13/11/2012

Rien

35133503b862acc2be1e5461186b3a4a.jpgPolaroïd 22:22


Il évite désormais le centre-ville. Les doigts jaunis par un excès certain de MaryLong, je l'ai croisé aujourd'hui dans un centre commercial. Oui, là-bas, la banlieue, les erreurs architecturales, les loyers pas chers, l'autre Genève qu'on cache à coup de "square", des "C'est pas si moche" et de centres d'animation socio-culturelle. Il a pris un coup de vieux. Je n'ai pas osé lui demander s'il était malade, si ces poumons arrivaient encore à aspirer un peu d'air, malgré ses lourds sifflements. Il avait l'oeil vitreux, le cou tordu, les ongles sales. Pas que ça me dégoûte, oh non. Prétentieusement pas envie de lui rappeler ce qu'il avait été.

 

Le chasselas bien aligné à la ligne, les mots diffusés avec confusion, il n'y avait plus personne pour répondre. Je l'ai regardé. De longues minutes. Lui qui ne disait presque rien, ou qui crachotait, épisodiquement, quelques bribes. "Pour faire sens, une dernière fois", me suis-je dit. En me rappelant qu'il obtiendra pas ses nouveaux poumons.

 

Non. Lui. N'obtiendra rien. Un peu de morphine. Et un arbre à souvenirs. Pluriel facultatif. Arbre incertain. Pour cause, il ne laisse rien. 

 

Sauf un con, lâche de surcroît, qui le regarde. Moi.

04/11/2012

La vague

ecume-de-mer-a19489128.jpgPolaroïd 02 : 20

 

Dedans, dessus ou dehors. Le curseur, la boussole, le nord. La main à caresser, celle que l'on lèche ou abreuve de sécrétions. Celle que l'on prend ou celle qui fait mal dans le creux d'un oreiller à liquider les dernières larmes qu'on n'a pas versé à Haneke, à la télé-réalité, aux documentaires sur la seconde ou les maladies orphelines. Celle qu'on avale, le pharynx dilaté, celle qui nous porte contre celle qui nous noie, les poumons bien remplis.

 

"Il faut pourtant choisir lorsqu'elle se fait sentir. Humer le vent", ruminent-ils à la chaire aussi dure qu'un céphalopode. "Dans quel sens se dirige-t-il? Est-il noir? L'embarcation est-elle assez charpentée?", calculent-ils aux manière d'apothicaire, à la précision délicate des pas des danseuses de l'Opéra de Paris sous Lifar.

 

On aimerait haïr, ceux qui lèchent l'écume. On y arrive, l'oeil pourtant inéluctablement attiré par le cul nu d'un autre. Pas celui qui ne l'a pas vu venir. Celui qui l'a attendu. Le pied froid, les lèvres gercées. 

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