31/01/2012

Que Majid Pishyar choisisse sa cible!

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Quel ravissement de lire "l'appel" si solennel du président du Servette FC, Majid "magique" Pishyar.

L'homme galant dit s'adresser à la "communauté genevoise". "Les Servettiennes, les Servettiens" et "Chers tous", peut-on lire sur le site du club grenat. Nul doute que ses propos aient été traduits. Qu'importe. L'homme est seul aujourd'hui, c'est en tous les cas la corde sensible dont semble jouer son président. Il a été "courageux, patient, et persévérant". Du temps, de l'énergie, de la force, avoue-t-il. L'homme s'est investi, de sa personne peut-on presque voir suinter entre les lignes. "J'ai donné mais rien reçu, quelle ingratitude!", croit-on encore discerner.

Seulement voilà, ce n'est pas ce qui est dit. Le champ lexical ne trompe pas. Il feint de s'adresser aux Genevois, c'est pourtant à la communauté économique genevoise qu'il parle. La communauté genevoise, vraiment? Non, le soutien financier. "C'est maintenant aux Genevois de décider pour l'avenir de leur club mythique", lance-t-il. Non, c'est de l'argent frais, de la monnaie, des espèces, des biffetons, de la ferraille! Que Diable, soyez franc.

Que Majid Pishyar ait besoin de liquidité. Soit. Mais qu'il le dise! Pas à travers d'un communiqué glacio-mélodramatique posté sur le net. Qu'il ait besoin de sous? D'accord. Mais qu'il ne vienne pas jouer sur tous les tableaux. Qu'il ne mélange pas le coeur avec le billet, qu'il n'oppose pas le jeune talentueux contre la carrière incertaine, la corde sensible avec la menace aux relents de chantage. C'est tout simplement insupportable.

"Pourquoi continuerais-je avec toute ma force, mon énergie et mon engagement ce projet souffrant de si peu d’intérêt de la part des genevois?", finit-il par clamer. Oui, c'est vrai. Pourquoi? Surtout quand ce n'est pas aux Genevois qu'on s'adresse.

28/01/2012

O, deux fois rien

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Je ne sais plus s'il faut en rire, s'il faut s'en réjouir ou tout simplement en pleurer. En fait, je ne sais même plus si ça sert encore à quelque chose, un journaliste. (Oui, premier au classement des professions les plus abhorrées...)

Quel intérêt, alors qu'on dispose d'une multitude de "lecteur-reporter", capturant l'immédiateté de l'actualité. Qu'on n'hésite pas à propulser sur le web, eux, leur témoignage et leurs images. Vous me direz, ça peut jouer pour un incendie, une inondation ou un accident de voitures. J'ai toujours rêvé de faire un photo montage et de l'envoyer aux rédactions pour voir s'ils me publient. Avec un peu de talent et de malice, j'imagine que cela devrait être possible. Parce qu'en fait, c'est vrai. C'est terriblement fatiguant de sortir de ses bureaux.

Dernièrement, j'ai été aussi très étonné par la manière dont on gère les commentaires des articles. Oh non, pas ici. Ailleurs. Le premier article suscite 109 commentaires. Pas grand chose, une affaire, une "story" comme le disent si bien nos amis alémaniques. Quelques jours plus tard, autre article mais même sujet. D'accord. Mais pourquoi donc retrouve-t-on en pied d'article les 109 commentaires du précèdent papier? Parce que c'est le même sujet? Je propose qu'on garde tous les commentaires de tous les meurtres de l'année 2011, et qu'on les réutilise à chaque nouveau meurtre de l'année 2012. Ben quoi, c'est presque le même sujet!

27/01/2012

Expulser des syllabes tant le silence est insupportable

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Il faut alimenter la machine à dire. Expulser des syllabes tant le silence est insupportable. L'occasion de briller alors qu'il faudrait se taire. L'occasion de mentir alors qu'il suffirait de clore ses lèvres. Ceux-là mêmes qui s'offusquent du traitement que leur servent les médias alors qu'ils battent la campagne en répandant à tout va qu'on les conspue. Ceux-là mêmes qui devraient se réjouir que personne ne s'occupe d'eux, mais qui pourtant vous le reproche. Ils aiment trop la lumière. Mais la leur. La belle, l'éclairante. Sans les ombres ni les rides. Sans les miroirs de l'aube.

La complaisance est objective, la critique est toujours orientée. "On me veut du mal", gémissent-ils avant de vous regarder de leurs yeux embués et de leur profond sens de la trahison. Amusant lorsque ce sont les premiers à sortir les dagues et leur langue fourchue.

Il faut toujours s'allier d'une relative amitié avec ceux dont la langue ne pend jamais, ou ceux pour qui l'espace auditif doit être clairsemé. Quant aux autres, rien qu'à regarder la poisseuse crasse de leur clavier téléphonique ou des infimes particules épidermiques sur un écouteur suffit à comprendre. Tout ce qui sera dit sera retenu contre vous.

Chez eux, le crachat est un réflexe. Il faut alimenter la machine à dire. Expulser des syllabes tant le silence est insupportable. On devrait détester. On a pourtant pitié. Tant bien même qu'ils vous saluent, alignant une rangée parfaite de dents blanches. Peroxydées.

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20/01/2012

Le fumet de la fin

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Quelle angoissante effluve quand on s'efforce de ne pas l'humer. Même si, contre toute rationalité, sommes-nous obligés de la ressentir. A corps et à chairs défendants? Jamais. L'arôme anciennement enivrant qui se transforme un lourd défilé de Polaroïds aux couleurs fanées. L'odeur jadis des certitudes remplacée subrepticement par la saveur des "si" et des "je le savais". La septicémie soudaine qui remplace les "un jour" par "aujourd'hui".

Il n'y a qu'une certitude, celle-là même considérée à tort comme impie, le désir. Le désir d'elle, de lui, de l'autre ou de l'ailleurs. Celui qui cause la perte, qui enflamme les épidermes, qui engendre les deuils, les fins et les remords. La pesanteur des chapitres qui se tournent, les livres que l'on replace dans la bibliothèque. L'angoisse d'y mettre un terme, parce que personne ne croit plus aux renouveaux. Ni aux erreurs. Le pardon est vulgaire. Les doutes? Bannis.

Il faut assumer, la colonne vertébrale est rigide, la posture est droite. Et dans un processus bien connu de cicatrisation, il n'est plus question de comprendre. Il est question de mentir. A soi-même dans un exercice totalement schizophrénique de justification a posteriori de ses actes. Pour certains, ce n'est que la victoire de la rationalité, pour d'autres? La fatalité, le destin; alors que ce n'est que la fin. Abrupte et sèche, injuste et froide, mais surtout terriblement vraie.

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18/01/2012

Le devoir d'exemplarité ou le royaume des hypocrites

pic-1.jpgPolaroïd 01 : 59

On croit rêver. Le retour de la morale incarnée charnellement, dans ce que certains s'amusent à sortir de leur tiroir de circonstance: le devoir d'exemplarité. Plus hypocrite, tu meurs. L'exemple, c'est quoi? Une femme qu'on chérit, des enfants blondinets et des sorties au grand théâtre? Des positions itérativement répétées de missionnaire et des consommations modérées d'alcool? La course à pied au petit matin, les légumes à midi et un lavement le soir? Fil dentaire après repas, et lecture de Gibran ou de Levy au coucher.

Non. Il suffit de regarder. Les cravates alignés dans la plus digne des verticalités cachent des auréoles nauséabondes sous des aisselles détrempées. Les cachets mentholés ne font office que de paravent aux haleines éthanolées. Sans évoquer l'horizontalité des traits sur des miroirs lustrés, ni les tentatives poisseuses de membres préhensibles sur des postérieurs bombés.

On croirait les voir brandir des crucifix de la main gauche, le texte saint de la droite, les cornes cachées sous une prothèse capillaire et la queue poilue réfugiée sous un imperméable sombre.

Allez, soyez honnêtes. Le vrai devoir d'exemplarité que vous jetez en public en vous léchant la lèvre supérieure, ce n'est que pour mieux dire : "Faites n'importe quoi, mais que cela ne se sache jamais." Ainsi, on ne pourra plus vous taxer d'ignobles hypocrites. C'est déjà ça.

14/01/2012

La vraie affaire de Mark Muller ou comment prendre des vessies pour des lanternes

7468023-trois-lanternes-chinoises-physalis-alkekengi-cherry-de-la-vessie-lanterne-japonais-ou-hiver-cherry.jpgPolaroïd 21 : 58

La vraie affaire de Mark Muller.

Que le conseiller d'Etat se batte, s'empoigne, s'enlace ou ni l'un ni l'autre relève du domaine privé pour autant que cela n'influe pas sur la vie politique. Point final. Des querelles de fin de soirée, il y en a des tonnes, on n'en fait pas tout un plat. Cette affaire met-elle en danger la capacité de Mark Muller à diriger son département? Non. Quant à la manière dont il le dirige, c'est une autre question.

La vraie affaire, bien moins croustillante mais beaucoup plus problématique, est ailleurs.

Rappelons que suite au futur projet d'écoquartier du MàD, l'établissement est censé trouver avec la Ville et/où l'Etat une solution de relogement. Une solution dont l'issue pourrait être favorable ou funeste selon les décisions du magistrat. Que le conseiller d'Etat ait des amis? Tant mieux. Qu'ils soient socialistes, radicaux ou agrariens, ou même qu'il s'agisse d'Eric Stauffer, qu'importe.

Les questions sont simples. Mark Muller aurait-il du se dessaisir du dossier immédiatement au premier janvier, après que l'altercation ait eu lieu? L'amitié entre une employée et le conseiller d'Etat était-elle appropriée alors que le magistrat empoignait la question du relogement de ce même établissement?

Je sais que les affaires de toilettes sont nettement plus alléchantes que les autres, mais de grâce, intéressons-nous à l'essentiel. Parce que c'est ça, la vraie affaire Mark Muller.

11/01/2012

Ne jamais dire rien à personne

pic.jpgPolaroïd 00 : 56

C'est l'ère de l'hyper communicativité, et tant pis si les puristes de la langue française s'égorgent. De toute façon, tout se sait. Les droits sont abolis. Fini de ne pas répondre aux emails, aux pokes, aux appels téléphoniques, aux twitts et aux messages sibyllins de répondeurs. Les non réponses passent systématiquement, au mieux pour de la goujaterie, au pire pour un manque d'éducation. Les "on peut" se remplacent aisément par des "on doit".

C'est encore l'ère de l'hyper communicativité. Les insolubles questions sont insupportables, les non réponses suscitent des plaques irritant l'épiderme, les absences numériques créent des interrogations. Et les silences? Des coucheries. Supposées. Il ne faut rien dire, se taire, adopter l'interrogation des autres à tout prix, même les épisodes de faiblesse ou de vérité, c'est selon, sont décortiquées aux lumières de l'aube. Il faut bien remplir la machine à dire, l'entreprise à faire, exciter les mandibules et l'hypoglosse.

C'est le contrôle des images et des mots, la victoire des mensonges sur l'instant de vérité. On ne fera plus que l'amour que "comme il se doit". Ce sera alors la fin. Ne jamais dire rien à personne. Ne surtout rien faire. Ne surtout pas. Non. Pas.

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08/01/2012

Elle a l'air de tout

black-80-x-80-f18d5.jpgPolaroïd 00 : 45

Elle a l'air de tout. Même si d'autres disent qu'elle n'a l'air de rien. Elle a surtout l'air des possibles, l'air des lendemains, l'air des horizons mais surtout l'air de ne pas s'être résignée. Dieu merci elle s'insurge, elle pestifère, elle ne renonce pas. D'autres disent qu'elle braille, ce sont des crétins. Les mêmes qui rédigent les questions avant d'avoir les réponses, les mêmes qui avouent lire sur les lèvres avant l'expulsion mécanique des syllabes, ou qui lèchent leurs étiquettes dès la première apparition. Les mêmes qui déclament "qu'on ne dispose que d'une seule opportunité d'obtenir une bonne première impression".

Elle est tellement onctueuse la certitude. C'est vrai que les doutes ne font pas les grands hommes. Mais les grands hommes le sont, grands, justement pour leur clarté. Pas pour leur humage quasi psychotique de leur reflet.

Elle est tout sauf cela. Pétri d'angoisses, de complexes et d'incertitudes. Elle a l'air de tout.

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04/01/2012

Christoph Blocher est-il coupable de viol?

peste_bubonica.jpgPolaroïd 23 : 10

Que n'entendons-nous pas? Que l'infâme Christoph ait violé une chose? Oui, le secret bancaire. Et alors? C'est vrai qu'il n'est pas de bon goût de s'attaquer aux morts, je le conçois, la nécrophilie étant difficilement défendable. L'argument des détracteurs est pourtant audible. Christoph B. s'est battu pour la sauvegarde du secret bancaire (mais surtout de sa violation) contre les attaques allemandes et françaises. Donc, violer ce même droit pour attaquer Philipp H., patron de la BNS est inacceptable.

Quelques précisions. Le premier auteur de la dite violation est l'employé de la banque Sarasin, qui a ensuite fourni les documents violés à "un avocat proche de l'UDC". Voilà pour la chaîne causale. Il y a l'auteur. Il y a les complices. Soit. Christoph B. est un complice. Complice de quoi? Nier que le dessein soit éminemment politique, orienté? Non. En effet, l'infâme n'est ni bête, ni dupe, ni crétin. Que l'infâme se soit trompé? Peut-être. Et alors?

Que l'infâme ne dénonce que ce qu'il lui sied ne me pose aucun problème. Vous avez vu un socialiste dénoncer un scandale concernant son parti? Vous avez vu un libéral assassiner un collègue? Bon d'accord, l'affaire est courante. Vous avez vu un radical balancer un copain? Non. Niet. Never. L'argument de la morale, de l'intégrité ne tient pas en politique. Christoph B. se serait-il abstenu de violer qui que ce soit si cela concernait son parti? Certes. A-t-il eu raison de violer lorsque la victime pouvait le servir? Oui.

Je n'hésiterais pas à violer lorsqu'il s'agit d'interroger. Quelles que soient les motivations. Quel que soient les appels à la morale, à la loi et à son respect. La primauté du but sur l'origine.

371 francs l'aggloméré

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C'est toujours la première disparition qui est difficile. Le premier abandon. On l'espère de coton, de marques de draps froissés, une porte qui claque, des mots au rouge à lèvres sur un miroir, une lettre confuse en explications ou un message dégoulinant de bons sentiments sur un répondeur qui se termine par un "appelle-moi si tu en as besoin". Elle est pourtant parfois d'ébène, de plomb ou en aggloméré 18 millimètres. Pratique pour les petits budgets: 371 francs compte tenu du cours de l'euro, mais seulement destiné à l'incinération. On s'en contentera. Il faut bien que la pompe aortique, à défaut d'être morcelée, puisse encore servir à rédiger des annonces, commander des fleurs et choisir la musique.

Elle, a eu droit au moins droit aux doutes quand on a reçu que de la fatalité. Elle, c'est la disparition sans aucune forme d'explication. Sans aucune syllabes ni mélopées. Sans trompette ni tambour.  Elle a eu droit au manque de chance, au mauvais moment du mauvais endroit lorsqu'on a eu droit au déroulement chronologique des faits. Irrépressible envie de comparer. Envie de crier, envie de s'insurger. "Je veux des doutes, je veux du mystère, je veux autre chose que des causes crétines".

Les interrogations contre le vide. Les questions contre l'absurdité. Et pourtant, les mêmes réflexes, les mêmes manques. Le même trou. "Pas facile de comparer les morts", marmonne-t-il en jurant qu'on ne l'y reprendra plus.

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02/01/2012

Les bêtes et autres mammifères politiques

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J'apprécie les hommes et les femmes politiques. Pour leur courage parfois, pour leurs adultères aussi, pour leur mauvaise foi, pour leur obstination, pour leur mensonge qui le rendent si familiers, pour leur intelligence ou pour leur bêtise incommensurable.

Aujourd'hui sur la RTS lors de l'émission Forum, quelle ne fut pas ma joie que d'ouïr le débat suivant: "La libre circulation, le sujet qui va enflammer la politique suisse en 2012?" N'est-ce pas jouissif de lire Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse, dans la SonntagsZeitung qui revendique le droit de thématiser la "libre circulation"? On se rappelle presque ce même parti revendiquer le droit de parler d'insécurité. C'est vrai qu'électoralement parlant, cela devient difficile de passer à côté, non? Aujourd'hui, difficile de trouver un homme politique pour la défendre, la libre circulation. Bon d'accord, "pas de préférence cantonale", dira un conseiller d'Etat radical, pas d'illégalité avec les accords de Schengen-Dublin, pas de nationalisme, pas de suivisme populiste. "Du bon sens", disent-ils en choeur. D'accord, je ne suis pas juriste.

Il n'y a plus personne. Aucun pour nous dire combien la Suisse a bien profité de la libre circulation des personnes, aucun pour nous dire qu'on en a bien profité lorsque tout allait bien. Aucun patron pour nous dire qu'à compétence égale, il engage un employé moins onéreux. Aucun pour nous dire qu'il faudrait être crétin pour ne pas le faire. Cela frise la schizophrénie. Délicieuse période de repli. Il n'y a pas de problème de libre circulation, juste des mesure d'accompagnement qu'il faut utiliser à bon escient.

Il faut "requalifier" les chômeurs. Ah? Parce qu'avant non? Non. Parce qu'avant, ça allait bien. Parce qu'en période prospère, cela n'a aucune sorte d'importance.

J'apprécie les hommes et les femmes politiques. Pour leur courage parfois, pour leurs adultères aussi, pour leur mauvaise foi, pour leur obstination, pour leur mensonge qui le rendent si familiers, pour leur intelligence ou pour leur bêtise incommensurable. Je préfère malheureusement toujours ceux qui suivent leur conviction à ceux qui suivent le vent.