25/11/2011

La pureté de Lilliane Maury Pasquier

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Le quotidien Le Courrier s'est lancé dans la thématisation de sa différence, à savoir strico sensu: "Ce journal n'appartient pas à Tamédia". Je ne peux que les féliciter de cette démarche, il faudrait être décérébré pour ne pas soutenir l'idée d'une presse plurielle, d'une diversité des opinions et des regards. Non, ce qui a attiré le mien en seconde page du quotidien de gauche d'aujourd'hui, ce sont les propos de la socialiste Liliane Maury Pasquier.

"Le Courrier n'est ni une feuille de sous, ni une feuille de chou. (...) Il s'achète mais ne vend son âme à aucun grand groupe de presse."

J'invite donc la conseillère aux Etats réélue à ne plus jamais répondre aux questions des "journalistes de grand groupe de presse qui ont vendu leurs âmes". Parce qu'à en croire la présence médiatique de la socialiste à la TSR (SSR SRG Idée Suisse), à la RSR (SSR SRG Idée Suisse), à la presse régionale (Edipresse) et au quotidien gratuit 20minutes (Tamédia), je n'ai jamais eu l'impression que le manque d'âme l'avait dérangée.

J'invite donc l'élue de la chambre haute à se faire réélire dans quatre ans. Sans se corrompre. Ni vendre son âme.

23/11/2011

A prendre ou à lécher

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C'est vrai qu'il est toujours plus commode de parler par approximations. Indubitablement plus glamour d'avoir des réponses que des silences, il faut expulser pour n'avoir jamais à déglutir. La colle humide des post-it à la zone humide de l'entre-deux. Dites n'importe quoi, mais dites le bien. N'hésitez en aucun cas à mentir, transformez les centaines en milliers, l'eau en vin, les Yves Saint Laurent en Louboutin, ou l'inverse tant que le rouge coule à flots.

Promettez à tout-va, jurez sur la tête de votre petit frère cancéreux, sa vilaine peau d'adolescent fera imitation de sarcomes. Prêtez serment en n'ayant peur du blasphème, ou blasphémer en prêtant serment, seuls les naïfs pensent que tout se paie un jour. Au pire, jouez la carte de la victimisation. Prenez le gris pour du noir, le blanc fera aussi l'affaire. Confondez le magenta et le pourpre, tant qu'il est prêtre. Evitez les nuances, parce qu'on vous reprochera un jour de ne pas avoir été clair, mais surtout parce que l'interlocuteur ne peut s'en rassasier. Attendez de savoir ce qu'ils désirent avant de goinfrer, ou d'avoir les cendres avant de payer.

Sa propre salive sur un post-it. Le sien. A prendre ou à lécher.

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19/11/2011

L'effet Polaroïd

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Elle l'a aimé. Elle le dit parfois, elle le sait de temps à autre. Mais ne le sent plus. Ni l'odeur de sa peau, ni le goût de ses lèvres. Quelques lieux encore hantés et des sourires furtifs lorsqu'il lui arrive d'avaler un flocon de neige ou un Martini Bianco. L'infime fil s'est déroulé pour céder au poids du parcours. Même les soubresauts stomacaux, quand elle croyait le reconnaître au détour d'une rue, ont disparu. Nina Simone lui inspire d'autres hommes désormais. Son ventre rond, son mari.

"Il n'y a pas d'amour quand on voit déjà la fin", s'évertue-t-elle à dire à haute voix, comme pour se convaincre. Pour croire qu'il s'agit du "bon'', unique et précieux alors qu'il n'est qu'une pièce du tableau, le héros de son roman. Du roman de la bibliothèque. La sienne. Elle aimerait que ce soit le dernier.

Elle avouait pouvoir mourir pour une photo, "sinon à quoi bon", jetait-elle en l'air en le regardant. Aujourd'hui, elle contemple l'album, son fils sur les genoux, en constatant que les premiers polaroïds se sont effacés, aveuglés par le temps. "On m'a menti".

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15/11/2011

De l'erreur de penser qu'il s'agit de préférer

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Je m'étonne des propos tenus par le magistrat en charge de la Solidarité et de l'Emploi, en page 6 du Temps (15 novembre 2011). Pas de tous, non. Juste quelques mots. A la question de savoir s'il était "étrange" qu'un exécutif favorable à la libre circulation puisse avoir "appelé ce printemps à une préférence cantonale à l'embauche", le Conseiller d'Etat rétorque: "nous n'avons jamais utilisé une telle expression et avons toujours soutenu la libre circulation".

Que l'homme n'ait jamais susurré l'abject alignement de ces mots? Soit. Qu'il n'ait jamais accolé les termes "préférence" et "cantonale"? D'accord. Qu'il exprime son dégoût pour cette union contre-nature aux médias. Bien.

Mais que signifie alors l'alignement suivant: "Nous voulons éviter que des cas comme l’engagement de nombreux frontaliers par la Fondation des parkings ne se reproduisent" ? Que doit-on comprendre par: "Quant à l’Etat, depuis juillet, aucune demande de permis n’est sollicitée sans la preuve qu’aucun chômeur ne correspond au profil" ? Ou "Avant d’engager de l’autre côté du continent, il faut avoir le réflexe de vérifier si des chômeurs peuvent répondre aux besoins"?

Si ce n'est qu'à compétence égale, on engagera un genevois? Non. Vous n'avez jamais utilisé une telle expression.

J'implore donc votre miséricorde. Une erreur de syntaxe, un alignement fallacieux et une abominable copulation sémantique m'auront fourvoyé. Comme d'autres, comme la Tribune, le Courrier, le GHI, Léman Bleu, la communauté genevoise d'action syndicale, la fédération des entreprises romandes. Maudits soient-ils!

08/11/2011

Maître Bonnant n'est pas maître d'école, encore moins maîtresse de maison

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A propos des propos de Maître Marc Bonnant.

Le verbe est toujours lourd, la syntaxe agglutinante et la sémantique délicieusement indigeste. Mieux, excluante. Oui, le propos est ironique. Maître Bonnant n'est pas maître d'école, encore moins maîtresse de maison. La hausse du coût de l'assurance-maladie? Imputable à une bande de gueux dont les responsabilités sont inversement corrélées à leur propension à tomber malade. Les bonnes? Bonnes à être troussées. Dieu? Un fantasme qui, par essence, n'existe pas mais qui se désire. Le droit à l'oubli? Un mythe. L'Islam? L'autre.

Maître Bonnant n'est pas maître d'école, encore moins maîtresse de maison. Ils l'abhorrent, je crains qu'il ne s'en moque. Le politiquement correct l'insupporte autant qu'un ornitophobiaque, aux psittacus cela va de soit. Paradoxalement pour un homme de planches et de parquets, l'homme est étymologiquement obscène. Pense-t-il ce qu'il dit? Dit-il ce qu'il pense? Je n'en sais rien. "Au début, l'étonnement" disait Jeanne Hersch.

Je ne sais toujours pas s'il faut s'inquiéter pour Marc Bonnant de n'avoir suscité que si peu de réactions, ou s'inquiéter tout court. S'alarmer que le polémiste n'excite plus aucuns filaments épidermiques, synonyme d'aphasie collective. Ou de pythie annonciatrice d'une déchéance annoncée. Celle-là même qui proférait frénétiquement ce cri: Maître Bonnant n'est pas maître d'école, encore moins maîtresse de maison.

05/11/2011

L'art du détail

rockwell_mirror.jpgPolaroïd 06 : 00

Comme un regard qui s'extrait au-dessus de la foule, annihilant, le temps d'un battement ventripotent, l'abasourdissant tumulte du monde. Comme l'enregistrement, malencontreusement ou pas, d'une respiration trop forte d'une chanteuse démodée, immobilisée dans un bout de plastique, dont le seul miracle, est d'être improbablement écoutable sur une vieille chaîne stéréo jurassienne. Comme un mot lancé dans l'air réduisant à néant les certitudes. Comme une attirance qui ne s'explique pas et qui rappelle à quel point les épidermes et les odeurs sont manichéens.

Comme se battre alors que l'issue du combat est déjà jouée. L'art du détail ou du mensonge. Qu'importe. Qui sacrifie le désir à la volonté? Certains.

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