16/05/2012

Les diagonales

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Je tire des diagonales alors que d'autres tirent des droites à l'équerre. Mes phrases se concluent par des "peut-être" lorsque les autres aboutissent par des "sûrement". A l'inverse, ils s'abreuvent des odeurs alors que je lèche les mots, souvent amers mais souvent justes.

Je préfère ma femme aux autres, lorsque d'autres choisissent le désir parce qu'il est plus facile de ravaler sa salive que sa langue. A réveiller mes propres sens plus que se vautrer sur des corps inanimés, je préfère nager que me noyer. Je suis, je suis, je suis. Il l'est.

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04/05/2012

J'ai pensé à elle

pic.jpgPolaroïd 00 : 00

J'ai pensé à elle. Au fond de teint qui coule et au mascara qui déborde. Aux cheveux désordonnés et aux mots insufflés avec pudeur. J'ai pensé à la retenue, à la pudeur et aux gestes manqués. J'ai pensé à son sourire béat sur la plage, sur un vélo ou un tracteur et aux messages désordonnés. A l'insistance des virgules et la pesanteur des mots, aux fautes grammaticales reprochées en échange de contenu trop épidermique.

Aux silences soutenus, aux vérités avalées et aux protections linguistiques. A cette façon si particulière de nier, de mentir parfois et de se taire souvent. Aux moments, à l'instant si infâme parce qu'éphémère. Aux jeux, à la honte et aux masques.

J'ai pensé aux dîners ratés, aux ambitions coupées, aux soirées noyées dans l'ennui. A la jouissance des absurdités et du désir. N'ai-je pas souri alors? Peut-être. Un regret. Certainement.

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01/05/2012

Dopplegänger

pic.jpgPolaroïd 00 : 23

Rares sont les moments de vérité. Fréquents sont les instants où, enfouis sous les larmes ou les centimètres de fond de teint, sous la soie ou la dentelle, sous les mots usés et les verbes écornés par l'habitude, ils s'adonnent à la trahison. Qu'elle soit d'épiderme, de lexique ou de gestes. Le moment est précieux, surtout qu'il sera nié. Si rapidement. Enfin! Une faiblesse sur un tapis de mensonge cristallin. Enfin un évitement, une faille, une rature. Contre tout ce qu'ils prétendent, s'épanchant dans la honte vite oubliée.

Sa main droite sur sa taille: "Je t'emmène voir un documentaire". Sa main gauche ailleurs. L'inverse étant tout aussi vrai. Son regard là-bas alors que son corps dit ici. Celui-là même qui se ferme alors qu'il se prétend proche. Les exemples ne manquent pas. Les trahisons sont si délicieuses lorsqu'elles s'attrapent. Il fuit et bat retraite, alors qu'elle évite et esquive.

Le jeu est si délicieux. Mais terriblement ennuyant. Presque? C'est bien cela le pire. De se dire qu'on leur ressemble.

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24/04/2012

Le dos tourné

pic.jpgPolaroïd 00 : 30

Comment ne pas les apprécier ces gens-là. Ces gueules d'apôtres qui ne font rien de leur dix doigts, les autres dont l'oeil divague à chaque apparence sociale se saoulant avec du mauvais vin. Les amoureux du verbe ciselé et des mots assassinants. Boris Vian? J'aime. Woody? J'adore. Dior? Aussi.

Comment ne pas aimer leur sourire si peroxydé, leur main amicale sur votre dos courbé, les clins d'oeil à la sortie d'un ascenseur. Avec eux, même le crachat semble délicieusement liquoreux, avalé dans un dégurgitant mouvement de langue. Le tutoiement? Une marque indélébile d'affection. Celle que l'on chérit, que l'on garde précieusement. L'air nigaud ou hagard, le sourire niais de découvrir enfin que l'on puisse nous apprécier.

Préférer le piédestal aux catacombes, la lumière éphémère aux néons moites et scintillants de l'incertitude. Même les humides échanges du petit matin vous attendrissent, sous prétexte qu'il se peut qu'on se soit trompé. Même paresseux, tant qu'elle semble avoir pris plaisir.

Tout est bon le dos tourné. Même elle. Même lui. Même eux. Posture délicieuse lorsque l'autre se retourne aussi. Ce moment de grâce lorsque les pupilles s'entrechoquent, laissant place à une subite aridité des glandes salivaires. Lorsque les mots, ainsi cryogénisés dans des gorges étroites laissent le silence parler de lui-même. Ce devrait être le succès de la justice alors que ce n'est que la victoire du rien. Parce qu'ils ne changeront pas.

Ils continueront, le dos tourné à coller leur épiderme poisseux au votre. Si ce n'est que ce ne sera pas alors votre dos qui leur sera présenté. Non.

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13/04/2012

L'épiderme ment rarement

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On ne lave jamais son linge sale en public. C'est pourtant ce qu'on nous a toujours appris. Dieu sait si le conseil était avisé. Il le sait. Il était avisé. Dieu sait si on ne le croit pas.

Aujourd'hui, on s'en fout. On nettoie, on karchérise, on lave, on venge, on conspue. C'est bien pratique l'anonymat, c'est bien pratique les réseaux sociaux et les sms. Quitte à se taire lorsqu'il faut parler, quitte à changer de trottoir, quitte à faire appel au regard fuyant ou aux messages sibyllins. Serait-ce une erreur de penser qu'il ne s'agit que d'un manque de courage? Les relations ont-elles muté à ce point?

On aime les images, on désire les représentations, on salive sur des images d'Epinal, on bute sur les défauts ou des vilains problèmes de peau. Les fautes sont des gouffres, les faux-pas des erreurs. Une chose est sûre, les représentations numériques sont des mensonges.

Qu'importe, ce n'est amplement pas suffisant pour s'inviter à un échange de substance caféiné. Pas plus pour une communication verbale. C'est tellement facile la haine numérique. C'est tellement facile le lynchage numérique. C'est tellement facile les échanges laconiques qui se transmettent en bits.

C'est surtout tellement navrant lorsqu'il s'agit de se mélanger. L'épiderme ment rarement. Ceci dit, qu'est-ce qu'on en a à faire, lorsqu'il existe des sites pour cela?

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09/04/2012

La corde

56859657.jpgPolaroïd 02 : 00

Elle ne regarde que l'essentiel, parce qu'elle l'a dans la peau. "C'est l'apanage des abandonnées", devrait-elle se dire. Elle s'en défend pourtant. Avec véhémence, convaincant l'assemblée, la horde. Alignés comme des moutons attendant l'abattoir, ils s'avisent à imaginer, alors qu'elle manie déjà la faux. Ongles manucurées rouge Dior, et politesse rive gauche lointaine. Elle préfère les charnelles odeurs aux acerbes effluves synthétiques.

On devrait lui reprocher l'utilisation de sa féminité exacerbée, elle s'en fout. Elle veut de la réactivité épidermique, de l'inconscience amoureuse, pestant avec vigueur contre la langue, les mots, les concepts. Elle suinte lorsque les autres retiennent. Délivre quand d'autres gardent, lâche quand il faudrait serrer.

La corde, ce n'est pas sur le cou des autres qu'elle l'enroule.

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05/04/2012

Pourquoi faire, déjà?

pic.jpgPolaroïd 23 : 59

Ses lèvres empourprées semblent trop souvent s'accrocher à la pellicule invisible qui recouvrent ses cigarettes. Les quelque esprits encore lucides qui se cachent derrière des volutes de fumée disent souvent qu'elle a trop aimé la vie. La vie lui est poisseuse. Et elle a su riposter. La vie. Pas elle, elle est bien trop bête.

Des cratères violacés, des gerçures aux allures de cicatrices quand elle aimerait que ce soit des rides. Mais les rides, elle ne les compte pas en plaisir, elle les comptent en échec. Les mélodies n'apparaissent qu'à son esprit, c'est une autre mélopée qui résonne dans son corps. Pas même celle de la haine, de la revanche ou de la douleur. Celle de l'ignorance, celle du vide, celle de l'habitude. Là où on s'acharne à trouver des explications, il n'y a que de l'incompréhension. Là où l'on s'attelle à creuser, on continue à creuser. Là où l'on cherche des causes, on ne trouve que des vides.

Lorsque les échanges se limitèrent à des mots d'une banalité culpabilisante, ils finirent pas se transformer par des regards faussement complices. Jusqu'au jour, où les phonèmes et les mouvements du muscle droit supérieur d'un oeil gauche s'éteignirent.

Et vint le jour où l'on changea de trottoir. Sans un remords, ni un souvenir. "Pourquoi faire, déjà?"

 

It's hard to explain

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31/03/2012

La répulsion

900_repulsion_3x.jpgPolaroïd XX : XX

Qu'elle est suave cette haine-là. La salivante qui ne naît de rien, d'une perception désagréable, d'une épidermo-incompatibilité. A croire que les gènes s'insupportent. Lorsque même cette odeur (un gel douche Axe ou un vieux Guerlain) expulse les aliments, pourtant fortement agréablement ingurgités vers l'oesophage. L'aversion du rien, l'antipathie du tout.

Les essais itératifs de relative amitié se soldent par des syncopes vaso-vagales, les mots échangés par des incompréhensions, des tentatives par des ratages. On a beau se dire au fond, là, quelque part, qu'il n'est pas si laid. Rien n'y fait.

Même le rouge des lèvres ainsi humectées est repoussant, même l'extrême maigreur du bout de tissu pousse à l'évacuation de toute velléité de désir. Alors qu'on devrait succomber aux essais répétés, on ne fait que faillir à ce sentiment. La répulsion.

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18/03/2012

L'absurdité

6a00d8345195a769e20133f5e47631970b-800wi.jpgPolaroïd 00 : 04

Ils regardent l'horizon comme nuls autres. L'immuabilité paradoxalement désirée et réconfortante mais toujours autant haïe. Chaque parallélisme des aiguilles se fait rassurant,  comme si chaque heure qui s'écoule est une victoire sur la vie. Oui mais surtout sur l'oubli. C'est toujours une de plus. Ces gens-là se sentent, suintent et s'aiment. A en crever.

C'est la fébrilité incarnée, tantôt dure, tantôt mièvre. Leur faillibilité les rend irrésistibles, paradoxalement terriblement attirants dans leur rassurante certitude. L'aptitude à toujours refermer leurs mains sur des sacs de sable troués est lourde. Et l'ingurgitation sporadique de Xanax devient pénible. Surtout à force de suivre leurs lèvres répéter incantatoirement qu'ils sont "comme tout le monde".

Chaque jour qui s'écoule semble être une victoire sur la fatalité, celle qui les a assez défiés avec une impudence de façon somme toute relativement effrontée. Ô trois fois rien. Des cellules qui se multiplient, une vilaine peau, des spasmolytiques inefficaces, une inattention malheureuse ou une chute inopinée. Le hasard devrait les intéresser, mais ont de la peine à se faire à l'absurdité. Surtout quand elle se relativise.

C'est vrai qu'elle est crétine, l'absurdité. Pure, limpide, glaciale. On voudrait s'en débarrasser, mais qu'est-ce qu'elle colle. Comme fixer l’horizon. En pensant que.

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04/03/2012

Down the hills

pic.jpgPolaroïd 22 : 10

Je m'amusais à regarder sa main tremblante tirer sur une cigarette. Ce devait être une gauloise ou une brunette, même si la certitude est absente aujourd'hui. J'aimais par-dessus tout ses yeux. Doux et frondeurs de ceux pour qui les secondes n'effacent rien. Ni n'endolorissent. Le verbe était souvent irrévérencieux, les idées violentes. De fulgurantes envolées qui s'éteignaient au détour d'un café. "Avec plaisir", répondait-il à 7h12 du matin. Il le pensait.

Il détonnait par sa taille, étonnait par sa courbure d'échine. Une gueule. Une tronche.

Je me sens un peu con aujourd'hui. D'avoir appris à faire avec. Et de quotidiennement oublier l'essentiel parce que c'est ainsi supportable. Tout ça.

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27/02/2012

Si c'est sûrement l'échec du doute, c'est surtout l'échec du silence

pic.jpgPolaroïd 23 : 17

C'est la grande messe humaine. Les bras se lèvent et les mains s'effleurent. Les corps et les langues se sont mélangés pour le meilleur comme pour le pire. L'abattage, disent aujourd'hui certains. Les mêmes qui n'auront jamais daigné prendre les armes et les autres qui vous le rappellent vivement. J'aimerais croire que c'est la victoire de quelque chose, alors que ce n'est que le reflet d'une autre: la copulation. Ultime et incestueuse comme le veut tout rapport entre membres de la même espèce. Celles de toutes les opinions, de toutes les rumeurs générées par un vieux fantasme de cabinet. Pire encore, c'est la suprématie des commentaires, véritables machines à bave, mais véridique exutoire, à remplacer les prostituées comme soupape sociale.

La consécration du 2.0. et des blogs, des groupes formés sur les réseaux sociaux. Les réseaux de soutien, de haine et ceux d'humour. Animés par ceux qui semblent plus intéressés par le clic, par le nombre d'adresses IP et le nombre de gloses que par les actes. Ceux qui vous insultent au lieu d'agir. Ceux qui hurlent à la sacro sainte morale alors qu'ils n'arrivent ni à expulser des syllabes ni des lignes. De trams, de prose ou d'autres. Qu'ils m'insultent ni changent rien. Ils disent. Je fais. Aussi mais surtout.

Ils avouent ne pas juger, mais parlent tous. Pire encore, ils ont des opinions. Qui ne valent que ce qu'elles dénotent. Une opinion. Celle qui devrait rester au comptoir ou prendre corps dans l'action.

En fait, si c'est sûrement l'échec du doute, c'est surtout l'échec du silence. En attestent ces présentes lignes.

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22/02/2012

De l'un ou l'autre

pic-2.jpgPolaroïd 01 : 29

Dans la certitude, il est roi. Vil démiurge, horrible bourgeois, il se lape tout en se prélassant d'un reflet confortable: celui du faiseur d'opinions et de la droite toute tracée. Les résistances sont faibles, à la hauteur de ses apparitions, calculées et chirurgicales. L'opposition doit être radiée, sur le champ. Le peloton, d'exécution cela va de soit, est encore pluriel. Les chétifs impertinents sont giflés de la main droite, la chevalière ostracisant le reste des irascibles de la gauche.

La résistance lui est insupportable. Il ne manquera pas de cacher l'éruption cutanée ainsi suscitée par des onguents, l'irritation épidermique par des crèmes. Omniscient, il liquéfie les verbes, essouffle l'adjectif et aspire les noms, les recrachant par d'autres. Prêt à mourir pour une conviction, la bête n'hésite pas à avaler sa propre salive pour s'hydrater.

Frontale, l'issue du duel est connue. La mort. De l'un ou de l'autre. En ce sens, il est fatalement attractif, mais terriblement déprimant. Parce qu'il est prêt à tout sacrifier. C'est ce qui différencie le morne père de famille du vigoureux combattant célibataire. L'un est seul.

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19/02/2012

Bref, elle est partie

pic.jpgPolaroïd 23 : 31

"Elle est partie", a-t-il susurré cette après-midi, le regard oblique, tout en se resservant un verre de Talisker millésimé. Il était 13H27. "Une histoire comme des millions d'autres", a lancé un ami pour le rassurer. Il se trompait. La douleur ne se compare pas, ni ne se dilue avec les siennes. Il s'est ensuite tu quelques minutes épiant son image déformée par le reflet ambré que lui renvoyait la précieuse substance, tout en répétant à échéance régulière que ce n'était pas grave.

Rien d'important. Le désir. Oui mais d'un autre. Qu'importe la manière de lui dire, il fallait partir. Quitte à mentir. Un tout petit peu, parce que c'est foutrement difficile à dire, la vérité. "Et puis, on s'habitue à l'abandon", rassura le même ami désabusé. S'habituer? On peut. Ne pas s'attacher, contrôler les doses de morphine à délivrer quotidiennement, ne jamais lâcher un seul centimètre carré de terrain, ne pas céder. La confrontation. Celle qui ne mène à rien, lorsqu'il n'y a aucun trophée à gagner. Autant s'étaler sur des poupées.

Ne lui reste aujourd'hui que la haine. Demain, la lente cicatrisation chrétienne ou l'infâme relativité. Celle qui consiste à incantatoirement répéter "ce n'est pas grave". Celle qui consiste, en toute circonstance, à clore ses lèvres et retenir l'ouverture de ventricules. Ne serait-ce que pour ralentir leur putréfaction.

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07/02/2012

La ligne

medium_dialogue_de_la_ligne_8e925.jpgPolaroïd 00 : 59

C'est le réveil des bêtes. Suffit-il d'humer l'odeur de la dépouille pour faire un pas à gauche. Ou à droite. Un peu comme se brosser les dents. Certains meuvent la tête. D'autres la brosse. Un peu comme un capitaine qui rejoint la chaloupe au premier naufrage auprès d'un récif transalpin. Ce serait, en effet, terriblement bête de mourir avec les autres. L'instinct a bon dos lorsqu'il ne s'agit que de s'en sortir. Je rêve d'animaux qui se meurent avec les leurs. Pas ceux qui hurlent avec la meute, ni ceux qui se taisent avec la mêlée. Un attachement avec ceux qui s'écrasent contre les ampoules. Incandescentes cela va de soit. Les bornés, l'épiderme calcaire, l'attitude frontale. La ligne. Celle que je ne fais que croiser.

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03/02/2012

Se faire avoir

pic.jpgPolaroïd 00 : 30

Deux ou trois mots lancés en l'air comme un claquement de fouet. Quelques battements de cils. Un ton. Un brin de voix. Une remarque insolite. On n'est jamais autant séduit que par soi-même. La séduction est imparable, quand c'est l'autre qui s'auto-affectionne. C'est l'économie de la suffisance et de la performance. Suffit-il de livrer le colis, à la bonne destination. Suffit-il de faire germer la graine. Faire semblant? Un plus. Le mensonge du trou, le mensonge du manque, le mensonge du but et de la cible. Qu'importe l'autre, il faut avoir. Posséder est un peu léger. Aimer est une aberration. Aimer est une faiblesse non assumée. Qu'importe les morales, les formes vindicatives et les déclarations.

Et puis on se fait avoir.

Prévoir la porte de sortie, éviter les voies sans issues. La fébrilité est contrôlée, les faiblesses? Tuent. Lorsqu'il faut expulser des syllabes, on se tait tout autant, tétanisé par la peur de la faillibilité. Il faudrait dire, pourtant on se tait. Parce que terriblement rassurant. Aucune chance de se faire avoir. Mais surtout "aucune" tout court.

On aimerait se noyer dans la froide crudité, se pourlécher de l'imperfection pour enfin être nu. On aligne pourtant toujours les mots. Paravents utilitaires. Et lorsque l'on voudrait crier, ne sortent que des amalgames moelleux de phonèmes. Adipeux. Conformes au courage.

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