24/12/2010

La reconnaissance

Traitre.jpgIls rampent, se courbent puis s’enlacent. Pour mieux se séparer, adultère en cadeau ou enfant caché. Ils le désirent, prêts à mentir, prêts à parjurer. Ils se retournent pour offrir leur plus beau profil, se cachent pour saliver et panser leur plaie ou penser leur plan.

Quitte à abandonner le cigare, quitte à déserter la Clémence, quitte à côtoyer la veuve, le diabétique ou le prolétaire. Tout est bon. Tout est si suave. Le désir est si fort. Les muscles se tendent, la mâchoire se serre, le poing se ferme. Le sourire, lui, n’aura jamais disparu.

Reconnaissance. Un mauvaise étymologiste dira : reconnaître la naissance. Bref, exister.

Quelle œuvre fastidieuse que d’y arriver par soi-même. Il y a l’existence qui se cherche, ou celle qui s’obtient. On appelle cela le pouvoir.

Le pouvoir aime se travestir. Protéiforme. Une courbe, un sein, Jacob Burckhardt, Ramuz diront les faux-riches, des voix, un poste, de l’adoration, une apparition télévisuelle, un nom dans un journal, une ligne, des centimètres, de talons ou de longueur d’écharpe (cachemire Vuitton).

Il y a l’existence qui se cherche, ou celle qui s’obtient.

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10/12/2010

Serge

gainsbourg1.jpgGainsbourg.

Hier soir, TSR2 diffusait ''l'homme qui aimait les femmes''. Titre trompeur. Serge Gainsbourg n'aimait pas les femmes. Il aimait des femmes.

La colonne vertébrale de cet homme n'a jamais été les femmes, contrairement, là également, à une description trompeuse.

Peur de l'abandon, donc effrayé à l'idée d'être quitté. Mal de vivre, donc envie d'intensité, donc provocation.

Je me demande parfois pourquoi on essaie de comprendre. Comprendre les ''actes'', des mots, des paroles, un trajet. On essaie. Là où on ne devrait rien dire, parce qu'on n'en sait rien. Rien de personne au final.

Eminemment plus rassurant de ''comprendre''. Peut-être. Mais toujours loin de la nudité. La vraie. Celle qui ne se dit pas, celle qui se sent. Celle absente du dictionnaire, celle évidente. Comme celle qu'on aime. Sans savoir. Pourquoi.

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02/12/2010

Quand le rien de l’un, peut parfois être l’essentiel de l’autre

pic-1.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 02.12.10

La neige. Blanche, paradoxalement froide à son contact, mais terriblement chaleureuse à l’effet qu’elle éveille. Délicatement, elle s’est enroulée sur nos arbres, sur un balcon, sur un lampadaire, sur un détail. Le nez d’un enfant, la coiffe d’une grand-maman, un vieux bull-terrier boiteux.

Silencieuse, elle aura réussi à déchainer, ce que d’autres passeront leur vie à provoquer : la fascination. Elle aura réussi à transmettre, ce que d’autres ne susciterons jamais : la plénitude. Elle sera parvenue, enfin à nous faire… taire.

 

© Anne-Laure Martin

Un silence nourricier, apaisant pour un instant la fureur du monde, la neige a coulé sur la ville, comme un drap que l’on referme sur soi, comme du chocolat encore chaud sur une fraise congelée, comme un regard de celui ou celle qu’on aime dans une soirée trop bruyante, le silence remplace plus souvent qu’on ne le pense, ce qu’expulsent des bouches.

Comme un mot qui nous fait du bien, écrasant dans un moment de pure vérité, tout ce qui fait de nous des Hommes : remplir son temps avec du rien.

On remplit souvent notre vie de rien. Le problème, c’est que le rien de l’un, peut parfois être l’essentiel de l’autre. Alors que ‘’faire le ménage’’ est une tâche irréalisable pour l’un, elle est une preuve de considération pour l’autre. Alors qu’une votation est capitale pour celui-ci, elle est purement et simplement une perte de temps pour celui-là.

Autre exemple : le criminel étranger est une réelle préoccupation pour l’habitant d’Appenzell, elle l’est un peu moins pour le genevois.

Et la liste est encore longue, certains pestent contre les TPG, d’autres se demandent s’ils peuvent resquiller, une vieille dame s’inquiète de ne pouvoir faire ses courses, par peur de chuter, un jeune homme se demande bien quel boulot il pourra choisir, ma voisine n’a plus d’amaretto pour accueillir son petit chéri, et Paul, se demande si on l’appellera cette année pour passer Noël en famille.

Rassurez-vous, cette délicieuse et ingérable digression est bientôt morte. Parce que la neige, elle, a fondu.

La neige, sirène ou cheval de Troie, nous a tous eu, pour se transformer en infâme bouillie. Grise. L’infâme succube était bien là au réveil.

On a tous retrouvé l’écume aux lèvres, les yeux injectés de sang. On a tous retrouvé nos ennuis quotidiens : l’eau pas assez chaude, la nourriture infecte du seul restaurant qui jouxte notre travail, les 460 francs qu’il faudra dépenser pour s’acheter des pneus ‘’neige’’, les programmes télé qu’on se force à regarder pour faire plaisir à l’autre, ou encore Robert Cramer qui revient sauver Mark Muller.

Et pourtant, vous le savez autant que moi, on dépense souvent de l’énergie pour des futilités. Alors un grand merci à la neige, et à ceux qui vous aiment, et qui vous permettent, enfin, pour un instant, d’oublier.

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11/11/2010

Cinq questions.

Gucci.jpgPolaroïd 00 : 11

On pourrait sans doute, pointer du doigt ceux qui militent pour la réouverture de lieux culturels à Genève, ceux qui descendent dans la rue pour soutenir leur "lieu de nuit" favori. En effet, il y a bien plus grave. La misère, la pauvreté, certainement. A Genève aussi.

Seul anicroche, des questions.

Qui es-tu pour juger de la pertinence des motivations de ceux qui descendent dans la rue?

Etais-tu présente à ces manifestations?

As-tu mis les pieds à l'Usine, au Moa, ne serait-ce que le temps d'avaler, un rhum coca, pardon un café?

Penses-tu réellement que le genevois s'habille en "Prada", s'assied sur son "Gucci", Faculté des Lettres, Bastions, banc numéro 7?

La misère se limite-t-elle à celui ou celle qui "fouille dans les poubelles"?

 

Cinq questions. Et autant de "non" comme réponse donnée. Autant de raisons, qui me font ne pas t'écouter.

 

Il y ceux qui militent pour le SIDA, d'autres pour l'homoparentalité, pour leur propre famille, pour leurs intérêts, pour la recherche contre le cancer, pour la musique dite locale, pour un abonnement téléphonique moins cher, pour le remboursement de la pilule, pour la réouverture de leur boîte de nuit et d'autres pour une infinité de raisons qui sont les leurs.

Mais si je te suis, Ami. Et si la misère et la pauvreté devant ta porte vaut cent mille fois une mobilisation de crétins qui défilent dans les rue de cette ville. Alors. Alors. Fais quelque chose.

Et si, Ami, je suis ton raisonnement, alors il y a toujours pire. Un tchadien crevard que l'on pourrait sauver à coup de médicaments à 5,80.-

On ne s'engage pas pour l'idée, on s'engage tout court. Ou alors on ment. Ou alors on ment.

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14/10/2010

L'infime délicatesse du mot

Words.jpg14 octobre 2010, 16:07

Le plombier polonais.

Nous en connaissons tous. Non pas des plombiers polonais mais des personnes qui s’expriment pour ne rien dire, d’autres qui parlent beaucoup trop bien ou trop peu pour avoir l’air honnête, et enfin, dernière catégorie : ceux qui choisissent avec une infime délicatesse et de délicieuses nuances, les mots qu’ils souhaitent laisser s’échapper.

Alors de la première catégorie, nous n’en dirons rien. A la vacuité, il faut répondre par le néant.
A ceux qui parlent trop bien ou trop peu, il faut s’en méfier. Se méfier de son trésorier lorsqu’il vous dit : «je ne suis qu’un simple comptable, vous savez». Une trop grande humilité relève souvent de la flatterie, la flatterie de la séduction, et la séduction du désir. Et on le sait, le désir n’est pas toujours noble, loin de là. Raison pour laquelle on l'appelle «concupiscence».

Méfiez-vous également des phrases qui claquent dans l’air, aux relents de slogans de type : «avec moins, nous allons faire plus» ou encore «ensemble tout devient possible». L’effluve peut être charmante mais en général, le slogan a été répété, préparé, aiguisé. Et son but : c’est que vous l’ingurgitiez tout cru, sans broncher.

Reste la dernière catégorie. L’infime délicatesse du mot bien choisi, les délicieuses nuances de la phrase polysémique.

Vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ?

Page 4 du GHI, Thierry Meury rebondit sur l’affaire de l’instituteur valaisan licencié pour avoir refusé de laisser un crucifix dans sa classe. Un instituteur qui avait déclaré : «je suis renvoyé comme si j’étais un pédophile». L’humoriste ironise alors : «les pédophiles, eux, laissent les crucifix dans les classes». Et il rajoute : «Certains en portent même sur leur robe, parfois».

Tiens, tiens, la figure du prêtre pédophile. L’infime délicatesse du mot bien choisi, les délicieuses nuances de la phrase polysémique? Pas vraiment. Non. Loin de là même. Comprenez moi bien, je n’ai aucune sorte d’affection privilégiée envers les membres du clergé, ni un sens de l’humour de bien-pensant. C’est juste que le coup du prêtre pédophile commence à être usant. J’attends de l’humoriste qu’il fasse mieux... beaucoup mieux.

Allez, osez donc Monsieur Meury : le noir dealer, le frontalier voleur de poule, la rousse à l’odeur corporelle nauséabonde, le juif contrôleur du monde, le musulman terroriste, le portugais balayeur, ou encore l’handicapé fraudeur d’AI.

Vous voyez, c’est tellement simple l’utilisation de l’infime délicatesse du mot et des délicieuses nuances de la phrase.

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04/10/2010

Depuis quand l'oubli se chiffre-t-il ?

Banc.jpg4 octobre 2010

«Sombre héroïne de l'amer», on aurait aimé avoir eu cette idée, on aurait aimé accoucher de ces mots sur le papier... Hélas, c'est Guy Carlier qui signait la phrase, hier sur Europe 1. Le chroniqueur revenait sur le débat qui a agité l'hexagone: le retour de Bertrand Cantat sur scène, c'était samedi dernier. Un retour houleux pour certains, la lumière d'un phare dans une mer agitée pour d'autres.

Le journaliste de l’aube accordait au leader de Noir Désir le droit à l'oubli. Seulement l'oubli n'est pas le même pour le matelot que pour le capitaine. Le capitaine, en s'exposant au gouvernail de son navire, s'expose aussi aux tempêtes. Et du coup, ravive les blessures de ceux qui auront survécu à l'appel des sirènes. Marie Trintignant n’en fait pas partie, elle a coulé avec. Nadine, elle par contre, est restée.

Guy Carlier est partisan de l’emploi du passé antérieur : il eut été préférable que Bertrand Cantat ne remonte pas sur scène. En d’autres termes, le droit à l’oubli est relatif, les comètes doivent se soucier de leur queue, de la traînée qu’elles tirent derrière elles. La courtoisie, diront certains.

D’où cette question : combien de temps eût été judicieux pour que l’artiste puisse poser un pied sur les planches sans déclencher la polémique ?

L’affaire Cantat-Trintignant est un cas d’école. Elle cristallise tous les ingrédients d’un événement qui suscite les passions : l’amour et la violence, l’abandon, une star glorifiée du rock’n’roll militant, une muse fragile, une actrice célèbre, et enfin la mort, les morts.

Le problème, c’est qu’on a du subir l’opinion des uns et des autres. Marie femme battue. Bertrand meurtrier. Ou encore, le couple qui s’aimait avec passion. Le problème, c’est que la passion s’est transformée en coups, les coups en silence. Certes, mais parfois, l'opinion devrait mieux rester silencieuse, parce que la sacro-sainte vérité, pour autant qu’elle existe… nul ne la connaît. Personne. Pas même vous, pas même moi. Et parfois, pour ne rien dire, on ferait mieux de se taire.

On n’est jamais à la place des autres, on imagine l’être. La différence est tout de même titanesque.

Le capitaine est revenu à la barre, la sirène, elle, ne chante plus. Seul l’écume renvoie encore et toujours, inéluctablement dans une mécanique quasi lancinante, les mêmes questions :

Depuis quand la douleur se chiffre-t-elle ?

Depuis quand l’oubli se chiffre-t-il ?

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29/09/2010

Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas

Chateau.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 29 septembre 2010

Il y plusieurs façons de voir le monde.

Le noir. Le blanc. Le gris pour les moins manichéens. Enfin, la HD, haute-définition: 4 294 967 296 couleurs.

Le problème à voir le monde en HD, ou alors en 16 millimètres, ou encore en relief, c’est que le monde devient subitement, tout à coup un océan de subtilités et de nuances. Le problème à voir le monde en nuances, c’est que tout est moins limpide, moins simple. Et le problème à voir le monde plus complexe qu’il ne l’est pas, c’est qu’au final, on finit par ne plus être sûr de rien.

Les hommes politiques et les séducteurs invétérés l’ont bien compris. Un message clair, une idée, un slogan, voire un mot. La réduction ou la vulgarisation ne fait plus peur tant qu’elle permet d’être élu ou de coucher, de gagner des voix ou d’effleurer un bras, ou pour les plus désespérés, que l’on parle d’eux.

Le problème avec les couleurs, c’est qu’on s’y noie. On ne lance pas d’arc-en-ciel avec une arme. On envoie une balle. On n’incise pas avec des peut-être. On taille.

Je lance le défi. Passez une soirée à douter. Passez une soirée à n’être sûr de rien. Passez une soirée à vous excuser : désolé, mais je ne suis pas assez renseigné sur le conflit israélo-palestinien. Passez une soirée à clamer que vous n’avez aucune idée du nombre de frontaliers travaillant à Genève, du salaire moyen en Suisse version 2010, si le Ziban est toujours prescrit pour arrêter de fumer, ou encore si le Château Pipeau 96 est meilleur que le 97. Passez une soirée à douter. Vous ne brillerez peut-être pas en société. Mais vous n’aurez jamais à vous dire : quel crétin je fus.

Voir le monde en technicolor, est un exercice assez périlleux. Au final, vous risquez de ne parler de rien, terrorisé par l’erreur, angoissé par la faute, épouvanté à l’idée que rien n’est vrai, et que la fameuse ligne de démarcation entre une certitude et l’imposture… n’est qu’un vague bateau ivre, piloté par un capitaine qui l’est tout autant.

La certitude est un coussin moelleux rassurant. Vous le savez, on le sait.

Alors oui. On peut se mentir, leur mentir, être certain, être sûr, ne jamais émettre l’idée que ceux qu’on aime, au mieux, ne nous aimerons plus, au pire, disparaitrons. On pourra toujours croire que 1 + 1 = 2 … ou 3 pour les plus idéalistes.

On aimerait nous aussi, voir le monde autrement qu’en noir, qu’en blanc, qu’en gris, qu’en gris nuancé. On aimerait, nous aussi, tout comprendre. Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas. Mais on ne lance pas d’arc-en-ciel avec une arme. On envoie une balle.

On n’incise pas avec des peut-être. On taille. C’est plus simple. Mais c’est faux.

Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas…

 

 

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20/09/2010

On peut s’en foutre ou pas.

Thus_Spoke_Zarathustra_Friedrich_Nietzsche_compact_discs_Naxos.jpg20 septembre 2010, 16:34

(« Avoir mal » à remplacer par « le pouvoir »). Le présent sens du texte en sera modifié.

Avoir mal. On ne s’en lasse pas, parce que ça brûle. Parce que ça fait mal. Héritage judéo-chrétien, qu’en sais-je ?

Et si certains disent qu’ils aiment souffrir, ils se trompent. Ils aiment se sentir vivants ou exister c’est selon. La nuance est de taille. Leur sensibilité est-elle à fleur de peau ? Probablement. Malheureusement, ils ont su s’y cacher derrière. Lâcheté ? Oui.

Le sensible n’est pas dupe.

Avoir l’impression de courir avec des prothèses. On pourra toujours prétexter. La réalité, crue, effrait.

N’y a-t-il pas pire maîtresse que l’alcool, l’amour, l’héroïne, les drogues synthétiques, l’illusion, la peur de l’échec ? Qu’en sais-je. L’addiction est plus forte.

Un but, une cible, une target, pire encore, un sens. Remplir l’amphore, coûte que coûte. Que tout cela ne serve à rien est imbuvable, autant avaler d’une traite tout de suite la ciguë. Alors certains crieront certainement : pauvre lamentin cyclothymique. Ils auront raison. Cent fois.

On peut s’en foutre ou pas. Rêve d’en rencontrer un. Un vrai. Un nihiliste pur souche, le dépressif n’étant pas comptabilisé.

On peut s’en foutre ou pas.

 

 

 

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