28/12/2011

Très Chère Laurence Desbordes

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Très Chère Laurence Desbordes,

C'est par le plus grand des hasards que je suis tombé sur l'un de vos éditoriaux dans le magazine Edelweiss. Vous vous offusquiez alors de ces "chiennes de garde" qui se battent pour ôter des formulaires administratifs français l'appellation contrôlée "Mademoiselle". Ces mots que vous avez couché ont retenu ma plus grande attention: "Ce qui est intolérable, c'est plutôt d'appeler madame une jeune fille de 18 ans et de vouloir la faire entrer dans le moule normatif d'une société qui dénigre la jeunesse ou le droit de ne pas s'affirmer en tant que femme mariée". J'aime beaucoup. Malgré la longueur interminable de la dite phrase et du conglomérat gluant de mots dont vous usez avec une certaine aisance.

"Fichtre, C'est audacieux!", me suis-je dit en recherchant d'autres traces que vous auriez pu laisser dans un papier glacé. Oui, ce mensuel que vous qualifiez d'innovant et de pertinent. Une brève demande à ma voisine "qui vous adore" aura suffi à ce que votre péché du mois de décembre tombe sur mon bureau (imitation Le Corbusier de chez teo jakob, cela va de soit). Tout vous offusque encore (même si vous estimez que c'est "marrant") à en croire la thématique choisie: "Ce besoin des journalistes de faire dans le misérabilisme".

Impossible de faire pire, vous l'avez pourtant fait. C'est vrai. Que c'est embêtant qu'on nous "rabatte les oreilles avec la crise, la Grèce, l'avidité de certaines multinationales". C'est vrai encore. Que c'est enquiquinant de parler "d'inégalités sociales, du surpeuplement de la planète et de la pauvreté". Vous? C'est une découverte scientifique française qui vous illumine: celle de faire retourner en enfance des cellules centenaires. "L'âge permanent de tous les possibles", dites-vous. C'est classe, c'est sobre. C'est surtout vide de sens, mais utile en société. Vous avez une énième fois raison.

En 2093, votre souhait?  "Commander une poussette avec plein de Barbie princesse et une panoplie rose et argentée de fées", écrivez-vous encore. Moi en 2093, je suivrai vos conseils. Vous écrivez "je laisse à mes confrères le soin de traiter ces objets accessoires". En effet, c'est mieux. Surtout quand je constate que vous aviez l'opportunité de remplir une page A4 avec du contenu, et que vous avez choisi au mieux, l'ironie. Au pire, la médiocrité.

25/12/2011

C'est encore l'heure des comptes

389520_10150388919168133_746288132_8263988_590153942_n.jpgPolaroïd 18 : 41

C'est encore l'heure des comptes, des bilans, des remises en question. L'heure de tourner la tête, du nettoyage de rétroviseur à l'ammoniac. On désirait le Kärcher, on a que des mouchoirs, question de classe sociale. On y arrive aussi, mais c'est plus long. Période fallacieusement féconde en promesses, mais terriblement pauvre en naissances.

Les âmes charitables se multiplient autant que les sourires, les regrets, les remerciements aux caissières (caissiers, diront d'autres) ou le vin... question de religion. "Il n'y a rien à faire, autant penser", croit-t-on encore lire sur les lèvres. Bouffée tout court, ou bouffée d'oxygène remplissant des poumons atrophiés le reste de l'année. On s'en fout, c'est l'instant de grâce. C'est l'éphémère des possibles, mais surtout l'ivresse du moment.

C'est encore l'heure des comptes. Des comptes falsifiés, des promesses de raisin, mais jamais de raison. Dans quelques jours, "tout redeviendra comme avant", lit-on sur des lèvres bleutées. Ce ne sont malheureusement pas celles de celle qui nous regarde. Là. Maintenant. Question de temps, "elle est encore trop jeune", jette en l'air un invité aviné. L'instant de grâce nous rappelle qu'on ne peut lui cracher au visage. Question de temps, non?

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19/12/2011

Alain au palais, Muriel aux fourneaux

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J'aime bien Peter Rothenbühler, son sourire de vieux renard à qui on ne fait pas la leçon, ses écrits toujours à propos, sa fine connaissance de Genève. Tous les dimanches, sa chronique dans l'hebdomadaire orange remplit de joie mes pupilles encore opaques d'un réveil trop brutal. Je me dis pourtant qu'il faudrait enfin rompre le cordon de l'addiction. En vain.

Hier, Peter R. s'est encore fendu d'un billet audacieux. Le thème: Muriel Zeender-Berset. L'ex-rédacteur en chef du Matin félicite la femme du nouveau conseiller fédéral socialiste pour avoir décidé d'assumer toutes les tâches. Les enfants, la carrière et les "fourneaux", hallucinant terme anachronique, mais ne doutons pas que le journaliste l'ait utilisé sciemment à des fins stylistiques.

Peter Rothenbühler pose la question : "Si vous aviez été élue à la place de votre mari, toute la nation s’interrogerait: mais qui garde les enfants?" Le chroniqueur a parfaitement raison. Lorsqu'une femme quitte son foyer, c'est toute une NATION qui s'interroge: mais qui donc va s'occuper des progénitures? Lorsqu'il s'agit d'un homme? Rien. Parce qu'en toute évidence, c'est l'autre qui s'en charge.

"Femmes de ce pays, prenez exemple", lâche Peter. Oui, ô oui Peter. Qu'elles arrêtent de se plaindre, qu'elles nous épaulent, qu'elles nous supportent, qu'elles se taisent, qu'elles affirment que "cela ne change pas trop leur train de vie actuel". Fichtre oui, la femme parfaite existe, hein?

Le couple parfait aussi, à en croire Peter Rothenbühler: "Alain au palais, Muriel aux fourneaux". Ca fait rêver. C'est frais, c'est moderne, c'est simple.

15/12/2011

Aux lapins victimes de myxomatose.

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On peut discuter de tout. Du zéro absolu, de l'effroyable coït des comptes, de l'interpénétration orgasmique des charges et des revenus. Du Saint Graal. Des assassinats, des infidélités de l'un, du retournement de veste de l'autre. De la corruption tardive et des effets de manches. D'Harry Potter et de Gérard Majax. On peut.

On peut tout discuter. Faut-il pour autant prendre la parole, oui, fichtre! Soyez hardis, courageux, insolents que diable!

Mais d'assister à l'aphasie de ceux qui vitupèrent sur les réseaux sociaux, qui "twittent" ou postent est tout simplement inacceptable. L'homme politique use et abuse de la parole. Cela devrait être sa nature. Par essence, l'animal politique s'exprime, combat, et essuie des échecs, voire ment, parjure mais au moins a le courage de s'exprimer à défaut de se cacher derrière la pression physiologique d'un bouton.

Alors à ceux qui menacent, qui s'insurgent, qui persiflent et bavent tels des lapins victimes de myxomatose, manifestez-vous! C'est la dernière chose qui vous sépare de la posture porcine de la stature verticale.

L'ombre ne vous rendra jamais grâce. Jamais.

08/12/2011

C'est l'heure des comptes

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C'est l'heure de l'existence médiatique, c'est l'heure d'exister un peu tout court. Son nom quelque part, mieux s'il est imprimé à l'encre. Pas pire si l'encre est numérique. La qualité se mesure en adresses uniques. Mieux encore, en initiales. IP. Pire, en chiffres décodés par un robot. L'unicité mesurée au nombre de gens connus est révolue. Place à l'existence éphémère. Celle des sondages, celle des amis, celle du réseau.

C'est la victoire de l'existence à tout prix, c'est l'heure de l'intégration virtuelle. L'information avant les autres, et qu'importe le contenu tant qu'il est avalé par ses congénères. Qu'importe les faits tant qu'on avale. "Merci de les recracher", s'adonnent-ils à fantasmer. La présence, l'occupation par peur de disparaître de la toile. Sacrifice de l'un d'eux pour des centaines d'autres.

Pourtant certains résistent toujours à l'occasion d'expulser des phonèmes. Certains s'excusent, d'autres raccrochent après s'être vautrés dans de vaseuses mélopées. Une minorité d'entre eux se taisent. Ceux-là mêmes asthmatiquement anachroniques qui imposent le respect, malgré la haine éphémère inspirée. Pour cette seule raison. Comment ne pas les apprécier? Ceux qui choisissent l'ombre. Non pas parce que la lumière est absente, mais parce qu'elle n'est pas légitime.

02/12/2011

C'est la langue râpeuse de la rumeur

imgDefinition471-1.jpgPolaroïd 23 : 07

C'est la langue râpeuse de la rumeur. Onctueuse caresse salée, juste assez salissante. Qu'est-ce qu'on aime s'en délecter en se pourléchant d'humides babines retroussées. Inlassable sensation lorsqu'on lèche. Moins quand on est léché. On tente bien, d'un geste maladroitement innervé de s'en débarrasser. On ne fait qu'étaler la crasse sur ses joues joufflues.

La rumeur comme réponse à ce qu'ils cachent, mais surtout à ce qu'on ne comprend pas. La rumeur, parfois témoin jaloux d'une existence qui consiste en une succession de vides et de draps abandonnés à la froideur du matin. Comme elle, on imagine que la chaleur du lit n'est pas le fruit d'une auto-combustion, mais bien de celui ou celle qui nous a quitté. "Il n'y a pas d'amour sans corps", pense-t-elle légèrement décoiffée. "Aussi absurde que l'odeur des vapeurs de l'aube", murmure-t-il en refermant la porte de son appartement. Et pour cause, il ne la reverra pas.

Perfide persiflage d'alcôves ou putride épitaphe de cabinet. Se glisse lentement entre les syllabes ou les vers, s'incarne dans des yeux levés au ciel ou des interprétations de silences. Entre les notes et les chaires. Exaltante sensation à en être le témoin, mieux si on le passe.

Et puis, au petit matin, la langue se fait pâteuse cognant maladroitement contre les parois d'une cavité asséchée. On décide alors de l'embrasser goulûment jusqu'à ce que cela dégouline. Ainsi nous voilà rassasié. Amen.

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