28/02/2011

Ce mortel ennui

a5.gifBillet d'humeur, Radio Cité Genève, 28 février 2011

C’était hier, à Genève. Comme un dimanche. Résonnaient, ici et là, quelques notes bleues, du premier album de Serge Gainsbourg. L’odeur de la cendre froide avait fini par assassiner les promesses de l’aube.

Les verres étaient vides, elle était partie. Il aurait espéré des lettres confuses peintes au rouge à lèvres sur un miroir de salle de bain, comme lettre d’adieu. Ce ne sera qu’un fil délicat, partageant sa place avec de la crasse dans une baignoire vide : un cheveu.

Le disque avait dû tourbillonner en boucle toute la nuit, les corps ne se mélangent qu’en musique, avait-elle précisé. Il l’avait cru, suivant ainsi le sillon qu’elle avait tracé. Il espérait que l’aiguille aurait fini par sortir de son chemin, elle n’aura fait qu’y revenir, toutes les 22 minutes et 47 secondes.

Le temps d’une chanson.

L’abandon n’est que mensonge, l’union ? Le fruit d’esprits qui convergent, s’est-il alors empressé de penser. Réveil de brume dans des draps plissés, autant de circonvolutions d’un cerveau certes enlisé.

L’homme ne se démonta pas, enfila une tenue décente, descendit pas à pas les quelques marches qui le séparaient de la réalité.

Vite, une bouffée d’air contre une volute de fumée ! Le malheureux n’avait malheureusement pas saisi que les cigarettes ne s’échangent pas, elles ses grillent.

‘’Etait-ce la femme des uns sous le corps des autres, l’autre étant moi ?’’ se demanda-t-il. Il n’en savait rien. A vrai dire, qu’importe le moyen, le but avait été horizontalement satisfait.

Ses pas le guidèrent sur le seul parcours qu’il savait emprunter : la vieille-ville, puis clin d’œil aux enfants qui nourrissent des cygnes, retour par les rues basses où les caravanes et autres stands politiques avaient disparu. Happé, séduit puis léché… Comme elle, ils avaient disparu. ‘’Je ne suis bon qu’à payer’’ finira par conclure l’homme désabusé.

Recouvrant sa tête de sa capuche, l’homme pressa le pas pour rejoindre son 42 mètres carré. Les premières gouttes tombaient déjà, comme autant d’alarmes d’une vie dissolue. Il finit par mettre son casque sur ses oreilles de chou, et pour seule musique, ces mots : ‘’un mortel ennui, qui me vient quand je suis avec toi. Ce mortel ennui. Qui me tient et me suis pas à pas.’’

24/02/2011

Le 69 de Fathi Derder

pic.jpgPolaroïd 19 : 39

Le 69 de Fathi Derder

Un retour au ''libéralisme humaniste'', a-t-il déclaré ce soir sur le plateau de Genève à Chaud sur Léman Bleu. C'est le voeu pieux de l'ex-journaliste. Le désir est ailleurs: le Conseil des Etats et le Conseil national. C'est vrai, deux chambres valent toujours mieux qu'une. Plus sexy aussi, les positions peuvent varier, même si on suspecte le sourire aux dents peroxydés d'être vertical.

L'homme doit probablement déranger le rupestre pays vaudois. Ceux qui attendent leur tour, mains dans des poches faute d'afficher au grand jour leur rigidité, au coin d'une ruelle aux néons blafards. La callosité est persistante.

Les filles sont jolies, mais pas autant qu'elle. Grognements et bougonnements finiront par expulser des volutes d'haleines fétides.

Ils auraient préféré le 66, il faudra se résigner au 69.

Date à laquelle le Sozialdemokratische Partei Deutschlands accepta la proposition du Freie Demokratische Partei évidemment.

Persiflages et autres sarcasmes

Hypocrite_1.gifPersiflages et autres sarcasmes, 24 février 2011

Constate, qu'à la différence d'Isabel Rochat, Daniel Zappelli a le mérite d'offrir une explication au manque de popularité de Champ-Dollon. ''La cause majeure de ce phénomène est le nouveau code de procédure pénale'' déclare-t-il en page 3 de la Tribune de Genève. C'est toujours mieux qu'un ''il n’y a pas véritablement d’explication à cette diminution.''

Remarque que l'ex-président des jeunes socialistes genevois, Romain de Sainte-Marie s'occupe avec talent du site ''non-électoraliste'' de Sandrine Salerno. C’est dommage, si j’avais aperçu l’offre d’emploi, j’aurais probablement postulé. Comme elle, j'aurais dû être plus à l'écoute.

Se demande enfin s'il est bien raisonnable ou juste présomptueux qu'un Conseiller administratif ait décidé d'engager un collaborateur après les échéances municipales?

Genève est toujours autant sexy. Autant que le sourire péroxydé à l'hydrogène de Fathi Derder.

22/02/2011

Poursuivons Eric Stauffer pour outrage à dictateur!

newsmlmmd.9ed76e1cebd102ed927f3cf95dce9971.7412_le-colonel-mouammar-kadhafi---dakar--au-senegal--lb.jpgPolaroïd 12 : 33

Article 296 du code pénal: outrage aux États Étrangers.

Il est bon de rappeler avec quel empressement le Conseil d'État genevois ainsi que les autorités suisses s'étaient emparés du dossier des affiches MCG, en poursuivant Eric Stauffer et en ordonnant le retrait du portrait de Mouammar Kadhafi des affiches de campagne.

C'est vrai. Saint-François avait raison.

Un tyran sur une affiche du MCG, quel mauvais goût!

Continuons donc à poursuivre Eric S. pour outrage à dictateur!

La communication hasardeuse de l'Evêché? Ou celles des autres?

casinodice.jpgPolaroïd 12 : 09

La communication hasardeuse de l'Evêché?

C'est la question posée par ma consœur, Patricia Briel, qui publie un article en page 6 du quotidien Le Temps aujourd'hui.

Le Diocèse a-t-il commis ''une erreur de communication majeure'' en diffusant mercredi 9 février un communiqué affirmant que deux nouveaux cas d'abus sexuels avaient été annoncés à l'autorité diocésaine, l'un à Genève, l'autre à Fribourg''?

Je me suis exprimé à de nombreuses reprises sur cette question, je vous invite à lire mes précédents billets.

Je relève, avec intérêt, les propos de Monseigneur Farine qui avoue ''n'avoir pas imaginé un seul instant la chasse médiatique qu'enclencherait son communiqué du 9 février''.

Et je me permettrais de reformuler la question: la communication hasardeuse de l'Evêché? Ou celles des autres?

21/02/2011

Et si Sisyphe avait été condamné à transporter du vent

original.jpgFinalement, il faut bien s’occuper.

C’est l’éternel mythe de Sisyphe. Remplir sa journée, avoir des choses à dire ou à faire, des rêves à réaliser, des ambitions à voir s’accomplir, du sens à donner à tout ça. Tout ça, c’est la vie.

On l’apprend déjà tout petit : ‘’ce fantastique cadeau qu’est la naissance’’. Rien qu’à voir toutes ces jeunes mères dopées aux hormones, on comprend pourquoi l’envie est si forte, et la nausée inéluctable.

On entend parfois quelques gémissements, de ceux qui n’auraient jamais voulu n’être. Rien de grave, ils finissent tôt ou tard à quitter le chemin en route. C’est bien dommage de les traiter de ‘’lâches’’, on devrait au moins leur accorder le mérite d’avoir tranché, toujours plus honorable que de combler des trous avec du vide.

Pour leur défense, c’est vrai, ceux qui restent, parfois, s’attablent à s’élever. Certains construirons des réacteurs à pression sécurisé, d’autres à espérer que leurs enfants ne seront pas ouvriers, l’un ne vibrera que par la puissance des mots, l’autre par la satisfaction de voir sa maison surgir de terre, l’une ne rêvera que d’un 95 D comme seule accomplissement d’une féminité qu’elle n’aura jamais reçu, l’autre d’un bout de poulet, même en décomposition, ça pourrait toujours servir. Vous avez raison, la dépression est un problème d’enfants gâtés.

C’est un travail quotidien et un jeu hautement hilarant que de deviner ce qui meut, pousse ou tire les gens vers demain. C’est surtout l’une des seules enquêtes qui mérite d’être menée.

Si je vous parle de cela aujourd’hui, c’est parce que j’ai l’impression, parfois, d’être submergé par le monde.

Englouti par Sandrine Salerno qui déclare dans la brochure que nous avons reçu en vue des municipales 2011, que sa place préférée, est la place des Nations, parce qu’elle ‘’réunit à la fois, la Genève locale et la Genève internationale’’. J'attends avec impatience de l'y voir, profitant de la vue pour déguster un sandwich, mal assis sur un banc bétonné.

Noyé également dans les échanges verbaux entre Isabel Rochat et ses policiers. Entre la grogne des uns et la morale des autres, parsemés des commentaires ‘’bien-pensant’’ de Peter Rothenbühler, ancien rédacteur en chef du Matin. Qu’on nous apporte des chiffres, des desideratas, et des rasoirs afin que l’on cesse enfin de dire n’importe quoi, et surtout de faire parler n’importe qui.

Fatigué de la guerre que mène tous les partis ou presque dans les municipales 2011. Presque étant les Verts libéraux. Marre d’entendre les chiffres de financement de campagnes, les centaines de communiqués du MCG, les candidats qui s’expriment sur tout : le logement, la sécurité, les EMS, les handicapés, la culture, le théâtre, la mucoviscidose et le club d’échec de Prégny-Chambésy.

Raz-le-bol des experts qui s’expriment sur l’Egypte et la Libye alors qu’ils n’y ont pas foutu les pieds ces dix dernières années. Incompréhension de lire encore, que le Diocèse serait coupable d’avoir ‘’livré en pâture le prêtre carougeois’’ alors que c’est la TSR, me semble-t-il, qui a permis d’obtenir le nom du dit ‘’suspect-coupable-présumé-innocent’’.

Saturation des opinions, des commentaires, des critiques, et surtout de moi-même. Ne restera qu’à Sisyphe l’honneur d’avoir déjoué Thanatos. Finalement, c’est vrai. Il faut bien s’occuper.

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20/02/2011

Comme un dimanche

mulholland_2006-03-11_05-09.jpgPolaroïd 13 : 31

Dans le désordre.

L'UPCP reconnaît ''avoir mal communiqué''. On se réjouit d'avance d'entendre son président, Christian Antonietti, demain après-midi. Ne serait-ce que pour nous éviter, à l'avenir, les commentaires insipides de '' l'observateur extérieur'' qu'est Peter Rothenbühler dans le Matin Dimanche d'aujourd'hui.

Monseigneur Farine s'exprime en page 4 du même journal. Je ne comprends toujours pas, pourquoi le Diocèse est accusé ''d'avoir livré en pâture'' l'abbé carougeois.

Je réitère mes arguments. Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas le premier communiqué, envoyé le 9 février par l'évêché de Lausanne, Genève et Fribourg, qui a révélé l'identité de l'homme d'église. Genève a vu passé de nombreux prêtres. Non, ce qui a réellement permis d'identifier l'auteur présumé, c'est bel et bien l'enquête de nos confrères de la TSR au 19:30 du vendredi 11 février.

De toute façon, tout le monde s'en fout. Et personne n'en parle.

18/02/2011

Le mur [accessoirement des lamentations]

fr_TheWallOriginal.jpgPolaroïd 21 : 29

Comme des chiens. Acharnés à coller des étiquettes. La salive, ils en ont. Les journalistes sont tous de gauche, et dès qu’ils [les autres] sentent l’envie de s’afficher de droite, on crie à la suintante objectivité. Dès que l’on parle, ne serait-ce, que d’une ‘’plate-forme’’ de droite, le mot ‘’populiste’’ dégouline sur leurs lèvres. Le Courrier n’est-il pas un journal de gauche ? Oui merci, et c’est tant mieux ! Les policiers ? Des enfants gâtés.’’ Regardez quels sont leurs avantages sociaux !’’ C’est un peu comme remettre en cause le ‘’sentiment’’ d’insécurité sous prétexte qu’il n’est qu’un sentiment.

Là ne sont pas les questions.

Battez-vous avec des arguments ! Eric Stauffer ment ? Dénoncez les chiffres ! L’UDC communique bien ? Faites-le mieux ! Sandrine Salerno fait de la place des Nations, son endroit ‘’fétiche’’ ? Dites-lui que vous n’y organiserez même pas un ‘’sitting’’ ! Les policiers sont privilégiés ? Démontrez le contraire !

Soyez plus malins. Mais de grâce, arrêtez les lamentations.

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17/02/2011

De l'idée d'un média romand de droite

img254685.jpgPolaroïd 11 : 35 De l'idée d'un média romand de droite.

Deux articles se sont prononcés sur cette question ce matin, sous la plume de Christophe Passer dans l'Hebdo, et de Yelmarc Roulet dans le Temps.

Une ''Weltwoche'' romande, alimentée par Uli Windish, Pascal Décaillet, Phillippe Barraud, Marie-Hélène Miauton, Oskar Freysinger et Marc Bonnant pourquoi pas?

Qu'en penser?

On attend avec impatience les réactions: les rires, la moquerie puis le venin, les crachats, l'appel au meurtre.

A chacun son idée du journalisme. Mais être de droite n'implique pas de ne pas donner la parole à l'autre. L'inverse étant également vrai. On peut, tout autant, être parfaitement schyzophrène.

Reste qu'au final, je choisirai celui qui s'affiche à celui qui se déguise, la nudité au travestisme, l'esprit de brûlure à celle de l'eau tiède. Parce que livrer l'information, c'est déjà prendre parti. Il suffit désormais de l'assumer. Qu'on soit de gauche, de droite, valaisan, genevois, amateur de petite arvine ou de Laphroaig. C'est ce qui différencie le journalisme d'opinion de la brève de l'agence télégraphique suisse.


126 levers de soleil

942144samson_blinded.jpgBillet d'humeur, Radio Cité Genève, 17 février 2011

Il est 07h57. Je suis derrière un micro, et je n’ai aucune idée de l’endroit où vous êtes. En réalité, je n’ai aucune idée de qui vous êtes. Je n’ai aucune idée de votre âge, si vous êtes doté d’un physique gracieux, ou paré d’une sorte de bouée adipeuse que vous dissimulez par le port d’un vêtement ample. Je ne sais pas non plus si vous êtes encore dans un lit, si votre visage s’illumine à la lueur d’une allumette, ou enfin si vous grillez votre dernière cigarette sur un rebord de fenêtre décoré par un pigeon à rendre jaloux Jackson Pollock.

L’un de mes collègues qui se distingue par son cynisme, me rappelle au moins une fois par mois, que tout cela ne sert à rien. Il me dit que les gens ont la mémoire courte, qu’un fait divers remplace un viol, qu’on trouvera bien une femme dont les implants ont explosé ou un manchot joueur de poker pour remplacer la disparition d’une joggeuse, ou de jumelles… ‘’Plus vendeur’’ rajoute-t-il avec ce sourire qui me donne envie de lui donner une claque. Au final, on finira par rire. C’est vrai, on vient d’apprendre que Baxter le molosse ne sera pas condamné. C’est plus commode.

On arrive bientôt à 7h58. Les sondages, réputés pour leur fiabilité, nous disent que vous avez de moins en moins de temps à accorder à l’information, que votre durée d’attention se rapproche délicieusement du temps nécessaire pour faire l’amour: c’est vrai 7 minutes devrait faire l’affaire.

En fait, je me dis parfois que les sondages sont surtout rassurants pour ceux qui vendent de la publicité. De mémoire, il me semble que la corrélation entre la qualité et l’audience n’a jamais été réellement démontrée. Tiens, ça me fait penser à un élu UDC qui, dernièrement, m’a expulsé au visage: le peuple a toujours le dernier mot. Il avait raison, aurait-il dû préciser que même le peuple pouvait se tromper. Un peu comme une immense radio qui fait beaucoup d’audience : on devrait dire d’elle que ‘’c’est une radio qui fait beaucoup d’audience’’ plus que de conclure que ‘’si l’audience est au rendez-vous, c’est qu’elle doit être bonne’’. Et pour vous prouver ma bonne foi, l’argument est réversible: une radio qui ne fait aucune audience, n’est peut-être, au final, qu’une radio tout simplement mauvaise.

Bref, là n’est pas la question. Il est bientôt 07h59, vous êtes coincés sur le pont du Mont-Blanc ou à Adrien-Lachenal, pas de parcs de jeux à proximité pour vous permettre de vous ressourcer. De toute façon, les policiers, qui ont fait du grattage de terre leurs priorités, ou des élus angoissés à l’idée de perdre une élection, sont déjà passés avant vous. Il vous faudra donc tirer un trait sur les boulettes.

Reste que je ne sais toujours pas qui vous êtes, sauf cet auditeur qui continue dans une logique implacable à me reprocher mon patronyme. J’avais pensé tout d’abord à un président de parti politique, accessoirement employé dans une grande société de vente d’abonnements téléphoniques pour le compte de Sunrise, puisque c’est lui qui m’a fourni mon téléphone portable : abonnement illimité 25 francs par mois. Il m’a juré que ce n’était pas lui, je l’ai cru sur parole.

Voilà, on effleure désormais les 08h00. Toujours aucun indice sur votre profil.

Ni si votre café est Nespresso compatible ou si vous avez le bon goût de faire appel à la cafetière italienne. Nulle preuve d’un dépareillement de vos sous-vêtements, si votre mal de ventre est dû à une ingurgitation massive de Williamine hier soir, ou à cette maudite horloge biologique. Aucunes idées quant à vos orientations politiques ou la date à laquelle vous avez pleuré pour la dernière fois. Pas de preuves si vous êtes encore en retard à votre travail, ni de symptômes quant à l’excuse que vous allez invoquer.

Il est 08h00. Vous allez bientôt pouvoir assister au dernier flash d’information de Stéphanie Géroudet-Règes. C’est une collègue et je ne sais rien d’elle.

Affligeant quand on pense que nous avons partagé 126 levers de soleil. Vous voyez, c’est tellement pratique de ne rien savoir.

16/02/2011

Audiatur et altera pars

4170703140_6af30c0399.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 16 février 2011

La TSR a-t-elle ''tué'' l’abbé carougeois?

C’est la question qui m’a taraudé l’esprit depuis quelques jours. C’est vrai, je l’avoue, la question est probablement posé de manière abrupte, mais intentionnellement élaborée de la sorte pour des questions de rhétorique.

Un rappel des faits s’impose.

Dans un communiqué datant du 9 février dernier, le diocèse de Genève, Lausanne et Fribourg annonce qu'une enquête est en cours pour des cas d'abus sexuels, je le précise, pour des abus sexuels commis par des prêtres, ''l'un à Genève, l'autre à Fribourg'', selon le communiqué. Nul trace à cette date de cas de pédophilie.

Les médias se sont bien évidemment emparés du sujet. On devine le Diocèse bienveillant en voulant afficher la plus grande des transparences. Deux jours plus tard, la graine lancée par le clergé a évidemment germé dans l’esprit des journalistes qui ont souhaité investigué. Et c’est leur droit, pour ne pas dire: leur devoir.

Vendredi 11 février, le 19:30 de la Télévision Suisse Romande révèle que le ''prêtre pédophile'' (pour reprendre la terminologie exacte de l'intitulé du reportage), que le prêtre pédophile avait officié à Carouge. Vous avouerez que tout être normalement doté d’un cerveau, et avec quelques recoupements, peut sans trop d’efforts, obtenir le nom de l’homme recherché.

Enfin, selon une information parue hier dans le quotidien le Temps, et sous la plume de notre consœur Patricia Briel, nous apprenons que l'homme se serait donné la mort vendredi dans la soirée, jour de diffusion du reportage de la TSR. Alors si cette information s'avère exacte, il y a véritablement ‘’antagonisme’’ entre le droit à l'information et la présomption d'innocence.

Je m’explique.

D’une part, et si ma définition de la justice est la bonne. Jusqu'à preuve du contraire, un suspect est toujours présumé innocent. Et puis de l’autre, c'est vrai, si on suspecte un homme être capable de la pire de cruautés et d'être susceptible de récidiver (imaginez-vous en père de famille, en mère de famille, ou connaissant un homme suspecté d’attouchements), n’est-il pas du devoir du journaliste d’informer la population?

Là est probablement la limite du devoir d’information. Le fragile équilibre entre le désir de protéger les siens et celui de ne pas accuser un homme, qui n’a pas été encore jugé. Coupable ou innocent.

La question est alors brûlante.

La TSR a-t-elle, d’une façon ou d’une autre, concouru à précipiter la mort de l’homme d’Eglise carougeois? Autre question: l’information délivrée, à savoir, le lieu où exerçait l’abbé, était-elle si pertinente, au point qu’il fallait la divulguer? Et enfin, dernière question: doit-on informer la population qu’un présumé innocent, mais sous enquête des autorités, est suspecté de crimes graves?

La réponse est dans la question, où quand la présomption d'innocence s'entrechoque avec le devoir d'information, c'est-à-dire: je n'en sais rien.

La victoire de l'Ombre sur la Lumière

eclipse-seq3contact.jpgPolaroïd 07 : 48

La décision du Tribunal de première instance qui consiste à condamner la TdG pour avoir hébergé le blog d'Eric Stauffer est très problématique. Il est du devoir de l'auteur et du modérateur d'un blog d'être responsable du contenu publié sur celui-ci.

On peut réellement craindre, dans le cas où cette décision serait confirmée, que les éditeurs de journaux abandonneront définitivement d'héberger des blogs.

Nul doute alors qu'ils fleuriront ailleurs, dans l'ombre d'autres législations. Là où les propos peuvent être encore bien plus virulents et répréhensibles.

La victoire de l'Ombre sur la Lumière.

15/02/2011

La Transparence citoyenne

psychose2.jpgPolaroïd 17 : 59

On l’apprenait un 12 mars 2010 par notre ex-confrère de la Tribune de Genève, Jérôme Fass, que Carlos Medeiros, désormais vice-président du Mouvement Citoyen Genevois, ‘’possédait une petite société d’organisation d’événement et d’import-export, Medinex’’. Soit.

On apprend aussi que Jacques Andrié, co-administrateur de Medinex est également membre du MCG.

On apprend également, qu’en septembre dernier, la dite-société offrait à près de 20'000 fonctionnaires, par le biais de leur emails professionnels des offres défiants toute concurrence : soit un abonnement illimité au prix mensuel de 25 francs. A noter, que Medinex S.A. n'a pas de lien commercial direct avec l'Etat, mais par le biais de l'opérateur Sunrise. Soit.

S’ensuit une plainte de la chancellerie pour ‘’utilisation abusive des armoiries’’, figurant sur la publicité en question, et pour ‘’utilisation des données informatiques de l’Etat’’. La Chancellerie déclare ce soir ne pas être au courant de l'avancée de cette poursuite. ''Il y a eu dénonciation pénale, il vous faut contacter le Ministère public'', répond le responsable de la communication, Nicolas Merckling. Soit.

Joint par téléphone cette après-midi, le président du MCG, confirme qu'il est bel et bien membre de la direction générale de Medinex S.A. Eric Stauffer ne compte pas s'exprimer sur le sujet pour le moment, estimant ''qu'il n'a rien à cacher''.

J’attends donc avec la plus grande des impatiences, comme un enfant un 24 décembre au soir, la liste d’intérêts de tous les députés sur le site du Grand Conseil, l'ancienne datant de 2008. Parce qu'à force de retrouver à me perdre dans les méandres des partis et autres loges, je ''psychote''!
Ainsi soit-il!

La TSR a-t-elle tué le curé carougeois?

ombre-chinoise.gifPolaroïd 11 : 12

La TSR a-t-elle ''tué'' le curé carougeois?

Rappel des faits.

Dans un communiqué du 9 février, le diocèse de Genève, Lausanne et Fribourg annonce qu'une enquête est en cours pour des cas d'abus sexuels commis par des prêtres, ''l'un à Genève, l'autre à Fribourg'', est-il précisé.

Vendredi 11 février, le 19:30 de la Télévision Suisse Romande révèle que le ''prêtre pédophile'' (pour reprendre la terminologie de l'intitulé du reportage) exerçait son ministère à Carouge.

Selon l'information parue ce matin dans le Temps, sous la plume de notre consœur Patricia Briel, l'homme se serait donné la mort vendredi dans la soirée.

Si ces informations s'avèrent vraies, alors il y a véritablement un antagonisme entre le droit à l'information et la présomption d'innocence.

La TSR, dès lors, en divulguant des informations permettant de remonter à l'identité de l'homme d'Eglise, n'aurait-elle pas concouru à ce que le curé mette fin à ses jours?

Jusqu'à preuve du contraire et d'une décision de justice, un suspect est toujours présumé innocent. Était-il alors nécessaire de mentionner toute l'information alors qu'une partie seulement aurait rempli ce sacro-saint devoir d'information?

Bien qu'on doive, bien évidemment, penser aux victimes, et à toutes les personnes qui fréquentaient encore l'homme, même s'il n'était plus en exercice. Je pose la question.

L'insertion brutale d’un corps froid dans une masse inerte

joker-nicholson.jpgÉditorial Radio Cité, 15 février 2011

On se délecte du dernier sondage SOFRES, pour le journal La Croix, journal catholique, qui indique qu’un français sur deux ne croit pas un traître mot de ce que disent les journalistes. Attention, les différences peuvent varier en fonction du média ; dans l’ordre : presse écrite, télévision et enfin radio.

Le sondage corrobore ce que pensent beaucoup, parmi la profession : à savoir que les relations entre le journaliste et le public sont orageuses.

Ce que le sondage ne dit pas explicitement, c’est que les relations entre les médias et le pouvoir sont de l’ordre de la friponnerie pour certains, et disons-le, de l’ordre de la caresse hautement érotique pour d’autres. A en croire parfois, que la vérité s’obtient en pratiquant ce succulent exercice mental qui consiste à deviner, tout en se pourléchant une babine ou deux, ce qui n’a pas été dit, ce qui n’a pas été écrit, ou ce qui n’a pas été filmé. Autant dire : ne surtout pas s’informer, ou alors s’informer avec méfiance.

Il y a plusieurs façons d’exercer le métier de journaliste. Serrer des mains, tutoyer l’animal politique (la tape amicale dans le dos étant en bonus), ou se faire détester. Reste également la possibilité de déclarer qu’Eric Stauffer n’est pas le vilain délateur qu’on veut bien croire, dans l’affaire dite de la villa à 250.-, qui dit mieux ?

L’inverse est aussi vrai. Au pouvoir alors, on n’hésitera pas à offrir un panorama transversal d’une rangé de dents de la face occlusale, plus justement appelé face ‘’triturante’’. Invitations aux apéros, aux réceptions et autres ‘’scoops’’ qu’on promet de vous livrer, mais à vous seul Monsieur, je vous jure, font aussi parti des sombres méthodes à sa disposition. Attention : si vous aussi, avez été journaliste dans le passé, mais dans une haute administration désormais, il se peut que vous obteniez quelques avantages éditoriaux. Rien de grave : un adjectif un peu plus complaisant, un oubli temporaire de sens critique, quelques chiffres qui disparaissent par-ci, par-là. C’est vrai : au printemps caressant, on oublie souvent l’humide automne. C’est le propre de l’homme, et le journaliste est un homme, aussi.

Dès lors, ami lecteur, téléspectateur, internaute et auditeur, préférez le journaliste abhorré, celui qu’on conspue, qu’on traite de tous les noms, à celui qu’on admire. Choisissez l’opiniâtreté, l’haleine fétide, les dents jaunes et les crocs acérés, à l’after-shave d’Hermès, au sac Longchamp et autres bottines Kabello. Passionnez-vous pour celui qui élève à celui qui couche, penchez plutôt vers l’amertume de la langue à l’hypersialorrhée, pathologie caractérisée par un dysfonctionnement des glandes salivaires, enfin optez pour le délicieux bruit du silence à celui des verres qui s’entrechoquent.

Adoptez la solitude à l’entrelacement, la sécheresse aux muqueuses, le doute à la certitude.

Vous ne serez pas plus intelligent mais vous n’aurez plus l’occasion de ressentir l’insertion brutale d’un corps froid dans une masse inerte.

Celle de votre cerveau, bien entendu.