27/02/2012

Si c'est sûrement l'échec du doute, c'est surtout l'échec du silence

pic.jpgPolaroïd 23 : 17

C'est la grande messe humaine. Les bras se lèvent et les mains s'effleurent. Les corps et les langues se sont mélangés pour le meilleur comme pour le pire. L'abattage, disent aujourd'hui certains. Les mêmes qui n'auront jamais daigné prendre les armes et les autres qui vous le rappellent vivement. J'aimerais croire que c'est la victoire de quelque chose, alors que ce n'est que le reflet d'une autre: la copulation. Ultime et incestueuse comme le veut tout rapport entre membres de la même espèce. Celles de toutes les opinions, de toutes les rumeurs générées par un vieux fantasme de cabinet. Pire encore, c'est la suprématie des commentaires, véritables machines à bave, mais véridique exutoire, à remplacer les prostituées comme soupape sociale.

La consécration du 2.0. et des blogs, des groupes formés sur les réseaux sociaux. Les réseaux de soutien, de haine et ceux d'humour. Animés par ceux qui semblent plus intéressés par le clic, par le nombre d'adresses IP et le nombre de gloses que par les actes. Ceux qui vous insultent au lieu d'agir. Ceux qui hurlent à la sacro sainte morale alors qu'ils n'arrivent ni à expulser des syllabes ni des lignes. De trams, de prose ou d'autres. Qu'ils m'insultent ni changent rien. Ils disent. Je fais. Aussi mais surtout.

Ils avouent ne pas juger, mais parlent tous. Pire encore, ils ont des opinions. Qui ne valent que ce qu'elles dénotent. Une opinion. Celle qui devrait rester au comptoir ou prendre corps dans l'action.

En fait, si c'est sûrement l'échec du doute, c'est surtout l'échec du silence. En attestent ces présentes lignes.

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25/02/2012

Lettre ouverte à Monsieur le Procureur général

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"Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite".

Pierre W. est un terroriste. Oui Monsieur le Procureur, j'ai bien lu le communiqué du Mouvement citoyens genevois envoyé aux médias à 00 : 20. (Comme si ces pauvres abrutis de pourlécheurs médiatico-dépendants n'avaient pas de vie sociale.) Ils disent: un sourire "prémédité et délibéré" qui atteste du fourvoiement du député libéral-radical. Le bougre s'est aventuré au pointage de doigt (lequel? Le communiqué ne le dit pas...) envers son confrère Eric S.

La "provocation" est intolérable, ils ont cent fois raison. Sur la tête de mes aïeux. Surtout que Monsieur W. est "coutumier du fait".  Mais qu'on le pende sur le champ! Ou qu'on l'inculpe pour tentative de noyade au verre d'eau. Que les tribunaux de la Cour internationale des Droits de l'Homme se saisissent de cette outrecuidance.

"Faire croire que Monsieur S. est une personne irascible et impulsive"? Foutaise! En atteste son holster vide et ses prises de position itérativement réfléchies. Surtout quand le communiqué indique que "le liquide projeté en direction de Pierre W." ne peut "qu'au pire refroidir son tempérament querelleur bien connu de tous".

Veuillez bien croire, Monsieur le procureur général, au bien fondé de mes sentiments. Amicalement et bien à vous, votre sérénissime.

Un ami qui vous veut du bien.

23/02/2012

Il y a deux types d'auréoles. L'un d'elles ne se trouve pas au sommet du crâne.

pic-6.jpgPolaroïd 01 : 12

C'est le grand retour de la morale. Des comportements "adéquats" et des attitudes "irréprochables". On croit rêver. Le champ lexical s'étale à coup de "vérité" et de "sérénité désirée" contre les "balivernes, les calomnies et les mensonges". A croire qu'ils lèchent tous de la guimauve multicolore alors qu'ils s'asphyxient quasi rituellement l'oesophage à coup de lourde lapée de rouge. Oui, celui-là précisément qui tache les commissures des lèvres de celui qui expulse des "j'vous le jure, je ne suis pas saoul". Celui-là encore qui crache des "je t'aime" de la même manière que lorsqu'il se rend aux toilettes. "Les commodités", disent les Britanniques.

2012 sera définitivement une année à introduire dans les annales. Qu'on s'étonne ou qu'on condamne peut encore s'avaler. Mais qu'on s'étonne d'avoir découvert seulement aujourd'hui que le monde est mauvais, que les gens mentent ou qu'ils s'empoignent?

J'aurais presque plus de sympathie pour ceux qui trichent, fabulent, parjurent et trahissent. A ceux qui s'offusquent. Parce qu'il y a toujours deux types d'auréoles. L'un d'elles ne se trouve pas au sommet du crâne.

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22/02/2012

De l'un ou l'autre

pic-2.jpgPolaroïd 01 : 29

Dans la certitude, il est roi. Vil démiurge, horrible bourgeois, il se lape tout en se prélassant d'un reflet confortable: celui du faiseur d'opinions et de la droite toute tracée. Les résistances sont faibles, à la hauteur de ses apparitions, calculées et chirurgicales. L'opposition doit être radiée, sur le champ. Le peloton, d'exécution cela va de soit, est encore pluriel. Les chétifs impertinents sont giflés de la main droite, la chevalière ostracisant le reste des irascibles de la gauche.

La résistance lui est insupportable. Il ne manquera pas de cacher l'éruption cutanée ainsi suscitée par des onguents, l'irritation épidermique par des crèmes. Omniscient, il liquéfie les verbes, essouffle l'adjectif et aspire les noms, les recrachant par d'autres. Prêt à mourir pour une conviction, la bête n'hésite pas à avaler sa propre salive pour s'hydrater.

Frontale, l'issue du duel est connue. La mort. De l'un ou de l'autre. En ce sens, il est fatalement attractif, mais terriblement déprimant. Parce qu'il est prêt à tout sacrifier. C'est ce qui différencie le morne père de famille du vigoureux combattant célibataire. L'un est seul.

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19/02/2012

Bref, elle est partie

pic.jpgPolaroïd 23 : 31

"Elle est partie", a-t-il susurré cette après-midi, le regard oblique, tout en se resservant un verre de Talisker millésimé. Il était 13H27. "Une histoire comme des millions d'autres", a lancé un ami pour le rassurer. Il se trompait. La douleur ne se compare pas, ni ne se dilue avec les siennes. Il s'est ensuite tu quelques minutes épiant son image déformée par le reflet ambré que lui renvoyait la précieuse substance, tout en répétant à échéance régulière que ce n'était pas grave.

Rien d'important. Le désir. Oui mais d'un autre. Qu'importe la manière de lui dire, il fallait partir. Quitte à mentir. Un tout petit peu, parce que c'est foutrement difficile à dire, la vérité. "Et puis, on s'habitue à l'abandon", rassura le même ami désabusé. S'habituer? On peut. Ne pas s'attacher, contrôler les doses de morphine à délivrer quotidiennement, ne jamais lâcher un seul centimètre carré de terrain, ne pas céder. La confrontation. Celle qui ne mène à rien, lorsqu'il n'y a aucun trophée à gagner. Autant s'étaler sur des poupées.

Ne lui reste aujourd'hui que la haine. Demain, la lente cicatrisation chrétienne ou l'infâme relativité. Celle qui consiste à incantatoirement répéter "ce n'est pas grave". Celle qui consiste, en toute circonstance, à clore ses lèvres et retenir l'ouverture de ventricules. Ne serait-ce que pour ralentir leur putréfaction.

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14/02/2012

Aux aphones

pic.jpgPolaroïd 00 : 30

Je vous apprécie.

Certains vilains libéraux pure souche ont l'outrecuidance de vous traiter de faux derrières. Ils s'indigneraient presque. Quel toupet! Mais vous, c'est tout autre chose. Vous? Vous êtes de vrais indignés du système. Vous vous épanchez dans l'expulsion de quelques phonèmes à la radio tout en reconnaissant que vous êtes médiocres. Ah, c'est vrai, la radio? C'est un art. Votre art est différent, c'est celui de vous improviser écrivain ou révolutionnaire. C'est drôle. D'autres, à votre âge, n'ont pas eu le courage de prendre la philosophie comme branche principale à l'Université (organe que vous n'avez pas souhaité empoigner, je le comprends avec compassion). La philosophie? Ils l'ont, avec la plus grande des fourberies, substituée à une branche subalterne. Histoire de l'Art, linguistique computationnelle ou grec ancien? Oui. Mais pas vous.

Vous? Vous êtes écrivain, ou parlementaire. Autoproclamé sans avoir publié une seule ligne digeste ou lancé une seule consonne nasale. Sauf sur les réseaux sociaux ou un blog. A en croire que votre réseau social se résume à des toiles tissées dans l'univers virtuel. Et que votre seule activité physique (manuelle, n'ai-je pas osé rajouté) s'accomplit dans la juxtaposition des commentaires. Activité qui semble très en vogue au sein de votre génération. J'aimerais que vous vous épanouissiez, je vous le promets.

Votre activité générationnelle? Celle de vitupérer avec un culot, somme toute assez rafraîchissant, sur n'importe quoi. Mais surtout celle de l'incapacité de vous exprimer dans un hémicycle, même rectangulaire, ou dans un microphone. Ne vous reste que de fantomatiques adolescentes assoiffées de rébellion en guise de trophée. Espérons qu'elles comblent votre soif de certitudes, se pourléchant leur lèvre humide en clamant que vous êtes un bon parti.

Lequel? Celui de ceux dont on attend qu'ils fassent quelque chose. Ô, trois fois rien. Une seule. Ce serait déjà bien.

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08/02/2012

Avaler ou pas

woman-taking-a-pill.jpgPolaroïd 00 : 30

On m'accusera de corporatisme, je l'accepte avec un malin plaisir. Le fantasme de connivence est excitant. Pas impossible. Mais surtout terriblement érogène. N'est-ce pas terriblement érotique que de penser que les politiciens usent de leurs charmes pour convaincre les misérables journalistes? Ah bon? Oui, c'est un peu leur boulot. Que les journalistes se laissent séduire par de douces mélopées? Oui. On appelle cela le talent. Talent politique, cela va de soit. Que les journalistes se complaisent d'être dans le secret des dieux? Sûrement. Il ne faudrait pas, ô c'est certain. L'esprit libre, la virulence, le sens critique, la répartition égale des opinions? Un atout.

Un mythe. Un idéal. Nul doute que certains l'atteignent plus que d'autres. Nul doute non plus que certains autres ne s'offusquent de n'être pas dans les "bons papiers". Qu'ils s'offusquent avec virulence. Qu'ils hurlent à la censure, qu'ils vous appellent, ou appellent à la déontologie et au conseil de la presse, c'est leur droit.

Restent les autres. Ceux qui crachent sur la toile, les blogs et les réseaux sociaux. Qu'ils vitupèrent et distillent. La pression n'est jamais vaine, même si contre-productive si les assises ne sont pas solides.

Il n'y a malheureusement qu'une répartie. Affreusement paradoxale. Celle de vulgairement s'en foutre. Celle de juger sur les idées. Celles misérablement mieux vendus par certains que par d'autres. C'est un art. D'un côté comme de l'autre. Que d'avaler, ou pas.

07/02/2012

La ligne

medium_dialogue_de_la_ligne_8e925.jpgPolaroïd 00 : 59

C'est le réveil des bêtes. Suffit-il d'humer l'odeur de la dépouille pour faire un pas à gauche. Ou à droite. Un peu comme se brosser les dents. Certains meuvent la tête. D'autres la brosse. Un peu comme un capitaine qui rejoint la chaloupe au premier naufrage auprès d'un récif transalpin. Ce serait, en effet, terriblement bête de mourir avec les autres. L'instinct a bon dos lorsqu'il ne s'agit que de s'en sortir. Je rêve d'animaux qui se meurent avec les leurs. Pas ceux qui hurlent avec la meute, ni ceux qui se taisent avec la mêlée. Un attachement avec ceux qui s'écrasent contre les ampoules. Incandescentes cela va de soit. Les bornés, l'épiderme calcaire, l'attitude frontale. La ligne. Celle que je ne fais que croiser.

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03/02/2012

Se faire avoir

pic.jpgPolaroïd 00 : 30

Deux ou trois mots lancés en l'air comme un claquement de fouet. Quelques battements de cils. Un ton. Un brin de voix. Une remarque insolite. On n'est jamais autant séduit que par soi-même. La séduction est imparable, quand c'est l'autre qui s'auto-affectionne. C'est l'économie de la suffisance et de la performance. Suffit-il de livrer le colis, à la bonne destination. Suffit-il de faire germer la graine. Faire semblant? Un plus. Le mensonge du trou, le mensonge du manque, le mensonge du but et de la cible. Qu'importe l'autre, il faut avoir. Posséder est un peu léger. Aimer est une aberration. Aimer est une faiblesse non assumée. Qu'importe les morales, les formes vindicatives et les déclarations.

Et puis on se fait avoir.

Prévoir la porte de sortie, éviter les voies sans issues. La fébrilité est contrôlée, les faiblesses? Tuent. Lorsqu'il faut expulser des syllabes, on se tait tout autant, tétanisé par la peur de la faillibilité. Il faudrait dire, pourtant on se tait. Parce que terriblement rassurant. Aucune chance de se faire avoir. Mais surtout "aucune" tout court.

On aimerait se noyer dans la froide crudité, se pourlécher de l'imperfection pour enfin être nu. On aligne pourtant toujours les mots. Paravents utilitaires. Et lorsque l'on voudrait crier, ne sortent que des amalgames moelleux de phonèmes. Adipeux. Conformes au courage.

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