10/02/2011

Mark Muller ou l’humide extase de la Vindicte

Bernini_L_extase_de_Sainte_Th_r_se.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 10 février 2011

Mark Muller.

Cela fait maintenant sept jours qu’on récite son nom, de la façon la plus incantatoire possible.

Une semaine que le rituel d’abattage a débuté. Abattage, saignement et mise à mort de la bête, le tout orchestré par un délateur. On ne sait pas encore s’il appartient à la même espèce, mais qu’importe, le sang n’a pas d’odeur. Une sorte de grande messe, un genre d’offrande. Oui, mais pour invoquer quoi ?

Mark Muller est Conseiller d’Etat en charge du département des constructions. Un département qui a pour tâche, parmi les autres, de gérer le parc immobilier du canton… ô trois fois rien : 123 villas et 135 bâtiments administratifs. Trois fois rien, c’est aussi le prix de la location de certains de ces biens.

Le problème avec Mark Muller, c’est qu’il est déjà, pour beaucoup, présumé coupable. Pas coupable d’une infraction, ni d’un crime mais de tout : la crise du logement, le copinage, mon loyer trop cher, l’autre type du troisième qui a obtenu le 5 pièces et demi et pas moi, les régies acoquinées avec les politiciens, les fonctionnaires qui se plaignent et autres vomissements annexes.

Alors certes, on peut sérieusement en vouloir à l’animal d’avoir traîné les pattes ; le premier rapport de l’Inspection cantonale des finances date de 2005. La Cour des Comptes décochera une autre flèche en 2008, puis une autre en 2009, puis un autre en 2010. Pas suffisant pour réveiller l’animal de sa torpeur.

Certes également, on peut s’étonner du silence du reste de la petite famille : la très jeune cheffe de service de la gérance immobilière, la libérale Caroline Gaillard, entrée en fonction à 28 ans. Pour une femme d’exception et aussi talentueuse pour s’être faite engagée comme ‘’spécialiste en immobilier’’ alors qu’elle est encore étudiante à l’Institut d’Etudes Immobilières, on aurait souhaité un peu plus de répondant. A croire que le mutisme appartient à la classe des maladies contagieuses.

Enfin, on peut aussi s'étonner de sa réponse ce matin sur nos ondes qui ne transpirait pas l'indignation, ni la colère. A vous entendre, Monsieur Muller, ces dysfonctionnements n'ont pas de coupable. On pousse vite la poussière sous le tapis, et on se tourne vers le futur. J'aurais attendu plus de splendeur de la part d'un Conseiller d'État.

Ceci étant dit, il reste du délicat repas qu’est l’affaire Mark Muller, la substantifique moelle.

La moelle, c’est que ces sombres affaires de privilèges, d’arrangements et autres échanges de fluides, n’ont pas débuté, lorsque l’animal est entré en fonction. C’est un peu comme monter un cheval malade, faire saillir des gorgones putrescentes, ou encore accuser Michèle Alliot-Marie et François Fillon d’être les seuls à s’être envoyés en l’air.

C’est surtout avoir la mémoire courte, c’est oublier ceux qui ont précédé.

Mais les 100 députés du Grand Conseil, qui avaient pourtant eu connaissance des rapports publiés, doivent avoir raison:

l’humide extase de la Vindicte est plus jouissive que la sèche froideur de la Justice.

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