24/01/2011

Séparer le bon grain de l'ivraie

vent-rafale.jpgBillet d'humeur, Radio Cité Genève, 24 janvier 2011

Séparer le bon grain de l'ivraie

Pour écrire un bon article, quelques règles élémentaires suffisent à transformer un torchon en serviette, un sujet banal en une source inépuisable de discussion.

Préférez le fait divers à tout autre sujet : l’émotionnel, mis à part l’argent, est le meilleur moyen de communication.

Ajoutez-y une composante tragique (un enfant de 8 ans victime d’une luge maléfique, un chien démoniaque dévoreur de nouveaux-nés ou un chauffard-taulard aviné), vous pouvez être sûr que certains partis politiques se chargeront de récupérer le dossier. On peut d’ailleurs s’étonner à ce propos, qu’aucune loi concernant la pratique de la luge n’ai surgit du législatif vaudois.

Si votre victime a la chance d’appartenir à une minorité ethnique, n’hésitez pas à mettre l’accent sur ce détail : un Mastiff ou un Rottweiler dévoreur de nouveaux-nés bulgare est à préférer à un berger allemand. Mieux encore, ajoutez-y une composante religieuse, une pratique sexuelle déviante, un âge avancé, ou encore une maladie incurable, vous pouvez être sûr que votre article sera parmi les plus commentés.

A ce propos, vous avez peut-être pu le constater, les médias auront préféré une ancienne déportée expulsée de son appartement à 91 ans aux dizaines d’autres dans la même situation. Et comme on les comprend !

Vous l’aurez saisi également, le nombre de morts n’est pas déterminant. Des centaines de brésiliens enfouis sous des tonnes de boue, n’intéressent pas plus, pas moins qu’un tunisien immolé par le feu.

Soyez donc vigilants à tout crash d’avion : 167 passagers tués sur un vol d’une compagnie kazakh valent autant qu’un pied dans le plâtre d’un passager suisse à la descente d’un vol Easyjet. A noter que si le dit passager est infirme, vous choisirez l’handicap le plus lourd au plus léger. Sauf si, bien évidemment ce dernier est également copte, musulman ou catholique pratiquant.

Evitez, par ailleurs, les sujets les plus complexes. Remplacez la péréquation intercantonale par ‘’Berne s’attaque à notre porte-monnaie’’. N’hésitez pas, non plus, à substituer ‘’Genève manque de médecins’’ par ‘’les Hôpitaux genevois recrutent en Pologne’’. Enfin préférez le candidat politique qui s’exprime sur tout et n’importe quoi, à celui qui aurait machiavéliquement bûché sur un véritable programme.

Voilà, vous êtes presque prêt, vous aussi, à devenir journaliste. Dernier conseil : n’hésitez pas à faire intervenir des animaux dans votre sujet. Un suicide qui laissera derrière lui un animal de compagnie orphelin est à préférer à un autre qui ne laissera qu’une veuve. Là encore, soyez vigilants, il se peut bien que cette dame soit atteinte d’Amyotrophie spinale proximale de type 1, auquel cas, il vous faudra changer votre fusil d’épaule.

Sauf si l’acte a été commis par une arme militaire, bien évidemment.

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