22/08/2011

Ziegler est-il devenu ''fou''?

keyimg20080327_8901549_0.jpgPolaroïd 20 :14

Jean Ziegler était l'invité du 19:30 ce soir. Interviewé par Darius Rochebin, le sociologue a raconté sa visite du bunker du guide de la révolution libyenne, en précisant subtilement qu'il avait été invité par Mouammar Kadhafi ''avant qu'il ne soit fou''. Habile usage de la langue, ''tactique de dédouanement'' diront d'autres. Quelques minutes plus tard, le journaliste lui demandera s'il exprime des regrets aujourd'hui. Après un long silence expiatoire, l'homme de gauche s'excusera alors ''de lui avoir serré la main'', un jour.

J'aurais rêvé de demander à Jean Ziegler à quelle date Mouammar Kadhafi serait devenu fou? Après Lockerbie? Après le vol 772 au-dessus du Niger? Après les infirmières bulgares? Après Max et Rachid?

Si le leader libyen est devenu fou cette année, alors les excuses de Jean Ziegler sont acceptées.

28/07/2011

La co-responsabilité de l'extrême droite de Carlo Sommaruga

300px-ErnstStavroBlofeld.jpgPolaroïd 23 :14

Carlo Sommaruga s’est fendu d’un billet fort intéressant sur son propre site pour pointer du doigt ‘‘la droite nationale populiste’’ qu’il exhorte à ''assumer sa co-responsabilité intellectuelle’’ dans cette tragédie norvégienne. Le Conseiller National va plus loin encore : ‘‘la droite nationale-populiste européenne, mais aussi suisse, est intellectuellement co-responsable du terrorisme politique qui a fauché à Oslo des dizaines de vies innocentes’’.

Selon lui, ‘‘cet acte de terreur’’ ne peut être dissocié du ‘‘climat politique et social créé par les partis d’extrême droite européens qui déversent inlassablement sur les populations leur haine et leurs idées racistes et anti-islamistes’’. Voilà pour le squelette de l’argumentaire, je vous invite cordialement à lire ce papier ici dans son intégralité.

Carlo Sommaruga identifie deux stratégies de l’extrême droite afin de se déresponsabiliser : celle de prétendre que ''l’on est confronté à un acte isolé d’un aliéné'', et celle ''d’invoquer la récupération politique pour tenter de mettre hors-jeu l’interlocuteur’’.

Difficile d’argumenter avec le Conseiller National sur le terrain brumeux de la responsabilité, les réponses n’appartiennent qu’à la classe marécageuse des supputations. Tâche ardue que de trouver des coupables, ‘‘co-responsables’’ n’hésitera pas à préciser le genevois, la causalité des actes humains tombant sous le joug des probabilités. Qu’un homme puisse s’inspirer des thèses extrémistes pour passer à l’acte est une possibilité, une parmi d’autres et sûrement pas la seule.

Quelle est la responsabilité de ceux qui émettent des messages ? Comment les messages sont-ils entendus ?

A la seule différence de Carlo Sommaruga, là où le Conseiller National voit un ''lien intellectuel bien réel'', je vois une doxa, une impression. Là où il voit des discours haineux inspirants, je vois aussi de la liberté d’expression. Nauséabonde parfois également. J’apprécie la tentative d’explication. Je crains qu’il n’y en ait pas. Ni en Norvège, ni en Suisse. J'apprécie la tentative d'esquisser les causalités, même si elles m'apparraissent vaporeuses. J'apprécie, mais trouve Carlo Sommaruga bien confiant. De ses opinions...

 

 

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08/05/2011

Ben Laden et du politiquement correct

Epinal3P.jpgPolaroïd 14 : 03

Frivole amusement dominical de constater, ici et là, les réactions suite à ‘’la liquidation’’ de Ben Laden, puisqu’à en croire les versions ‘’chevauchantes’’, assassinat il y a eu. Ce matin, c’est le cinéaste Lionel Baier qui s’en émeut en page 18 du Matin Dimanche.

Il n’a pas tout à fait tort, lorsqu’il avoue qu’il aurait souhaité entendre le leader d’Al-Qaïda sur les événements du 11 septembre. Et avouons-le, il n’a pas tort non plus, lorsqu’il rappelle l’importance du respect du droit et de la dignité humaine, exhumant le combat contre la barbarie, citant Voltaire et Badinter ainsi que l’importance du pardon.

Avouons-le pourtant. Il est politiquement très correct d’affirmer qu’on aurait souhaité voir Ben Laden défiler devant des jurés, et de rappeler au passage le droit à un procès équitable.

La vérité et pour autant qu’elle existe, c’est qu’au fond, secrètement sommeille le désir de la vengeance, avidité ventrale de la violence, aspiration revancharde de la balle par une masse spongieuse, démangeaison de la liquidation pure et simple. L’échange de vies contre une autre.

Le monde est barbare, douce illusion de croire qu’il est juste.

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07/02/2011

Alors si vous deviez voter mesdames...

coeur.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 7 février 2011

Les femmes, ces créatures étranges pour lesquelles, alors enfants, nous n’éprouvions que de l’indifférence, ou tout au plus, une envie irrépressible de se moquer. Elles ont rapidement changé, nous aussi. Alors source d’ignorance, elles sont devenues source de curiosité et d’intérêt. Certaines mêmes, pour une raison qui relève encore aujourd’hui de l’anecdote, nous ont fait croire que nous aussi, pouvions être amoureux. Un sentiment encore brut, bien loin des manigances et de la sophistication.

Elles découvraient un corps qui se titillait à se moquer de la gravité, nous découvrions alors ce qu’il fallait pour leur plaire. Douloureuse expérience de n’être pas celui ou celle qu’on voulait être, cruelle déception de constater qu’elle préférait le beau sicilien au corps déjà taillé, lui, à celui du gringalet amateur de romans fantastiques.

Elle était tellement belle mais effrayante lorsqu’elle nous a tendu la main pour nous inviter à danser. Accoutumé à l’échec, aucun baiser n’aura été échangé. On apprendra plus tard qu’elle nous l’aura reproché.

Et puis, à défaut d’être beau, on se disait que le charme pouvait suffire à la conquérir, on découvrit l’art du calcul, des machinations, probablement celui du mensonge qui ne nous aura pas tous quitté. Les méthodes s’affinèrent, les moyens aussi : les bougies remplacèrent les bonbons, les mots, les biceps.

Qu’est-ce qu’on vous a aimé ! Quelle folie ne nous a-t-elle pas emportée pour vous plaire, vous séduire puis tenter de vous garder.

Pas toutes, certaines d’entre vous auront parfaitement réussi à nous trahir. Parfois honorablement c’est vrai, parfois dans la plus cruelle des manières. Les vraies larmes, c’étaient les vôtres. La haine aussi.

Mais tant pis, vous nous aurez fait connaître l’exquise expérience du vide, de l’oubli, du moment présent. Effleurer la mort n’aura jamais été autant jouissif.

On pense souvent à vous. A celles que vous êtes devenues : certains mères, d’autres pas, celles qui n’ont pas changé et celles qui ne nous reconnaissent plus. A celles qui ne nous ont jamais dit ‘’je t’aime’’ et celle qu’il ne l’aura jamais entendu.

Depuis, on s’efforce de courir après cette sensation, celle de l’évidence du sentiment, de l’attraction qui soulève des montagnes, de la cruelle nudité avec laquelle on aimerait s’afficher.

Alors si vous deviez voter mesdames, voter pour celui qui vous écoute, celui qui vous sent, celui qui s’engage, celui qui sourit le matin, vous ayant observé toute une nuit, celui qui vous touche comme l’unique, qui vous soutient, vous porte et vous lance parce ce n’est qu’à cet endroit que vous côtoyez les étoiles.

Aimez cet homme qui vous aime dans la lumière, et qui vous illumine dans les ténèbres. Celui qui ne peut douter qu’à côté de vous, parce que vous êtes sa béquille.

Votez pour le bon, le mauvais, le beau, le laid, l’erreur et l’exception.

Pour ne jamais finir comme celui ou celle qui aura esquivé. C’est en touchant que l’on blesse, mais surtout que l’on aime.

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