27/04/2011

Le silence

pic-2.jpgPolaroïd 20 : 38

Silence oppressant d’une conversation qui échoue dans des regards effrayés à l’idée du vide contre le silence de l’évidence. Deux silences. Et pourtant deux mondes.

Le silence sublime des mots qui ne s’échappent plus, parce qu’imparfait à la désignation contre le silence putride de l’incompréhension. D’une intersection d’un diagramme de Venn flirtant avec le néant au truisme du coït.

Et pourtant, dans l’interstice de ces deux mondes vit un autre langage. Celui qui consiste à dire. Simplement. Comme si le corps ordonnait aux cordes vocales d’expulser du sens, sans passer par l’irritation électrique d’une constellation de neurones.

On appelle cela le besoin de communiquer. Comme tout besoin, nulle certitude qu’il soit partagé. Espérer une communication serait inéluctablement ambitieux. Et désespérément voué au silence.

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25/04/2011

La résurrection

6922_131785438132_746288132_2611219_2219610_n.jpgPolaroïd 15 : 44

La reconnaissance, reconnaître la naissance, c’est aussi exister. Qu’importe la cible, pourvu que cela soit passionné. Lui ou un autre ne fera pas la différence, lui ou un autre n’aura pas incisé sur la courbe de ce qu’elle appelle le destin. Il faudra se convaincre de l’unicité. Du sacré. Convaincue, elle l’est déjà. C’est ça ou mourir. C’est inventer un sens, le début de l’Histoire.

Il faut remplir le contenant. Rassasier la bête, un ventre, un idéal. Elle pense déjà sa vie comme une ligne alors que ce ne sont que des points, des trous diront les médisants.

L’abyssale recherche d’un sens, du bonheur, de la plénitude. De la parfaite synchronisation de ce qu’elle est avec ce qu’elle aimerait être. Trente années auront suffi à achever la superposition des lignes.

Ne reste plus qu’à ressusciter. Chaque année. Jusqu’à mourir.

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20/04/2011

1

pic.jpgPolaroïd 23 : 17

Il y a ceux qui abandonnent le navire dans la déroute, et ceux qui restent dans les tempêtes.

Ceux qui s’attachent, ‘’un peu con’’ diront certains ; et ceux qui fuient, glissant sous la salive des explications, du ‘’justificatif’’. En clair, la lâcheté. Qu’importe.

Ils diront des premiers qu’ils regorgent d’égoïsme. Rassurez-vous, les seconds aussi. La beauté de l’égoïsme réside dans le dessein qu’il vise. On peut tout autant viser le polissage de dents peroxydées que l’onanisme de la complétude.

Et à tous ceux que le champ lexical n’évoque rien, la nausée, la gorge sèche, ou la vacuité sémantique : il existe deux types d’hommes.

Celui qui abandonne. Celui qui reste. C’est con. Elle distingue pourtant la foi du vent, les amis du ''reste''.  L’idéal de l’opportunisme. C’est vrai. C’est con.

 

it's a cold and it's a broken hallelujah

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16/04/2011

De la critique en général

pic-1.jpgPolaroïd 00 : 39

De la critique en général.

Expulser un assemblage de syllabes dans un micro pour dire quoi ? Pour qui ? Dans quels sombres desseins ? ‘’Trop de politique’’ revendiqueront certains, ‘’peu concernant’’ expulseront d’autres. Ils auront raison, les uns comme les autres. Les gosiers ne seront jamais repus. Les estomacs vides, crieront famine. Et pourtant, dans ce tumulte, dans l’écho d’échos de voix anonymes, certaines autres pourront s’exprimer. Jamais les bonnes, mais qu’importe. Le doute quasi permanent, l’angoisse du mot, l’incertitude de la phrase, les affres de l’erreur.

Qu’importe.

Qu’importent les critiques, les vexations, la hiérarchie, les habitudes, le salaire, le confort. Qu’importent les ‘’amis’’, virtuels ou pas, qu’importent les statistiques, les audiences, les regards et la salive.

Seul. Mieux que misérablement attaché au sentiment d’appartenance. Rassurant, confortable, doux et liquoreux.

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13/04/2011

Au soir de lumière aux aubes de fange

pic.jpgAu soir de lumière aux aubes de fange.

Alors plus jeune, ses pupilles déjà dilatées n’avaient pour dessein que d’aspirer le monde. Rien de très précis, un horizon brumeux mais qui laissait entrapercevoir un soleil voilé. La brûlure pour aboutissement, la marque de l’existence. Sans véritables idéaux, pas même une genèse d’idéologie, il n’aura cessé de vouloir la caresser. Même si c’est elle qui vous touche.

Il parlait de ‘’grâce’’ quand les autres osaient évoquer la ‘’malédiction’’, troquait la fatalité contre la chance, ses jambes contre des roulettes. Un hamster dans une roue. Il le savait, là, quelque part.

La réalité prenait plaisir à le lui rappeler : les seules courbes sur lesquels il s’aventura furent des collines, les seuls échecs, des escaliers ou des embrasures de boîtes de nuit. Seules quelques curieuses s’attardèrent sur le corps difforme. La réalité chérissait également à le lui rappeler. Ni mots, ni post-it, pas même un sms. Il avait appris à s’en délecter, dans le recoin le plus sinistre de son âme : une main qui vous lâche, des pas furtifs sur un plancher grinçant pour finir par un odieux cliquetis de serrure.

Il finit par se brûler. Enfin.

Avec pour bande-son, une douce mélodie stridente d’une roue mal huilée. Et pour générique : un nom, quelques collaborateurs et une épitaphe : ‘’il aura aimé la vie. La vie le lui aura bien rendu’’.

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31/03/2011

Les fins

phare_nuit.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 31 mars 2011

On entend souvent dire des fins qu’elles ne sont que des débuts.

Ce postulat est alléchant : la phrase console, guérit. Des mots comme autant de pansements sur une douleur souvent abrupte qu’est la fin ; et pourtant ce postulat est faux. Un glissement géographique d’une langue endolorie par un vieux malt tourbé pourrait conduire éventuellement à expulser en lieu et place de faux : un magistral ‘’crétin’’.

Dire des fins qu’elles ne sont que des débuts est tout autant crétin que d’affirmer que ‘’toutes les bonnes choses ont une fin’’ ou encore ‘’une de perdue, dix de retrouvées’’. D’une part, nulle preuve qu’effectivement les bonnes choses se terminent un jour, et de l’autre, que la fille ou l’homme perdu ne soient remplacés, fruit d’un rite multiplicatif chrétien, par une dizaine d’autres.

Je dis tout simplement des fins qu’elles ne sont que ce qu’elles sont: des fins.

Parce que l’épine d’une éventuelle couronne ayant été ôtée, on suppute, avec une religieuse ferveur, que la douleur s’est dissipée. Or, on semble oublier que souvent, la fin étant apparue, le rideau tombé, le billet de 100 francs sensuellement dilapidé, qu’il ne reste plus rien, sauf de l’amertume. Le panache de Cyrano se faisant baisé le front, des odeurs et des images se mélangeant dans la gorge putrescente de Styx, ou encore le vide : cristallin, sublime et effrayant.

On prétend donc qu’après la fin, s’ensuit la renaissance, le renouveau, quelque chose quoi. ‘’Donnez-moi à manger ! Dites-moi que tout cela n’est pas vain !’’ Un peu comme un nouveau-né expulsé d’un ventre, qui à sa sortie, mort de soif, réclamera à ‘’boyre’’.

Et bien non. Souvent, après les fins, il n’y a rien. Ni commencement, ni début ni aurore ni lumière. Comme finir un chapitre, puis refermer l’ouvrage pour le poser sur sa table de nuit, tout en caressant, dans un automatisme quotidien, la main d’un partenaire, dont le pouvoir aphrodisiaque se rapproche de celui de la tanche.

Et bien non. Souvent, après les fins, il n’y a rien ou presque. De la salive séchée aux commissures de lèvres écarlates, des vaisseaux capillaires éclatés dans des pupilles dilatés, des mots qui n’auront pas franchi le cap des cordes vocales.

Souvent, après les fins, il n’y a rien sauf une traversée solitaire d’un amer désert.

Il n’y a qu’une seule aube: la naissance. Une seule fin : la mort. Et entre deux: le brouillard.

 

Quelqu'un nous quitte aujourd’hui. On lui souhaite bien évidemment de ne pas se perdre. Et de lui rappeler que dans le brouillard et les tempêtes, n’est utile que la lumière des phares. Droit et fidèle.

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21/03/2011

Le vrai outrage, c'est l'opportunisme!

Jacques-Dutronc.jpgBillet d'humeur, Radio Cité Genève, 21 mars 2011

La vie est étonnante.

En l’espace de quelques semaines, le monde vient de se rendre compte que petit a : Mouammar Kadhafi était un horrible dictateur, petit b : que la Tunisie n’était pas seulement une fantastique destination de voyage pour toute la famille (Ah Djerba la Douce!), et petit c : que oui, le nucléaire pouvait être dangereux. Ce qui est encore plus fascinant, c’est le nombre de personnes qui retournent leurs vestes, et les autres qui s’épanchent dans des ‘’si j’avais su’’, l’air crétin et la mine déconfite.

Cela fait maintenant des années qu’on nous encourage à éteindre nos appareils lorsqu’ils sont en veille, d’échanger nos vieilles ampoules ‘’standard’’ contre des ‘’économiques’’, ou enfin qu’on incite la population à réduire la température de son logement de quelques degrés. Et étrangement, qui parmi nous, s’est effectivement distingué en réalisant ces quelques conseils ? Pas beaucoup.

De l’autre côté, les 96% de femmes excisées en Egypte n’ont jamais empêché les vacanciers de se bronzer les fesses sur les plages de Charm el-Cheikh, le Club Med continue à offrir des nuits imbattables à 114 francs pour ‘‘vivre en famille des vacances chaleureuses, colorées et pleinement reposantes’’. Enfin, l’ex Président du Conseil d’Etat genevois, François Longchamp, nous rappelait, encore l’année dernière, à quel point Mouammar Kadhafi risquait d’être outré en apparaissant sur une affiche du MCG.

C’est vrai, pour sa défense, les journalistes ne se sont pas empressés de le questionner, à savoir s’il avait des remords, s’il avait su, aurait-il agi autrement ? Pas facile non plus de le joindre, puisque l’activité du gouvernement genevois se limite désormais à inaugurer des forêts, ou annoncer l’ouverture de la pêche. Je dois l’avouer aujourd’hui et c’est douloureux : Michelle Künzler est peut-être la Conseillère d’Etat la plus active, ces derniers mois. Les autres étant morts, et Isabel Rochat faisant appel à des experts zürichois et à la population pour réformer sa police.

Ce qui est amusant, c’est de constater comment le sociologue et ancien Conseiller National socialiste Jean Ziegler est beaucoup moins proche de Kadhafi qu’autrefois. Ce qui est divertissant, c’est d’admirer le plus beauf des intellectuels français, Bernard-Henri Lévy poser devant les photographes en complet Hugo Boss et chemise ouverte, pas sur son torse poilu, mais sur un champ de ruines à Benghazi. Ce qui est égayant, c’est de constater que 87% des Suisses disent vouloir sortir du nucléaire.

Je vous le disais, le monde est fascinant. En tous les cas: rien de mieux qu’une catastrophe nucléaire, quelques vilains dictateurs et un tsunami pour nous faire oublier un peu notre quotidien, mais surtout de nous remémorer que le monde est rempli d’opportunistes.

Mais rassurez-vous. Dans six mois, on aura vite oublié tout ça; le nucléaire, les sushis empoisonnés et les dictatures. Pour reprendre tous, le cours normal de sa propre vie.

 

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19/03/2011

A quoi bon digérer quand on peut avaler

sexy-lips.jpgPolaroïd 15 : 59

Là où ils se battent contre les nuages, les hausses brutales de températures, d’autres creusent des tranchées, histoire d’éviter des chutes aléatoires d’objets massifs. Là où les ‘’je vous avais prévenu’’ sont expulsés par des bouches finalement ravies que la réalité les conforte, d’autres se parent du linceul de l’honnêteté. ‘’Je suis fidèle, moi, Monsieur’’ déclare-t-il en caressant de l’œil, la traînée infréquentable.

Ce qu’il y a de plus beau dans la guerre, ce sont finalement les vainqueurs. Qu’importe les dommages collatéraux, les victimes, les morts. 22'000 ici vaudront toujours plus que 225'000 ailleurs. Qu’importe les enjeux et leurs valeurs, tout est bon tant qu’on parle de moi.

La rétine collée à l’écran, ou son postérieur au siège, les âmes ne se nourrissent que par la reconnaissance de leur propre existence. Donnez-moi une raison ! Donnez-moi un but ! Dites-moi que tout cela n’est pas vain.

A quoi bon digérer quand on peut avaler ?

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17/03/2011

La fidélité et l’opportunisme

page1-390px-Haget_-_Maladie_du_coït.djvu.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 17 mars 2011

La fidélité et l’opportunisme.

Les deux termes ne sont pas stricto sensu antinomiques. On peut parfaitement ne désirer que le même corps, tout en variant les positions, pour seule et unique condition qu’elle satisfasse notre propre personne. Vous avouerez Mesdames, que votre compagnon a beau vous satisfaire, c’est sans doute dans le but de se satisfaire lui-même, un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre.

L’actualité nous donne de bonnes raisons de croire que l’opportunisme est revenu à la mode.

Prenez pour exemple, la catastrophe nucléaire japonaise. Il aura suffi de quelques radiations et d’une seule dizaine de milliers de morts pour que Doris Leuthard ordonne un moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires. Comme s’il suffisait d’un événement, certes tragique, pour que les consciences s’éveillent.

‘’Facile’’ me direz-vous. Prenez une bonne demi-douzaine de femmes en burka, ajoutez-y un peu d’UDC, quelques médias, et Jean Romain, député au Grand Conseil, vous pond un texte sur l’interdiction du costume religieux sur la voie publique.

On aurait presque envie de rajouter: espérons que des jeunes filles ou garçons prépubères se fassent un peu caressées par un type rencontré sur internet, pour que Berne n’ordonne la création d’une véritable task-force du web.

L’exemple peut être dupliqué à l’infini. L’homme politique sert le citoyen, et le citoyen réagit à l’actualité. Sans compter que le mandat de la bête est à durée limitée, il se peut bien qu’il décide de pencher pour un dossier, mois épineux qu’un autre.

L’opportunisme, est parfois plus éthéré.

La Gauche qui s’offusque des relations contre nature entre les libéraux et l’UDC. La Droite qui fustige la Gauche de s’acoquiner avec son extrémité. Le MCG qui tire à gauche et à droite tout en prétendant n’être ni sodomite ni homosexuel, tout au plus libertin. Nuance.

Enfin le parti Démocrate Chrétien, ou plutôt celui qui l’incarne sur les bus, à la télé, ou sur un badge qui déclarait que ‘’s’allier à l’UDC n’était pas un dogme inébranlable’’ pour des ‘’raisons mathématiques’’… pour ajouter un peu plus tard ‘’qu'il écartait d’emblée toute idée d'alliance de circonstance avec l'UDC’’. C’est vrai, pour sa défense, que seuls les idiots ne changent pas d’avis.

En clair, tout le monde fricote avec tout le monde. Mais se transforme un vierge effarouchée lorsque les autres se rendent coupable du plus grand des péchés : le coït.

Vous me ferez remarquer et vous aurez raison, qu’il n’y a nulle trace de fidélité dans cet exposé.

Et bien, je vais vous le dire. La vrai fidélité : c’est celle de ses amis, qui après avoir constaté à quel point vous étiez opportunistes, le sont toujours.

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02/03/2011

L'épiderme dans les urnes

the-fearless-vampire-killers-roman-polanski-and-ja1.jpgLa sécurité.

Ils n’ont que ce mot aux lèvres. Des lèvres bleues, en cause: œsophages bouchés et bouches dégoulinantes. C’est vrai, le met est plus salivant, les papilles seront sans doute brutalisées par si peu de parfums. La respiration se fera sibilante, jamais on aura autant vu de difficiles déglutitions en bas de chez soi. Ici et là. A Onex ou à Chêne-Bourg.

La sécurité. Celle de vos enfants et de nos grands-mères, celle de la blanche pâleur de votre peau et de notre porte-monnaie. La sécurité de son emploi, la sécurité routière, la sécurité sur le net, la sécurité des parkings et des étrangers qui commettent des crimes.

La sécurité sous surveillance, l’arme à domicile. Le casque à vélos, et des policiers visibles.

On aurait espéré, dans cette tumulte, jouir de quelques notes de musique, elle ne seront que de comportement. Florence Kraft-Babel ne reprendra pas le département de Pierre Maudet.

L’insécurité, objective ou pas, est un animal à l’appétit vorace mais aussi source des plus beaux cauchemars. Transformant tour à tour, des parkings en abattoir et des veines en égouttoir.

Alors je rêve, je rêve parfois de donner la parole à ceux qui ne rebroussent pas chemin lorsque les néons crépitent, ou lorsque la lumière se fait rare, à ceux qui ne tournent pas les talons ou changent de trottoir lorsque l’individu ou la rue se font noirs.

Je rêve de voyages sans autorisations, de désirs sans fuites et des urnes sans peur. Les encouragements aux interdictions, les explications aux sentiments.

Ne serait-ce que pour rappeler que la sécurité comme objectif, nous a merveilleusement ôté d'un peu de cette précieuse liberté. Et que c'est le coeur qui vote, c'est la chair. Pas l'intellect.

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21/02/2011

Et si Sisyphe avait été condamné à transporter du vent

original.jpgFinalement, il faut bien s’occuper.

C’est l’éternel mythe de Sisyphe. Remplir sa journée, avoir des choses à dire ou à faire, des rêves à réaliser, des ambitions à voir s’accomplir, du sens à donner à tout ça. Tout ça, c’est la vie.

On l’apprend déjà tout petit : ‘’ce fantastique cadeau qu’est la naissance’’. Rien qu’à voir toutes ces jeunes mères dopées aux hormones, on comprend pourquoi l’envie est si forte, et la nausée inéluctable.

On entend parfois quelques gémissements, de ceux qui n’auraient jamais voulu n’être. Rien de grave, ils finissent tôt ou tard à quitter le chemin en route. C’est bien dommage de les traiter de ‘’lâches’’, on devrait au moins leur accorder le mérite d’avoir tranché, toujours plus honorable que de combler des trous avec du vide.

Pour leur défense, c’est vrai, ceux qui restent, parfois, s’attablent à s’élever. Certains construirons des réacteurs à pression sécurisé, d’autres à espérer que leurs enfants ne seront pas ouvriers, l’un ne vibrera que par la puissance des mots, l’autre par la satisfaction de voir sa maison surgir de terre, l’une ne rêvera que d’un 95 D comme seule accomplissement d’une féminité qu’elle n’aura jamais reçu, l’autre d’un bout de poulet, même en décomposition, ça pourrait toujours servir. Vous avez raison, la dépression est un problème d’enfants gâtés.

C’est un travail quotidien et un jeu hautement hilarant que de deviner ce qui meut, pousse ou tire les gens vers demain. C’est surtout l’une des seules enquêtes qui mérite d’être menée.

Si je vous parle de cela aujourd’hui, c’est parce que j’ai l’impression, parfois, d’être submergé par le monde.

Englouti par Sandrine Salerno qui déclare dans la brochure que nous avons reçu en vue des municipales 2011, que sa place préférée, est la place des Nations, parce qu’elle ‘’réunit à la fois, la Genève locale et la Genève internationale’’. J'attends avec impatience de l'y voir, profitant de la vue pour déguster un sandwich, mal assis sur un banc bétonné.

Noyé également dans les échanges verbaux entre Isabel Rochat et ses policiers. Entre la grogne des uns et la morale des autres, parsemés des commentaires ‘’bien-pensant’’ de Peter Rothenbühler, ancien rédacteur en chef du Matin. Qu’on nous apporte des chiffres, des desideratas, et des rasoirs afin que l’on cesse enfin de dire n’importe quoi, et surtout de faire parler n’importe qui.

Fatigué de la guerre que mène tous les partis ou presque dans les municipales 2011. Presque étant les Verts libéraux. Marre d’entendre les chiffres de financement de campagnes, les centaines de communiqués du MCG, les candidats qui s’expriment sur tout : le logement, la sécurité, les EMS, les handicapés, la culture, le théâtre, la mucoviscidose et le club d’échec de Prégny-Chambésy.

Raz-le-bol des experts qui s’expriment sur l’Egypte et la Libye alors qu’ils n’y ont pas foutu les pieds ces dix dernières années. Incompréhension de lire encore, que le Diocèse serait coupable d’avoir ‘’livré en pâture le prêtre carougeois’’ alors que c’est la TSR, me semble-t-il, qui a permis d’obtenir le nom du dit ‘’suspect-coupable-présumé-innocent’’.

Saturation des opinions, des commentaires, des critiques, et surtout de moi-même. Ne restera qu’à Sisyphe l’honneur d’avoir déjoué Thanatos. Finalement, c’est vrai. Il faut bien s’occuper.

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18/02/2011

Le mur [accessoirement des lamentations]

fr_TheWallOriginal.jpgPolaroïd 21 : 29

Comme des chiens. Acharnés à coller des étiquettes. La salive, ils en ont. Les journalistes sont tous de gauche, et dès qu’ils [les autres] sentent l’envie de s’afficher de droite, on crie à la suintante objectivité. Dès que l’on parle, ne serait-ce, que d’une ‘’plate-forme’’ de droite, le mot ‘’populiste’’ dégouline sur leurs lèvres. Le Courrier n’est-il pas un journal de gauche ? Oui merci, et c’est tant mieux ! Les policiers ? Des enfants gâtés.’’ Regardez quels sont leurs avantages sociaux !’’ C’est un peu comme remettre en cause le ‘’sentiment’’ d’insécurité sous prétexte qu’il n’est qu’un sentiment.

Là ne sont pas les questions.

Battez-vous avec des arguments ! Eric Stauffer ment ? Dénoncez les chiffres ! L’UDC communique bien ? Faites-le mieux ! Sandrine Salerno fait de la place des Nations, son endroit ‘’fétiche’’ ? Dites-lui que vous n’y organiserez même pas un ‘’sitting’’ ! Les policiers sont privilégiés ? Démontrez le contraire !

Soyez plus malins. Mais de grâce, arrêtez les lamentations.

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29/01/2011

L'handicap ''bouche-trou''

fauteuil_handicap.jpgPolaroïd 01 : 12

Il n’est pas très beau, mais à l’avantage de faire croire aux masses décérébrées qu’il est amoureux. L’est-il ? Je l’espère. Là, n’est pas l’intérêt.

Il s’appelle Chris Medina, il est candidat d’American Idol, l’équivalent de la Nouvelle Star française.

Le jury ? Jennifer Lopez, Steven Tyler leader d’Aerosmith, Randy Jackson, et Jimmy Lovine. Un casting à l’américaine : on représentera tous les ‘’genres’’. Une latino (une minorité), une vieille star blanche du rock ridée (une minorité), un black ‘’bassiste-producteur-chanteur-people’’ (une minorité), et un directeur de label (Interscope-Geffen) botoxé (moins mais toujours minoritaire).

C’est le jour de gloire de Chris. Le jury lui demandera, au détriment de la volonté de la production bien sûr, s’il est marié. Il répondra : fiancé. Bien sûr. Sa fiancée ? Victime d’une blessure cérébrale. Son nom : Juliana Ramos. Diagnostic : paralysée, toujours à l’insu de la production. Lui chante bien, enfin, comme n’importe qui, qui ne chante pas faux. Elle ne chante plus. Mais on s’en fout. Il fera exploser l’audimat. Vérification faite de la part de la production, il ne chante pas faux, le jury, bien évidemment non-averti, devrait réagir.

La minorité hispanique, demandera innocemment, bien sûr, après l’audition de la pauvre marionnette, Chris, si le jury peut rencontrer sa fiancée. Une source d’autant d’inspiration ne peut pas passer inaperçu. Bien sûr, la dite fiancée est toujours invalide et paralysée. Les voix n’auront pas réussi à lever les invalides.

Dommage. Dommage pour lui, qui ne remportera pas le trophée. Dommage pour elle qui ne retrouvera pas, ni ses jambes, ni sa langue. Quant au téléspectateur, il pourra se dire qu’il a assisté à ‘’un moment de grâce’’, qu’il a versé une larme, ou ‘’qu’il y a pire ailleurs’’. L’un deux versera 10$ à une association d’handicapés, l’autre fera l’amour. L’un verra sa soirée télévisuelle ‘’bien remplie’’, l’autre se dira que Chris est un chic type.

Mais dans le fond. On s’en fout. De lui, de ça, de ‘’eux’’, des bons sentiments, de l’espoir, des gens, des douleurs et même de la télé qui ment.

Dans le fond. On s’en fout. Tout court. Tant que la palpitation de la pompe aortique remplisse son mandat : gaver.

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22/01/2011

Le phacochère

Phacochere.jpgLe phacochère.

Un miroir poudré comme seul reflet de leur propre vanité. Les phacochères humides.

Le crépitement des flashs, le tintement des coupes, l’existence dans l’instant. Ephémères créatures des projecteurs, noyées dans la lumière blafarde d’un faisceau. Elle est à droite ? J’accours. A gauche, m’y voici !

Les mâchoires se tendent et ne se relâcheront pas. Fragiles muscles contractés, l’animal ne s’élancera pas. Il saute les sujets, pas les obstacles. Qu’importe la cible tant que le gibier se noie dans son sang. Pas le sien, même s’il s’adonne parfois à laper la lame.

On le suspectera de mourir de ses propres défenses, perforant la chair. Il ne la donnera pas à une prostituée, il en est déjà une.

On ne lui en veut pas. On le plaint.

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19/01/2011

Eux. Lui.

Smal.jpgA ceux qui n’ont jamais brillé.

Ils sont pourtant là, visages anonymes porteurs d’histoire, d’Histoire avec un grand ‘’H’’ ou d’histoires au pluriel. Ils n’auront jamais cherché la gloire, parce que la Nature les aura oubliés, recalés au premier examen, taille réelle, qu’est l’expulsion. Même le premier cri aura été répugnant.

Alors que d’autres s’incendient sur une ampoule un peu trop incandescente, d’autres se réfugient dans l’obscurité. La lumière aurait, de toute façon, fini par inéluctablement les brûler.

Au vol, ils s’efforcent de ramper. Aux rires, ils répondent par un baissement de tête. Jamais leurs yeux n’auront autant fixé le sol, des chaussures et des lacets mal attachés. Même la tâche qui consiste à nouer des fils, se conclura par un râté.

Parmi eux. Lui. Une petite vie anonyme. Un visage sans figure, ou l’inverse, mais cela n’a plus aucune importance. ‘’Sois déjà content d’avoir un travail’’ se dit-il parfois, le matin au réveil devant son bol de café instantané. Comme sa vie. Instantanée. Il aimerait que toute aille plus vite, tout en étant bien incapable de se projeter un peu plus loin. Il se dit parfois qu’il aurait préféré ne jamais être, l’idée ne subsiste jamais bien longtemps.On lui dit qu’il est une erreur. Il ne le prend pas mal, il partage même leurs ricanements, ce n’est que le seul rire qu’il peut partager, même si c’est à son insu.

Sa passion, c’est les vieilles comédies musicales. Il chante comme un pied, mais cela, il s’en fout. On ne lui volera jamais ça. Il hésite entre Gene Kelly et Fred Astaire. Il s’essaie à la danse, mais ses propres pieds ne suivent pas toujours. ‘’Pas grave’’ se dit-il, tournoyer lui suffit à atteindre le vertige. Ce ne sera pas celui de l’amour. Il aime les artistes complets, ‘’ceux qui savaient tout faire’’ à ceux qui n’ont rien à vendre, sauf ce qui leur reste, c’est-à-dire presque rien. Etrange réflexion de celui qui, lui aussi, n’aura reçu au final que des miettes. Parfois, il s’amuse à répondre à Pasty Barton, donner la réplique à Lorelei Lee, et à échanger des baisers à Honey Hale. Sa vie est là : ailleurs.

On dit de lui que sa santé est fragile. Aux regards compassionnels, il préfère l’analyse méthodique des glaciaux globes oculaires médicaux. C’est peut-être pour cette raison qu’il adore autant se rendre chez le médecin. Il finira sûrement par réussir un jour, ce à quoi il a toujours aspiré. Il aurait souhaité avaler tout plus vite, ses poumons finiront par le lâcher, eux aussi.

On économisera sur l’épitaphe, remplacera l’orme par du pin massif, ‘’premier choix’’ diront les pompes funèbres. Ouf de soulagement, il aura échappé à l’aggloméré 18 millimètres.

Une vieille dame continuera d’entretenir la sépulture, un chat sauvage et des jeunes fumeurs de joint en guise de derniers amis. L’entretien ne durera pas longtemps, elle aussi, finira par avoir mal au dos.

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