24/04/2014

Cette humide compassion

olivier francey,britney,spears, GenèvePolaroïd 00 : 00

Tu as choisi de te montrer. De faire parler de toi, de rappeler à quel point ton existence nous importait. «Je compte», sembles-tu vouloir signifier, quasi itérativement à chaque photographie publiée, à chaque mot que tu sembles avoir fait échapper. Forcément, tu évites les lieux communs. Tu n’es pas la moitié d’un con. A la main de ta fille, tu lui préfères quelques doigts fragilo-fébriles sur la tienne (velue) en te drapant de la pudeur paternel. «Je ne suis pas n’importe qui», ne lanceras-tu jamais, non sans omettre de préciser que tu «emmerdes le monde». A la nudité de la bête convoitée et acquise ou rémunérée, tu vendras une esquisse de talons ou un abandon de mégot dans un cendrier en cristal, pour rappeler que tu ne fréquentes que les cinq stars de la Riviera.

Pas question d’aduler ce qui n’est pas approuvé par le NME, voire le Rock’n’Folk. Tu crèves d’envie de dire, les lèvres boursouflées quand ce n’est pas le nez, que ta vie mérite d’être relatée. Gangreneuse envie d’exister qui te dévore. Tu inondes les réseaux sociaux de tes propres propos, de tes propres vidéos ou de tes propres chats. Velus, pattes à l’air, mines aimables.

Données si peu comestibles tant elles reflètent ta vanité. Pour toutes ces raisons, il faudrait te haïr. Mais comment te refuser la haine du monde? Tant tu la suintes.

15/04/2014

Miracle de la chimie moderne

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Effleurée par un satin deux étoiles, mais réveillée par les éboueurs. L’odeur anxiogène d’un monde dont les paupières se décollent. Alors que les siennes ne se rencontrent désormais plus beaucoup. Un cil n’effleure désormais que rarement un congénère. Surtout pas cette nuit. Lui est différent, ressent-elle. Miracle de la chimie moderne. 

 

Il y a celle qu’elle croyait être subitement devenue. Elle demeure pourtant celle qu’elle était. La peau épaisse de fond de teint, le bas à peine déchiré si un vernis ne lui avait pas sauvé sa soirée. On sauve. On n’a pas le temps de capitaliser. Caresser l’instantanéité, le poumon hypertrophié, les lèvres entrouvertes.


Il y a de l’infinie tristesse à épier les pupilles, à supputer des intentions à des mains et à se laisser bercer par des palpitations, lorsqu’elles ne sont que mécaniquement cardiaques. Il y a pourtant de la beauté à cette volonté désespérée du sens. Un sens à ses mots, ou plutôt à ses syllabes ouatées comme elle regarde des néons osciller dans la nuit.