19/11/2011

L'effet Polaroïd

pic.jpgPolaroïd 20 : 06

Elle l'a aimé. Elle le dit parfois, elle le sait de temps à autre. Mais ne le sent plus. Ni l'odeur de sa peau, ni le goût de ses lèvres. Quelques lieux encore hantés et des sourires furtifs lorsqu'il lui arrive d'avaler un flocon de neige ou un Martini Bianco. L'infime fil s'est déroulé pour céder au poids du parcours. Même les soubresauts stomacaux, quand elle croyait le reconnaître au détour d'une rue, ont disparu. Nina Simone lui inspire d'autres hommes désormais. Son ventre rond, son mari.

"Il n'y a pas d'amour quand on voit déjà la fin", s'évertue-t-elle à dire à haute voix, comme pour se convaincre. Pour croire qu'il s'agit du "bon'', unique et précieux alors qu'il n'est qu'une pièce du tableau, le héros de son roman. Du roman de la bibliothèque. La sienne. Elle aimerait que ce soit le dernier.

Elle avouait pouvoir mourir pour une photo, "sinon à quoi bon", jetait-elle en l'air en le regardant. Aujourd'hui, elle contemple l'album, son fils sur les genoux, en constatant que les premiers polaroïds se sont effacés, aveuglés par le temps. "On m'a menti".

20:07 Publié dans Rien | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

Commentaires

Très beau texte, merci et bravo

Écrit par : Alain | 19/11/2011

Je sur-like! Plus, plus, plus.. tu égayeras mes journées de chercheuse d'emploi..

Écrit par : Aurelia | 21/11/2011

@ Alain. Merci.

@ Aurelia. Sont-elles assez longues?

Écrit par : Olivier Francey | 22/11/2011

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