06/01/2011

Armes à feu et autres suicides à coup de cuillère à soupe

spoonkiller.jpgPour la protection face aux armes à feu. C’est le sujet de l’initiative soumise au peuple le 23 févier prochain. Le débat fait couler de l’encre dans les rotatives, et c’est tant mieux.

J’ai du mal à comprendre les arguments de Martine Brunschwig-Graf. Invoquer ‘’la responsabilité du soldat de milice de conserver son arme’’ me paraît être un argument totalement obsolète. Il n’y a aucune raison militaire et stratégique à ce qu’une recrue ou un soldat conserve son arme à la maison en 2011. A moins d’une attaque terrestre ou d’un furieux besoin de nostalgie, en quoi garder son arme à la maison est-il judicieux ?

La conseillère nationale rappelle dans son argumentaire que ‘’peu de militaires déposent leur armes à l’arsenal comme cela leur est permis’’. Soyons honnêtes, ce n’est pas parce qu’ils n’en ont pas envie, c’est parce qu’ils ont autre chose à faire.

Quant à l’argument ‘’d’une arme bien réglée’’, très chère Martine, cessez de rêver : je n’ai vu, à ce jour, aucun militaire prend soin de son arme à la maison. L’arme va directement dans une cave, une armoire, un cagibi.

Alors certes, diront les aficionados de la Liberté avec un grand ‘’L’’, on déresponsabilise nos soldats, et ils auront raison. Mais au vu des dégâts potentiellement occasionnés par une arme de service, on se privera volontiers de cette liberté-ci.

Alors certes encore, l’initiative ne dit pas comment elle compte entendre assurer ‘’un usage responsable des armes’’, alors certes, elle ne garantit en aucun cas, une baisse du nombre d’abus. Quant à l’argument économique de dire qu’un registre fédéral coûtera plus cher qu’un registre cantonal, il paraît assez peu pertinent à mon sens.

Incompréhension de la position du parlement sur le rejet de cette initiative, il faudra m’éclairer.

Qu’une arme de service soit obligatoirement déposée à l’arsenal me paraît être une évidence. Un mort, un blessé, un suicide, une menace étant le fruit d’une arme de service… est un mort, un blessé, un suicide, une menace de trop.

N’en déplaise amicalement à l’avis de Walter Schlechten sur son blog d’aujourd’hui. Il a raison : les violences conjugales et le suicide ne se régleront pas à coup d’interdiction. Mais on n’aura jamais vu un homme se suicider à coup de cuillère à soupe.

Commentaires

Vous me permettrez, très respectueusement, de vous dire que votre billet présente des aspects fallacieux... Car s'il est vrai que ranger les armes de service à l'arsenal est une idée acceptable, le niveau de votre argumentation est d'un confondant simplisme.

En effet, l'arme d'ordonnance en tant que cause de suicide, c'est un peu faible. Et dire que l'on a jamis vu quelqu'un se suicider à coup de cuillère à soupe, ça touche le fond (de la casserole?). Car un véritable suicidaire, même sans arme arrivera à ses fins. Le violent aussi.

Quant à l'impact supposé de l'interdiction sur la violence criminelle, il ne pourrait être que marginal. Car les criminel violents viennent généralement de France voisine, et ils n'ont que faire de nos interdictions...

Donc, pourquoi ne pas simplement argumenter, purement et simplement, d'une nouvelle règle de société, plus adaptée aux contingences de la vie actuelle?

Écrit par : Déblogueur | 06/01/2011

Cher blogueur,

Vous n'avez probablement jamais vu un homme se suicider à coup de cuillère à soupe, mais moi j'ai découvert le corps d'une femme qui est décédée après de longue souffrance, couchée dans son salon, et frappant désespérément durant plusieurs jours contre son radiateur, au moyen d'une cuillère à soupe, afin de demander de l'aide. De l'aide qu'elle ne trouvera pas, bien que les voisins eu entendu les gling gling contre le radiateur. Personne ne voulait déranger la police pour ce bruit insignifiant, et pourtant. Passons.

Le véritable problème, et tel est le fond de mon article que vous citez, est qu'il ne faut pas à travers ces votations fustiger les armes à feu dans le cadre des suicides et les violences conjugales.

Celui qui veut mourir trouvera toujours la solution, j'en veux pour preuve mes expériences personnelles. Il en va de même pour celui qui veut nuire, tuer. Rarement l'opportunité de posséder une arme fait qu'elle provoque l'acte.

Une amie, possédant une arme à feu, s'est suicidée en sautant du pont Butin.
Un ami, possédant une arme à feu, s'est suicidé d'un balle dans la tête.
Une connaissance, possédant une arme à feu, s'est pendu.
Un ami, possédant une arme à feu, s'est pendu.
Une connaissance, possédant une arme à feu, a abattu son épouse lors d'une rupture. Je reste persuadé, encore aujourd'hui, qu'il l'aurait étranglée ou frappée à mort s'il n'avait pas utilisé son arme.

Les armes doivent être répertoriées, tout comme leurs propriétaires, au niveau national. Un fichier cantonal ne suffi pas, ne suffi plus, mais la législation en place est suffisante dans le cadre de l'achat et/ou de la détention. Par contre, le trafic d'arme se doit lui être combattu, tout comme les ventes illicites.

Pour le reste de mon mot, je préconisais simplement de s'attaquer aux véritables questions, d'analyser les véritables problèmes de notre société pour trouver enfin des remèdes à ces maux qui rongent l'humain, car à trop vouloir stigmatiser l'objet de l'acte, on en oublie d'en rechercher la cause. Et là, la responsabilité de tous est engagée, lors de suicides ou de violences.

Walter SCHLECHTEN

Écrit par : Walter | 06/01/2011

Très Cher Monsieur ''déblogeur'',

Merci de votre commentaire. J'adhère parfaitement à vos propos.

Comprenez bien que je ne souhaitais pas insinuer que les armes d'ordonnance étaient effectivement majoritairement responsables de suicide. Je ne faisais que réagir au billet de Walter Schlechten, qui affirme que les débats sur le suicide et les armes à feu n'ont rien en commun.
Je prétends juste que l'on peut également mettre fin à sa vie avec une arme, et que s'il est possible de restreindre l'accès à celle-ci, c'est déjà une victoire.

Vous avez raison également, la violence criminelle ne sera en aucun cas résolu par cette initiative.

Quitte à me répéter: si un accident, un décès, un suicide (même si cela s'avère hautement improbable), ou une menace réalisés avec une arme d'ordonnance peuvent être évités, alors il m'apparaît évident de ne pas faciliter l'accès à celle-ci.

J'aimerais en savoir un peu plus sur votre position concernant cette initiative.

Très Amicalement, Olivier Francey

Écrit par : Olivier Francey | 06/01/2011

Monsieur Schlechten,

Je comprends votre argumentation. Vous accusez dans votre billet les initiants de fausser le(s) débat(s) en mélangeant ''suicides et violences conjugales'' avec celui sur les armes à feu. Je ne partage pas entièrement cette position.

Oui, le fond du débat est un réel débat de société. Mais là où vous y voyez un ''amalgame'', j'y vois une corrélation. Une seule mort par arme d'ordonnance par année suffit à ce que l'on dépose son arme à l'arsenal.

Vous souhaitez à ce qu'on s'attaque aux problèmes de fond? J'aimerais aussi. Je crains malheureusement qu'elles ne se régleront jamais à coup (de cuillère) d'initiatives.

Amicalement, Olivier Francey.

Écrit par : Olivier Francey | 06/01/2011

Il y a une mine d'informations (statistiques) dans la troisième édition de More Guns Less Crime, de John R. Lott:
http://www.amazon.fr/More-Guns-Less-Crime-Understanding/dp/0226493660/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1294319435&sr=8-1

Voir un résumé de la discussion scientifique (qui dure depuis bientôt 15 ans) sur wikipedia:
http://en.wikipedia.org/wiki/More_Guns,_Less_Crime

Le fait de désarmer les citoyens peut encourager les crimes violents et les brigandages risqués (et inversement). Il faut tenir compte aussi (et surtout, même, à mon avis) de ces victimes-là si l'on veut faire diminuer le nombre des "victimes des armes". D'autre part, les statistiques n'indiquent pas clairement que la disponibilité limitée des armes influe sur les taux de suicides.

Si nous voulons en avoir le coeur net, et voter/légiférer en connaissance de cause, il faut faire des expériences, préparer des statistiques précises et établir des comparatifs concluants, globaux. Avec le temps, aux États-Unis, les outils statistiques deviennent lentement utilisables. Mais ici, les lois qui limitent la disponibilité des armes sont des affaires purement émotionnelles. Et c'est bien ça, avec les armes, qui est dangereux.

Écrit par : Alain Jean-Mairet | 06/01/2011

Cher Olivier,

Pour ma part, je pense qu'effectivement les armes d'ordonnance devraient être entreposées dans des arsenaux. Si ma mémoire est bonne, c'est ce qui est fait en Israël, pays possédant une armée redoutablement efficace, et dont les soldats ne conservent que leur uniforme chez eux.

Par contre, il faut également tenir compte du fait que les taux élevés de suicide correspondent en général au niveau de vie des habitants d'un pays et de l'ennui ainsi que du vide existentiel, proportionnels à la richesse, qui s'ensuivent. Il semblerait que les suicides soient effectivement très nombreux en Scandinavie, dont les pays connaissent un niveau de vie semblable au nôtre. Lier les suicides à la détention d'armes d'ordonnance me semble très fallacieux.

Les initiants sont sans doute pleins de bonne volonté, mais il ne faudrait pas confondre interdiction et responsabilité. C'est une approche assez typique d'une gauche bien pensante, pacifiste et un peu cul-bénit qui, sous ce masque, cache une très forte volonté de contrôle social.

La totalité des détenteurs d'armes à feu que je connais sont pacifiques et ne pratiquent le tir qu'à des fins de loisirs et de détente - c'est le cas de la dire :-)...

Un registre des propriétaires d'armes (existant d'ailleurs à Genève) me paraîtrait dès lors largement suffisant.

Donc toute généralisation des interdictions, malheureusement très répandues en Suisse, ne peut aller que dans le sens d'une diminution des responsabilités individuelles. Et cela c'est très mauvais, pour la société, pour la démocratie.

Cordialement.

Écrit par : Déblogueur | 06/01/2011

A déblogueur:
"Un registre des propriétaires d'armes (existant d'ailleurs à Genève) me paraîtrait dès lors largement suffisant."
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Ne pensez-vous pas davantage qu'il faudrait un "registre des personnes dépressives ou susceptibles de suicide" ?
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Franchement, savoir qu'un bonhomme détient chez lui un Flobert ou qu'un autre possède une Marlin 444, ok, c'est très bien, mais qu'est-ce que cela va changer leur risquité de s'en servir?

Écrit par : Guillermo | 06/01/2011

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