07/01/2011

Du voile en journalisme

sthe1.jpgDu voile en journalisme.

Elle porte un hijab et elle postule à un poste de journaliste à la Radio Suisse Romande.

A la question posée pas la Tribune de Genève de savoir si le foulard islamique et le journaliste font ‘’bon ménage’’, la réponse est évidemment : oui.

Pour preuve, tous les jours, de nombreuses journalistes iraniennes, libanaises, syriennes, marocaines, tunisiennes, algériennes portent leur foulard sans que cela ne gêne la qualité de leur travail. Et de rappeler dans la foulée que les journalistes juifs portent également la kippa, et que de mémoire, on se souvient avoir vu des croix habiller des journalistes brésiliennes. La question de savoir si ‘’foulard et journalisme’’ sont compatibles est donc toute relative et contextuelle.

Le débat est ailleurs. La Suisse est un pays séculier (et non pas laïque comme certains le prétendent), notre constitution fait référence à Dieu, mais entend séparer l’Eglise de l’Etat, sauf exceptions cantonales, me semble-t-il.

L’angle choisi par une grande partie des commentateurs a été de déclarer qu’il n’était pas concevable, en Suisse, d’afficher ses préférences religieuses sur le service public.

La question se pose sur une chaîne publique et dans un Etat séculier : une journaliste peut-elle porter le foulard si elle n’apparaît pas à l’antenne ? Un journaliste juif peut-il porter sa kippa lorsqu’il n’apparaît pas à l’antenne ? Un journaliste chrétien peut-il porter sa croix lorsqu’il n’est pas à l’antenne ?

Un journaliste connu pour être chrétien, juif, musulman, libéral-radical, pdc compatible, fils de banquier ou de syndicaliste, proche de l’immobilier, homosexuel peut-il encore exercer son métier ? La réponse est oui. Ces indications doivent-elles s’afficher ? Le moins possible.

L’indépendance et l’objectivité du journaliste sont des questions éminemment personnelles. Suis-je indépendant sur ce sujet ? Suis-je objectif sur cette thématique ? La réponse devrait être la suivante : ''jamais, mais j’essaie de l’être''.

Le devoir du journaliste, c’est aussi avoir le courage de s’abstenir de traiter un sujet lorsque sa parole, ses propos peuvent être mis en doute, par sa religion, par ses accointances ou par ses filiations.

Dès lors, porter le foulard ‘’teinte’’ inéluctablement le sujet traité, aux yeux d’un téléspectateur, tant bien même que le journaliste transpire l’indépendance et l’objectivité.

Le vrai débat, n’est-ce pas plutôt de se demander si mon foulard et mon travail de journaliste dans le pays dans lequel je l’exerce, sont compatibles ?

 

Je n’en sais rien.

Commentaires

Il y a des journalistes homosexuels, juifs, catholiqueS, d'extrême droite, gauchiste, anti capitaliste, tiers mondiste, pro palestinien, pro israélien, écologiste, anti avortement, etc... Mais personne dans les medias notamment à la télévision et radio publique ne devrait afficher ses idées de vie comme sa religion, ses fortes convictions, ses idés politiques tranchées et intimes et cela devrait être le cas tout le temps.
S'afficher même sur les ondes avec un foulard islamique en soi ne porte pas atteinte à la qualité des interventions puisque ce qui compte c'est la prestation duservice public mais cela laisse à penser qu'une brêche est ouverte dans la fonction publique où tous les extrêmistes pourraient s'engouffrer et cela est aussi un virage dans nos valeurs séculaires comprenant la laïcité comme attitude neutre dans une fonction publique. On pourrait supposer que cela pousse beaucoup de personnes vers des chaînes de TV ou radios ou chaînes privées,plus communautariste mais on doit choisir une fois pour toute notre code de conduite, de déontologie pour ceux qui veulent embraser la fonction publique. Pour ma part, tous égaux, pas de signe apparent d'appartenance religieuse comme turban sihk, foulard islamique, kippa ou cornette....

Écrit par : Demain | 07/01/2011

J'apprécie beaucoup votre note.
Ce que je déplore dans cette histoire, c'est qu'on stigmatise autant le voile et qu'ainsi toute les qualités de la femme qui le porte n'ont plus grande importance puisque c'est d'après son vêtement qu'on va juger si elle est apte ou pas à entrer en service.
La connaissance de l'islam est tellement déplorable chez nous qu'on en reste aux signes distinctifs. Toutefois, ces signes sont bien plus des signes de culture que de religion. On ne peut faire abstraction de la culture chez aucune personne. Notre culture, par exemple, a prôné des talons très hauts pour les femmes. Résultat : bien des pieds et des dos ont été abîmés et nous devons en payer les soins médicaux. Les a-t-on interdit pour autant? Ceci pour dire que chaque culture a ses particularités et c'est inévitable.
Le foulard n'a fait de mal à personne. Il cache une chevelure comme on cache d'autres parties du corps. Quel en est le mal?
Il faut noter aussi que c'est naîf de croire qu'en donnant des signaux que l'on croit forts au musulmans, on va être plus puissants face à eux. On souligne ainsi lourdement une différence plutôt que de voir tout ce qui nous ressemble et rassemble.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07/01/2011

Très bon billet qui pose des questions en toute simplicité et sans passion. Merci pour votre travail.

Bonne journée à vous.

Écrit par : zakia | 07/01/2011

EXCELLENT


CE BILLET MERITE D ETRE LU ET RELU. IL MERITE UNE PLACE DANS LA TRIBUNE DE GENEVE QUI A LANCE LE DEBAT.

BRAVO CHER AMI.

J'AIME CETTE MANIÈRE DE RÉFLÉCHIR QUI LIE L'INTELLIGENCE LE COURAGE LA GÉNÉROSITÉ ET L'HUMILITÉ.

CE TEXTE A SA PLACE DANS TOUS LES JOURNAUX DU MONDE. C'est cela la SCIENCE!

BIG UP bro!

Écrit par : NDOYE GORGUI | 07/01/2011

Tant qu'elle porte un string...

Écrit par : JBL | 07/01/2011

En allant voir sur le blog d'à côté, on peut lire sur http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2011/01/06/une-speakerine-voilee-a-la-ssr-reactions-plutot-fraiches.html
"Cette exigence de garder le foulard religieux islamique tout en travaillant à la SSR est d’autant plus étonnante que nombre de présentatrices de chaînes télé des pays arabo-musulmans ne le portent pas.
[voir les photos sur le blog]
Image 1: Nadine Hani. Présentatrice des business news sur la chaîne télé Al Arabya
Image 2: Rym Ettounsi, jeune tunisienne de 25 ans à peine et présentatrice TV dans une chaine égyptienne privée
Image 3: Zahra Harkat. Animatrice et présentatrice TV (Algérie)

Écrit par : Francis Grunchard | 07/01/2011

@ Marie-France de Meuron:
Vous dites :
"Notre culture, par exemple, a prôné des talons très hauts pour les femmes. Résultat : bien des pieds et des dos ont été abîmés et nous devons en payer les soins médicaux. Les a-t-on interdit pour autant? Ceci pour dire que chaque culture a ses particularités et c'est inévitable."

A ma connaissance aucune religion ne vous a obligé de mettre ces chaussures ?
C'est de votre propre initiative...

Écrit par : Ivan Skyvol | 07/01/2011

La tactique de l'Islam depuis sa création c'est de pousser toujours plus loin le bouchon, on voir on ça va nous mener cette histoire!

Dans mon quartier les musulmans sont bourrés tous les soirs, je veux dire bourrés et pétés!

Le Coran c'est pour les femmes!

Écrit par : dominiquedegoumois | 07/01/2011

Le foulard est une histoire d'hommes. Ils l'ont imposé à la femme pour des raisons qu'ils sont seuls à savoir.
Pour certaines femmes musulmanes ou autres, ce n'est pas un signe religieux, pourtant les textes écrits disent le contraire.

Aujourd'hui pour les femmes en Occident porter un foulard serait un signe de rébellion. Elles ont tort, car ce symbole signifie que la femme a été marquée au fer rouge comme propriété de l'homme.

La preuve dans les pays arabo-musulmans, les femmes à la TV n'ont point de foulard, car celui-ci représente la soumission depuis des siècles.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 08/01/2011

Bonjour. Le Coran s'adresse à tous les musulmans, femmes et hommes. Les musulmans bourrés ne sont pas différents des chrétiens qui se prennent des sonnées tous les vendredi et samedi soir que Dieu fait. La spiritualité d'une personne ne dépend pas seulement de son appartenance communautaire. Elle dépend d'abord de la personne en tant qu'individu exerçant son libre arbitre. Un musulman est aussi libre qu'un chrétien de faire des bêtises, boire, voler, tromper, voir commettre un meurtre. Mais devant Dieu, il a peut-être plus conscience aujourd'hui qu'il devra rendre compte de ses péchés. Car Satan et Dieu ont été presque totalement banni de nos sociétés occidentales. Résidu d'un vieil archaïsme de notre Civilisation, nos sociétés modernes ont rejeté Dieu. Dieu est mort. Soyons fous. Nous le constatons tous les jours, hélas. Et de l'autre côté de la barrière athée: Dieu nous permet de tuer les infidèles. Massacrons. Terrible constat d'un Dieu qui s'ignore tout autour de la planète Terre...

Belle journée à toutes et à tous.

Écrit par : pachakmac | 08/01/2011

"Le Coran c'est pour les femmes!"

La grande majorité des enfants musulmans apprennent les rudiments du coran à travers les femmes (souvent voilées), très tôt. Cela donne au musulman lambda un fort lien psychologique à la fois maternel et amoureux, très émotionnel, avec le coran, qui devient ainsi un symbole de refuge et de beauté, dont il est très difficile ensuite de se passer. Et ces premières "leçons" coraniques données par des femmes contiennent des règles de vie extrêmement importantes dans un monde acquis à l'islam. Des règles qu'il faut connaître et respecter pour mériter le "refuge", la "beauté", sinon interdits par toutes sortes de règles socioreligieuses rigoristes, et ne surtout pas devenir l'un de ces êtres exécrables, méprisables, mauvais, méchants, retors, maudits par dieu et tous les anges, qui devront souffrir en enfer éternellement pour prix de leur incroyance, et qu’on peut librement, et même doit, dominer, également le sang: les kouffar.

Le coran affirme, de manière universaliste, à de nombreuses reprises, comme un leitmotiv, que ces gens sont mauvais et méritent les pires souffrances en raison de leur incroyance. D’autres défauts leur sont aussi attribués, mais seulement ponctuellement, et toujours en référence à l’incroyance. Ainsi, plus le croyant est émotionnel, plus il croit que l’incroyant est forcément la source de tous les maux de la terre. Et aucun avantage ne pourra jamais racheter les problèmes que cela cause. Ces éléments resteront attachés à l’islam aussi longtemps que sa pratique sera basée sur le coran.

Ainsi, le voile pose en effet un problème au niveau de la perception dans le public, mais pas uniquement chez les occidentaux ignares qu’on veut sous-entendre ici et là, sous une épaisse couche de miel. La femme voilée rappelle aussi, et en vérité surtout, des valeurs très fortement connotées aux musulmans. Elle leur rappelle le message du coran. Le refuge, la beauté. Mais aussi, toujours, la haine de l’autre. Et cela compte sans doute davantage, pour les musulmans comme pour les non-musulmans, que les problèmes d’objectivité apparente et de crédibilité que subissent, en effet, forcément, tous les journalistes qui affichent ostensiblement leurs convictions politico-religieuses.

Écrit par : Alain Jean-Mairet | 08/01/2011

Le port du voile refait surface sans cesse. Il est donc important de réfléchir sur le sens de la norme coranique censée régler ce voile. Cette norme est tellement ambiguë qu'elle donne lieu dans la société musulmane à différentes manières de voiler les femmes, chaque groupe prétendant obéir à des injonctions divines. Or, le Coran demande de couvrir le sexe et non pas la tête. Voir mon article: http://blogdesamialdeeb.blog.tdg.ch/archive/2009/10/12/le-coran-demande-de-voiler-la-tete-ou-le-sexe.html

Écrit par : Sami Aldeeb | 09/01/2011

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