18/01/2011

Comme des allumettes inopinément frottées dans le noir

images.jpegÉditorial 18 janvier 2011

Au Rivella, on préférera le mille-feuille, aux ténèbres, un peu de lumière ou des lumières : ‘’ ces miracles quotidiens qui donnent sens à la vie comme autant d’allumettes inopinément frottées dans le noir ’’.

‘’Vers le phare’’. C’est le titre d’un roman de Virginia Woolf paru en mai 1927. C’est aussi ce qui permit au pseudo couple qu’elle formait avec son mari Leonard, de s’acheter une voiture. Oui, j’aime les détails, et pour l’anecdote, Virginia était lesbienne.

L’image de ‘’ces allumettes inopinément frottées dans le noir’’ sont réapparus hier à mon esprit, à la lecture des vingt-deux pages qui composent le rapport sur la politique de sécurité en Suisse, rédigées par le conseiller administratif Pierre Maudet. Et en passant, autre détail, sachez que le radical se représente à sa propre succession au Conseil administratif de la ville de Genève. Hasard du calendrier politique probablement, ne soyons pas mauvaise langue.

Ce rapport intitulé modestement ‘’le vrai rapport’’, dresse le bilan et les issues de la politique en matière de sécurité. ‘’ La plus grande menace pour la Suisse, c'est Ueli Maurer''.

Le ton est d’ores et déjà donné en page 4. Le texte sera véhément. Disons-le franchement, pour Pierre Maudet, le Conseiller fédéral est tout simplement nul.

‘’C’est vrai, admirer Ueli Maurer revient à aimer le Rivella’’ aurait-il pu rajouter dans une remarque acrimonieuse, faute de n’être pas encore à Berne.

Je ne jugerai pas ici de l’essence même du projet, tout est sujet à débat : l’abolition de l’obligation de servir, un département fédéral de la sécurité, la réduction des forces à 20'000 hommes. Je constate juste que parler de sécurité se résume souvent mais pas toujours, pour ceux à droite de l’échiquier politique à trouver des coupables, et à gauche, de chercher des causes. J’avoue, l’analyse est manichéenne, mais elle a le mérite d’éclairer les propos qui vont suivre.

Qu’on soit d’accord ou pas sur les idées lancées par Pierre Maudet, elles ont le mérite de ne pas se résumer à un seul facteur. Le domaine de la sécurité est un domaine complexe, transnational. Il est pluridisciplinaire, il touche à de multiples domaines: économie, politique migratoire, législation, répression, intégration, environnement urbain, armement, internet, peur, sentiment, médias.

Corollaire : lutter contre l’insécurité, elle-aussi, est une croisade complexe.

Alors comment, en tant qu’homme politique, doit-on communiquer sur ce domaine aussi sensible ? On l’a vu, nul ou presque ne se risque dans la nuance des propos, c’est vrai, c’est chiant. Quant certains habitants des Pâquis parlent ‘’d’enfer’’, on ne leur répond pas par des explications sociales ou par l’apparition divine de médiateurs de rue, mais par des réponses concrètes.

C’est vrai également, les élections et les votations se gagnent plus facilement à coup de slogan. Il vaut mieux dénoncer les accords de Schengen, renvoyer les criminels dans des cercueils ou voter un crédit pour l’installation de caméras de vidéo-surveillance, que de s’aventurer dans un véritable programme, dans un contenu autre que l’action ponctuelle ou réactive.

La force d’un véritable homme politique, c’est une communication accessible à tous, c’est aussi des prises de position fortes, quitte à en fâcher plus d’un. C’est faire appel à des slogans percutants pourquoi pas. C’est aussi avoir l’intelligence d’éviter les effets d’annonce et autres ‘’mesurettes’’.

L’intelligence politique, c’est souvent l’art du détail et la clarté de propos. C’est préférer le mille-feuille au Rivella. Comme autant d’allumettes inopinément frottées dans le noir.

Commentaires

Mais quel rapport avec le Rivella? Préférer le mille-feuilles au Rivella – ou l'inverse – n'a rien à voir avec l'intelligence, c'est une question de goût. J'aime bien les deux (mais je n'aime pas Ueli Maurer et je serais assez d'accord sur son absence d'intelligence politique).

Écrit par : Blaise | 18/01/2011

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