03/01/2011

L'émotion ment. Et s'assume.

Liban Sud.jpgL’article est daté du 14 décembre dernier : ‘’Kibboutzim à portée de guerre’’. C’est le ‘’Grand Angle’’ du magazine Libération.

Reportage signé Delphine Matthieussent.

J’en parle parce que j’aime le Liban. Je le critique parce que je m’y suis rendu à des multiples reprises, ‘’sud-Liban’’ compris. Je commente parce que j’aime le journalisme.

L’article commence par une question ou presque : ‘’comment vit-on dans les villages du nord d’Israël, à quelques kilomètres du Hezbollah, surarmé et menaçant ? En alerte permanente. ’’

Première constatation : on ne vit pas à quelques kilomètres du ‘’sud Liban’’, ni à Qana, ni même à la frontière israélo libanaise. Pour la journaliste, on vit ‘’à côté du Hezbollah’’. Certes le Hezbollah contrôle la majeure partie de cette région, le parti de Hassan Nasrallah demeure pourtant présent dans le reste du pays, du sud de Beyrouth au nord du pays. Un peu comme si un socialiste schaffhousois prétendait habiter à côté de l’UDC.

Deuxième constatation : ‘’le Hezbollah est surarmé’’. Corollaire : est-ce bien à la journaliste d’affirmer que le Hezbollah est surarmé ? Sur quelles bases ? Quels chiffres ? Quel point de vue ?

Troisième constatation : ‘’le Hezbollah est menaçant’’. Là encore, les mêmes questions peuvent être soulevées.

Quatrième constatation : l’héroïne du récit se prénomme Ada Sereni, ‘’80 ans’’, ancienne combattante de la Haganah, ‘’l’une des forces armées de la guerre d’indépendance en 1948’’. Avec elle, est né le kibboutz Yiron en 1949. Eusse été préférable de rappeler peut-être que le village de Saliha, sur lequel le kibboutz a été construit, a été détruit par la même Haganah, et qu’entre 70 et 80 de ses habitants (selon les versions) furent massacrés, selon l’historien israélien Benny Morris.

Enfin cinquième constatation : certes la journaliste cite ses sources, mais des sources toutes israéliennes : une ancienne député israélienne, un chef d’état-major israélien, un secrétaire d’un kibboutz, l’armée israélienne, le ministre du renseignement israélien, etc.

Loin de moi l’idée de prendre ici parti. Je ne suis ni historien, ni pro palestinien ou pro israélien.

On peut facilement deviner l’émotion suscitée chez la journaliste par ces témoignages, par ces voix récoltées ‘’ à même le sol’’. On imagine avec facilité cette sensation étrange que d’être physiquement sur cette ‘’historique’’ frontière israélo-libanaise. Je me rappelle avoir interviewé, de l'autre côté de cette frontière, une petite fille blessée par une mine israélienne dans le village de Qana. Je me rappelle lui avoir demandé d’ôter son pantalon pour filmer sa prothèse. Je me souviens avoir entendu cette femme me raconter comment sa famille avait été décimée par les bombardements israéliens.

Le travail du journaliste, c’est la mise en perspective. Celui du bon journaliste, c’est sûrement l’émotion au service de la compréhension, de ‘’l’intelligible’’. L’émotion au service de l’émotion, c’est un peu comme être amoureux. C’est beau mais trompeur. Et s’il faut se tromper, ayons la franchise de le dire : je me trompe, j'en suis conscient et je vous le dis.

15/12/2010

Jouer le jeu de X où X est un parti politique

GAVER-LES-OIES-EN-1958.jpgIl ne faut pas croire tout ce que l’on vous dit. Les journalistes, oui, les journalistes sont tous pourris. Et surtout pour Micheline Calmy-Rey, qui fraîchement descendue, en deux-chevaux, de Berne a préféré s’entretenir avec les vrais gens, la populace, ‘’pas de journalistes’’ nous expliquera une attachée de ‘’com’’ aux cheveux gras. But de la manœuvre, je cite : ‘’engager un débat spontané’’. J’abonde dans ton sens, Micheline (oui nous étions voisins), les journalistes ne sont pas spontanés, je rajouterai même : ils sont tous fourbes.

Une remarque semble très à la mode au sein de la profession (journaliste, pas attachée de communication, ni Conseillère Fédérale). Elle consiste en cette suite de mots : ‘’arrête d’en parler, tu joues le jeu de l’UDC’’.

Le parti politique est bien entendu interchangeable, la remarque reste valable. Exemple : ‘’arrête de jouer le jeu du MCG’’ ou ‘’arrête d’en parler, tu joues le jeu du MCG’’, ou encore ‘’oh, tu joues le jeu du MCG’’. Vous l’aurez compris, le ‘’ arrête, tu joues le jeu des socialistes, des libéraux et des radicaux’’ est beaucoup moins fréquent. Enfin, ‘’arrête, tu joues le jeu du PDC’’ n’a quasi jamais été expulsé par une bouche normalement constituée.

La question est la suivante : depuis quand un journaliste dispose-t-il d’un droit de vie ou de mort sur une information, sous prétexte qu’elle ne lui plaît pas, ou qu’on en parle trop? Et quitte à dégouliner de bons sentiments, je rajoute : ce n’est pas le média qui nourrit l’actualité, mais l’actualité qui goinfre le média.

Au journaliste ensuite de décider s’il souhaite se goinfrer (foie gras poêlé au cidre d’huile de coude, bœuf Wellington nappé d’hanchois, tarte Tatin aux moules, et Williamine coupée au jaune d’œuf). Au journaliste surtout, de méticuleusement trier l’aliment qui frottera ses papilles gustatives.

Je persiste et signe, comme le dit si bien, notre plus fidèle auditrice, Marine, mais la question de savoir si un journaliste joue le jeu de tel ou tel parti n’a pas de sens. Ce qui en a un, par contre, c’est la pertinence et la valeur informative, de l’information donnée. Vous me direz qu’une information est par nature informative, je vous répondrai malheureusement : pas toujours.

En clair.

Le fait d’annoncer que Kadhafi aime s’accoquiner d’une pulpeuse infirmière blonde est-il pertinent ? Peut-être, à la lumière des bonnes relations entre la Suisse et la Libye, reste que sa valeur informative approche le zéro.

Notifier qu’Eric Stauffer veut ‘’renvoyer les racailles dans des cercueils’’ est-il pertinent ? Sûrement, sachant que le MCG présente des candidats à une élection. L’électeur doit connaître les positions de celui qu’il élit.

Reporter les derniers propos sur la lapidation de Nicolas Blancho, président du Conseil Central Islamique suisse? Oui si on précise le peu de nombre de musulmans qu’il représente.

Enfin, diffuser le nouveau clip du PDC ? Valeur informative? Nulle. Ah non, Christophe Darbellay nous rappelle qu’il ne faut pas fermer les yeux devant la misère.

Alors beaucoup d’entre vous ne partageront sûrement pas la réflexion, j’en conviens. Reste qu’un journalisme omniscient, et responsable de la bonne morale, c’est aussi lourd qu’un foie gras poêlé au cidre d’huile de coude, un bœuf Wellington nappé d’hanchois, une tarte tatin aux moules, et une Williamine coupée au jaune d’œuf.

07/12/2010

L'Ange. Oui mais de quoi?

pic.jpgPolaroïd 18 : 39

Wikileaks.

Faut-il ou non publier des documents volés?

Le critère de publication devrait relever d'une subtile pesée d'intérêts entre la pertinence de l'information pour le public et des dommages collatéraux engendrés par une telle publication. On peut sérieusement douter de la pertinence d'échanges entre deux diplomates sur l'infirmière de Kadhafi, ainsi que sur les dommages collatéraux faisant suite à la divulgation de la listes des infrastructures sensibles.

Julian Assange n'est pas un journaliste. Il ne filtre rien, il déverse.

C'est un geek qui a revêtu sa combinaison de super-héro. Bien que le geek porte désormais des Ray-Ban.

Quelle(s) cause(s) défend-il? Je n'en sais rien. Hormis la vague liste de combats affichés sur son défunt site.

Wikileaks n'est pas un média. Il avale, stocke, et délivre.

Le site Wikileaks a-t-il un sens? Certainement. Où? Ailleurs.

05/12/2010

Par amour de la Suisse

pic-1.jpgPolaroïd du dimanche 12 : 24

Pleine page de publicité du PLR en page 28 du Matin dimanche. C'est bien, mais c'est encore trop tard.

Un éditorial de Marc Bonnant à lire en page 16. Comme à l'accoutumée, on apprécie le style, même s'il est indigeste. On apprécie encore plus le sujet. De l'éditorial.

Enfin, gâterie dominicale, Sandrine Salerno tient à réassurer l'étranger de l'après 28 novembre. Opération visuelle, opération marketing, opération à 8500.-.

Je crains ne pas saisir, mais... Qui paie?

Faire financer sa campagne par la population, c'est bon!

07/11/2010

La soupe est pleine.

La Meute.jpgPolaroïd 11 : 46

La Meute.

Regardez les. Ils le conspuent, ils le détestent, ils l'abhorrent. Une seule cible, à abattre immédiatement. Une seule meute. Les mêmes armes, tous. Quitte à dire n'importe quoi.

Au lieu de faire de l'humour, faites de la politique. Parce que l'humour ne fait définitivement pas parti de vos compétences.

 

02/11/2010

Warum? Hier ist kein warum.

pic-2.jpgEditorial Radio Cité, 2 novembre 2010

Vendredi dernier on apprenait la mort de Georges Haldas. A 93 ans, il s’éteignait paisiblement au côté de sa compagne, chez lui, au Mont-sur-Lausanne. Une autre figure s’est éteinte également. Ruth Fayon, 82 ans. On l’apprenait d’une dépêche tombée dimanche soir, 20 : 39. L’un était écrivain, poète, penseur. L’une était déportée, pédagogue, et rescapée d’Auschwitz.

L’un rêvait d’un monde où les hommes seraient égaux. L’autre a vécu l’enfer de la différence. Georges Haldas était chrétien, Ruth Fayon était juive. Tous deux avaient en commun: la dignité, et la volonté de transmettre. Transmettre, à leur manière. Si l’un n’a pas cessé d’écrire, l’autre s’est tu pendant de nombreuses années.

Tous deux ont souhaité passer à « autre chose » disent-ils. Georges Haldas à autre chose que l’institution qu’est l’église catholique, Ruth Fayon à autre chose qu’est le nazisme.

Vous n’êtes pas sans savoir que l’actualité est un tyran, une maîtresse, ou une drogue, c’est selon. Il vous faut savoir aussi que nous préparons la veille, l’émission du lendemain. Or dimanche soir, tous les médias avaient déjà fait l’éloge du poète, or dimanche soir, tous les médias n’avaient pas connaissance de la disparition de celle qui avait réchappé au plus grand camp de concentration du troisième Reich. Conclusion. Lundi matin. Ni Georges Haldas, ni Ruth Fayon ne sont apparus sur nos ondes.

Vous aurez raison. C’est parfois aux médias d’avoir le courage de ne pas faire son jeu, l’actualité. De refuser l’asservissement et l’esclavagisme. Aux médias, d’être à contre-courant, et surtout à la radio d’illuminer les ténèbres d’une voix, de mots et de sens. Le journalisme, un si beau métier souvent relayé à une limace mono neuronale salivant devant un flux d’informations. Au journaliste d’arrêter le temps, de le prendre, parce qu’il n’est jamais autant bien utilisé que lorsqu’il est perdu.

Ruth Fayon a déclaré en 2005 qu’à son arrivée à Auschwitz, un officier leur avait hurlé que "la seule issue, ici, c'était la cheminée".

Georges Haldas disait, lui, que "les morts, quand vous les oubliez, vous les tuez une deuxième fois".

Et de conclure par cet extrait du récit autobiographique de Primo Lévy, « si c’est un homme » :

« Warum ? », dis-je dans mon allemand hésitant. « Hier ist kein warum » [ici, il n'y a pas de pourquoi].

On aurait voulu lui donner tort, hier matin.

08/09/2010

La loi du nombre de morts au kilomètre

animated-3d-dancing-skeletons.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 08 septembre 2010

Vous dire que le journalisme est le plus beau métier du monde, ne risque pas d’embellir votre journée ou au mieux, susciter un vague bâillement.

Et pour cause, selon un dernier sondage Sofres, trois français sur quatre ne font pas confiance aux médias. Même score en ce qui concerne les partis politiques, même les banquiers font mieux.

En Suisse, nulle trace d’un baromètre de confiance, on supputera donc, pour les besoins de cette réflexion, que la même inimitié reste valable en Helvétie. Vous faire changer d’avis est alors un réel challenge.

Il existe dans le journalisme des règles. Des règles de déontologie, de vérification des sources, d’objectivité. Il existe des chartes d’éthiques, des chartes déclaratives. Il existe aussi des codes, des méthodes et enfin une loi, et, elle est appelée «la loi de proximité». La loi de proximité, connue pour les plus désabusés, sous le nom de «loi du nombre de morts au kilomètre».

En d’autres termes, un mort à Carouge équivaut à deux morts à Lausanne, à 10 morts en France, une centaine en Europe, plusieurs centaines dans un PVD, un pays en voie de développement, et enfin des milliers dans le reste du monde.

Le reste du monde qui n’est qu’un point imaginaire sur une carte toute autant abstraite, sauf si vos dernières vacances, dans un accès épidermique d’empathie ou tendance suicidaire, vous ont conduit au Kirghizistan, ou dans une région reculée du Congo.

Bien entendu, le journaliste est lui aussi, doté d’une compassion sans faille.

Une mort violente d’une fille de joie peut valoir celle d’une mort douce d’un homme politique. Le crash d’un pilatus PC-7 piloté par deux suisses peut valoir le crash d’un airbus A380. Au finale, 853 âmes vaudront toujours moins que deux amateurs de Vacherin, ou de Läkerlis, qu’une bande de péquenots ou de pékins.

Le cynisme étant souvent la marque de fabrique du journaliste, abruti par le flux d’informations qui le submerge, je vous prie, de ne pas m’en tenir rigueur.

Nous disions donc, la «loi du nombre de morts au kilomètre».

Hier, dans vos quotidiens, vous êtes nombreux à avoir réagi à cette sordide histoire de pauvres toutous décimés à la SPA. Comme quoi, les animaux parfois, remplacent les humains, dans la hiérarchie émotive. Les commentaires furent nombreux, les réactions vives. En clair, l’information vous a émue, voire touchée.

Autre exemple, le sort de cette iranienne, qui probablement ne survivra pas à la fin du ramadan. Sakineh Mohammadi-Ashtiani, c’est son nom, 43 ans, est en effet condamnée à mort par lapidation.

Tout ça pour dire: l’information est relative, autant que la taille d’un caillou. Vous pouvez donc vous offusquer que votre JT consacre 6 minutes à une élection fédérale, alors qu’Haïti a disparu de votre écran. Vous pouvez rager parce qu’on parle trop de l’UDC, alors que votre voisine, étrangère, ne joint pas les deux bouts en fin de mois.

Vous pouvez.

Vous pouvez aussi vous réjouir de ceux qui donnent la parole à ceux qui n’en ont jamais.

Les laissés-pour-compte, les oubliés de l’actualité, les anonymes dont tout le monde s’en fout, le type du tram qui chante faux, du collègue qui voue une passion inconditionnelle pour les champignons vénéneux, au touareg berbère aux dents pourris.

Tout ça pour dire: six toutous euthanasiés à la SPA valent autant qu’une lapidation en Iran.

 

 

 

 

31/08/2010

Tout passe, tout passe trop vite.

 

deux-nymphes-dans-une-barque-bry-sur-marne.jpgÉditorial Radio Cité, 31 août 2010

Lettre ouverte à Pierre Losio, député Vert au Grand Conseil.

Fidèle auditeur de la radio, il a fait part, hier déjà, sur son blog, de son amère déception quant à cette présente émission. Porte-parole auto-proclamé de tous les auditeurs, c’est-à-dire, VOUS, il écrira que VOUS êtes restés sur votre faim.

Manque d’épaisseur, de respiration, trop speed…. écrira sur son blog, l’auditeur menaçant de rejoindre la première radio nationale, pour ne pas nommer la Radio Suisse Romande.

Un éditorial devant faire preuve d’objectivité, de neutralité, et devant paradoxalement, être un espace de liberté, c’est un billet d’humeur que je vous livre, aujourd’hui, très cher Monsieur Losio.

Tout passe. «Tout passe trop vite», diront les plus nostalgiques, voire les plus dépressifs pour qui le Xanax ou le Clorazépate n'agissent plus.

C’est vrai…. C'est vrai... Les bistrots ont perdu leurs âmes, déplore Thierry Meury.La musique d'aujourd'hui n'est que nourriture à cochons, des cochons sous antibiotiques. L'écran LCD a remplacé le tube cathodique, pour une meilleure qualité d'image, nous martèlent les fabricants, pour du vide intersidérale, diront les fans de Tanner.

Le rafraîchissement marketing de l’emballage du Cenovis a provoqué des drames à l’heure du petit-déjeuner, l’abandon du réseau hertzien analogique a coupé du monde, une partie de la population helvète. Date funeste qu’est le 25 février 2008.

Loin de moi, l’idée de me moquer de vous Monsieur Losio. Vous avez raison, «tout passe»… Je rajouterais même : «tout passe » trop vite.

La télévision broie, concasse, égruge, pulvérise le téléspectateur comme on gave une oie.

La presse écrite, elle, perd ses plumes, comme on dépèce une peau de chat...grin.

La radio, alors cocon d’imaginaire et de voix avec lesquels on aimait se réveiller, se blottir… n’aura accouché au final que d’une infâme chrysalide, le terme polysémique de nymphe étant déjà réservé, mais vous le savez déjà, vous êtes enseignant.

Vous avez donc raison: l’implacable et inéluctable diktat de l’audimat, donc de l’argent, aura fini de terrasser ce divin cortège de nymphes. Mais Monsieur Losio, autant je ne serai pas l’esclave du «jeunisme-à-tout-prix», ne soyez pas le tyran de l’immobilisme.

Vous l’écriviez «une voix s’est tue», je vous répondrai... d’autres sont nés. Et ainsi va la vie.

Au-revoir Monsieur Losio.

 

 

 

 

28/08/2010

Cordialité ou Brevitatis causa

femme_danaides.jpg28  août 2010

Corollaire prend deux "l". Les désillusions sont souvent amères, en a-t-on connu de délectables?  Non.

En vient-on à préférer l'espoir à la promesse non-tenue? Non.

Atteindre la vacuité est une tâche absurde. Une évidence. Comme celle de ne pas confondre Céline et Destouches.

Les Danaïdes se sont repues dans la grande roue. Les couleurs se sont mues. On aurait préféré le gris. c'est le noir et le blanc qui a gagné.

Ne me priez pas de croire. Ne me parlez pas de cordialité. Abusons de la ponctuation. Les Danaïdes n'ont plus soif.

 

Cordialement. Point, virgule.

21/08/2010

La vacuité sémantique ou comment Sharon Tate a disparu.

pic.jpg21 août 2010

L'acouphène chronique couplé à un irréversible désir d'absorber du son, des notes, des mots, un sens; peut parfois vous pousser à allumer une radio. Le dit-médium doit être le moyen le plus efficace pour stimuler votre imagination. La presse écrite requiert des efforts, la télévision vous livre tout clef en main, vos amis ne sont pas intéressants, enfin pour peu qu'il vous en reste.

L'acouphène chronique marié à un désagréable sentiment d'angoisse existentiel récurrent vous pousse, lui-aussi à allumer votre "poste de radio", terme employé avant que l'ère numérique ne vous prive de ce geste fastidieux mais délicieux, que fût de tourner un bouton pour tomber sur la bonne longueur d'onde.

France Culture a produit cette semaine une incroyable rétrospective de Roman Polanski. Analyse de ses oeuvres, témoignages, extraits sonores. Réminiscence de Rosemary's baby, Répulsion, The Fearless Vampire Killers, le Locataire, le Pianiste et enfin Ghost Writer. Réminiscence pré-pubère de cette scène où Sharon Tate prend son bain dans une bassine, se frottant le dos avec une éponge, tout en sifflotant une comptine, qui ne s'avéra que plus funeste (entendez par là, l'arrivée du comte Von Krolock).

Il y a 41 ans, à quelques jours près, Sharon Tate était assassinée. Alors enceinte, on retrouvera le mot "pig" écrit avec son propre sang sur la porte d'entrée. Charles Manson avouera être l'instigateur, il sera condamné à mort, avant que la cour suprême de Californie ne déclare la peine capitale anti-constitutionnelle.

Le but n'étant pas de donner ici un cours d'histoire, mais bien de comprendre que rien n'arrive pas fatalité, tout arrive par coïncidence.

Et si Polanski n'avait jamais réalisé Rosemary's Baby, considéré comme satanique par Manson? Et si Bula (sa mère) n'avait pas péri à Auschwitz? Pourquoi sa soeur a-t-elle survécu? Roman Polanski aurait-il quitté la pologne? Pourquoi sont-ils revenus?

Souvent, en l'absence de tout logique, de tout fil, aussi fin qu'il soit, on se rassure par attribuer des causes à des effets. Les effets précèdent leurs causes. Parfois, j'entends des hommes et des femmes raconter leur vie comme si elle avait un sens, comme si tout était déjà en eux, en attente d'être réalisée. Parfois, je me demande à quel point la peur ne nourrit-elle pas cette addiction au sens, à la complétude.

La réponse est dans la question. Si Sharon Tate n'avait pas été assassinée, elle serait vivante. Ou pas, c'est selon... Rien.

 

 

 

 

 

 

 

 

09/07/2010

Quand la vacuité effleure le vide

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09 juillet 2010

A quoi tout cela tient? Certains pour sûr, diront le destin. D'autres la fatalité, le reste: le néant. Ou l'absurde c'est selon.

A quoi tout cela tient? A un mot de trop, ou à un mot en moins. A un fil, pour les plus poétiques, à rien pour les plus désabusés. A un tram raté, à une humeur belliqueuse, à un sms aviné, à un moment, à une erreur.

A une démission, à une démission qui n'arrive pas. A la fainéantise, à la revanche sociale, au prix d'une lettre de faire-part ou celle d'un décès, au prix d'un berceau ou celle d'une gravure de pierre tombale (ne surtout pas épelez le mot en entier Monsieur). A un avortement, un accident, un moment de grâce. A une revanche, une faiblesse, un sourire, un dépit.

A un désir, un vice, une vicissitude, un penchant, une nature diront les plus fourbes, un agenda, un calendrier, un tic-tac, ou encore, un pneu crevé ou un peu d'argent dans les bordels de Johannesburg.

A un adultère, ou à une aveugle fidélité, à un renoncement ou à une obstination, à elle, à lui, à eux, à ça.

A rien.

Me. M.  parlait d'humanité, mais ne supportait pas le bruit de mendiants en contrebas de sa fenêtre. Il clôt ses volets. Le sujet avec.

10/06/2010

La vacuité rédactionnelle

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10 juin 2010,

Parler pour ne rien dire est un exercice périlleux. Pourtant, elle est affaire commune.

A préférer être aphasique, certains préfèrent briller. Le diable se cache pourtant dans le détail, et Sirius n'en est pas dépourvu.

Des affaires, il y en a eu. L'affaire des infirmières, l'affaire Mitterrand, l'affaire Polanski, l'affaire Dreyfuss, l'affaire Woods, l'affaire Jackson, l'affaire Coleman (même si personne ne s'en soucie vraiment), l'affaire Ribéry (corollaire: Zahia), ou encore l'affaire Kadhafi.

L'affaire est un mot fourre-tout. Au même titre que changement, culture, concept, ou encore passion. La polysémie se perd dans la langue, la langue devient alors humide et gluante, alors qu'elle devrait être sèche et rugueuse.

Un merdiateur aurait pu dire Boris Vian. "Un expert" du monde arabe, disent-ils. Qui est-il? Quelle légitimité à le faire s'exprimer dans vos colonnes?  De concert, "un expert" répondent-ils.

Comme une vieille amante, l'expert s'exprime, parole d'évangile. Jean de Saint-Facond, né un 12 juin (coïncidence), sera reconnu pour ses talents de prédicateur. Les bras fatigués, l'usure du métier, dit le journaliste. La facilité rétorquera le naïf.

Reste les oies que l'on gave jusqu'à plus faim. A force d'être gavé, il ne vous croit plus, il ne vous lit plus. Lui aussi, devient aphasique.

De la nourriture pour cochons!

Le cochon s'est transformé en canard, à grandes cuillerées d'insipidité. Le ventre vide, ne discerne plus la différence entre "article" et "publi-reportage".

Le cochon, lui, de sa tour d'ivoire lausannoise, n'y pense même plus.

 

Un expert, m'a-t-on dit. Un expert.

 

 

 

 

 

09/06/2010

Mais Monsieur, pensez à ouvrir un bar!

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8 juin 2010,

A la question, mais Monsieur, pourquoi voulez-vous tant faire ce métier?

Les secondes avaient alors parues des heures, la tonne avait remplacé le grave aux Archives de France.

Sueur au front, ou mors aux dents, Antoine Lavoisier finira guillotiné. Yeux ulcérés, l'écume aux lèvres, Antoine (prénom fictif) se devait de répondre à P.N. (prénom tout autant fictif).

Faire un métier? se dit-il dans élan qui finira par le perdre. Faire?... Accomplir une action? Avoir l'air? Antoine n'allait sûrement pas discuter de la transitivité du verbe, son protagoniste attendait déjà la réponse.

Un héros distribuant héroïne au ciguë-dépendant. On aurait dit Ajax, aveuglé par Athena, massacrant le bétail de l’armée achéenne en croyant s’en prendre à ses guerriers.

Antoine finit de s'achever en expulsant: "parce que j'aime les gens".

"Mais Monsieur, pensez à ouvrir un bar!"

Le silence fut de plomb. Les années remplacèrent les secondes, une plume la tonne.

Aphone, Antoine regagna son reflet. A force d'avoir d'avoir le dos tourné, P.N. ne vit que son ombre.

 

"parce que j'aime les gens" répondit-il encore trois ans plus tard. P.N., lui, continue de faire.

 

12/09/2009

La vacuité comme programme politique

doisneau_sidelong_glance-1.jpg12 septembre 2009,

J-4.

Le temps ne m'a pas donné raison. Le quotidien de couleur PDC n'a pas fait d'article sur les accointances Lüscheriennes (attention, ne jamais omettre le très germanique Umlaut) et la brillante étude d'avocat genevoise.

Certes. J-4 disais-je. Ils sont trois, tous beaux et fiers. Un petit tessinois n'hésite pas se proposer volontaire au combat, mais personne n'en veut.

On parle de langue, on parle de romandicité, de latinité, on parle de sexe. Oui de sexe. Ou de genre, c'est selon. Voyez-vous, deux femmes genevoises au Conseil Fédéral n'est pas du tout du goût de la classe politique.

On parle de ski nautique, ou de vacances aux Seychelles. On parle d'un jeune politicien "frais" qui pourrait voler des voix à son double de ticket... et du coup,  on parle d'un ours qui pourrait en profiter pour dérober un siège.

On parle d'alliances, de stratégies, des conditions du PS à : qui de nous trois est le plus "UDC-compatible"?

On parle on parle on parle.

A part notre sénior ours fribourgeois qui timidement du bout de ses lèvres a osé esquissé une sorte de programme polaroïd, il ne me semble pas avoir entendu beaucoup de contenu. Pas même dans ma petite lucarne... pourtant, avais-je bien sur les nez mes lunettes infra-rouges?

Finalement, la vacuité comme programme politique, c'est tout de même bien pratique. Le poisson s'est finalement noyé dans son sang.

01/09/2009

Le navire sans capitaine... ou sans équipage, c'est selon.

 

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Premier septembre 2009,

Un anniversaire. Une révolution. La révolution libyenne. Quarante années. A Tripoli, on festoie dignement. Les petits suisses attendront.

Bonne nouvelle, jamais autant des bagages n'auront aussi bien voyagé. Business Class dans un Falcon du Conseil Fédéral. Sabrons le champagne, à huit mille francs l'heure, les bouchons seront nombreux à voltiger dans les airs.

Enfin.

Des questions. Incorrects.

Retenus en Libye en 2008 ou retenus à Beyrouth en 1985... tous otages?  Jamais la langue française n'aura été aussi pauvre. J'aurais préféré "séquestration".

J'attendais l'article du quotidien orange. Il n'est pas venu. Encore une question: peut-on être Conseiller Fédéral et partager l'étude d'un homme qui défend les intérêts libyens? Vous le savez, ce n'est qu'une question de temps.

Enfin. Il n'attendait que cela. La Suisse le lui donne sur un plateau d'argent.

"Saisie de larmes et de stupeur, la Nation les interpelle, elle demande: mais qui donc êtes-vous?"

On le lâche, on l'abandonne. On nous avait dit un jour: ne lave jamais ton linge sale en public.  Ils l'ont fait. Ils le font.

Elections en vue? Peut-être.

A choisir un navire sans capitaine, ou sans équipage.... j'ai fait mon choix.