26/07/2013

Summertime

Olivier, Francey, Journaliste, TDG, Tribune, Genève, Britney, SpearsPolaroïd 01: 07


Je vous le dis, je veux capturer. C'est mon droit. C'est ma mémoire, c'est ma vie, c'est mon billet et je l'ai payé le même prix. Téléphone portable levé, qu'importe l'embouteillage horizontal et les japements gutturaux, l'angoisse du souvenir perdu me hante. Parfois même, le désir de montrer au monde que "j'y étais" se substitue à la peur de l'oubli. Alors je ne vous laisse pas croire une seule seconde que je fus ailleurs. Moi? Vous n'y pensez pas! Je filme, j'enregistre, je garde, je scelle le moment. Mon moment? Enfin... plus vraiment, parce que je vous le dis, je vous le dégueule. Et alors? Vous me suivez sur Twitter, Vine, Facebook et Tumblr. Vous aviez le choix de me quitter mais vous l'avez refusé. Vous vouliez savoir.

 

Je vous le dis, vous n'avez pas à vous plaindre. A côté des succions de langues qui s'entrechoquent et le pop-corn déchiqueté par des vilaines prémolaires dans une salle obscure, l'objectif haute-définition de mon Iphone 5 apparaît presque comme secondaire. Vous n'avez pas à grogner. J'ai aimé le concert, j'ai vibré. Quand approche l'extase resurgit le monde. Les amis, les anonymes et les autres. Je ne voudrais, en aucun cas, vous laisser penser que j'ai fui le moment présent. Je suis multitâches. Ou alors malheureuse victime de MCT que je rassasie à gros cuillerées d'images et de sons stéréos à faire défaillir n'importe quel ingénieur du son.

 

La fragile membrane qui me sépare de vous dévoiler mon intimité (mes vacances à Paris ou aux Seychelles, mes ébats, mon chien, mes états d'âme sur la peine de mort, le port du voile, l'avortement ou l'affreuse attirance culino-asiate pour les canidés) fleure la brisure. Avouez que vous êtes à deux millimètres de ne pas cacher vos prunelles pour me voir nu. Vous haïssez autant l'exhibition qu'elle ne vous attire. 

 

Je vous le dis. Et vous l'avalez. Vous aimeriez me haïr. Et vous me comprenez. 

 

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24/07/2013

Les donneurs de leçon

Olivier, Francey, Journaliste, TDG, Tribune, Genève, Britney, SpearsPolaroïd 11 : 14

 

Ah? Nouveauté. On ne se moque pas des morts. Encore moins des mères mortes. En fait, on ne se moque pas de Diana Spencer, Duchesse de Rothesay. Damn. Voilà ce que j'ai appris en paraphrasant sur Facebook l'excellent Guillon. L'outrecuidance de l'humoriste? S'être fendu d'un brillant tweet à la suite de la naissance du Royal Baby: "Toujours aucune réaction officielle de Lady Di qui est pourtant grand-mère depuis plusieurs heures." Vous avez évidemment le droit de ne vous gausser, surtout si vous veniez de perdre votre mère. Auquel cas, je présenterai de ce pas, bien évidemment, mes plus bafouillantes excuses. C'est vrai, on ne rit pas de tout. Sauf si on en est, soi-même, la principale victime. Desproges serait sans doute pendu aujourd'hui.

 

Ce qui étonnant - outre la lumineuse plaidoirie du conseiller national PLR Christian Lüscher ("Nul à ch...") et qui dénote un franc sens du second degré - et outre le geste très désapprobateur de l'ancienne conseillère municipale démocrate-chrétienne Sandra Golay (mais aujourd'hui MCG) qui s'est immé-dia-tement retirée de ma précieuse liste d'amis virtuels (de quoi susciter un vif émoi et une vive interrogation du type: "Comment? Pourquoi? Misère.") - c'est une remarque particulière qui m'a interpellée. Celle-là même qui me pousse à ces présentes jérémiades. Je cite: "Toi, tu n'as probablement pas perdu ta mère." Non, c'est vrai. On doit absolument et sur le champ lui donner raison. Comment ai-je pu être à ce point si insensible. Fabienne Gautier, ancienne député PLR tout aussi loquace sur les réseaux sociaux, dit le vrai, lorsqu'elle s'offusque de ces hommes qui manquent de sensibilité. Quels crétins ces mecs. Qu'on me pende.

 

Mais une question, néanmoins, taraude toujours mon esprit, si masculin.... Est-ce que la perte d'un frère m'autoriserait à ironiser sur le dos de la mort? Oui? Non? Ou est-ce que seules les mamans comptent? Un père vaut-il une moitié de mère? Une soeur, trois quarts? Dites-le moi, please. Parce ce serait dommage de continuer à croire que seuls ceux qui ont perdu des gens s'autorisent à en s'en amuser. Encore plus dommage d'oublier de souhaiter à tous ceux qui n'en n'ont pas perdu d'en rire. A mort. On lui doit bien ça, à la grande faucheuse.

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22/07/2013

Avec un h aspiré

Olivier, Francey, Journaliste, TDG, Tribune, Genève, Britney, SpearsPolaroïd 23 : 05


Elle se craint. Pourtant comment ne pas en tomber follement amoureux. Comment ne pas la désirer, pourquoi l'éviter alors qu'elle est si délicieuse. Si âpre, parfois amère comme des fraises des bois. A peine acidulées, de quoi susciter l'amertume au palais et les retournements de langue sur le flanc vaseux de joues asséchées. Pour mieux sentir le claquement des dents sur une mâchoire déjà abîmée? Of course. Le rictus ne tue pas. On l'aimerait intellectualisée, elle demeure ventrale. A côté, l'agglutination médiatique aux nouveaux-nés ou aux tueurs en série (mais d'enfants!) suscite vaguement un sourire, dévoilant des dents joyeusement jaunâtres. 

 

On la rencontre souvent petite et fragile. Née de rien, des trahisons du quotidien, des promesses des imbéciles et des délices de la peau. Alors que la petite se suçote, la grande gronde. L'injustice appartient à cette dernière catégorie. De celles qui imposent les postures d'indignation. Celles-là ne touchent que la chair. 

 

Et puis il y a les autres. Les vraies, les sombres, les noires. Celles que l'on traîne, jours après jours, saisons après saisons comme une ombre syphilitique dans le si misérable espoir que l'autre en crève. Ainsi s'apaisera la Haine. La grande, la vraie, la pure. Je vous le promets. Elle l'a promis. Pourquoi pas moi?

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16/07/2013

Un jour de juillet

Pour, toi, Merci, as, always, LPolaroïd 01:06


Sa peau perle. Suintante sueur. On aimerait accabler la chaleur moite de l'été. Ce n'est que l'odeur de la peur. Ou alors de la fin. La vraie. Celle-là n'attendra pas le printemps indien. Sans rien dire, sur des pas à peine plus lourds que le vent qui souffle sur le lac. On aurait aimé repousser le crépuscule, ne serait-ce que pour que les yeux se closent dans ses draps et sur ses cadres aujourd'hui poussiéreux. Fallait-il encore douter que la sépia ravivait autant de couleurs? Celle des baisers, des promesses fallacieuses tenues au petit matin mais des vraies larmes. Celle des ombres acceptées et des allumettes qui illuminèrent son visage désormais découvert. On la savait fourbe sans jamais l'avoir senti haleter dans son cou. Fascinante fétidité.

 

Fascinante parce que suspendant le temps aux aiguilles. Des montres et des injections. Attente paralysante, comme le Jura qui se fige dans le lac, lorsqu'il se fait huile. Lisse. Pas un cheveu. L'angoissante palpitation de l'horizontalité des lignes et la phobie des zéros. Les conversations se résument, faute d'intérêt et de présence, à lire sur des lèvres, pupilles dehors mais pupilles vides. 

 

"Elle va mourir?" 

 

"Oui."

 

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