24/04/2012

Le dos tourné

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Comment ne pas les apprécier ces gens-là. Ces gueules d'apôtres qui ne font rien de leur dix doigts, les autres dont l'oeil divague à chaque apparence sociale se saoulant avec du mauvais vin. Les amoureux du verbe ciselé et des mots assassinants. Boris Vian? J'aime. Woody? J'adore. Dior? Aussi.

Comment ne pas aimer leur sourire si peroxydé, leur main amicale sur votre dos courbé, les clins d'oeil à la sortie d'un ascenseur. Avec eux, même le crachat semble délicieusement liquoreux, avalé dans un dégurgitant mouvement de langue. Le tutoiement? Une marque indélébile d'affection. Celle que l'on chérit, que l'on garde précieusement. L'air nigaud ou hagard, le sourire niais de découvrir enfin que l'on puisse nous apprécier.

Préférer le piédestal aux catacombes, la lumière éphémère aux néons moites et scintillants de l'incertitude. Même les humides échanges du petit matin vous attendrissent, sous prétexte qu'il se peut qu'on se soit trompé. Même paresseux, tant qu'elle semble avoir pris plaisir.

Tout est bon le dos tourné. Même elle. Même lui. Même eux. Posture délicieuse lorsque l'autre se retourne aussi. Ce moment de grâce lorsque les pupilles s'entrechoquent, laissant place à une subite aridité des glandes salivaires. Lorsque les mots, ainsi cryogénisés dans des gorges étroites laissent le silence parler de lui-même. Ce devrait être le succès de la justice alors que ce n'est que la victoire du rien. Parce qu'ils ne changeront pas.

Ils continueront, le dos tourné à coller leur épiderme poisseux au votre. Si ce n'est que ce ne sera pas alors votre dos qui leur sera présenté. Non.

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