22/10/2012

Caran d'Ache, 6B

chignon.jpg"Certaines bribes de pensées ne méritent pas l'encre", a-t-elle expulsé, le crayon Caran d'Ache 6B bien ancré dans un impeccable chignon. "Elle devait avoir raison", se dit-il après avoir estimé que ce n'était pas un prétexte pour faire taire. "Il faut se méfier des cheveux lorsqu'ils se font artificiellement sauvages. Ce n'est que le subterfuge des gorgones pour se fondre", persiflent les mères juives. A toutes les écouter, les mères et les autres, il avait perdu le fil.

 

Ah oui, les bribes qui dégoulinent et qui tâchent. Celles aux goûts de salive non ravalées, qui finissent toujours pas s'étaler comme des flaques de bave parfaitement lustrées. L'avantage? On peut parfois y croiser son reflet tout en se grattant ses aisselles. Salées, l'aisselle, hein?


D'autres plumes s'agitent par peur du vide. Par peur de l'oubli, des autres ou de son ombre. En fait, par peur tout court. "Putain, c'est vrai, il faut quand même exister un tout petit peu, merde", beugla-t-il comme un hamster maltraité, à force de tourner dans sa roue sans lexomil.

 

Et puis elle s'en est allée comme elle était venue. Le dos droit comme un i, la démarche rectiligne un peu chiante et coincée. Disparaissant à l'angle d'une vieille rue pavée, il ne retint d'elle qu'un point. Celle du crayon Caran d'Ache. "6B", eut-il presque envie de crier. Il n'a pas pu.


"Le hamster ne parle pas. Le hamster ne parle pas", s'évertua à se convaincre, le doux rongeur.

21:44 Publié dans Rien | Lien permanent |  Facebook

07/10/2012

Salaud de riche!

titanic-kate-winslet_320.jpgPolaroïd 14 : 28

 

Il y a un truc qui me chiffonne, avec cette marche qui a fait tant couler d'encre dans les journaux (à croire que le liquide ainsi suscité ne l'est que par la jouissance de l'expulsion du mot sur le papier). Alors on nous dit que ce grand rassemblement est une réponse aux propos d'un policier canadien, qui a prétendu que "les femmes devraient éviter de s'habiller comme des salopes si elles ne veulent pas être victimes d'agressions sexuelles". On nous dit aussi qu'être habillé "sexy n'est pas une invitation", sous-entendez à un rapport contraint. 

 

Plus banal, tu meurs, difficile d'être en désaccord. Un peu comme dire: être noir n'est pas une invitation au racisme. Sans blague. Qu'on me comprenne bien. Les propos de ce policier sont inacceptables.

 

Non, le truc qui me chiffonne, c'est la différence de traitement. Lorsqu'un riche se balade avec sa Cartier et son porte-monnaie rempli de billets violets et qu'il se fait agresser, on dit quoi? Et bien on dit, je dis, que c'est bien fait pour lui, qu'il est complètement crétin et qu'il n'avait pas à exposer son opulence dans des endroits mal famés. Pourquoi prend-on la défense d'une femme face à son violeur, d'un noir face à son raciste, mais moins d'un riche face à son agresseur? 

 

Parce qu'être femme ou être noir, c'est porter l'habit de la victime. Alors qu'être riche, c'est par principe se le voir refuser? Il y a des statuts qui suscitent la compassion, d'autres pas. Il y a des actes qui se condamnent. D'autres moins. Pour défendre le droit d'être habillée comme une "salope" n'importe où, on descend dans la rue. Et qui pour défendre une exhibitionniste qui s'est pris trois coups de couteau parce qu'elle avait extériosé ses signes de richesse?