15/02/2011

L'insertion brutale d’un corps froid dans une masse inerte

joker-nicholson.jpgÉditorial Radio Cité, 15 février 2011

On se délecte du dernier sondage SOFRES, pour le journal La Croix, journal catholique, qui indique qu’un français sur deux ne croit pas un traître mot de ce que disent les journalistes. Attention, les différences peuvent varier en fonction du média ; dans l’ordre : presse écrite, télévision et enfin radio.

Le sondage corrobore ce que pensent beaucoup, parmi la profession : à savoir que les relations entre le journaliste et le public sont orageuses.

Ce que le sondage ne dit pas explicitement, c’est que les relations entre les médias et le pouvoir sont de l’ordre de la friponnerie pour certains, et disons-le, de l’ordre de la caresse hautement érotique pour d’autres. A en croire parfois, que la vérité s’obtient en pratiquant ce succulent exercice mental qui consiste à deviner, tout en se pourléchant une babine ou deux, ce qui n’a pas été dit, ce qui n’a pas été écrit, ou ce qui n’a pas été filmé. Autant dire : ne surtout pas s’informer, ou alors s’informer avec méfiance.

Il y a plusieurs façons d’exercer le métier de journaliste. Serrer des mains, tutoyer l’animal politique (la tape amicale dans le dos étant en bonus), ou se faire détester. Reste également la possibilité de déclarer qu’Eric Stauffer n’est pas le vilain délateur qu’on veut bien croire, dans l’affaire dite de la villa à 250.-, qui dit mieux ?

L’inverse est aussi vrai. Au pouvoir alors, on n’hésitera pas à offrir un panorama transversal d’une rangé de dents de la face occlusale, plus justement appelé face ‘’triturante’’. Invitations aux apéros, aux réceptions et autres ‘’scoops’’ qu’on promet de vous livrer, mais à vous seul Monsieur, je vous jure, font aussi parti des sombres méthodes à sa disposition. Attention : si vous aussi, avez été journaliste dans le passé, mais dans une haute administration désormais, il se peut que vous obteniez quelques avantages éditoriaux. Rien de grave : un adjectif un peu plus complaisant, un oubli temporaire de sens critique, quelques chiffres qui disparaissent par-ci, par-là. C’est vrai : au printemps caressant, on oublie souvent l’humide automne. C’est le propre de l’homme, et le journaliste est un homme, aussi.

Dès lors, ami lecteur, téléspectateur, internaute et auditeur, préférez le journaliste abhorré, celui qu’on conspue, qu’on traite de tous les noms, à celui qu’on admire. Choisissez l’opiniâtreté, l’haleine fétide, les dents jaunes et les crocs acérés, à l’after-shave d’Hermès, au sac Longchamp et autres bottines Kabello. Passionnez-vous pour celui qui élève à celui qui couche, penchez plutôt vers l’amertume de la langue à l’hypersialorrhée, pathologie caractérisée par un dysfonctionnement des glandes salivaires, enfin optez pour le délicieux bruit du silence à celui des verres qui s’entrechoquent.

Adoptez la solitude à l’entrelacement, la sécheresse aux muqueuses, le doute à la certitude.

Vous ne serez pas plus intelligent mais vous n’aurez plus l’occasion de ressentir l’insertion brutale d’un corps froid dans une masse inerte.

Celle de votre cerveau, bien entendu.

Commentaires

On a souvent parlé du journalisme comme du "4ème pouvoir".

Le problème, c'est que, à l'inverse des 3 autres pouvoirs, c'est un pouvoir qui n'est pas démocratique : les journalistes ne sont pas élus.

Écrit par : Andrès Gomez | 15/02/2011

"Voyons un peu", comme disait l'aveugle en se glissant au volant de sa voiture de sport....
Si l'on veut avoir une idée tant soit peu réaliste du monde tel qu'il est, il est nécassaire de se renseigner à différentes sources antagonistes et de comparer les résultats. De faire appel à sa propre expérience de la vie et à ses connaissances d'histoire, mais aussi sur la nature humaine. C'est le prix à payer pour une information relativement juste, tout en admettant que la vérité unique et définitive est illusoire par définition

Écrit par : J.C. Simonin | 15/02/2011

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