19/01/2011

Eux. Lui.

Smal.jpgA ceux qui n’ont jamais brillé.

Ils sont pourtant là, visages anonymes porteurs d’histoire, d’Histoire avec un grand ‘’H’’ ou d’histoires au pluriel. Ils n’auront jamais cherché la gloire, parce que la Nature les aura oubliés, recalés au premier examen, taille réelle, qu’est l’expulsion. Même le premier cri aura été répugnant.

Alors que d’autres s’incendient sur une ampoule un peu trop incandescente, d’autres se réfugient dans l’obscurité. La lumière aurait, de toute façon, fini par inéluctablement les brûler.

Au vol, ils s’efforcent de ramper. Aux rires, ils répondent par un baissement de tête. Jamais leurs yeux n’auront autant fixé le sol, des chaussures et des lacets mal attachés. Même la tâche qui consiste à nouer des fils, se conclura par un râté.

Parmi eux. Lui. Une petite vie anonyme. Un visage sans figure, ou l’inverse, mais cela n’a plus aucune importance. ‘’Sois déjà content d’avoir un travail’’ se dit-il parfois, le matin au réveil devant son bol de café instantané. Comme sa vie. Instantanée. Il aimerait que toute aille plus vite, tout en étant bien incapable de se projeter un peu plus loin. Il se dit parfois qu’il aurait préféré ne jamais être, l’idée ne subsiste jamais bien longtemps.On lui dit qu’il est une erreur. Il ne le prend pas mal, il partage même leurs ricanements, ce n’est que le seul rire qu’il peut partager, même si c’est à son insu.

Sa passion, c’est les vieilles comédies musicales. Il chante comme un pied, mais cela, il s’en fout. On ne lui volera jamais ça. Il hésite entre Gene Kelly et Fred Astaire. Il s’essaie à la danse, mais ses propres pieds ne suivent pas toujours. ‘’Pas grave’’ se dit-il, tournoyer lui suffit à atteindre le vertige. Ce ne sera pas celui de l’amour. Il aime les artistes complets, ‘’ceux qui savaient tout faire’’ à ceux qui n’ont rien à vendre, sauf ce qui leur reste, c’est-à-dire presque rien. Etrange réflexion de celui qui, lui aussi, n’aura reçu au final que des miettes. Parfois, il s’amuse à répondre à Pasty Barton, donner la réplique à Lorelei Lee, et à échanger des baisers à Honey Hale. Sa vie est là : ailleurs.

On dit de lui que sa santé est fragile. Aux regards compassionnels, il préfère l’analyse méthodique des glaciaux globes oculaires médicaux. C’est peut-être pour cette raison qu’il adore autant se rendre chez le médecin. Il finira sûrement par réussir un jour, ce à quoi il a toujours aspiré. Il aurait souhaité avaler tout plus vite, ses poumons finiront par le lâcher, eux aussi.

On économisera sur l’épitaphe, remplacera l’orme par du pin massif, ‘’premier choix’’ diront les pompes funèbres. Ouf de soulagement, il aura échappé à l’aggloméré 18 millimètres.

Une vieille dame continuera d’entretenir la sépulture, un chat sauvage et des jeunes fumeurs de joint en guise de derniers amis. L’entretien ne durera pas longtemps, elle aussi, finira par avoir mal au dos.

08:06 Publié dans Rien | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

Commentaires

Bravo pour un texte plein de tendresses et de colères contenues !

Écrit par : Renaud Gautier | 19/01/2011

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