27/02/2013

Regardez-moi ce crétin

1000511.jpgPolaroïd 00 : 03


On a toujours l'air complètement crétin face aux larmes. Toujours. Légèrement désarmé, les lèvres closes, les syllabes lourdes. L'air si niais tant on tente de dissimuler à quel point les gouttes de pluie violent notre épiderme. Comme j'aimerais être un canard alors que je ne suis qu'un poulet. L'imperméabilité me fait tant défaut.

 

J'aime beaucoup les cons, parce qu'ils suent, parce qu'ils transpirent, parce qu'ils puent. Qu'est-ce que j'aimerais moi aussi suinter. La colère, l'incompréhension, l'anxiété et la haine. Alors que je leur ressemble tant. La différence? Je nie. Je parjure, je crache à même le bitume jurant sur la tête d'un ami proche ou d'une vieille grand-mère déjà enterrée. Et s'il faut l'enterrer une deuxième fois, allons-y! 

 

On ne demande que très rarement pourquoi on est en colère. Non, on ne demande pas. Par pudeur? Non, vous plaisantez. Par couardise. Par pure couardise. On se tait. On attend. Quoi? D'être un peu plus vrai. Juste cela. Juste. Cela.  

20/02/2013

Enfin

pic-1.jpgPolaroïd 1 : 00


Enfin. Un peu de nudité, d'os qui s'entrechoquent, de chairs qui se bousculent et de salives qui se mélangent. O, rien de très charnel, juste du frottement, de la tellurique. Du non-filtré, des pudeurs qui explosent. Quelle jouissance à constater, comment les langues s'étalent comme de délicates masses visqueuses, lorsqu'il s'agit d'aborder les désirs. Les envies et les frustrations. L'horizon dégagé et la liberté des possibles contre la porte étroite et la supposée ruelle sans-issue. Ils et elles ont alors tous des opinions. Des avis. Ils et elles font presque tous des choix, sans pour autant, tous, les assumer. Ou alors ils et elles courbent l'échine espérant secrètement que la vie décide pour eux. Sécrétions un peu sèches, on peut l'accorder. Ils et elles ne sont pas tous pareils, bien sûr. On en croise. De ceux qui résistent, qui suscitent les rictus à demi déguisés. Dont on se moque. A tort. Pour sûr.

 

D'autres font semblant. Il faut bien s'occuper. C'est quand même long toute une vie. Aux allures de Tetris, dans un sombre cabinet, il faut remplir. Des vides parfois lorsqu'il s'agit de remplir des manques mais essentiellement des trous. Ceux là mêmes qu'il suffit de combler. Avec du rien, souvent. Mais quel délice!

 

Donner du sens. A n'importe quel prix tant qu'on existe, même si tout cela tient plus de la reconnaissance. Ce serait si bête si tout cela. N'avait aucun sens. Ce serait si absurde, non?

06/02/2013

L'infidélité

XXXX.jpgPolaroïd 00: 00 ou "L'exercice du pouvoir... l'art de l'éphémère".

Une fois le titre ôté, quel plaisir de parler de la vie. "La vraie", aiment-ils à dire. On veut bien les croire. Nous, abreuvés comme des louves au sein. Ou comme des vautours s'extasiant sur cette vérité. Lapant, tous crocs dehors, le précieux liquide. Qu'est-ce qu'on se rassasie des doutes, des erreurs et des failles. Surtout de l'autre se remémorant de sa propre normalité.

 

Ah putain, quel coeur derrière tout ça, quelles plaies béantes et quel sentiment de mimétisme. Comme on s'éprend à lécher, à comprendre et à relativiser. Au regard de ce qui nous importe, de ce qui nous semble vital. Quel métier ingrat. Celui de la maîtresse, de l'amante, du cocu, du bouc émissaire, du mal-compris et des erreurs de communication. Il faudrait s'étaler, dire pourquoi, alors que tout ce qui vient à nos lèvres se résume en plaintes, complaintes, gémissements et regrets.

 

Alors que tout vient en appels, en appels sourds, en appels de détresse. On aimerait se sentir aussi faible, on aimerait aussi questionner. Mais pourquoi?


Elle n'aura pas glissé subrepticement. "J'en ai marre d'être la salope, j'aimerais être la cocue."

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31/01/2013

Cette muqueuse dont on aimerait se débarrasser

Olivier, Francey, genève, britney, spearsPolaroïd 01 : 05


Mais on croit rêver. Vraiment. Le retour de la morale. L'inquisition. Celle-là même dont on se délecte, suave et liquoreuse. "Quoi? Le retour de l'adultère et de la luxure", putréfient-ils en se lançant des phonèmes désapprobateurs. "Quoi? Le vice", s'essaiment-ils à cracher pour justifier leur misérable existence. "Miséricorde. Honte à vous", finissent-ils par régurgiter.

 

Alors d'accord, les coulisses stimulent les glandes salivaires, cette muqueuse dont on aimerait se débarrasser mais dont on aime laper les contours. Si douce, si amère, alors qu'on aimerait arborer des lèvres blanches. Sèches, cela va de soit. Quant aux autres vices, les vrais, on les tait. Dans un silence de brique, bien enrobés. Abhorrés. "De mauvais goût. C'est la vie privée", crachent-ils dans les bonnes soirées. Celles où l'on aime se regarder sur un air de Traviata. Ces vices-là, se taisent. Comme l'addiction à la cocaïne, la chaleur des bêtes ou encore les amours interdites à la Mishima. Mais alors le reste, qu'est-ce qu'on aime s'étaler! 

 

Qu'est-qu'on aime lécher les histoires des autres. Avec la langue et les papilles pour mieux signifier aux autres qu'on savait, nous aussi. Symbole de notre participation collective à l'événement. C'est vrai. Qu'est-ce qu'on aime exister. Surtout quand il n'y a rien d'autre à dire. Surtout quand on n'est pas concernée. Ou de loin. Très loin. On s'en réjouit.

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25/01/2013

L'ivresse

Olivier, Francey, Britney, Spears, François, LongchampPolaroïd 00 : 00

Il s’est regardé au petit matin, les lèvres sèches, la mine déconfite en se remémorant ce moment de grâce. Les lèvres supérieures collées à des gencives en bonne état, se remémorant des blancheurs immaculées au point de ne point avoir envie de les déflorer, il s’est assit dans un bus. L’esprit tâché de plénitudes qu’on hurle comme on vomit, c’est-à-dire à peu près n’importe quand et n’importe comment, il est rentré chez lui.

Les secondes suspendues, les bains de minuit, les hôtels cinq étoiles, les bars libidineux, l’odeur du lac collé à la peau et les balades vers rien à vélo, n’étaient plus que de lointaines tombes. Enterré dans un lit, ne lui restait que des impressions furtives, dont il ne s’en souviendrait pas. D’ailleurs pourquoi ?

Or, le jour tant redouté arriva. Celui d’attendre, les lèvres non pas sèches mais collées, des réponses. De celles qui n’arrivent jamais. Les réponses ? Nulle syllabe ne fut une seule fois ébruiter entre ses lèvres.

Face au silence, il se mit à interroger. «J’aimerais savoir ce que je n’ai pas été suffisamment», beugla-t-il comme un porcin qu’on égorge. «Dis-moi pourquoi mon odeur t’insupporte ?», questionna-t-il enfin.

Quand conclura-t-on enfin que poser la question suffit à y répondre ?  «Groink, groink.» Merde, je suis démasqué. Oui. Il fallait y penser avant.

14/01/2013

Donnez-moi ma com!

Olivier, Francey, TDG, Genève, Britney, Spears, Lolita, Morena, franc-maçonPolaroïd 23 : 29


La police municipale aura donc désormais le pouvoir d'arrêter les consommateurs de drogue.

 

C'est l'annonce faite aujourd'hui, de concert, par les magistrats Pierre Maudet, Guillaume Barazzone et Thierry Apotheloz. Lesquels ont dévoilé leur nouveau projet de loi sur les agents de police municipale (LAPM). Ces trois élus ont souhaité mettre l'accent sur les consommateurs et non pas sur les dealers. ( p. 6 LAPM: La détention de produits de stupéfiants en vue de consommation est particulièrement visé (...).) Pour être tout à fait précis, le projet de loi (article 5, al. 2) indique que les agents de police municipale (APM) sont "chargés notamment: (...) de la répression des contraventions à la législation sur les stupéfiants".


Fuckin' brilliant, disent les Anglais. Les agents de police municipale ne seront donc plus inutiles, lorsqu'il s'agira de combattre le Crime. Avec une majuscule, may I say

 

Seulement, on ne dit pas si les APM auront le devoir d'arrêter les dealers. Et pour cause: les APM ne sont pas armés. C'est en tous les cas, que laisse sous-entendre, en filigrane, le parole délivrée. (Pas d'arme = pas d'arrestation de méchants et violents dealers. Ou alors: laissez la police cantonale s'en occuper.) Donc, on s'attaque aux "sympathiques" consommateurs, ceux-là même qui sont un peu plus inoffensifs. D'accord.

 

Ainsi voilà pourquoi tout cela relève de la plus brillante opération de communication. Un consommateur de drogue intelligent n'achète pas dans la rue, il dispose de son propre dealer. Un consommateur moins intelligent l'achète dans la rue. Mais alors que fera notre APM? Procéder à l'arrestation du consommateur sans arrêter le dealer? Comment arrête-t-on un détenteur de drogue? Au faciès, à l'instinct, au flair? En attendant que l'achat soit scellé? Trouvez-moi un consommateur de drogue dans la rue et je vous l'arrête. Non. Les horaires de l'agent de police municipale seront-ils étendus, bien au-delà de minuit? Sera-t-il en service à la fermeture des boîtes de nuits, des clubs et des lieux alternatifs? Nous n'en savons rien.

 

Alors quoi? Devra-t-on constater une diminution du trafic automobile aux Pâquis et dans le secteur proche de l'Usine, et une réduction du tourisme pédestre près du Jardin anglais? Le consommateur sera-t-il désormais terrifié à l'idée d'acheter dans la rue (oui, mais seulement dans les heures ouvrables) ?


Allez. Comment dire au monde entier qu'on lutte contre les consommateurs, la drogue, la maladie de Newcastle et la misère dans le monde alors qu'en fait...  on communique?

09/01/2013

Ne t'arrête pas.

Girl_With_a_Fake_Face_by_Tinfoil_Hat.jpgPolaroïd 00 : 08


C'est ma nouvelle Mecque. Mon nouveau temple. Ma nouvelle loge. Devant des milliers de fans, de curieux ou d'ennemis, je peux enfin m'exprimer. Je dis au monde ce que je pense tout bas. Enfin une audience, des oreilles, des tympans accommodants et des pupilles dilatées par la concupiscence. Des relais et du bruit. Je salive au premier commentaire, je grogne au douzième, je jouis enfin lorsque que j'en ai assez. Tout en gardant un oeil sur ceux qui me blessent, et à ceux qui m'adressent. Je ne leur en veux pas. J'existe. Merci.

 

Créature boutonneuse, de cire, de silicone ou de chair, du coin de bar ou avachie par tant de lourdeur existentielle, de celles qu'on ne regarde même pas, même pas lorsqu'elle est bousculée (sauf soumise à un trop vulgaire pardon), je revis enfin. Dans le magma numérique, je critique, je livre ma vision du monde, mes affaires courantes et mes pensées. Je vomis lorsqu'il s'agit d'apparaître courageux, mais me tait lorsqu'il s'agit de se confronter. Quelle belle gerbe. 

 

J'aime qu'on parle de moi, en bien ou en mal, pensant qu'on ne parle jamais des insignifiants. Or, on parle d'eux. Pas parce qu'ils ne le sont pas, juste parce qu'on n'avait rien d'autre à discuter. Comme le temps, la texture du vin ou la longueur de la robe de la serveuse. Qu'importe, c'est mon temple. Je m'y sens bien. Et je continue d'y vomir.

 

Vous me le rendez bien. Merci.

25/12/2012

360

Olivier, Francey, Genève, Justin, Bieber, Obama, BarackPolaroïd 19 : 05


Cette heure-là n'est pas belle. Elle est délicieuse. Elle se délecte, le nez aquilin au-dessus du fumet, les lèvres humectées au passage des langues râpeuses. Cette heure-ci, c'est celle du rétroviseur, la pédale engoncée sur un accélérateur trop mince et à la texture huileuse, celle du regard porté vers l'année suivante, celles des promesses et des désirs. Celle des retours, des absences qu'on espère voir se terminer. Celles des douleurs qu'on croit enfin indolores, des "plus jamais", des faiblesses de l'âme et du coeur, étalées comme des morceaux de bavettes ou d'onglets. On aimerait qu'ils palpitent d'eux-mêmes alors qu'ils ne sont que secoués par la magie. De la poudre dans un verre d'eau, dans un oesophage ou dans des narines.

 

Le regard vitreux, comme un mouton muet attendant l'abattoir, une vieille âme muette sirote une flûte, à la paille, mais proprement. Elle espère Rossi, ce sera Sinatra. L'autre la rattrape en alignant les abricotines, "cul-sec", comme s'il fallait crier pour nous prévenir de toute action manuelle du coude. Alors tous informés que l'autre achèvera, sans un doute, sa soirée à expulser des consonnes, au mieux nasales, au pire gutturales. Pendant ce temps-là, le domestique lustre la verrerie, de celles qui ne se lèchent qu'une fois l'an.

 

L'histoire devrait s'arrêter ainsi, ou au mieux devant la trente-cinquième rediffusion d'Angélique, Marquise des Anges. Mais ce serait mésestimer la foi. Enfin, une foi. "Joyeux Noël", lance-t-il, l'air satisfait de rappeler à haute voix à quel point on s'aime tous. On devrait. Mais pas aujourd'hui. "Next time?", pensa très fort un convive en écrasant le quartus du dernier né. Brillant... Si le cri de l'animal blessé n'avait pas attiré l'attention sur l'immaculé chemise du tortionnaire. Grasse et avinée. "Comme n'importe quelle autre repas", persifla l'ivrogne en lançant un ultime. Cul-sec! 


Ah oui. Joyeux.

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13/11/2012

Rien

35133503b862acc2be1e5461186b3a4a.jpgPolaroïd 22:22


Il évite désormais le centre-ville. Les doigts jaunis par un excès certain de MaryLong, je l'ai croisé aujourd'hui dans un centre commercial. Oui, là-bas, la banlieue, les erreurs architecturales, les loyers pas chers, l'autre Genève qu'on cache à coup de "square", des "C'est pas si moche" et de centres d'animation socio-culturelle. Il a pris un coup de vieux. Je n'ai pas osé lui demander s'il était malade, si ces poumons arrivaient encore à aspirer un peu d'air, malgré ses lourds sifflements. Il avait l'oeil vitreux, le cou tordu, les ongles sales. Pas que ça me dégoûte, oh non. Prétentieusement pas envie de lui rappeler ce qu'il avait été.

 

Le chasselas bien aligné à la ligne, les mots diffusés avec confusion, il n'y avait plus personne pour répondre. Je l'ai regardé. De longues minutes. Lui qui ne disait presque rien, ou qui crachotait, épisodiquement, quelques bribes. "Pour faire sens, une dernière fois", me suis-je dit. En me rappelant qu'il obtiendra pas ses nouveaux poumons.

 

Non. Lui. N'obtiendra rien. Un peu de morphine. Et un arbre à souvenirs. Pluriel facultatif. Arbre incertain. Pour cause, il ne laisse rien. 

 

Sauf un con, lâche de surcroît, qui le regarde. Moi.

04/11/2012

La vague

ecume-de-mer-a19489128.jpgPolaroïd 02 : 20

 

Dedans, dessus ou dehors. Le curseur, la boussole, le nord. La main à caresser, celle que l'on lèche ou abreuve de sécrétions. Celle que l'on prend ou celle qui fait mal dans le creux d'un oreiller à liquider les dernières larmes qu'on n'a pas versé à Haneke, à la télé-réalité, aux documentaires sur la seconde ou les maladies orphelines. Celle qu'on avale, le pharynx dilaté, celle qui nous porte contre celle qui nous noie, les poumons bien remplis.

 

"Il faut pourtant choisir lorsqu'elle se fait sentir. Humer le vent", ruminent-ils à la chaire aussi dure qu'un céphalopode. "Dans quel sens se dirige-t-il? Est-il noir? L'embarcation est-elle assez charpentée?", calculent-ils aux manière d'apothicaire, à la précision délicate des pas des danseuses de l'Opéra de Paris sous Lifar.

 

On aimerait haïr, ceux qui lèchent l'écume. On y arrive, l'oeil pourtant inéluctablement attiré par le cul nu d'un autre. Pas celui qui ne l'a pas vu venir. Celui qui l'a attendu. Le pied froid, les lèvres gercées. 

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22/10/2012

Caran d'Ache, 6B

chignon.jpg"Certaines bribes de pensées ne méritent pas l'encre", a-t-elle expulsé, le crayon Caran d'Ache 6B bien ancré dans un impeccable chignon. "Elle devait avoir raison", se dit-il après avoir estimé que ce n'était pas un prétexte pour faire taire. "Il faut se méfier des cheveux lorsqu'ils se font artificiellement sauvages. Ce n'est que le subterfuge des gorgones pour se fondre", persiflent les mères juives. A toutes les écouter, les mères et les autres, il avait perdu le fil.

 

Ah oui, les bribes qui dégoulinent et qui tâchent. Celles aux goûts de salive non ravalées, qui finissent toujours pas s'étaler comme des flaques de bave parfaitement lustrées. L'avantage? On peut parfois y croiser son reflet tout en se grattant ses aisselles. Salées, l'aisselle, hein?


D'autres plumes s'agitent par peur du vide. Par peur de l'oubli, des autres ou de son ombre. En fait, par peur tout court. "Putain, c'est vrai, il faut quand même exister un tout petit peu, merde", beugla-t-il comme un hamster maltraité, à force de tourner dans sa roue sans lexomil.

 

Et puis elle s'en est allée comme elle était venue. Le dos droit comme un i, la démarche rectiligne un peu chiante et coincée. Disparaissant à l'angle d'une vieille rue pavée, il ne retint d'elle qu'un point. Celle du crayon Caran d'Ache. "6B", eut-il presque envie de crier. Il n'a pas pu.


"Le hamster ne parle pas. Le hamster ne parle pas", s'évertua à se convaincre, le doux rongeur.

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07/10/2012

Salaud de riche!

titanic-kate-winslet_320.jpgPolaroïd 14 : 28

 

Il y a un truc qui me chiffonne, avec cette marche qui a fait tant couler d'encre dans les journaux (à croire que le liquide ainsi suscité ne l'est que par la jouissance de l'expulsion du mot sur le papier). Alors on nous dit que ce grand rassemblement est une réponse aux propos d'un policier canadien, qui a prétendu que "les femmes devraient éviter de s'habiller comme des salopes si elles ne veulent pas être victimes d'agressions sexuelles". On nous dit aussi qu'être habillé "sexy n'est pas une invitation", sous-entendez à un rapport contraint. 

 

Plus banal, tu meurs, difficile d'être en désaccord. Un peu comme dire: être noir n'est pas une invitation au racisme. Sans blague. Qu'on me comprenne bien. Les propos de ce policier sont inacceptables.

 

Non, le truc qui me chiffonne, c'est la différence de traitement. Lorsqu'un riche se balade avec sa Cartier et son porte-monnaie rempli de billets violets et qu'il se fait agresser, on dit quoi? Et bien on dit, je dis, que c'est bien fait pour lui, qu'il est complètement crétin et qu'il n'avait pas à exposer son opulence dans des endroits mal famés. Pourquoi prend-on la défense d'une femme face à son violeur, d'un noir face à son raciste, mais moins d'un riche face à son agresseur? 

 

Parce qu'être femme ou être noir, c'est porter l'habit de la victime. Alors qu'être riche, c'est par principe se le voir refuser? Il y a des statuts qui suscitent la compassion, d'autres pas. Il y a des actes qui se condamnent. D'autres moins. Pour défendre le droit d'être habillée comme une "salope" n'importe où, on descend dans la rue. Et qui pour défendre une exhibitionniste qui s'est pris trois coups de couteau parce qu'elle avait extériosé ses signes de richesse?

29/09/2012

Aux délices de la cathode

5461943104_5a4b00ce3b_z.jpgPolaroïd 23 : 36

Dilatées, engorgées ou brisées dans des opales trop exposées aux délices de la cathode ou de la vitrine, on aimerait que les veines mentent. Surtout lorsqu'elles ne font que rappeler notre propre solitude, avachis comme des singes à contempler son reflet, quand ce n'est pas son propre... vide. On se moque, on rit sans se soucier du ton jaune pâle que délivre cette façade dentaire. Une rasade de rouge dilatera encore un peu plus ces tubes bleutés. Le temps de tituber autour des caniveaux pour trouver la proie. La proie? Celle qui passe, dirons-nous.

Ainsi danse la gitane sur les effluves d'un mauvais Guerlain, jusqu'à vous écorcher le palais lorsqu'il s'agira de cacher l'odeur. Pas à coup de dentifrice, ni d'échantillon parfumé. A grande gorgée de Roxycide. C'est vrai, il y a trop d'eau dans la Javel.

Il est temps de rentrer, les poches vides. Il est surtout temps de mentir. Serrer, se taire, espérer. Que les veines mentent, faisant cesser toute palpitation. Un "je t'aime", de ceux qu'on lance par précaution, devrait suffire.

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22/09/2012

Eux

pic-3.jpgPolaroïd 23 : 14


J'ai pensé à lui. J'ai pensé à elle.

A leur phobie des impôts impayés, à la seule fois où ils ont pris l'avion, aux chansons qu'ils chantèrent après avoir délicatement abusé d'un digestif italien. Aux retours d'usine, aux discussions animées sur le patronat, les riches et les frontaliers. Aux engueulades, aux grillades en forêt près d'Arziers. Aux mêmes histoires que l'on s'amuse à raconter différemment. A leurs souvenirs de vélos et leurs Pola jaunies.


Aujourd'hui, le dos courbé et les mains magnifiquement flétries, je les surprends main dans la main. Je me sens con.

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15/09/2012

Comme les lâches se lèchent

pic-2.jpgPolaroïd 00: 11

 

En fait, à constater avec quelle régularité les lâches se lèchent, ou alors comment le hasard du calendrier les font se lécher comme ils se lâchent, je ne sais plus vraiment à quel Saint me corrompre. Dieu seul sait avec quelle ferveur je devrais génuflexier, mais ni l'attraction ni l'attirance ne suffisent à atteindre l'échafaud.

 

On prend, on laisse. On perd, on crache. On aime jusqu'à montrer les dents, les mêmes qui se tarissent dès que l'échec pointe son nez. Sec, aride, vieux et triste comme une maladie orpheline. Ce n'est ni le baiser ni l'aumône qui me perd, c'est plutôt les caresses et autres promesses jetées comme des dés.

 

"Mais ne serais-tu pas juste un crétin?", lança-t-elle. "Peut-être", répondit-il dans toute la ferveur bienveillante qui le perdra. Elle n'avait pas tort. Il ne s'en souviendra pas.

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