09/04/2011

La plaie

pic-1.jpgPolaroïd 19 : 04

Elle avait pourtant le choix des routes. Rester ou partir. Le confort contre l’incertitude, l’infidélité lui procurant le suave plaisir, mais trompeur de se sentir vivante.

Il avait de l’argent, une affaire ‘’qui fonctionne bien’’ lui disait-elle, il devait probablement l’aimer de la plus grande des tendresses ou pas, mais qu’importe. A un certain âge, ‘’on n’aime plus pareil’’ lui expliquait-elle, sous la lumière blafarde d’un néon d’hôtel Formule 1. Comme si on devait renoncer à aimer avec haine. Comme si on pouvait aimer avec ‘’tendresse’’. Comme faire l’amour et songer au lendemain, aux courses, aux impôts et à changer ce maudit joint de culasse.

Elle avait pourtant le choix des chemins. Préférer l’instant de vide à l’engraissage, le présent à l’avenir. Ni l'alliance Bucherer ni l’enfantement ne l’auront empêché de fréquenter les affres de l’arythmie cardiaque : elle continuera à s’allonger sur des draps inconnus, à se répandre sur des corps fébriles, humant la seule odeur suintante de sainteté.

Aujourd’hui. Elle expose au monde la rondeur de son ventre, ultime preuve d’accomplissement. Ce ne sera pas un enfant de l’amour, mais un enfant tout court. Le sien, pour elle. Demain, elle choisira une autre artère. D’autres hommes la frôleront, certains l’enjamberont sûrement. Appétit insatiable de capitonnages de l’incomplétude. Par piqure, en intraveineuse.

Et nulle certitude que l’artère cède. Elle finira avec lui.

C’est sûr. On aime pas pareil.

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