27/01/2011

Faut-il enseigner Céline? Et autres rengaines.

5171.jpgEditorial Radio Cité Genève, 27 janvier 2011

Faut-il enseigner Céline ?

Louis-Ferdinand Céline, illustre écrivain français le jour, pamphlétaire antisémite et collaborationniste la nuit. Jusqu’au bout.

La question était posée par mon confrère du Temps, Yelmarc Roulet dans l’édition du 26 janvier. Faut-il encore enseigner Céline à nos étudiants?

La réponse? Je vous la donne, et elle n’engage que moi: évidemment qu’il faut encore enseigner Céline !

Et c’est peut-être justement parce que son auteur a tenu des propos antisémites qu’il faut l’enseigner. Parce qu’il pose la question essentielle du rapport de l’œuvre à l’artiste, du roman à la vie. Parce que supprimer toutes les voix, aussi putrides ou pas, qu’elles soient ne réglera jamais rien, parce que trancher des langues pestilentielles n’empêche pas les esprits de penser, ni les actes d’être commis.

En Suisse, et toute proportion gardée, la question de savoir où il fallait placer le curseur du politiquement correct, de l’acceptable ou de ce qui était admissible, ce qui tombait sous le coup, de la loi ou d’un majestueux alinéa d’une convention européenne, n’a jamais autant suscité de réactions, ni délié autant de langues, ni couler autant d'encre dans les médias.

Peut-on évoquer dans la même phrase ‘’étranger’’ et ‘’criminel’’ sans passer pour un raciste ?

Peut-on souhaiter interdire la construction des minarets sans passer pour un islamophobe ?

Peut-on accuser les frontaliers d’être responsables du chômage à Genève sans être xénophobe ?

J’ai mes réponses, vous avez les vôtres. Là n’est pas le propos.

Le propos? C’est qu’il est usant d’entendre les mêmes rengaines. Céline est un sale antisémite, l’UDC n’est qu’une bande de sales racistes paysans ou d’intellos conservateurs dangereux. Le MCG se limite à la somme accumulée du QI de poulpes morts populistes, soit zéro. La gauche veut régler l’insécurité dans les rues à coup de ‘’grands frères’’, les verts-libéraux sont nés dans l’eau-tiède, les verts sont dogmatiques, les libéraux ne traversent jamais le pont du Mont-Blanc direction rive droite, et les communistes sont morts. Je parle politique, j’aurai pu parlé religion, couleur de peau, âge, orientation sexuelle, et classe sociale. Mais c'est vrai, la réalité s'appréhende mieux lorsqu'elle simple, lorsqu'elle se résume.

Le propos ? C’est qu’enfin on arrête de bannir de la place publique tout ce qui ne nous plaît pas, de mettre à l’index sous prétexte que ‘’cela ne peut être toléré’’, de pointer du doigt le raciste, le méchant, le populiste, la gauche caviar et la droite libertine.

Le propos ? C’est de confronter les arguments et pas les étiquettes ni les à-priori et la ‘’bonne morale’’. Au grand jour, en pleine lumière. C’est dire : ‘’Tu es antisémite ? Viens te battre ! Ma couleur de peau ? Parlons-en ! Tu manies l’équerre ? Moi, les mots !’’

Le propos, c’est que supprimer toutes les voix, aussi putrides ou pas qu’elles soient, ne réglera jamais rien. C’est que trancher des langues pestilentielles n’empêche pas les esprits de penser, ni les actes d’être commis.

C’est qu’à force de les renvoyer dans l’ombre, ils ne seront jamais brûlés à la lumière.

Commentaires

Très bon billet.

Écrit par : Michael Kohlhaas | 27/01/2011

Plein de bon sens!

Écrit par : Mère-Grand | 27/01/2011

Afin de mieux cerner Céline, et beaucoup d’autres anarchistes (de gauche comme de droite et d’ailleurs), je vous conseille la lecture de La Mémoire des Vaincus de Michel Ragon.
Sinon, n’hésitez pas à lire ces quelques lignes complémentaires de l’article ci dessus !!
http://encoreunefois.net/2011/01/26/celine-voyage-au-bout-du-diktat-bien-pensant/

Bonne continuation !

Écrit par : Adrien M | 27/01/2011

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