10/09/2013

Le goût des crépuscules

olivier francey,britney,spearsPolaroïd 01 : 14


La belle promesse. Celle de l'instant, celle de la fin de l'été et de sa tiédeur. Elle ressemble tant à l'aube. De celles qui s'expulsent à l'arrière d'un taxi, au lendemain des ruptures ou à l'approche du trophée tant sécrété. Elles ont l'odeur des toujours mais le goût des crépuscules. On s'en étonne encore. Pitre. Elles ont commencé dans l'ombre des ruelles.

 

On hésite entre l'infâme désir et le machinal espoir. Oh putain, on y croit. Les yeux rivés vers ce ciel alors qu'on est pas foutu de lever sa jambe. Il ne s'agirait pas de la perdre, n'est-ce pas? Et alors qu'il faudrait haïr... et bien, on hait. Comme une défense trop bien huilée. On ne sait pas trop qui. Elle. Soi. Lui. L'autre. 

 

Pour finir par faire pareil. Promettre... De ne plus jamais lever la jambe. Jamais. Promis.

07/10/2012

Salaud de riche!

titanic-kate-winslet_320.jpgPolaroïd 14 : 28

 

Il y a un truc qui me chiffonne, avec cette marche qui a fait tant couler d'encre dans les journaux (à croire que le liquide ainsi suscité ne l'est que par la jouissance de l'expulsion du mot sur le papier). Alors on nous dit que ce grand rassemblement est une réponse aux propos d'un policier canadien, qui a prétendu que "les femmes devraient éviter de s'habiller comme des salopes si elles ne veulent pas être victimes d'agressions sexuelles". On nous dit aussi qu'être habillé "sexy n'est pas une invitation", sous-entendez à un rapport contraint. 

 

Plus banal, tu meurs, difficile d'être en désaccord. Un peu comme dire: être noir n'est pas une invitation au racisme. Sans blague. Qu'on me comprenne bien. Les propos de ce policier sont inacceptables.

 

Non, le truc qui me chiffonne, c'est la différence de traitement. Lorsqu'un riche se balade avec sa Cartier et son porte-monnaie rempli de billets violets et qu'il se fait agresser, on dit quoi? Et bien on dit, je dis, que c'est bien fait pour lui, qu'il est complètement crétin et qu'il n'avait pas à exposer son opulence dans des endroits mal famés. Pourquoi prend-on la défense d'une femme face à son violeur, d'un noir face à son raciste, mais moins d'un riche face à son agresseur? 

 

Parce qu'être femme ou être noir, c'est porter l'habit de la victime. Alors qu'être riche, c'est par principe se le voir refuser? Il y a des statuts qui suscitent la compassion, d'autres pas. Il y a des actes qui se condamnent. D'autres moins. Pour défendre le droit d'être habillée comme une "salope" n'importe où, on descend dans la rue. Et qui pour défendre une exhibitionniste qui s'est pris trois coups de couteau parce qu'elle avait extériosé ses signes de richesse?

08/01/2011

Le fait ''divers'' ou d'hiver, c'est selon.

pic.jpgLe fait ''divers''. Expulsée à 91 ans.

Vous m’en voyez désolé. Mais la beauté de ce que l’on appelle le ‘’fait divers’’ réside dans son universalité. Dans l’exemple qui rassemble le ‘’tout’’.

Elle s’appelle Noëlla Rouget. A 91 ans, elle s’est vue expulsée de son logement. L’information nous était alors parvenue du blog de Pascal Décaillet, hébergé par la Tribune de Genève et repris par le même journal deux jours plus tard.

Nous sommes le vendredi 28 décembre 2010, le quotidien publie l’information en page 15.

 

©TdG

Loin de moi l’idée de relativiser le drame qu’aurait pu vivre cette nonagénaire. La douleur ne se chiffre pas. Je m’étonne néanmoins dans le traitement médiatique de cette affaire.

De un, la parole n’a pas été donné au ‘’méchant’’ propriétaire ‘’expulseur de grand-mère’’. Aucune trace, aucune voix, rien. Pourtant, on aurait vivement souhaité l’opinion du vil expropriateur.

De deux, il me semble qu’on attise la sympathie du lecteur par le fait de mentionner que la dit-dame soit une ancienne rescapée du camp de Ravensbrück. Surtout quand cette information n'est jamais développée. En quoi le fait d’être rescapée d’un camp devrait-il interférer dans le cas d’une expulsion ?

N’aurait-il pas été judicieux de mentionner toutes ces personnes, âgées ou pas, héroïnes ou pas, rescapées ou pas, qui se font expulser de leur appartement après y avoir passé de longues années ?

Nul doute qu’une rescapée est plus ‘’vendeuse’’ et insoutenable qu’un anonyme grand-père. Nul doute.

Mais vous avouerez que c’est à la fois, partial, racoleur, et injuste. Pour toutes les autres voix. Celles qui se taisent. Celles qui s’oublient et se noient. Celles qui n’intéressent personne.

 

Le fait divers est précieux. Quand il est universel.

15/09/2010

Femme d'Argovie ou femme de France

voileFemme_1.jpgPour vous Mesdames et vous Mesdemoiselles.

On peste fréquemment contre vos cheveux qui bouchent l’évier, parce que le plus souvent, c’est nous qui le débouchons. Vous, ça vous dégoûte!

On râle souvent quand vous nous appelez treize fois en une seule soirée, parce que vous n’avez pas été invitée ou parce que pour une fois, on voulait être seul… entendez par seul, avec des amis à parier l’argent du ménage que nous n’avons pas, dans une parti de poker où les seuls sujets de conversation se limitent souvent au sexe. Parfois au sexe également.

« Allo, dis chéri, tu saurais pas où se trouve la crème solaire qu’on a acheté à Londres… mais oui, la petite hypoallergénique?». «Choubidou, j’suis crevée, je vais aller me coucher, tu rentres tard?». Ça finira par un pauvre sms réprobateur: «Bon, salut, bonne nuit». Suivi de vos initiales et d’un point.

On s’agace parfois de votre besoin quasi constant d’être rassurée. La seule différence, c’est que nous, on est plus intelligent, on ne le dit pas, on se tait. On du mal à comprendre vos hormones. Parfois même, on leurs attribue votre colère, alors qu’en fait, c’est juste qu’on s’est comporté comme un sombre crétin. On a du mal à assumer que vous êtes cent fois meilleure en montage de mobilier IKEA, que vous n’oubliez aucun anniversaire, même pas NOS propres amis; on a du mal à assumer que vous êtes souvent beaucoup plus fiable et courageuse que nous. Bon c’est vrai, vous n’avez pas que des défauts. On aime vos petits yeux qui papillonnent quand vous êtes amoureuse. On aime toujours vous inviter à danser un vieux slow ringard… on est même prêt à rejouer la scène du lac de Dirty Dancing.

On aime vos pieds froids sous les draps, on aime vous observer de loin et vous sentir heureuse. On aime chanter à tue-tête et en duo les plus grands tubes de Nostalgie quand on part en vacances. On aime quand nos amis nous disent que vous êtes hyper sympa. L’un rajoutera: «euh au lit ça se passe bien?». On vous aime nue, fragile (mais ça, ça fait peur).

On vous aime aussi, quand vous nous avez quitté. Parce que vous vous êtes marié avec le type qu’il vous fallait. Nous, on pense pas qu’il est fait pour vous, mais bon ! Vous nous avez aussi quitté parce que ce n’était pas le bon moment, parce qu’on n’a jamais su vous rassurer, parce que nous aussi, on a des problèmes à régler.

Mais qu’importe. On vous aime, pour votre piteuse façon de faire la cuisine, parce que nos chemises ont été toutes rétrécies au lavage (et ma mère hurlante en ce moment, me rappelant qu’elle a été forcée à faire l’école ménagère), parce que vous ne savez toujours pas utiliser toutes les fonctionnalités de votre portable, parce que vous êtes la seule à réussir à nous agacer.

On vous aime, rousses, blacks, blondes, bigleuses, chiantes, un peu enrobée… grosses aussi, végétarienne, super intello, addict à la télévision, froussardes, incapables d’emmener votre voiture au service technique (mais oui, tu sais, le bout-du-monde, mais oui là, près du Tennis, là où on a fêté le mariage de ta copine un peu conne, mais oui, Claire, euh non, Brigitte c’est ça?). On vous aime argovienne même si votre parlement ne vous veut pas voilée, on vous aime voilée, (ça c’est fait!), on vous aime valaisanne ou neuchâteloise (sauf l’accent, soyons honnêtes), pas biennoise par contre, on vous aime femme migrante, femme d’intérieur, femme sportive, femme enceinte ou divorcée, femme de droite, femme militante, femme en Dior ou femme H&M.

Enfin, femme d'Argovie ou femme de France. Je vous aime. Aussi.