24/07/2013

Les donneurs de leçon

Olivier, Francey, Journaliste, TDG, Tribune, Genève, Britney, SpearsPolaroïd 11 : 14

 

Ah? Nouveauté. On ne se moque pas des morts. Encore moins des mères mortes. En fait, on ne se moque pas de Diana Spencer, Duchesse de Rothesay. Damn. Voilà ce que j'ai appris en paraphrasant sur Facebook l'excellent Guillon. L'outrecuidance de l'humoriste? S'être fendu d'un brillant tweet à la suite de la naissance du Royal Baby: "Toujours aucune réaction officielle de Lady Di qui est pourtant grand-mère depuis plusieurs heures." Vous avez évidemment le droit de ne vous gausser, surtout si vous veniez de perdre votre mère. Auquel cas, je présenterai de ce pas, bien évidemment, mes plus bafouillantes excuses. C'est vrai, on ne rit pas de tout. Sauf si on en est, soi-même, la principale victime. Desproges serait sans doute pendu aujourd'hui.

 

Ce qui étonnant - outre la lumineuse plaidoirie du conseiller national PLR Christian Lüscher ("Nul à ch...") et qui dénote un franc sens du second degré - et outre le geste très désapprobateur de l'ancienne conseillère municipale démocrate-chrétienne Sandra Golay (mais aujourd'hui MCG) qui s'est immé-dia-tement retirée de ma précieuse liste d'amis virtuels (de quoi susciter un vif émoi et une vive interrogation du type: "Comment? Pourquoi? Misère.") - c'est une remarque particulière qui m'a interpellée. Celle-là même qui me pousse à ces présentes jérémiades. Je cite: "Toi, tu n'as probablement pas perdu ta mère." Non, c'est vrai. On doit absolument et sur le champ lui donner raison. Comment ai-je pu être à ce point si insensible. Fabienne Gautier, ancienne député PLR tout aussi loquace sur les réseaux sociaux, dit le vrai, lorsqu'elle s'offusque de ces hommes qui manquent de sensibilité. Quels crétins ces mecs. Qu'on me pende.

 

Mais une question, néanmoins, taraude toujours mon esprit, si masculin.... Est-ce que la perte d'un frère m'autoriserait à ironiser sur le dos de la mort? Oui? Non? Ou est-ce que seules les mamans comptent? Un père vaut-il une moitié de mère? Une soeur, trois quarts? Dites-le moi, please. Parce ce serait dommage de continuer à croire que seuls ceux qui ont perdu des gens s'autorisent à en s'en amuser. Encore plus dommage d'oublier de souhaiter à tous ceux qui n'en n'ont pas perdu d'en rire. A mort. On lui doit bien ça, à la grande faucheuse.

11:32 Publié dans Humour, Résistance | Lien permanent |  Facebook

01/06/2013

L'évier

Olivier, Francey, Journaliste, TDG, Tribune, Genève, Britney, SpearsPolaroïd 00 : 23


Douce mélopée des verres, que l'on tintille délicatement avant de s'abandonner à la percussion. On lâche les caresses pour la confrontation. Physique?  Affirmatif. Les masses en mouvement qui s'entrechoquent, l'attraction maladroite des corps avachis par tant de gravité. Entre temps, quelque accolades nocturnes suffiront à rassasier l'animal, avant qu'il ne cède aux moites caresses et aux paillettes couleur rubis. De celles qui s'abandonnent sur le col des chemises. Blanches? Cela va de soit. Toute trace devra disparaître au petit jour. A la paille? Vous plaisantez? Au Kärcher, au dissolvant, au fongicide. On n'aura jamais vu autant un homme vouloir se liquéfier, pour espérer enterrer ses nuits dans un évier, un trou béant au fond d'une baignoire acrylique, à faire pâlir celle de l'hôtel Etap.

 

Le matin venu, nul doute qu'il s'enfournera dans vos bras. En témoignant, la main gauche sur le coeur, mugissant comme un soldat féroce. Avec un peu de chance, il lancera un de ses "je t'aime". Alors blottie, elle rétorquera idiotement par un sinistre glapissement. Alors qu'on aurait préféré qu'elle s'étouffe.

09/04/2011

La plaie

pic-1.jpgPolaroïd 19 : 04

Elle avait pourtant le choix des routes. Rester ou partir. Le confort contre l’incertitude, l’infidélité lui procurant le suave plaisir, mais trompeur de se sentir vivante.

Il avait de l’argent, une affaire ‘’qui fonctionne bien’’ lui disait-elle, il devait probablement l’aimer de la plus grande des tendresses ou pas, mais qu’importe. A un certain âge, ‘’on n’aime plus pareil’’ lui expliquait-elle, sous la lumière blafarde d’un néon d’hôtel Formule 1. Comme si on devait renoncer à aimer avec haine. Comme si on pouvait aimer avec ‘’tendresse’’. Comme faire l’amour et songer au lendemain, aux courses, aux impôts et à changer ce maudit joint de culasse.

Elle avait pourtant le choix des chemins. Préférer l’instant de vide à l’engraissage, le présent à l’avenir. Ni l'alliance Bucherer ni l’enfantement ne l’auront empêché de fréquenter les affres de l’arythmie cardiaque : elle continuera à s’allonger sur des draps inconnus, à se répandre sur des corps fébriles, humant la seule odeur suintante de sainteté.

Aujourd’hui. Elle expose au monde la rondeur de son ventre, ultime preuve d’accomplissement. Ce ne sera pas un enfant de l’amour, mais un enfant tout court. Le sien, pour elle. Demain, elle choisira une autre artère. D’autres hommes la frôleront, certains l’enjamberont sûrement. Appétit insatiable de capitonnages de l’incomplétude. Par piqure, en intraveineuse.

Et nulle certitude que l’artère cède. Elle finira avec lui.

C’est sûr. On aime pas pareil.

08/09/2010

La résistance

jaitoujoursrevedetreunegangster_affiche.jpg8 septembre 2010, 19:10

Très Cher Monsieur,

Là où vous voyez un homme machiavélique, j'y vois un inconscient,

Là où vous observez une faute, j'y vois une négligence,

Là où vous aimez la règle, j'aime l'exception,

Là où vous constatez une contradiction, j'y vois une évidence,

Là où vous y voyez une porte ouverte, j'y vois une main tendue,

 

Vous aviez cependant raison sur un point, l'audimat aura gagné.

Et en effet, là où vous y voyez un coup d'intox, j'y vois un coup de coeur.

 

Amicalement, Olivier.

 

ps: et tant pis, si on s'est fait avoir.

21/06/2010

La vacuité du désir

robert-doisneau-1943-le-remorqueur-du-champ-de-mars-resized.jpg21 juin 2010

L’aptitude si particulière de vivre les événements autrement. L’occasion de rappeler à quel point, les esprits des hommes ne se mélangent pas. Par un jeu de l’esprit, ou d’une réponse à l’appel des sirènes, la réalité est distordue. Jamais on aura autant séduit en restant inactif.

Corollaire : on n’est jamais autant victime de la séduction que lorsque l’on est le principal auteur.

A force de plaire, on finit inéluctablement par mentir. Donner ce que l’autre attend, sans autre but que de se repaître d’une carcasse. Vidée, elle n’offrira aucune résistance.

Se ment-on ? Et alors. A quoi bon ? Laissez-moi le temps d’une dizaine de battements de croire à la réalité distordue.

On aurait voulu fuir la chasse, ne jamais se saisir du fusil, la proie tellement délicieuse.

«Promis», expulsera-t-il de manière expiatoire. Ne pas avoir, ne pas avoir. La possession avait déjà tué le désir. Il baissa donc son arme… et attendit que la proie ne se relève pour l’abattre de sang froid.

Ne pas avoir, ne pas avoir, se dira-t-il lorsque le poisson, noyé dans son sang, sera figé.