qui eux aussi, pourraient passer par la case « privé de nourriture ». Appliquer la peine, et sous réserve de la volonté du chanvrier, pourrait susciter une vague amertume et de longues insomnies à la ministre de la justice valaisanne. Reste l’option de renvoyer le chanvrier dans son Valais natal, jusqu’à ce que le Grand Conseil se prononce sur une demande de grâce, le 18 novembre prochain.

Maître Bonnant jubile. La froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font pas de bons amants.

Enfin, hier soir, après m’être rendu coupable de la gloutonnerie littéraire et télévisuelle la plus infâme, on a pu enfin, et contrairement à d’autres, se reposer, avaler un petit en-cas, déguster le doigt levé une petite tasse de thé fumé de Covent Garden, en écoutant du Nina Simone. C’est là qu’une petite voix nous a demandé :

« Et Sakineh, la petite iranienne, le lancer de pierres, c’est avant ou après la pendaison ? ».

Ah, la froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font définitivement pas de bons amants.

01/11/2010

L'avenir

topelement.jpgPolaroïd futile de 11 : 57

Quelle joie de recevoir la nouvelle photo officielle 2010 du Conseil Fédéral!

Admirez les pixels, admirez le recyclage, admirez le culot, admirez nos Conseillères Fédérales et nos Conseillers Fédéraux, tout sourire.

Il fallait oser. Un Conseil Fédéral en mouvement, un Conseil Fédéral qui en veut, les yeux tournés vers l'avenir.

Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai hâte d'être à l'automne 2011. Bonne année et merci, on vous rappellera.

20/09/2010

Sur nos monts, quand le soleil.

Church2.jpgÉditorial Radio Cité, 20 septembre 2010


Éditorial en musique, et au son de bouteilles de fendant et de cardinal.


© Anne-Laure Martin


podcast


Semaine d’élection fédérale oblige, et bien que cette élection ne passionne guère que les médias et les politiciens, nous nous sommes engagés personnellement, cœurs et âmes, auprès de Billag et de l’Office Fédéral de la Communication, dans la diffusion quotidienne, de cette divine mélopée, espérant au passage, grappiller quelques miettes de ces 67 millions.

Vous n’êtes pas sans savoir que l’hymne national suisse est un cantique. Du latin ‘Canticum’, chant biblique, un cantique est donc une hymne dédiée à la louange d’un sentiment religieux. L’hymne nationale Suisse, et si j’ai saisi avec exactitude la définition de la laïcité, l’hymne nationale helvète n’est donc pas une hymne laïque.

Soit.

Dans son édition du 15 septembre, Charles-André Aymon, rédacteur en chef du GHI, prend pour définition de la laïcité je cite : ‘l’indépendance d’esprit’. En clair pour le dandy rédacteur : les bigots, les fidèles, les croyants, les bondieusards, les culs-bénits et autres rats d’église ne sont donc pas indépendants d’esprit. Les propos n’auront pas suscité de tollé. A en croire le leitmotiv du canard : «le journal le plus lu à Genève » : soit ses lecteurs sont décérébrés ou analphabètes, soit ils sont tous laïques, soit on nous ment et le GHI n’est autre que le journal « le plus distribué à Genève ». Mais bref, là n’est pas notre propos aujourd’hui.

Revenons à notre « SchweizerPsalm ».

Vous n’êtes pas sans savoir non plus, que grâce ou à cause d’Ada Marra, Conseillère aux Etats socialiste d’origine italienne, « Sur nos monts quand le soleil » a retenti à l’ouverture des sessions d’automne du parlement.

On aurait envie de crier, ici, à la sur-intégration. Phénomène bien connu, également à Genève : des personnes naturalisées plus Suisse que les Suisses eux-mêmes : drapeau suisse sur le balcon, écusson genevois sur le revers de la veste, Schublig et soupe le premier août, pas question de rater un match de Federer, et enfin ultime suissitude, voter pour le renvoi des Étrangers Criminels. J’en conviens, cette remarque est déplacée, elle insinue insidieusement qu’il existe de vrais Suisses et des… Suisses, tout court. Un peu comme en France. Où il y a des « vrais français » qui peuvent, eux, tirer sur les gendarmes, d’autres qui ne peuvent pas. Soyez rassurez, auditeurs... vraiment français, un peu français, ou fraîchement français : sur le terrain de la polygamie, tout le monde est égal.

Alors en clair, il y a des vrais suisses pas assez suisse, des faux suisses qui le sont trop, des croyants sans indépendance d’esprit… des nigauds quoi.... des parlementaires qui chantent « des grands monts vient le secours, Suisse espère en Dieu toujours ! ».
D’autres suisses munis d’un sombrero, mais en tout petit, qui arrêtent de manger, de boire pendant une journée… tout ça pour se faire pardonner, certains arrêtent même un mois, sauf que eux, ils ont le droit de coucher, d’autres vendraient leur mère pour se rendre à la Foire du Valais, on espère le même engouement à la Foire de Genève, ah non les automnales, enfin certains parjurent toute la journée avec des gutturaux « de bleu de bleu ».


Élection au Conseil Fédéral oblige, 67 million obligent, je serai bien-pensant dégoulinant aujourd’hui, et rajouterai: Vive la Suisse!


podcast