12/01/2011

Politiquement correct?

rebel-without-a-cause3.jpgEditorial Radio Cité, 12 janvier 2011

Le politiquement correct, c’est quoi ?

C’est en tous les cas ce que souhaite un peu plus Patrice Mugny, Conseiller Administratif de la Ville de Genève. Il s’exprimait hier matin, à peu près à la même heure, sur les ondes d’une radio de service public, ''gargantuesquement'' subventionnée, la RSR. Le magistrat en charge de la culture et sur le départ, a vivement déploré le sort réservé aux hommes politiques, notamment durant l’émission phare de la Schweizer Fernsehen Eins, l’émission Arena. Pour Patrice Mugny, les politiciens se font parfois, je cite, traiter ‘’comme de la merde’’.

A l’ancien rédacteur en chef du Courrier de prendre à parti, le journaliste Pascal Décaillet et le sociologue Uli Windisch, qu’il affuble du terme ‘’pseudo intellectuel’’. Il les accusent, de créer un ‘’autre politiquement correct’’ à force de critiquer justement le ‘’politiquement correct’’ dont on aurait l’habitude. En clair, le politiquement incorrect d’autrefois devient le politiquement correct d’aujourd’hui.

Loin de moi, l’idée, ne serait-ce qu’infime, de prendre la défense des uns ou de l’autre, les comptes se règlent dans l’intimité, et on la souhaite chaude.

Non. La question de savoir ce qui est politiquement correct ou pas, a ressurgi, pas plus tard qu’en novembre dernier, lorsque le peuple s’est prononcé sur une certaine initiative sur le renvoi des étrangers criminels.

A l’époque, deux sons de cloches ou d’appel à la prière avaient alors résonné : de l’un, il fallait respecter l’omnisciente volonté populaire, de l’autre, il fallait s’indigner. Pour certains, il était justement devenu ‘’politiquement très incorrect’’ de bafouer la démocratie en affirmant que le peuple, bien que souverain, était tout simplement, crétin. Pour les autres, il était devenu, au contraire, ‘’politiquement incorrect’’ d’affirmer que l’UDC avait démocratiquement remporté le scrutin. Vous l’aurez saisi, ce que l’on appelle le ‘’politiquement correct’’ est un point de vue duquel on se place, un curseur qui est souvent du côté de la majorité.

Hors la majorité, aujourd’hui, elle dérange, elle agace, elle suscite de l’urticaire, à en croire la réaction des vaincus du 28 novembre dernier. Aujourd’hui, le premier parti de Suisse, c’est l’UDC. Est-ce le parti politiquement correct d’aujourd’hui? Je n’en sais rien, le terme ‘’correct’’ est une valeur normative.

Retournons à nos moutons, très Cher Monsieur Mugny. Vous avez, bien évidemment, le droit de fustiger le traitement réservé aux hommes politiques, c’est vrai, le respect n’a pas d’âge et d’époque ; c’est vrai également, vous avez le droit de vous en prendre à ces journalistes qui gâchent le plaisir du travail acharné des notables qui en leur âmes et conscience consacrent, bien évidemment, leur vie à satisfaire le citoyen ; vous avez également le droit enfin, de ne lire ni les journaux, ni d’écouter la radio.

Je me permettrais juste de vous rappeler cette époque où vous aussi, vous étiez membre actif d’une certaine culture alternative, journaliste engagé, puis politicien de combat. Cette époque édénique où le politiquement incorrect vous semblait être une qualité. Cet éden que vous semblez avoir abandonné. Un peu comme un jeune acteur brûlant les planches pour exister, qui à force de côtoyer les étoiles aurait cessé de tourner les yeux vers le public et lui-même.

Le politiquement incorrect s'oublierait-il avec le pouvoir?

Le rideau s’est fermé. Votre dernière saynète avec. Bon vent à vous. Monsieur Mugny.

11/01/2011

Le Vert Libéral où l'art du travestisme

rocky-horror-tim-curry.jpgÉditorial Radio Cité Genève, le 11 janvier 2011

Allez, soyons courageux, l’année ne fait que commencer, le stock de vipérine n’est pas encore épuisé. En 2011, c’est promis : je me fais de nouveaux amis.

Les Verts Libéraux.

Les Verts Libéraux, où le parti du travestisme, du pole dance et du grand écart. Sauf qu’à la différence de Tony Curtis et de Jack Lemmon, ou encore de Tim Curry dans le Rocky Horror Picture Show, un cigare Montecristo a remplacé l’Absolu Rouge de Lancôme sur des lèvres ‘’non botoxées’’, on a troqué de filiformes talons aiguilles en vinyle noir contre des John Lobb en fausse peau de croco, écolo oblige, enfin touche finale : on évitera volontiers la mini-jupe et les bas résilles trouées aux cendres de cigarillos par un pantalon sobre, digne, et taillé sur mesure, libéral oblige.

Le Vert Libéral n’est pas bête, on dit de lui qu’il est même malin, astucieux, débrouillard, rusé mais surtout ‘’renard’’, du nom du célèbre mammifère carnivore au museau pointu et au pelage roux, ne s’étonnons pas donc si au Moyen-Âge, il fût habitué à fréquenter bûchers, arrachage de chair, écartèlement, pilori et autres carcans.

Le Vert Libéral aime la différence: bien trop ‘’smart’’ pour être vraiment écolo, bien trop ‘’clever’’ pour être libéral. Oui, le Vert Libéral est tendance, le Vert Libéral n’en a cure des critiques, le Vert Libéral est décomplexé, le Vert Libéral est enfin composé de 12 membres exactement au sein de sa section genevoise.

‘’C’est peu mais déjà un grand pas pour l’humanité’’ dira modestement son secrétaire ‘’généralissime’’, sur la terrasse de la Clémence, expulsant au passage des volutes de fumée tout en pianotant sur son IPad, fonctionnant à l’énergie solaire, cela va de soit, sa dernière réflexion sur le monde.

Le Vert Libéral s’engage. Contre le nucléaire, contre les déchets, pour une production agricole de proximité, il entend également dans le même temps, soutenir l’économie ‘’verte’’, favoriser une croissance économique dans le respect des ressources humaines et environnementales, enfin, il compte ‘’donner la primauté à la protection de l’environnement sur l’économie lorsque les conséquences négatives pour l’une et l’autre sont comparables’’.

En clair, sur ce dernier point : si les conséquences sont un peu négatives sur le plan écologique, mais terriblement positives sur le plan économique, son cœur penchera vers sa moitié libérale. A l’inverse, s’il peut sauver une famille de grenouilles au détriment de la construction d’un Spa sur la commune de Pregny-Chambésy, il se peut que son petit cœur passe au vert, surtout qu’il n’y habite pas.

Le stock de vipérine étant épuisé, je ne peux que refermer ce chapitre par une note positive.

C’est vrai, je suis de mauvaise foi. Je les attaque sur leur nombre (ridicule), sur leur position cavalière, à ridiculiser la présidente de l’UDC genevoise, sur cette façon de dire :

‘’-Regardez bien, ma sœur; 
Est-ce assez ? Dites-moi ; n'y suis-je point encore ?

- Nenni.

- M'y voici donc ? - Point du tout.

- M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point ‘’.

Je persifle, je peste contre ce nouveau parti. Comme si nul PDC ne pouvait être libéral, comme si nul UDC ne pouvait être humidement envieux d’être MCG, comme si nul socialiste n’avait rêvé, un jour, de se prélasser dans un triplex à la Pampa, comme si nul petit homme de l’ombre fantasmait d’être Conseiller d’Etat.

"La chétive pécore,
s'enfla si bien qu'elle creva.

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages:
tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs. Tout petit prince a des ambassadeurs. Tout marquis veut avoir des pages‘’.

Un peu comme un journaliste qui rêva, un jour, de faire de la politique, ou pas. Mais nous ne sommes pas à une contradiction près, n’est-ce pas ?

10/01/2011

Pas facile de nos jours de mettre fin à sa vie.

ours.jpgÉditorial Radio Cité, 10 janvier 2011

Tâche ô combien épineuse de nos jours que de mettre fin à sa vie. Selon un dernier sondage, 45% des suisses seraient favorables à l’initiative ‘’pour la protection face à la violence des armes’’. La mission qui consiste donc à disparaître risque de devenir encore plus ardue, tant bien même que le Conseil Fédéral et le Parlement nous invite à rejeter ce texte.

Attention, éloignez de votre poste de radio, les épicuriens, les amateurs de bon vin, les éternels amoureux de ces instants magiques qui rendent la vie précieuse, détournez également les enfants, qui n’ayant pas encore découvert l’infâme parcours qui les attendent, ne peuvent pas comprendre ce message, enfin dernière recommandation : écartez tout membre du PDC genevois, puisque les propos qui vont suivre n’arriveront pas, on le sait, à gâcher autant d’optimisme, de joie et de suintante mièvrerie des membres qui le composent.

En tant que vice-chancelier de l’ordre des suicidophiles, je me dois de prendre la parole aujourd’hui pour défendre notre cause : le droit à mourir à l’aide d’une arme à feu.

Vous allez me dire et vous aurez raison : il y a des millions d’autres façons de passer dans l’autre monde : pratiquer l’art de luge, attention la présence à proximité d’un fenil ou d’une grange est requise, vous pouvez vous travestir en copte et fêter la Saint-Sylvestre, vous pouvez aussi vous lancer dans la corrida, seul problème, votre empalement ne sera plus retransmis à la télévision espagnole, enfin vous pouvez également partir à la chasse, deux ou trois litres de goron s’occuperont du reste.

Et puis c’est vrai, cette initiative est des plus décourageantes. Il faudra désormais déposer son arme à l’arsenal. Au vu des problèmes de mobilité que connaît Genève, le prix du billet qui augmente, les zones à 30 km/h qui fleurissent un peu partout, pas facile, du tout, d’atteindre le dépôt d’armes dans les temps pour appuyer sur la gâchette. Imaginez tous ces suicidaires, bloqués dans les embouteillages, retenus dans un bus TPG empli d’odeurs corporels. Tout cela de quoi décourager et faire baisser, de la façon la plus éhontée, le taux de suicide dans notre pays.

Enfin le coût de cette initiative. Il faudra construire des bâtiments pour recueillir nos fass-90, nos Sig-Sauer et autres Remington. Il faudra également créer une base de données fédérale pour recenser nos précieux outils de travail. De l’argent qu’il va bien falloir trouver. Des millions de francs contre un enterrement à 12'000.-, ou des boîtes de Xanax à 169.-, vous avouerez que c’est donc rendre service à la société que de rejeter ce projet.

On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, disait un illustre humoriste.

En tous les cas, on peut rire de bon cœur et en chœur avec le Conseil fédéral et le Parlement. Ça, c’est une bonne nouvelle 2011. Même si nous, le rire, ce n’est vraiment pas notre tasse de thé. Empoisonnée, cela va de soit.

06/01/2011

Armes à feu et autres suicides à coup de cuillère à soupe

spoonkiller.jpgPour la protection face aux armes à feu. C’est le sujet de l’initiative soumise au peuple le 23 févier prochain. Le débat fait couler de l’encre dans les rotatives, et c’est tant mieux.

J’ai du mal à comprendre les arguments de Martine Brunschwig-Graf. Invoquer ‘’la responsabilité du soldat de milice de conserver son arme’’ me paraît être un argument totalement obsolète. Il n’y a aucune raison militaire et stratégique à ce qu’une recrue ou un soldat conserve son arme à la maison en 2011. A moins d’une attaque terrestre ou d’un furieux besoin de nostalgie, en quoi garder son arme à la maison est-il judicieux ?

La conseillère nationale rappelle dans son argumentaire que ‘’peu de militaires déposent leur armes à l’arsenal comme cela leur est permis’’. Soyons honnêtes, ce n’est pas parce qu’ils n’en ont pas envie, c’est parce qu’ils ont autre chose à faire.

Quant à l’argument ‘’d’une arme bien réglée’’, très chère Martine, cessez de rêver : je n’ai vu, à ce jour, aucun militaire prend soin de son arme à la maison. L’arme va directement dans une cave, une armoire, un cagibi.

Alors certes, diront les aficionados de la Liberté avec un grand ‘’L’’, on déresponsabilise nos soldats, et ils auront raison. Mais au vu des dégâts potentiellement occasionnés par une arme de service, on se privera volontiers de cette liberté-ci.

Alors certes encore, l’initiative ne dit pas comment elle compte entendre assurer ‘’un usage responsable des armes’’, alors certes, elle ne garantit en aucun cas, une baisse du nombre d’abus. Quant à l’argument économique de dire qu’un registre fédéral coûtera plus cher qu’un registre cantonal, il paraît assez peu pertinent à mon sens.

Incompréhension de la position du parlement sur le rejet de cette initiative, il faudra m’éclairer.

Qu’une arme de service soit obligatoirement déposée à l’arsenal me paraît être une évidence. Un mort, un blessé, un suicide, une menace étant le fruit d’une arme de service… est un mort, un blessé, un suicide, une menace de trop.

N’en déplaise amicalement à l’avis de Walter Schlechten sur son blog d’aujourd’hui. Il a raison : les violences conjugales et le suicide ne se régleront pas à coup d’interdiction. Mais on n’aura jamais vu un homme se suicider à coup de cuillère à soupe.

01/01/2011

Sur nos montagnes quand le soleil...

Fleder.jpgPolaroïd 1 janvier 2011

"Se cacher derrière nos montagnes n'est, en revanche, pas une solution".

Les propos sont signés Micheline Calmy-Rey, ce soir lors de son allocution de Nouvel-An. En socialiste, la présidente de la Confédération a rappelé que le fossé entre plus riches et plus pauvres se creusait toujours. En femme, elle rappelle qu'une majorité féminine au gouvernement indique que "les mentalités ont évolué". En musique, la Confédération nous rappelle à quel point notre pays aime le cor des Alpes, et à quel point son service multimédia est doté d'un humour certain. "Bonnard" diront d'autres.

La présidente de la confédération a évoqué le besoin de retrouver un Conseil Fédéral uni, les mots "consensus" et "collégialité" n'auront jamais autant fait sourire. Surtout à la lumière du rapport de la commission de gestion du Conseil des Etats sur la gestion de l'affaire Kadhafi.

Micheli ne Calmy-Rey rappelle qu'elle n'est pas une cheffe de parti. Sûrement. Mais toujours socialiste à en croire ses (demi) mots affectueux envers l'UDC.

Certains se cachent derrière des montagnes, d'autres derrière des franges, certains se cachent où ils peuvent, dans des mots, dans des choix, d'autres derrière des dossiers. Pour preuve, le magnifique décor qui aura servi d'arrière-plan ce soir.

Moins de modestie, moins d'autocritique, m'a conseillé ma Présidente. De quoi rendre cette année 2011. Chaude.

 

 

22/12/2010

Le Capitaine des petits chiens du Roi courant le chevreuil...

Trois.jpgPolaroïd 19 : 19

Voilà. Ils sont beaux, fiers. Un trio de choc. Trois mousquetaires. Trois armes. Trois personnalités.

Athos, le cadet de Gascogne. Une vie sans intérêt, un fils hors mariage avec la belle duchesse de Chevreuse, ce n'est pas un hasard s'il est membre de l'ordre de la Jarretière ou membre de la Toison d'Or. On le connaît surtout pour son penchant pour le travestisme. Oui, il ne dégaine jamais son épée sans son rouge à lèvres. 16 ème au classement de chevaliers les plus bilingues (français-schwytzerdütsch).

Porthos, un compagnon fidèle, simple et droit. La presse bourgeoise (dénoncée avec véhémence par Aramis) le dit ''sans délicatesse''. Il y a forcément erreur, on l'a vu chatouillé de sa moustache, le vicomte de Bragelonne, victime d'une chute de rochers. ''Vite, une petite infusion aux herbes'' chuchotera le noble avant de passer de vie à trépas. 58 ème au classement des plus belles moustaches de Suisse, juste derrière un paysan jurassien que tout le monde conspue (''la presse bourgeoise'' dira encore le bougon Aramis). Son arme? Un fleuret en forme d'aiguille. Mal aiguisé.

Aramis, de loin le moins sympathique de tous. Aucune forme de respect pour la religion et son code (ce n'est pas un hasard s'il commanda un festin alors qu'il rédigeait sa thèse). Il n'hésite jamais à tuer. Oui, mais pour une femme, il préféra son odeur à celle du sang. 41 ème au classement des meilleurs manieurs de masse d'arme. Chevalier réputé pour son extrême amabilité.

Vous le savez, le titre du roman d'Alexandra Dumas est trompeur. Ils ne sont pas trois, mais quatre.

D'Artagnan. On le surnomme ''le Capitaine des petits chiens du Roi courant le chevreuil''.

Il finira tué par une balle de mousquet reçue en pleine gorge. C'est donc sur un chevalier sans voix que les rideaux se refermeront. Sans un applaudissement. Au mieux, une petite courbette. Reste à savoir qui aura appuyé sur la gâchette.

''Athos, Porthos, au revoir ! Aramis, à jamais, adieu !''

 

 

 

12/12/2010

En coulisses

Coulisses.jpgPolaroïd 20 : 37

Micheline décida de se passer d'un convoi officiel CFF pour rentrer chez elle. Persona non grata du gratin: les journalistes. ''Ils polluent le débat'' diront en coulisses certains attachés de presse. Version officielle: Madame Calmy-Rey souhait engager ''un débat spontané''.

C'est vrai, il n'y a pas moins spontané qu'un fourbe journaliste, empli de rancoeurs et n'ayant que pour dessein que de piéger son interlocuteur.

Entre temps, toujours à Genève, on se fait ''carjacker''. Aveu d'impuissance du porte-parole de la police genevoise, ce soir, au 19:30 de la TSR. Toujours sur la même chaîne, autre aveu d'impuissance de Monica Bonfanti, à Mise au Point. Navrant? Peut-être. En mars 2010, '' Schengen constitue un problème'' déclarait la cheffe de la police à Pascal Décaillet.

Huit mois plus tard, en coulisses, l'UDC prépare sa campagne 2011. Schengen fera assurément parti du programme.  ''Criminels qui traversent impunément la frontière, étudiants étrangers surnuméraires''.

Voilà. En coulisses, certains fomentent, d'autres se taisent. En coulisses, certains posent des questions, d'autre n'y répondent pas. Aussi simplement?

 

 

06/12/2010

Le mouton noir et les hyènes

pic-1.jpg

Le Mouton noir, se parant de sa plus belle laine frisée, affronta froid et frimas pour se rendre à sa réunion à mains levées. Bien qu’ayant renoncé à se lisser le poil, pour faire plus suisse, faute d’endroit chaud pour se préparer, le mouton noir traina les pattes pour se rendre à sa landsgemeinde.

Dans le même temps, les Hyènes continuèrent à vociférer, et d’accuser leur tribu, ou les autres, de ne rien, leur avoir laissé à manger. Il est vrai, les Hyènes commençaient mal l’hiver, faute de ne pas avoir combattu, vide était le garde-manger.

Le Mouton noir, lui, pouvait pavoiser. Lui qui aurait voulu être coq, pouvait enfin ne plus regretter de n’être pas un gallinacé. A force de suivre les salivantes hyènes et de ne manger que les fumantes carcasses, le Mouton a décidé de planter légumes, maïs et blé, non transgéniques, évidence que le mouton a respecté.

Les Hyènes, elles, continuaient de s’entretuer. S’accusant tour à tour de suivisme, nouveau terme à la mode dans ce monde enchanté, les carnivores n’avaient plus que d’une gueule, une vieille mâchoire édentée. ‘’Il faut réagir’’ se dirent, en chœur, les malheureux hyénidés. ‘’Aucune proie, ni gibier pour nous sustenter ! ’’

La Hyène rouge, cria au scandale, hurla à l’intolérance et décida de lancer une campagne d’affichage afin d’attirer l’aliment étranger. Celle qui avait crié au suivisme, finit par elle aussi, copier, une affiche du bovidé.

La Hyène bleue, elle, dépensa sans compter, pour s’acheter une pleine page dans la gazette des prés. ‘’Un peu tard’’, rétorqueront certains spectateurs immigrés.

Enfin, la Hyène, rousse la nuit, orange le jour, décida de s’absenter. Aux combats, elle préféra se lancer dans une autre copie, et de produire une vidéo calquée sur un lip-dub de l’UMP.

Le Mouton noir avait raison. Désormais, il y a deux partis. Les Moutons et les Hyènes.

03/12/2010

L'oubli (bis repetita)

Shh.jpgPolaroïd 23 : 43

Comment ne pas sourire à la réception du communiqué de presse du parti Socialiste suisse, sur le rapport rendu par le commission du Conseil de Gestion des Etats sur l'affaire Kadhafi.

A en croire (et lire) le PS, "la faiblesse dont le gouvernement fait preuve dans la gestion de la crise" commence par l'ex-président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz.

En toute évidence, nulle trace nominale de Micheline Calmy-Rey dans le communiqué.

 

Comme à l'accoutumée, pas moi. Les autres. Il eut été judicieux de se taire, vous ne croyez pas?

01/12/2010

S'abstenir

Horse.jpgPolaroïd 07 : 47

Entre devoir respecter la voix du peuple, devenu ''démocratiquement correct'',

et devoir s'offusquer des choix de la population dans les urnes, devenu ''socialement correct'',

je vais finir par agir comme un suisse sur deux: m'abstenir.

30/11/2010

La rengaine

Petula.jpeg‘’Une vie c'est un peu comme les pages d'un roman: à chacun son destin et sa part de tourments’’. C’est ce que chantait déjà avec un mielleux phrasé Petula Clark. Seulement la ciguë a remplacé le miel, le refrain s’est mué en rengaine. Nous ne sommes plus en 1970, bienvenue en 2010. La rengaine a du succès depuis quelques années : ‘’l’UDC est un parti populiste, xénophobe et raciste’’.

Loin de moi l’idée de juger le parti démocrate du centre, je constate juste que 1'398'360 helvètes ont répondu favorablement à leur initiative. Je constate également avec quelle véhémence, une partie de la presse a condamné le vote du 28 novembre. Et je constate enfin que certains habitants de notre pays, ont eu honte d’être suisse en ce dimanche d’automne, en tous les cas, c'est ce qu'ils déclarent.

Je le disais déjà hier, les présidents de tous les autres partis se sont accusés mutuellement, rejetant sur l’un ou sur l’autre, l’issu du scrutin. Pas un, n’aura au final avoué sa contribution à l’échec devant l’UDC. Parce que visiblement, le parti agrarien est pour tous, le parti à abattre. Parce que visiblement, aucun de ces partis ne sait quoi faire. A part prier, espérer, persifler ou encore siffloter, la même rengaine.

A part constater, rassurez-vous, j’arrive aussi à me poser des questions.

Mais qui sont ces 1'398'360 helvètes ? Qui sont ces 1'243'325 autres personnes qui ont refusé de renvoyer le criminel étranger ? Enfin, qui est ‘’ce suisse sur deux’’ qui n’en strictement rien à faire des étrangers et des barèmes fiscaux ?

J’aimerais aussi savoir qui parmi, ces suisses qui ont honte d’être suisses, s’engagent autrement que par la parole, dans un statut facebook ou une discussion de coin de bar ? Je ne sais pas: dans le milieu associatif, en politique, ou simplement dans un sourire à un mendiant crasseux ? Le problème, souvent c’est que la crasse, comme un sourire, a de bon qu’elle ne coûte pas cher.

Nos autres présidents de parti devraient peut-être s’intéresser d’avantage à comprendre la motivation des électeurs, de leurs craintes, de leurs attentes, et surtout en quoi ils ont failli. Changer d’arme pourrait les aider, de discours, sûrement.

Reste qu’au final, l’électeur a la mémoire courte. Il a déjà oublié qu’on avait interdit les minarets. Il oubliera sûrement qu’en Suisse, on renvoie les étrangers criminels de manière systématique.

Ne lui restera en tête, que la même rengaine, et une rengaine, c’est comme une chanson de Grégoire ou de Petula Clark, on la déteste mais on la sifflote tout le temps. Une rengaine, c’est facile, mais ça ne sert à rien.

En 2011, à une amère ciguë, ils choisiront le refrain mielleux.

29/11/2010

L'irritation

Lady.jpgBonjour. Si vous êtes étrangers, tapez 1, si vous êtes criminels, tapez 2, enfin si vous êtes étranger et criminel: nous nous occupons de vous. Nous allons bientôt procéder au décollage. Les hôtesses de l'air vous apporteront, dans quelques instants, un léger rafraîchissement.

Pour les autres bienvenue, à Genève. Genève, un monde en soi. Genève vous accueille à bras ouverts, entre 8h30 du matin et 19h00.

Je ne sais pas vous, mais moi, ces votations m’ont irrité. Aucune crème n’ayant réussi à calmer l’apparition de ces «petits boutons noirs» hier, c’est devant la télévision que j’ai essayé d’oublier ces démangeaisons épidermiques, ces éruptions cutanées, la violence des plaques tectoniques à fleur de peau.

L’irritation avait débuté il y a bien longtemps déjà. C’était un 24 juin 2009. Là, au bord du lac, l’air fleurait bon l’algue lémanique, mal assis sur une chaise mal conçue d’un glacier mal foutu, j’apprenais, non pas que le Falcon de la Confédération revenait le ventre vide de Tripoli, mais bien que ce même Falcon pourrait repartir de Berne le ventre plein: l’UDC avait déposé son initiative: ‘’Pour le renvoi des Étrangers Criminels’’.

Ni une ni deux et apprenant la nouvelle, je sursauta de ma chaise, poussant par inadvertance au passage, un vieil accordéoniste tzigane et un joueur de bonneteau dans la rade. Direction l’office fédéral de la Statistique. Soixante-trois francs plus tard (je ne voyage qu’en première classe), j’arrive donc à destination: espace de l’Europe numéro 10, Neuchâtel.

J’y apprends que 38 tueurs de poules, 295 brigands, 927 Robins des Bois, 2996 vendeurs de coussins au chanvre, 128 pervers et 2 sado-masochistes sont concernés par l’initiative UDC. Une année et demi plus tard, c’est fait SVP. La Suisse l’accepte à presque 53 %. Au total, 4200 vilains, et c’est sans compter ceux qui fraudent l’assurance sociale, peuvent désormais être renvoyés dans leurs pays. Enfin à quelques détails près.

Ce qui était irritant en 2009 est resté irritant en 2010.

La Gauche gémit de ne pas avoir les mêmes moyens financiers que les autres; sans pour autant faire son mea culpa quant à son cafouillage de début de campagne. Le centre-droit, lui, abuse du contrôle-c, contrôle-v en copiant, mais de manière honorable, le texte originel du parti agrarien. Sa force propositionnelle s’est rapprochée de zéro sur le domaine de la sécurité, il ne fait plus que réagir, au lieu d’agir ou de se taire.

Hier, aucun président de parti n’avouait avoir perdu. La faute à qui? Aux autres forcément.

Hier, l’irritation n’était pas due au fait de lire ou d’entendre les éternels aboiements au populisme, du dégoût des suisses à être suisse, ni de voir Eric Stauffer se dandiner derrière la caméra de la TSR en direct de l’hôtel-de-Ville. Ni même de l'UDC.

Non, l’irritation était ailleurs. Celle de voir Yvan Perrin, toujours sur la chaîne de télévision nationale, sagement assis dans son fauteuil, constatant avec quelle efficacité les autres partis étaient incapables de lui répondre. Incapables de répondre aux suisses.

Un combat sans adversaires, c'est ça la véritable irritation. Mais rassurez-vous, ce qui est irritant en 2010 sera aussi irritant en 2011.

26/10/2010

Pas de censure, beaucoup d'outrage

Kadhafi.jpgPolaroïd 08 : 42

Art. 296. Outrages aux Etats étrangers. Mouammar Kadhafi outré par l'affiche du MCG.

Et si je traite le pape de pédophile, si je dépeins Benoît XVI en train de pratiquer des actes sexuels sodomites, le Conseil d'Etat va-t-il invoquer l'article 296? Parce qu'au vu du nombre de quolibets, d'insultes et autres bassesses dont est victime le pédophile au passé brumeux, pardon, le pape, on s'étonne du peu de réactivité de nos sérénissimes autorités.

Bien sûr que non, nous répondra-t-il. Le gouvernement n'est responsable que des espaces publicitaires dans le cadre de votations. Enfin... n'hésite pas à menacer (prévenir) la presse des dangers qu'elle encourt à la publication de l'affiche incriminée.

L'Etat est courageux. Il n'évoque l'article 296 que quand sa responsabilité est mise en cause. Ou alors use de l'article 296 comme bon lui semble, c'est selon... mais cela fait toute la différence.


Au fait la caricature, c'est autorisé ou pas?

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18/10/2010

La béquille à une vieille qui boîte sur du verglas

Bossu.jpgÉditorial Radio Cité, 18 octobre 2010

Le dimanche matin.

Tout bon dimanche matin, n’a de bon que s’il obéit à deux règles, deux rituels, de l’ordre du trouble obsessionnel compulsif : le café d'un côté. Le journal de l'autre.

Café préparé à l’italienne, l’odeur doit régner dans toutes les pièces de l’appartement. Seul entorse au protocole, un sucre qui permettra à la substance psychoactive, la caféine, d’être plus facilement inoculée. Le journal? A l’ancienne, la version papier. Doux et subtile bruit que sont les pages qui se tournent… Et qui se tournent au rythme d’une déglutition par page. Autant dire que la page 8 du Matin Dimanche consacrée à ces « café prostate » mmmmhh organisés à Genève, avait réussi à vider la moitié de la tasse.

Enfin arrivé en page 17, ne restait que de la précieuse substance, qu’un petit tas plus communément appelé «marc de café », pas suffisant pour s’étouffer (on aurait voulu) mais assez pour lire l’avenir. Page 17 de l’hebdomadaire: quelle joie, quel délicieux plaisir de retrouver notre majesté, le président du Conseil d'État.

Le vénérable François Longchamp a empoigné la plume pour nous livrer ses réflexions. «Genève, bouge merci pour elle » titrait ainsi sa pensée. Pour une raison encore inexpliquée, le magistrat évoque les attitudes, je cite, «déplacées» de Genève.

La première, l’arrogance. Celle de Patrice Mugny en date du 27 février 2008... le magistrat a la mémoire longue... Patrice Mugny qui parlait de «rupestre pays de Vaud». «Faute de goût et de vocabulaire», s’indigne François Longchamp. Arrogance? Étrange qualificatif, j’ai toujours cru qu’être arrogant, c’était annoncer, sans réelle explication, à quelques chômeurs que l’on n’allait pas prolonger la durée de leurs indemnités chômage, pourtant comme Berne nous l’autorisait.

Seconde attitude déplacée et ridicule, selon Saint François : «estimer que Genève ne serait qu’un tas d’enfants gâtés, un village gaulois empli d’irréductibles crétins». On ne peut que lui donner raison: il n’y a effectivement pas que des crétins dans la République. Un certain Manuel Tornare, lui, aura assisté à l’enterrement de Monseigneur Genoud, qui lui aura évité, ceci-dit au passage, de devoir passer par des sortes d’excuses à la limite du «j’m’en foutisme». Quant aux enfants gâtés, ce ne sont ni les chômeurs en fin de droit, ni les employés d’une célèbre boîte de nuit qui diront le contraire.

Le problème de Saint François, dans sa longue cogitation en page 17 du Matin dimanche, c’est que l’on n’y comprend rien. Saint François, malgré les «genferei», les fermetures de boîte de nuit et autres ratages d’enterrement, souhaite nous dire que tout ne va pas si mal à Genève. Peut-être. Soit.

Mais mettre côte-à-côte, le MOA club et le canton qui concourt à hauteur de 221 millions dans la solidarité intercantonale, le chômage et l’ouverture d’un «ambitieux musée d’ethnographie» ou encore l’enterrement raté d’un ecclésiastique et l’aéroport de Cointrin qui investit un demi-milliard dans ses infrastructures, ça n’a pas de sens. Comme donner une béquille à une vieille qui boîte sur du verglas.

Enfin d’accuser les médias romands d’exceller dans la veine qui est «d’estimer que Genève ne serait qu’un tas d’enfants gâtés, un village gaulois empli d’irréductibles crétins»?

Veuillez nous excuser Saint François, mais on ne peut pas dire que vous nous avez donné tort.

Au final, pas besoin de marc de café pour nous prédire que s’ouvrira mercredi la nouvelle ligne TGV Paris-Genève. De toute façon, le café était déjà amer et gâché par autant d'optimisme.

13/10/2010

Comment Belzébuth aime à se cacher dans le détail

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Le Diable ou comment Belzébuth aime à se cacher dans le détail.

Le Diable s’est caché cette semaine. Le Diable est malin, il se sait se travestir, usurper l’apparence du noble, mais il sait surtout se faire oublier, « passer inaperçu » dira-t-on. Le Diable aime jouer. Quel hasard, nous aussi.

Pascal Décaillet, sur son blog, révèle qu’une figure de l’extrême gauche, Tobias Schnebli, va recevoir 20'000.- francs de la ville de Genève, dans le cadre d’une « étude sur la Genève internationale », liée aux 60 ans des Conventions de Genève.

Le journaliste relève « l’intéressante structure du vote » qui a mené à cet investissement.

 

Pour le mandat de CHF 20'000 à Tobias Schnebli

* Rémy Pagani (Solidarités)

* Patrice Mugny (Verts)

* Pierre Maudet (Radical)

Contre le mandat de CHF 20'000 à Tobias Schnebli

* Manuel Tornare (PS)

* Sandrine Salerno (PS)

 

Si Belzébuth s’est caché dans la structure, Azazel lui s’est caché ailleurs.

Comment un membre du Collectif Urgence Palestine peut-il être l’auteur d’un rapport, d’une étude sur la Genève internationale en rapport avec les 60 ans des Conventions de Genève ?

Non pas que je doute de la sincère et profonde objectivité de Tobias Schnebli mais aux vues des jets d’eau bénite que le camarade risque d’essuyer, ne devrait-il pas tout simplement éviter d’empoigner la plume ?

Ou alors je n'ai rien compris, mais qu'on m'explique, que Diable!